46 Simone X., bénévole au Centre multiethnique de Québec

Catherine Ouellet

Simone (pseudonyme) a 19 ans. Elle terminera bientôt une technique en biologie au cégep de Sainte-Foy. Depuis bientôt un an, le mercredi soir, Simone se rend au Centre multiethnique de Québec afin d’animer une variété d’ateliers. Ce sont les plus jeunes – les 0 à 6 ans, généralement – qui participent à ces différentes activités. Amoureuse des jeunes enfants, de leur folie et de leur naïveté, elle ne voit pas son activité bénévole comme une corvée. Au contraire, elle semble s’y plaire énormément. Voici le portrait d’une jeune femme engagée.

S’impliquer socialement

Si c’est sa cousine, travailleuse sociale au Centre multiethnique de Québec, qui lui a d’abord proposé de venir s’impliquer au Centre, c’est surtout parce que Simone adore les jeunes et qu’elle s’intéresse particulièrement aux autres cultures qu’elle a tout de suite accepté. « Je trouve agréable de partager avec eux notre culture, afin de les aider à mieux s’intégrer. C’est très important pour moi, l’accueil dans un nouveau pays », précise-t-elle.

Avant de s’impliquer au Centre multiethnique de Québec, Simone a donné des cours de ski de fond à des jeunes. Elle a également eu l’occasion d’accompagner sa mère et sa sœur et faire de l’aide aux devoirs dans des HLM de Québec. Grâce à ces expériences, la jeune femme de 19 ans a été en contact avec des jeunes, notamment des jeunes immigrants. « J’adore travailler avec eux, ils sont tellement agréables », mentionne-t-elle.

Activités motrices pour le développement des enfants

Au Centre multiethnique, Simone anime principalement des ateliers de psychomotricité. Grâce à différents jeux, elle tente d’aider les jeunes enfants à développer leurs fonctions motrices et encourage surtout les parents à contribuer, par ces différentes activités, au développement de leur enfant. « La salle de jeu est restreinte, alors ce n’est pas toujours évident. Il faut faire preuve de créativité et d’initiative », explique-t-elle en souriant. Tous ne parlent souvent pas français ni même l’anglais. Rallier tout le monde autour d’une même activité peut parfois devenir un important défi! Elle mentionne d’ailleurs que certains bénévoles semblent quelquefois légèrement déstabilisés, ne sachant pas trop comment s’y prendre. Pour la jeune femme, au contraire, tout semble naturel. Avec les enfants, d’ailleurs, il suffit souvent de mimer quelque chose ou de rire pour les rassembler.

Même si ce sont des gens qui viennent d’arriver, je ne me sens pas du tout en terre inconnue. J’aime être avec eux et je me sens complètement à ma place.

Discours médiatique et préjugés

La jeune femme est quelque peu découragée du discours péjoratif qu’on entend parfois dans les médias. « On pense souvent qu’ils s’intègrent mal, qu’ils s’autoghettoïsent… On ne peut pas dire ça. C’est tellement difficile, on ne peut pas les juger. Ils arrivent dans quelque chose de complètement nouveau, ils n’ont pas choisi d’être ici », explique-t-elle. Selon Simone, plus d’activités devraient permettre aux immigrants et réfugiés de créer des liens avec les Québécois. Le contact avec l’Autre permettrait sans doute l’abolition de nombreux préjugés, selon la jeune femme. « Quand tu n’es pas près d’une réalité, c’est facile d’avoir des jugements. Être plus près de la réalité nous permet d’avoir un regard plus nuancé », ajoute-t-elle.

Ce qu’être bénévole lui apporte

Elle aime particulièrement le côté humain de son expérience bénévole et trouve toujours extrêmement riches les contacts qu’elle réussit à créer avec les réfugiés.

Ils ont tellement tous des parcours de vie différents. C’est vraiment enrichissant de pouvoir discuter avec eux et ça aide aussi à avoir un esprit beaucoup plus ouvert.

La jeune femme ne voit pas véritablement son activité comme une aide unilatérale. Pour elle, cette expérience de bénévolat est un véritable échange interculturel, une occasion de partager sur soi, tout en apprenant sur l’Autre.

C’est plus qu’aider. J’apprends d’eux autant qu’ils apprennent de moi.

Leur bagage de vie unique, les différentes cultures d’où ces gens proviennent… tous ces facteurs en font des personnes avec une histoire à raconter extrêmement riche. Elle témoigne apprendre énormément avec les gens du Centre, avec qui les contacts créés sont précieux.

« L’ouverture, l’environnement, la liberté, le respect » : voici quelques-unes des valeurs fondamentales de cette jeune femme, valeurs qui expliquent notamment son dévouement envers les personnes immigrantes et réfugiées. L’« ouverture » pour l’ouverture d’esprit, pour l’ouverture envers les autres cultures, pour l’ouverture envers l’Autre de manière plus générale. Selon elle, il est plus que fondamental d’apprendre à accepter, voire aimer les différences d’autrui. L’ouverture est donc une valeur importante pour la jeune femme, qui lui permet d’apprécier cette activité bénévole vécue comme un véritable échange, un partage de cultures.

« Ouverture » également, car on ne peut pas tirer de généralités du parcours de chacun. « La seule généralité qu’on peut tirer, c’est qu’ils ont des parcours de vie tous uniques », lance-t-elle à la blague. L’ouverture est donc aussi cette disposition à écouter l’Autre, à l’accepter et l’apprécier avec son bagage de vie propre et ses différences.

L’« environnement », puisque Simone est également une mordue de plein air, de nature et d’activités hivernales.

Le Centre est près de la rivière Saint-Charles. Il y a tellement de potentiel. Il y a tellement d’activités qu’on pourrait faire pour leur faire profiter de la beauté de la nature. Je trouve ça dommage, parfois, de ne pas être en mesure de leur faire profiter davantage de l’extérieur! C’est tellement facile d’aimer l’hiver!

Simone aimerait pouvoir les emmener davantage à l’extérieur, leur en apprendre sur leur nouvel environnement, leur donner le goût des saisons! D’autant plus que plusieurs personnes immigrantes et réfugiées arrivent pendant l’hiver et que certains d’entre eux ont une crainte du froid, explique-t-elle. « Je trouve ça tellement important qu’ils aient du plaisir à vivre ici ». Elle aimerait pouvoir faire profiter davantage de la nature aux personnes nouvellement arrivées, leur montrer à aimer l’hiver, leur montrer toutes les activités extérieures possibles lors de cette saison. Elle aimerait pouvoir transmettre à ces gens son amour pour la nature et le plein air. Évidemment, en matière de gestion, c’est plus compliqué. Avec l’arrivée massive de réfugiés syriens, par exemple, le Centre multiethnique ne sait plus où donner de la tête. « Et si on veut faire du patin, par exemple, il faut louer des patins pour tout le monde! Ce n’est donc pas toujours évident, mais si je pouvais, j’aimerais tellement en faire plus », explique-t-elle.

La « liberté » est une autre de ses valeurs centrales. Les gens qui arrivent ici doivent savoir un peu comment la vie fonctionne, être au courant de ce qu’ils peuvent faire et de ce qu’ils ne peuvent pas faire. Ils doivent être au courant de ce à quoi ils ont droit, des libertés fondamentales qui leur appartiennent. « Il faut leur montrer tout ce qu’on peut faire ici! », explique la jeune femme. Car c’est aussi ça, la liberté! Comment peut-on être libre quand on ne comprend rien d’une nouvelle culture? Quand on ne peut même pas, à cause de la barrière de la langue, acheter par nous-mêmes des produits aussi essentiels que du savon à lessive? Selon elle, il est fondamental d’aider ces gens à s’intégrer dans leur nouveau pays afin de leur donner des repères, de leur expliquer comment tout fonctionne, de les accompagner dans ce processus. Selon la jeune femme, la liberté, c’est aussi ça. Et cette liberté est plus qu’essentielle.

Finalement, « le respect » est une valeur à laquelle elle accorde une énorme importance. Concrètement, lors de son activité bénévole, le respect se manifeste surtout dans le respect des limites de l’Autre, notamment le respect de la vitesse d’adaptation de chacun. « Oui, on essaye de faire des activités et de leur montrer des choses, mais quand la personne n’est pas prête ou n’a pas envie de participer, il faut respecter ça aussi. Chacun a son rythme et c’est correct comme ça », mentionne Simone. Le respect, c’est donc ne pas brusquer l’Autre, lui laisser le temps qu’il faut pour s’adapter à sa nouvelle vie. Essayer de se mettre à sa place. Elle accorde une grande importance au respect, valeur autour de laquelle doivent se bâtir les relations qui unissent les personnes réfugiées et immigrantes avec les bénévoles du Centre.

Jeune femme engagée dans son milieu communautaire, amoureuse des différentes cultures, des enfants et de la nature, Simone est donc comme un véritable poisson dans l’eau dans son rôle de bénévole au Centre multiethnique de Québec. Elle est à l’aise avec ces personnes qui ne parlent pas toujours sa langue et trouve plus que fondamental de les aider à apprendre comment tout fonctionne dans leur nouvelle vie. Finalement, selon elle, un contact plus fréquent avec ces gens est certainement un des moyens pour abolir les frontières et les préjugés qui, parfois, nous séparent.

Centre multiethnique de Québec

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