53 Stéphanie Arsenault, professeure à l’École de service social

Mikaël Morrissette

Professeure à l’École de service social depuis maintenant onze ans, Stéphanie Arsenault s’intéresse aux champs de recherche concernant l’accueil et l’intégration des immigrants et des réfugiés. Lors de sa maîtrise en service social à l’Université Laval, elle concentra ses recherches sur la réalité familiale des réfugiés congolais, plus particulièrement celle des femmes. Pour donner suite à ces études, Madame Arsenault compléta un doctorat en anthropologie et travail social à l’Université de Granada en Espagne. Lors de son passage, elle fit ses recherches sur les réfugiés hispanophones. C’est ce qui la mena à s’intéresser à la question des réfugiés colombiens en sol québécois. Sa maîtrise de la langue espagnole et ses nombreux contacts avec la population colombienne, de par son travail antérieur d’interprète bénévole au Centre multiethnique de Québec, ont été des facteurs importants quant à l’orientation de ses recherches. Il importe de mentionner qu’au moment où elle entamait son cheminement d’études scientifiques, plusieurs rapports de recherche portant sur les séparations familiales vécues par les demandeurs d’asile suggéraient des pistes de relance particulièrement intéressantes à ses yeux.

Intérêt envers les immigrants

Pendant son parcours universitaire, Stéphanie vécut plusieurs années en Amérique latine à travailler en milieux communautaires. Également, elle accompagna et participa à plusieurs voyages de solidarité internationale. Son attirance envers le travail auprès des gens les plus défavorisés et exclus ainsi que son ouverture aux autres cultures expliquent en grande partie les études qu’elle réalisa. Forte d’une riche expérience sur le terrain puis d’un parcours académique rigoureux, la doctorante transféra ensuite ses intérêts vers les immigrants et les réfugiés au Québec. Depuis qu’elle est professeure, elle signe des articles pour des revues scientifiques en lien avec ses intérêts de recherche, soit l’intervention sociale en contexte de diversité culturelle et l’accueil et l’intégration des réfugiés. Madame Arsenault est aussi coresponsable de l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec (ÉDIQ) et membre du Comité d’orientation sur le vivre ensemble du Centre justice et foi.

Elle concentre maintenant ses recherches sur la réalité des réfugiés hors des grands centres urbains tels que Montréal et Toronto. Au sein des agglomérations de plus petite taille au Québec, la diversité culturelle est plus difficilement observable. En effet, les immigrants et les réfugiés se font rares dans certaines régions. En étudiant la situation de villes de petite taille, elle a déduit que l’intégration des réfugiés y est parfois plus difficile, notamment en raison du manque de services spécifiquement liés à l’accueil des immigrants et à la barrière de la langue. Toutefois, elle mentionne que ce contexte les amène à être en contact direct avec la population locale, ce qui peut favoriser l’intégration. Malgré tout, la majorité des immigrants ou des réfugiés qui s’installent dans de plus petits milieux finissent par migrer vers les grands centres. Quant à la ville de Québec, madame Arsenault soutient que les commentaires quant à l’accueil des réfugiés sont de plus en plus positifs depuis environ une décennie. La bonne qualité de vie qu’offre la ville de Québec motive les gens à y rester. Néanmoins, la difficulté à trouver des emplois décents et à tisser des liens avec des individus autres que des immigrants semble être un obstacle majeur à l’intégration des minorités.

Québec, un endroit où il fait bon vivre

Malgré tout, la professeure croit que Québec est perçu comme un endroit agréable où il fait bon vivre. Selon elle, certaines caractéristiques de la ville favorisent l’intégration des réfugiés, comme par exemple le bas taux de criminalité ainsi que le peu de pollution perçue sur le territoire. De plus, pour une ville de grandeur moyenne, Québec possède un taux de chômage très faible, ce qui est un facteur facilitant. Cependant, des témoignages rapportent qu’une certaine fermeture d’esprit envers les nouveaux arrivants est palpable chez certains. Le processus d’accueil et d’intégration des réfugiés présente quelques embûches. À cet égard, il serait particulièrement difficile pour les nouveaux arrivants de se dénicher un travail bien rémunéré. Ainsi, selon madame Arsenault, cette difficulté se solderait parfois en un cercle vicieux. En effet, sans être en mesure d’accéder à des logements de qualité, certains réfugiés demeurent longtemps confinés dans les mêmes secteurs et parviennent alors plus difficilement à tisser des liens durables avec la population native de la ville de Québec. Elle évoque aussi qu’il reste bien du chemin à parcourir malgré le fait que beaucoup d’efforts sont déployés dans le but de corriger la situation. Les organisations citoyennes et les centres d’aide agissent d’ailleurs en tant que piliers de l’intégration des nouveaux arrivants.

Véritable pierre angulaire de l’accueil des immigrants et des réfugiés à Québec, le Centre multiethnique de Québec joue un rôle prépondérant dans l’intégration de ces individus. En trouvant des logements pour les nouveaux arrivants et en sensibilisant les propriétaires, le Centre permet non seulement à ces gens de se trouver un toit adéquat, mais également d’éviter une certaine forme de ghettoïsation. Ainsi, des logements sont rendus disponibles dans plusieurs quartiers de la ville de Québec, comme à Sainte-Foy, à Limoilou ou encore à Charlesbourg. Cependant, malgré les efforts déployés par les organismes d’accueil, madame Arsenault dénonce la discrimination dont sont victimes certains réfugiés. En effet, ils y sont confrontés tant sur le plan du logement que du travail, car plusieurs propriétaires et employeurs ont une vision négative des nouveaux arrivants. Ainsi, la rareté des emplois décents vient en quelque sorte contrecarrer les efforts déployés pour l’intégration des réfugiés.

Contexte médiatique

Le contexte médiatique en Occident est particulier. Puisque la présente situation des migrants est géographiquement éloignée, elle touche moins directement la population d’ici et les informations qui nous parviennent sont parfois déformées. À cet égard, puisqu’une large part des citoyens du Québec en connaît peu sur cet enjeu, les médias ont une influence considérable sur la manière dont ceux-ci perçoivent la situation. Malheureusement, de manière générale, les images présentées alimentent la peur et la crainte des Québécois. Les discours rapportés sont majoritairement défavorables aux réfugiés. Selon madame Arsenault, il importe en tant que citoyen de demeurer critique face aux médias afin de ne pas se laisser influencer négativement par la couverture de l’actualité.

Information, soutien et protection

Somme toute, elle soutient que le Canada a le devoir légal et moral de participer en matière d’accueil et de protection des réfugiés. Malgré le fait que notre nation ait le pouvoir et la capacité de contribuer plus largement auprès de ces gens, elle en fait très peu en comparaison avec d’autres pays. Certes, les initiatives citoyennes foisonnent, mais ne suffisent pas. Selon elle, il appartient au gouvernement de soutenir ces groupes d’accueil, notamment en fournissant des ressources matérielles et financières de manière à assurer une coordination et une structuration adaptée. De plus, afin de briser les barrières et de détruire les préjugés raciaux, madame Arsenault conseille fortement aux gens de Québec d’initier le contact avec les nouveaux arrivants. Il faut entrer en communication et établir des relations durables et ouvertes entre tous. Apprendre à se connaître est la meilleure solution. Pour reprendre ses paroles : « Après tout, la peur est alimentée par le manque de connaissances ».

Stéphanie Arsenault

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