29 Marocaine du Canada

Andréanne Fleurant

Où il y a l’amour, il y a la paix.

Marocaine du Canada, 22 ans, est née à Rabat, la capitale du Maroc. Elle vit depuis cinq ans à Québec et elle complète actuellement son baccalauréat en actuariat à l’Université Laval.

Son arrivée au Québec

Marocaine du Canada décida de quitter son pays à 17 ans après avoir terminé ses études secondaires. Comme sa sœur et des cousins résidaient déjà à Québec, le choix de sa ville d’adoption fut évident. De plus, elle voulait étudier en actuariat et le cheminement était plus simple au Québec. En effet, si elle devait continuer au Maroc, il lui aurait fallu faire une licence en mathématiques et, ensuite, une maîtrise en actuariat. En Europe, les exigences auraient été les mêmes qu’au Maroc alors qu’ici, elle avait la possibilité de faire immédiatement un baccalauréat en actuariat.

Elle arriva en été, son cousin de Québec l’accueillit. Elle habita chez lui pendant quelques jours avant de prendre sa chambre en résidence. Comme elle avait sa sœur et ses cousins déjà établis ici, son arrivée fut plus facile. Son intégration à l’Université se passa bien puisqu’elle habitait aux résidences et qu’elle y rencontra beaucoup de gens. Par contre, ses premières journées furent plus difficiles à cause de la langue. Elle ne comprenait pas toujours ce que les professeurs disaient.

À son arrivée, elle trouva le climat convenable, mais par la suite, elle ne s’attendait pas à des températures aussi froides.

J’étais déjà venue ici en vacances en novembre et je trouvais qu’il faisait vraiment froid. Quand l’hiver est arrivé, c’était quelque chose de rude. C’était vraiment froid, pas comme au Maroc.

En outre, elle n’a pas été victime d’actes de racisme ni de discrimination : « Il y a certaines choses qui sont arrivées, mais je ne dirais pas que c’était du racisme ou de la discrimination. ». Certaines personnes pensaient qu’elle était québécoise, car au début, elle avait un accent très français. De plus, lorsqu’elle ne parlait pas, ils ne savaient pas d’où elle venait, donc elle se le faisait souvent demander.

Ses premières impressions des Québécois

Marocaine du Canada aime le côté chaleureux des Québécois. Lorsqu’elle commença à travailler ici, elle sentit le côté généreux et chaleureux des gens. Cependant, elle ne sentit pas la même chose à l’Université, car elle trouvait les autres étudiants renfermés sur eux-mêmes : « Je suis ouverte aux autres cultures, mais lorsque je suis arrivée ici, j’ai trouvé qu’ils étaient vraiment renfermés. Ils fonctionnaient entre eux, en petit groupe. ». Par contre, en voyageant à Montréal, elle perçut la différence avec Québec. Elle trouve encore qu’à Montréal, les gens sont beaucoup plus ouverts d’esprit pour accepter la différence.

Sa vie aujourd’hui

Marocaine du Canada se sent bien intégrée actuellement. Elle occupait un emploi chez Desjardins Sécurité Financière jusqu’à tout récemment. Elle a des amis québécois, mais garde toujours un lien avec son pays d’origine.

La grande majorité de ma famille est encore au Maroc et des amis aussi, donc je n’ai jamais coupé le lien. J’ai aussi des amis ici qui viennent du Maroc et on se rencontre, donc j’ai toujours le lien. Je ne dirai jamais que j’ai coupé ma relation avec ma culture.

Regards croisés des Québécois

Au fil des années, elle rencontra beaucoup de personnes qui lui demandèrent d’où elle venait et qui commençaient à lui parler du Maroc. Elle était surprise d’apprendre que beaucoup des gens qui l’approchaient avaient déjà visité le Maroc et qu’ils aimaient la culture. Marocaine du Canada trouvait cela génial, elle aimait en parler avec eux. À l’inverse, elle rencontra également des gens qui ne savaient pas où le Maroc se situait, mais c’était une faible majorité.

Les Québécois n’ont pas tous la même perception des immigrants arabes et elle est en est bien consciente. Selon elle, les gens se fient trop à ce qu’ils voient, écoutent ou lisent dans les médias.

Il faut lire pour s’informer et non croire tout ce qu’on peut voir et entendre dans les médias. Il ne faut pas avoir de fausses idées et des stéréotypes dès le début parce qu’on ne va jamais avancer comme ça. Les attentats qu’on peut voir, ce sont des choses faites par des extrémistes et nous, la majorité des musulmans, nous sommes contre ça.

Le voile, une question de choix

Au travail, Marocaine du Canada ne porte pas le voile. Pour elle, chaque personne a le choix de mettre le voile ou de ne pas le mettre. D’ailleurs, sa mère et sa grand-mère ne le portent pas, mais sa tante le porte. « C’est faux de dire qu’au Maroc tout le monde porte un voile. C’est un stéréotype », dit-elle. De plus, si une personne décide de le porter, elle doit le porter partout.

 Si elle porte le voile au Maroc, elle doit le porter au Canada, par exemple.

Par ailleurs, selon elle, la religion n’oblige pas les femmes à porter le voile, mais elle leur donne le choix.

Il n’y a rien qui dit que celle qui ne porte pas le voile n’est pas musulmane. Par contre, il y a peut-être des gens, s’appuyant sur le Coran, qui vous diront que tout le monde doit porter le voile. Il y a des extrémistes et des personnes qui sont plus ouvertes. La religion n’est pas stricte. Elle donne le choix aux gens. Le port du voile est personnel à chacun et ça va avec la personnalité de la personne.

En outre, le stéréotype du père ou du conjoint qui oblige ses filles ou sa femme à porter le voile est faux au Maroc, mais il peut être vrai ailleurs. La mentalité des pays situés au nord de l’Afrique (Maroc, Tunisie et Algérie) semble plus ouverte qu’en Arabie Saoudite, par exemple, où le père peut obliger sa fille et sa femme à porter un voile.

Sa recommandation pour les futurs immigrants

En tant qu’étudiante, Marocaine du Canada conseille aux futurs étudiants d’habiter en résidence avant d’habiter en appartement, car il est plus facile de s’intégrer ainsi. Cela lui a permis de rencontrer beaucoup de monde et de s’intégrer beaucoup plus rapidement.

 Il faut parler aux gens. Je dirais que l’intégration commence par soi-même. Il faut que tu décides de ne pas rester seul, de parler aux gens, de faire des activités et de vivre des expériences pour rencontrer des gens.

Déboulonne les mythes

Marocaine du Canada a tenu à lever les équivoques sur certaines questions qui alimentent encore les préjugés des Québécois.

Par exemple, le niqab et la burka sont des habits musulmans, mais ils sont rarement portés au Maroc et le Coran ne l’oblige pas. Le port de ces habits est un choix personnel. Aussi, au contraire, les femmes qui visitent le Maroc doivent s’adapter à certaines choses, mais elles n’ont pas à porter le voile.

Le Maroc n’est pas seulement le désert du Sahara et les Marocains ne font pas que se promener à dos de chameau. Ils vivent en ville, ils ont des écoles, etc.

Ce n’est pas vrai que l’homme peut se marier avec sept femmes. Le Coran dit qu’ils peuvent se marier avec quatre femmes, mais que la première femme doit accepter. D’ailleurs, personne dans sa famille n’est marié à plus d’une femme. En Tunisie, il y a même une loi qui interdit la polygamie.

En résumé, les gens devraient s’informer sur les autres cultures et arrêter d’avoir des préjugés envers les Arabes.

Photo du Maroc. Crédit : Marocaine du Canada

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