44 Serge Khoury

Lindsay Gueï

Serge a 25 ans. Il est originaire du Liban. Il y a passé toute son enfance et adolescence avant d’immigrer au Canada. Ici, il a fait une double maîtrise en architecture et design urbain à l’Université Laval. Cela fait maintenant deux ans qu’il est à Québec.

Adaptation au Québec

Tout d’abord, la première chose qui l’a marqué à son arrivée est la langue. Il n’avait jamais été confronté à l’accent québécois et ne comprenait pas toujours ce que les gens lui disaient. Depuis sa naissance, il avait appris le français dit « international » et les variantes québécoises étaient quelque peu inattendues. Une vraie découverte!

Au niveau culturel, il expliqua qu’il a dû vraiment prendre son temps afin de comprendre comment les gens réagissaient afin de ne pas mal interpréter les situations auxquelles il était confronté. Il voulait comprendre et comparer ce qui est toléré ou pas dans la culture québécoise et la culture libanaise. Il lui a fallu quatre mois pour s’adapter culturellement.

Il a rapidement réussi à trouver des repères dans la ville, ce qu’il désigne par « adaptation géographique ». C’est vrai que tout le monde n’a pas le sens de l’orientation et n’a pas la même facilité d’adaptation pour se déplacer. En effet, il étudie à l’école d’Architecture dans l’édifice du Vieux-Séminaire de Québec, qui se situe dans le Vieux-Québec. Une chance pour lui, car il doit prendre le bus qui passe assez fréquemment, sans besoin de correspondance.

Il raconte avec humour qu’il rentrait un soir chez lui, très épuisé, au point qu’il s’est trompé de sens. Il est arrivé à Charlesbourg sans vraiment comprendre comment et il a expliqué son problème au chauffeur de l’autobus qui, très gentiment et avec courtoisie, lui a indiqué le chemin du retour. Il a finalement mis trois fois plus de temps que prévu pour rentrer chez lui!

Concernant le climat, il considère qu’il est possible de s’habituer, mais qu’on ne peut jamais totalement s’adapter.

Entre Québec et Beyrouth

La famille occupe une place centrale dans la vie de Serge. Il doit tenir compte des sept heures de décalage horaire entre Beyrouth et Québec pour pouvoir communiquer avec les siens, chose très difficile pour lui-même et sa famille restée au pays. Il doit rester éveillé assez tard dans la nuit, ou alors se lever très tôt, et il en est de même pour ses parents au Liban. Pour aller en vacances, il trouve que c’est aussi assez ardu, car le voyage est très long. C’est la raison pour laquelle il priorise la session d’été pour aller se ressourcer chez lui. Deux semaines ne suffisent pas vraiment et ne valent pas la peine pour toute cette distance.

Opportunités et réalités

La quête d’opportunité est l’une des motivations qui ont poussé Serge à venir ici.

C’est difficile de trouver un travail, peu importe le domaine, mais c’est surtout le système et les lois qui bloquent les immigrants. J’ai eu plusieurs entrevues, mais mon statut d’étudiant étranger m’empêche d’aller plus loin. Je peux juste avoir un stage, pas un travail.

Il a trouvé un petit boulot sur le campus et il s’en contente en attendant de trouver une meilleure opportunité.

En ce qui concerne les valeurs québécoises qu’il apprécie le plus, mentionnons le respect de la vie privée. Les Québécois ne demandent pas trop de choses personnelles et sont assez réservés par rapport à cela, et c’est quelque chose qui lui plait beaucoup. Par contre, la vie sociale québécoise lui plait vraiment moins. Il raconte que sa culture est très différente, que ce soit au niveau des interactions sociales ou de la communication. Il trouve par ailleurs que les gens sont plus ouverts à Montréal qu’à Québec.

Vie actuelle à Québec

Pour le moment, il n’a pas trouvé d’emploi dans son domaine. Il espère rentrer au Liban à la fin de ses études. Par contre, si une opportunité se présente, il pourrait revoir sa décision.

Il est dit être plus proche des étrangers que des Québécois. Le type de relations entretenues est différent. Ses relations dites « amicales » sont généralement entretenues avec des étrangers, alors que les relations de « travail » se font avec les Québécois. Avec les étrangers, il a même l’impression que l’union s’est formée parce qu’ils partagent tous ce même sentiment, celui d’être différent. Cependant, il a trouvé des amis québécois, originaires des régions proches de Montréal, en général très ouverts d’esprit. Ça lui permet de partager sa culture, car ils aiment en apprendre un peu plus sur son pays et ses origines. Ils ne sont pas très proches, mais au moins la glace est brisée.

Son Liban stéréotypé

Il trouve que les habitants de Québec ne connaissent pas les différences entre les pays arabes. Ils pensent qu’ils sont tous pareils. Ils ne savent pas que la population libanaise comprend des musulmans, mais aussi des chrétiens. Il explique qu’ils « sont choqués par le fait que je m’appelle Serge et que je sois orthodoxe. L’un de mes professeurs pensait que j’avais changé de prénom avant d’arriver ici ».

Serge explique que l’islamophobie est très présent dans les médias. Il trouve qu’ils exagèrent sur l’islamisme radical et le généralisent alors que ce n’est pas forcément la réalité ambiante. Il considère que plusieurs font du profilage racial. On confond les Libanais et on les prend tous pour des Arabes. Cela ne le dérange pas, mais il trouve injuste d’être considéré comme l’arabe extrémiste stéréotypé présenté dans les médias. C’est la raison pour laquelle il aimerait que les gens soient un peu plus informés sur le Moyen-Orient. Par ailleurs, le Liban, l’Espagne, la Grèce, la Turquie et le pourtour de la mer Méditerranée appartiennent non pas au Moyen-Orient, mais à la communauté méditerranéenne. Peu de gens le savent et il aimerait que les confusions diminuent.

Message aux futurs immigrés

Pour faciliter les expériences à venir des personnes qui aimeraient immigrer à Québec, Serge recommande fortement d’effectuer des recherches avant le départ et d’en apprendre davantage sur la vie au Québec, la culture, etc.

Il pense qu’il serait utile d’offrir des cours aux québécois sur les cultures étrangères, car « pour les gens d’ici, le Liban c’est un désert avec des chameaux. Alors qu’il y a la neige, la mer et le secteur du tourisme y est assez développé ».

Message aux Québécois

On cherche juste quelque chose de meilleur qu’on n’a pas chez nous, surtout au niveau de la stabilité, de la qualité de l’enseignement, au niveau social. On cherche un endroit où on peut s’épanouir.

Ainsi, les immigrants ne sont pas là pour causer du tort aux habitants de Québec, ils viennent parce qu’ils savent qu’ils pourront trouver de meilleures opportunités de vie que celles offertes dans leurs pays d’origine.

Anecdote

Serge rappelle qu’il y a eu une guerre civile au Liban et que c’est la raison pour laquelle les Libanais ont beaucoup émigré. Ils sont environ 23 millions à l’extérieur (prenant en compte les descendants) de leur pays, notamment en Italie, au Brésil ou encore au Canada, contre 4 millions au pays. « Même l’actuel président brésilien, Michel Temer, est d’origine libanaise », dit-il en riant.

Photo de graduation 2017 de l’École d’architecture

 

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