50 Louis-Philippe Lampron, professeur de droit, Université Laval

Aurélie DeBlois

Louis-Philippe Lampron est professeur à la faculté de droit de l’Université Laval. Il enseigne notamment le cours de Droits et libertés de la personne au premier cycle, ainsi que les cours Libertés fondamentales et Égalité et discrimination aux deuxième et troisième cycles. Ses principaux sujets de recherche sont les droits et libertés de la personne, le pluralisme culturel et le droit, le droit public et le droit du travail.

Intérêts et champs de recherche

Monsieur Lampron a fait sa formation complète en droit à l’Université Laval. Il a réalisé sa thèse en cotutelle avec l’Université d’Avignon et des pays de Vaucluse. Au cours de ses études et de sa carrière, monsieur Lampron a rédigé et participé à plusieurs articles scientifiques, notamment un article intitulé Après le projet de la Charte des valeurs québécoises : quelle laïcité pour le Québec? (donner la référence SVP)  Il a aussi écrit sur les accommodements raisonnables, le vote voilé et la présence de l’interculturalisme dans la Charte québécoise autonome[1].

Même s’il n’a pas d’expérience de long séjour dans l’un des pays dont viennent les réfugiés, il a visité La Havane, à Cuba, et le Japon durant six semaines, ce qui lui a permis de goûter à d’autres cultures au point d’espérer y retourner. Lors de son dernier voyage, il a remarqué que dans la culture asiatique, il ne semble pas y avoir de problèmes d’accommodements raisonnables et pas d’enjeux internormatifs. Cette constatation l’a d’ailleurs amené à s’ouvrir à d’autres champs de recherche, à savoir par exemple comment les Japonais conçoivent l’idée même de religion. Il a découvert que la religion était une idée complètement occidentale.

Monsieur Lampron démontre clairement un intérêt pour les autres cultures. Pendant ses études, il est allé en Europe de l’Est quelques semaines, mais n’y est toutefois pas resté assez longtemps pour y apprendre une nouvelle langue. Il souhaite néanmoins sortir de sa zone de confort et a d’ailleurs comme projet de s’impliquer avec l’organisme Avocats Sans Frontières dans les prochaines années. Il soutient qu’« en se déstabilisant, on se rend compte que notre point de vue dominant est relatif. Cette prise de conscience est fondamentale ».

Protection des groupes minoritaires

Bien que Louis-Philippe Lampron n’ait pas fait de recherches spécifiques sur la question des réfugiés, ce qui l’intéresse le plus est la protection des groupes minoritaires et vulnérables. Il soutient qu’il est important de s’y intéresser pour être capable de voir l’autre pour ce qu’il est réellement, sans lui attribuer de stéréotypes sur la base de préjugés. Il faut mentionner que malgré le fait qu’il travaille beaucoup sur la liberté de religion, il est lui-même agnostique.

Dans notre société, les différents groupes ethniques sont protégés par le droit à l’égalité. Monsieur Lampron soutient que ceux qui font partie des groupes non vulnérables ont la responsabilité de prendre la parole pour les autres. Sinon, il devient facile de discréditer un discours en disant que la personne « prêche pour sa paroisse ».

Avoir un point de vue neutre, mais dire que pour une coexistence pacifique et pour un vrai pluralisme il faut reconnaître l’autre pour ce qu’il est vraiment, sans lancer des préjugés sur des gens et des groupes qu’on ne connaît pas (pas clair)

Selon monsieur Lampron, la peur de l’autre est compréhensible, car il est normal d’être méfiant par rapport à ce qu’on ne connait pas. Mais doit-on pour autant se braquer dans cette peur? Ne devrions-nous pas plutôt la voir comme une faille dans notre comportement et ainsi aller vers l’autre pour tenter de la faire diminuer, voire de l’éradiquer? Si c’est l’ignorance qui engendre la peur, il faut s’instruire pour la vaincre, en allant à la rencontre de l’autre.

Droits et libertés de la personne

Louis-Philippe Lampron s’est donc beaucoup intéressé aux droits et libertés de la personne. Sans cet intérêt marqué pour cette branche du droit, il n’est pas certain qu’il serait encore dans ce domaine aujourd’hui. Le droit l’intéresse comme système, certes, mais ce qui l’intéresse plus spécifiquement est sa relation avec la politique. On sait que le droit a été construit par les humains; la Charte des droits et libertés est donc la garantie à travers laquelle on est capable de questionner la légitimité de l’ensemble du système normatif (vérifier). Monsieur Lampron étudie d’ailleurs l’interprétation que l’on peut donner à chacun de ces droits et libertés de la personne. En droit, la majorité des objets d’étude sont les textes juridiques. Monsieur Lampron trouve qu’il n’y a pas assez de données empiriques en droit et c’est sur quoi il voudrait travailler au cours de sa carrière. Il a mené quelques enquêtes afin de remettre en cause des postulats de base, dont celui de la non-hiérarchie entre les droits et libertés de la personne.

Selon son analyse, la principale difficulté des personnes réfugiées à Québec vient du fait que Québec est un milieu très homogène. Lui-même vient de Québec et il aime profondément sa région et sa ville. Il pense que l’adaptation doit être très difficile pour les nouveaux arrivants, car les gens de Québec sont généralement fermés face aux différences et à l’expression des différences culturelles. La question de l’accueil des réfugiés syriens s’inscrit dans un cadre sociopolitique beaucoup plus large qui, en raison des mouvances extrémistes et de l’émergence de groupes terroristes islamistes comme Daech, nourrit les préjugés de plusieurs à l’égard des musulmans en général. Et quand on ne connaît pas la religion musulmane, comme c’est le cas pour la majorité des Québécois, l’amalgame est très facile à faire. Cette rhétorique contribue à la difficulté des réfugiés à s’installer et à s’implanter à Québec.

Accueil québécois

Le point fort de l’accueil de Québec pour des personnes réfugiées est qu’« individuellement, on est formidables! ». Monsieur Lampron aime beaucoup la ville de Québec et veut contribuer à un changement d’opinion sur celle-ci. Il soutient que c’est notre devoir envers l’humanité d’accueillir le plus de réfugiés possible. Il est certain qu’à partir du moment où une communauté reste fermée, elle alimente la peur de l’autre. Plusieurs diabolisent les réfugiés comme étant des kamikazes potentiels, mais c’est loin d’être la réalité. Il faut donc forcer les rencontres et trouver le moyen de percer ces bulles qui se créent naturellement.

Pour faciliter les expériences de personnes réfugiées à Québec, il recommanderait de ne pas mettre la responsabilité de l’inclusion sur les épaules des réfugiés eux-mêmes. C’est aux citoyens et citoyennes du Québec de trouver les manières de forcer le contact, car les réfugiés ont déjà suffisamment de difficultés à surmonter, telles que la température et la langue. Il existe deux principaux milieux de cohabitation forcée, selon monsieur Lampron, soit l’école et le milieu du travail. L’école est un milieu propice pour apprivoiser l’autre, car les jeunes ont moins peur des différences culturelles. On y trouve aussi une bonne circulation d’adultes et d’enfants, comme les professeurs, les parents et les élèves. Le milieu professionnel est également un lieu de cohabitation forcée. Toutefois, comme les gens y vont pour faire de l’argent et réaliser une tâche fixe, le temps manque parfois pour les échanges sociaux et les contacts significatifs.

Difficultés des réfugiés

Il ne faut pas oublier que les groupes minoritaires subissent des désavantages. S’agissant des réfugiés syriens, monsieur Lampron nous rappelle :

Ils quittent une zone de guerre, ils ont sans doute perdu des enfants, ils ont été traumatisés, ils ont peut-être été agressés. Il faut arrêter de partir de la prémisse qu’ils sont sur un pied d’égalité avec nous qui sommes ici dans une situation favorisée. Ça nous amène à voir la situation de manière vraiment moins frustrante. On ne donne pas d’avantages aux réfugiés; on les accueille et on essaie d’amoindrir leurs désavantages. On veut juste les aider.

Le message qu’il donnerait aux Québécois et Québécoises qui s’inquiètent de l’arrivée de personnes réfugiées est de confronter nos préjugés à l’expérience. Il faut tenter d’avoir un esprit plus rationnel. En effet, si on regarde les statistiques sur le groupe majoritaire au Québec, les agnostiques et les chrétiens représentent 85 % de la population. Les musulmans, seulement 2 %.

En terminant, le principal message que monsieur Lampron voudrait émettre pour les personnes qui aident et s’impliquent dans l’accueil est de continuer leur bon travail!

Louis-Philippe Lampron

  1. « Pour exister, l’interculturalisme doit être inscrit dans une Charte québécoise autonome »,https://www.ledevoir.com/opinion/idees/444149/pour-exister-l-interculturalisme-doit-etre-inscrit-dans-une-charte-quebecoise-autonome

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