57 Marie Lamensch, historienne

Steffy Theetge

Marie Lamensch est chercheuse et assistante du directeur de l’Institut montréalais d’étude sur le génocide et les droits de la personne. Elle détient un baccalauréat en histoire avec spécialisation en génocide de l’université de Concordia ainsi qu’une maîtrise en Peace, Conflict and Developpement des War Studies du King’s College London.

Un réel intérêt

Les questions de paix et de conflits sont au cœur des études de madame Lamensch et c’est ce qui l’a amenée à se pencher, entre autres, sur le cas des réfugiés. Son statut d’immigrante et ses nombreux voyages font d’elle une personne consciente de l’accueil et de l’intégration parfois difficile dans certains pays. Ses études mettent en lumière l’importance de la prévention des conflits par le gouvernement, conflits qui mènent trop souvent à des crises de réfugiés, comme c’est le cas en Syrie. Elle souligne le rôle primordial des institutions politiques quant à la protection des citoyens. Pour madame Lemensch, être réfugié, « c’est souvent un choix entre la vie et la mort » (2016 : Communication personnelle).

Soucieuse de la culture et des humains, elle a construit son travail autour de ses valeurs et se concentre sur les relations internationales. Sa passion pour les autres l’a amené à travailler dans deux républiques d’Afrique où se trouvent des camps de réfugiés.

En effet, madame Lamensch s’est rendue dans certains camps au Rwanda, dont la plupart des réfugiés provenaient de la République Démocratique du Congo. Au Ghana, elle a visité un camp de réfugiés libériens, le camp Buduburam, dont la majorité s’y trouvaient depuis plusieurs années et vivaient dans des conditions très difficiles. Sur place, elle a même assisté à un incendie dans l’une des maisons du camp. Elle a vu non seulement le feu, mais aussi l’ampleur de l’impact de cette catastrophe pour le propriétaire. La chercheuse explique que les réfugiés tentaient de se reconstruire peu à peu des vies à l’intérieur même du camp. Chacun devait se trouver du travail comme il le pouvait, que ce soit pour un restaurant ou pour les Nations Unies.

Les difficultés

Forte de ses voyages et de ses recherches, madame Lamensch identifie deux principales difficultés pour les réfugiés à Québec. Tout d’abord, la langue. En plus de créer une barrière dans les activités quotidiennes, elle est le moteur de la non-intégration et de l’isolement. L’écart de la langue mène à la deuxième difficulté identifiée par la chercheuse, soit la recherche de travail. Le travail est une façon de se sentir utile dans sa communauté, ce qui est très important pour les réfugiés. Cependant, beaucoup sont éprouvés par le fait que leurs études ne sont pas reconnues et par la méfiance de certains employeurs envers la diversité culturelle. Cette méfiance est ressentie à plusieurs égards dans la société québécoise. Les récents événements en Europe éveillent et alimentent la méfiance et la crainte face aux terroristes. Pour certains Québécois, les réfugiés sont une menace aux emplois et à la culture.

Terre d’accueil

Madame Lamensch se réjouit de la générosité du Canada. Ayant elle-même immigré ici, elle applaudit l’accueil du pays. Elle voit une cause historique à cette valeur canadienne, soit la création du pays par des immigrants. Elle souligne également la nature accueillante et chaleureuse des Canadiens.

Dans ces qualités réside selon elle une solution à l’intégration des immigrants au Québec. Pour madame Lamensch, établir une sorte de parrainage entre les familles québécoises et les familles réfugiées serait une manière de favoriser leur adaptation, de leur faire « découvrir les modes de vie et la culture du pays ». Différentes possibilités s’offrent au gouvernement canadien pour faciliter l’intégration des réfugiés. La reconnaissance de l’expérience et des diplômes est une recommandation très importante pour elle. En ce sens, l’accès à l’emploi serait facilité et, par le fait même, l’intégration culturelle. Dans un même ordre d’idées, elle propose des rabais spéciaux pour les réfugiés dans les musées, par exemple, pour les introduire à la culture.

La chercheuse a longuement étudié la question des conflits. Elle aimerait que la population comprenne le véritable enjeu derrière la situation des réfugiés, c’est-à-dire que ces gens ont quitté leur pays par nécessité et qu’ils ne demandent qu’à s’intégrer malgré les préjugés. Elle affirme que « c’est en créant des obstacles à l’intégration que nous allons créer des problèmes ». Elle demande aussi de la patience et de la compréhension de la part des gens qui s’impliquent dans le processus d’accueil. Pour elle, même les activités les plus banales méritent une aide et un bon suivi.

Marie Lamensch

Licence

Symbole de Licence Creative Commons Attribution 4.0 International

Québec ville refuge de Steffy Theetge est sous une licence Licence Creative Commons Attribution 4.0 International, sauf indication contraire.

Partagez ce livre