49 Isabelle Porter, Le Devoir

Karel Bégin

Alors qu’on médiatise énormément depuis quelques mois la crise touchant le peuple syrien, certains se sont penchés sur le cas des réfugiés depuis déjà quelques années. Isabelle Porter, journaliste au Devoir, fait partie de ces exceptions. Cette chercheuse possède une maîtrise en science politique ainsi qu’un diplôme en journalisme international. Au début de son parcours, elle a écrit majoritairement pour des journaux étudiants. Elle a débuté ses recherches sur la situation des réfugiés au Québec, particulièrement dans la Capitale-Nationale, pour ensuite publier plusieurs articles. Elle s’est particulièrement concentrée sur les réfugiés népalais qui sont arrivés en grand nombre dès 2009. La ville de Québec avait à l’époque accueilli plus de 1 000 népalais (Porter, Le Devoir, 2013).

Intérêt envers les autres cultures

Pourquoi s’intéresser à ces réfugiés dont personne ne parlait à l’époque? Tout d’abord, madame Porter a toujours cultivé un intérêt à l’égard des autres cultures. De plus, pour elle, écrire sur le sujet des réfugiés, c’est être en phase avec ses propres valeurs : « Je trouve vraiment important dans notre société de s’intéresser aux gens qui sont différents de nous ». Son parcours en tant que journaliste l’a aussi ouverte davantage aux questions sociales. Finalement, elle accordait une grande valeur à ses premiers travaux de recherche sur le sujet, car presque personne dans le monde des médias ne s’intéressait à la situation des réfugiés, contrairement à aujourd’hui. Ses patrons l’ont également appuyée dans son choix de sujet, ce qui a contribué à la publication de ses articles. Un collègue de travail photographe, Renaud Philippe, l’a aussi sensibilisée à la cause des réfugiés. Bref, c’est un ensemble de facteurs qui l’ont poussée à écrire sur le sujet.

Les réfugiés népalais

Isabelle Porter a commencé à écrire sur les réfugiés népalais environ deux ou trois ans après leur arrivée au Québec. Ses enquêtes menées sur ces nouveaux habitants de la ville de Québec ont mobilisé presque deux ans de son parcours professionnel. Elle a cependant moins écrit sur l’arrivée des réfugiés syriens, le sujet étant déjà extrêmement médiatisé. Ses précédentes recherches lui ont toutefois servi, car elle a pu rédiger à propos des erreurs commises lors de l’arrivée des Népalais à ne pas reproduire avec les Syriens.

D’abord, la journaliste souligne que « par définition, [les réfugiés] sont des gens qui ne sont représentés par personne. Les médias sont surtout organisés en fonction des lobbys, des politiciens, des gens représentés par quelqu’un, des groupes d’intérêt. Les réfugiés eux, personne ne défend leur cause ». C’est pourquoi il s’agit d’un phénomène intéressant à aborder d’un point de vue humain et journalistique.

Dès le début de ses recherches, Isabelle Porter a constaté que « c’était un sujet fascinant et très riche ». Elle a réussi à mettre en lumière les causes de l’exode des réfugiés népalais, majoritairement en Ontario, quelques années seulement après leur arrivée à Québec. La difficulté de l’intégration au quotidien était un frein majeur pour ces immigrants. Par exemple, la langue et l’obtention du permis de conduire au Québec étaient des difficultés qui pouvaient pousser les Népalais à quitter. Il y a aussi le fait que les organismes ne se parlaient pas beaucoup entre eux au sujet des solutions à long-terme et qu’il y avait une certaine déresponsabilisation de la ville de Québec face aux réfugiés. Ces difficultés, combinées au fait que les communautés de réfugiés népalais sont tricotées serrées, ont favorisé encore davantage leur départ. Pourtant, ce n’est pas faute d’efforts : « Ce sont souvent des gens qui ont travaillé fort durant trois, quatre ans pour se refaire une vie ici». En somme, l’intégration à long terme est une faille majeure du système québécois concernant les réfugiés : « C’est le grand constat [de mes recherches] », déclare-t-elle.

En revanche, les différents réfugiés qui arrivent aujourd’hui à Québec sont très bien reçus, selon elle. Les organismes communautaires sont organisés adéquatement en cette matière. Ils disposent de ressources pour l’accueil immédiat et possèdent une certaine expertise, développée à travers les années. Ce n’est qu’après cet accueil que les réfugiés « sont laissés à eux-mêmes ».

Diversité des réfugiés

Madame Porter a également découvert le visage très diversifié des réfugiés. Elle a notamment pu constater que pour plusieurs, l’exil ne constituait pas l’entrave majeure à leur intégration. Cela dépendait souvent de leur origine. Par exemple, les réfugiés népalais n’avaient pas vécu de grands traumatismes avant d’arriver. La langue était donc la barrière la plus importante, devant les autres défis liés à l’intégration. Pourtant, note-t-elle, malgré toutes ces difficultés, ils parvenaient à rester motivés.

Réaction des québécois

En ce qui concerne la population, Isabelle Porter mentionne qu’il est difficile d’identifier précisément ce que les gens pensent vraiment à propos des réfugiés. Elle croit que nous avons assisté à des réactions extrêmes, mais que les commentaires négatifs sur les réfugiés ne représentent pas la majorité des opinions. Qui plus est, Isabelle Porter considère que par le biais de son travail et de ses recherches, elle contribue, en quelque sorte, à sensibiliser les gens à la cause des réfugiés. Pour elle, s’imaginer en tant que réfugié, « c’est un exercice que les gens ne font pas suffisamment ». C’est pourquoi elle tente, à travers ses articles, de rejoindre à la fois les réfugiés et les Québécois d’origine. Elle favorise une approche qui permet aux Québécois de se reconnaître à travers ses propos, et donc de les sensibiliser davantage à ce que vivent les réfugiés.

Son message pour les Québécois qui s’inquiètent de l’arrivée des réfugiés dans la ville de Québec? Tout d’abord de lire ses articles. Ensuite, de se renseigner sur ces gens. Le sujet des réfugiés est riche et intéressant. Leurs histoires de vie sont souvent uniques et captivantes pour ceux qui sont prêts à tendre l’oreille. Il faut dépasser les stéréotypes.

Article d’Isabelle Porter

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