15 Bouthaina X.

Marie-Clara Rousseau

Du Maroc à Québec

Bouthaina a 22 ans, elle est au Québec depuis 20 ans. Elle a quitté le Maroc avec son père, sa mère et sa sœur. L’adaptation au Québec se passa bien. Les parents de Bouthaina étaient venus à plusieurs reprises au Québec avant de prendre la décision d’y habiter. En fait, la mère de celle-ci avait deux frères déjà installés au Québec dans les années 90, pour les études. La famille avait donc choisi le Québec, car elle avait de la famille prête à l’accueillir et à faciliter son intégration. Les frères de sa mère avaient habité dans certaines villes comme Montréal auparavant, mais avaient finalement préféré Québec. Les parents de Bouthaina voyaient le Québec comme un rêve de jeunesse, une place où il faisait bon vivre, selon ce qui se racontait dans la famille. Ils ont attendu quelques années avant de faire le grand saut.

L’arrivée et l’adaptation

À leur arrivée, ils furent accueillis par les proches parents, donc la transition se passa très bien. L’adaptation fut également une réussite au niveau de la langue, puisque la deuxième langue du Maroc est le français. De façon très naturelle, ils se firent rapidement des amis et les parents de Bouthaina bâtirent un projet de vie pour leur famille. Aussi, il a été facile pour ses parents de se trouver un emploi. Le plus difficile fut de s’adapter au climat. Toute la famille avait toujours été jusque-là habituée à de chaudes températures et n’avait jamais vu de la neige en aussi grande quantité.

La famille remarqua dès son arrivée que les rapports humains et les rapports familiaux étaient extrêmement différents, de même que l’expression de l’hospitalité chez les gens. Au Maroc, il est normal de laisser entrer les gens facilement chez soi. C’est même considéré comme un honneur. Les gens vous accueillent au premier contact et vous traitent comme des rois. D’autre part, la famille est extrêmement importante. Elle l’est aussi dans plusieurs foyers québécois, mais elle est littéralement viscérale au Maroc. Le rapport avec l’argent est aussi très différent. Au Maroc, il est tabou de parler de prix ou de parler de ses biens. Bouthaina mentionne comme exemple que les Marocains ne diront jamais si quelque chose est dispendieux ou pas, comme les Québécois le font de façon naturelle. La sympathie des gens, l’accueil chaleureux et la courtoisie sont des valeurs québécoises qu’on retrouve également au Maroc. Cette similitude dans l’approche face à l’autre a également aidé l’adaptation de la famille.

Le Québec : un choix éclairé

Au final, la perspective de plusieurs avantages offerts au Québec et la courtoisie de ses habitants amenèrent la famille à y rester : la simplicité et l’accessibilité des services publics, des services de santé et de sécurité, les gens en général, mais également ceux qui sont devenus de très bons amis, les conditions de travail (salaire, assurances, etc.), le système d’éducation, etc.

Liens entre terre d’accueil et terre de naissance

Aujourd’hui, après 20 ans, le lien avec le Maroc demeure toujours aussi fort pour cette famille. Chaque année, la famille essaie d’y retourner afin de revoir des membres de la famille encore là-bas et de renouer avec leurs racines pour ne pas les oublier. D’emblée, Bouthaina affirme que le Québec, leur terre d’adoption, sera toujours leur maison. Les parents de Bouthaina adorent le Maroc, mais ils ont toujours besoin de revenir dans la Capitale-Nationale, dans leurs affaires, leur routine quotidienne, leur travail, les loisirs et les amis.

La perception des Québécois face à la communauté arabe

Pour Bouthaina, la perception dépend de l’endroit où on se trouve au Québec. Elle croit que les Québécois de la ville de Québec créent beaucoup d’amalgames en lien avec les personnes arabes. Entre autres, ils sont moins ouverts d’esprit et mal informés, comparativement aux gens de Montréal, par exemple. Évidemment, il y a une moins grande communauté arabo-musulmane à Québec qu’à Montréal, si bien que les gens comprennent moins ou acceptent moins bien les différences. Elle désire avant tout que sa communauté soit reconnue comme étant une communauté à part entière, comme toutes les autres. Bouthaina désire que les Québécois acceptent la différence et la diversité.

Comment faciliter l’accueil des immigrants?

Pour faciliter les expériences d’immigration, la jeune femme croit que les efforts sont à déployer des deux côtés. Autant le pays d’accueil que les immigrants doivent s’adapter et faire des efforts. Elle admet que certains immigrants oublient cette notion et que cela peut créer des conflits et développer des perceptions erronées. Toutefois, elle est persuadée qu’il s’agit d’une minorité. Aux Québécois qui s’inquiètent de l’arrivée des immigrants, elle demande de penser deux fois avant d’agir ou de juger.

Ouvrez votre cœur et prenez le temps d’écouter votre prochain, puisque vous réaliserez que la différence est un cadeau et une richesse en tant que personne, elle vous fera grandir et vous rendra certainement meilleur.

Chaque famille, chaque immigrant vit une histoire d’amour pour son pays d’accueil. Il est donc inconcevable que la haine puisse être développée envers cette communauté sans prendre connaissance de leur histoire à chacun. Ils ont tout quitté pour des lendemains meilleurs, ils ont tout abandonné pour réaliser leur rêve. Ils ont fait un choix difficile, celui de quitter leur pays. Cette histoire est l’histoire « oubliée » des immigrants dont l’adaptation se fait très bien. C’est celle dont on ne parle pas. C’est cette majorité qui paie pour une minorité.

En facilitant l’adaptation des immigrants, nous augmentons en même temps leur désir de s’adapter. Comme le disait très bien Bouthaina, l’adaptation est un travail réciproque.

Les Marocains sont un peuple extrêmement tissé serré, un peu comme les Québécois.

Plage de Taghazout dans le sud du Maroc. Crédit : Bouthaina X.

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