48 Sarah Sfairy

Roxanne Angers

En rencontrant Sarah Sfairy, 21 ans, étudiante en médecine à l’Université Laval, on ne se doute pas qu’elle a vécu de grands changements tels qu’un déménagement rapide à l’autre bout de la planète. Elle a l’air d’une habitante de Québec comme les autres résidentes. Sarah a pourtant grandi à Rabieh, une ville au nord de Beyrouth, la capitale du Liban.

C’est au début de la guerre au Liban, en 2007, que Sarah Sfairy, âgée de 12 ans à l’époque, et sa famille quittèrent leur chez-soi pour une nouvelle vie au Canada. Ayant déjà entamé des démarches pour immigrer en 2001, les parents de Sarah reçurent un avis à la fin de l’automne 2006 disant qu’ils avaient jusqu’au mois d’octobre suivant pour quitter le pays. Avec le contexte de guerre qui rendait le Liban peu sécuritaire et aussi pour assurer de bonnes études à leurs filles, ils décidèrent de partir au mois de juillet 2007.

C’est ainsi que commencèrent la procédure et la préparation de leur départ vers le Canada! Avec le contexte de guerre qui se faisait de plus en plus présent, la famille de Sarah dut quitter un mois à l’avance, par peur que l’aéroport soit fermé en juillet. Même si elle avait hâte de voir son nouveau pays d’adoption, Sarah a trouvé plutôt difficile de quitter ses amis. En effet, le système d’éducation libanais faisait qu’elle allait à l’école avec les mêmes personnes depuis la maternelle. Quelques jours avant la fin de son année scolaire, Sarah et sa famille s’envolèrent vers Montréal.

L’arrivée

Ils furent accueillis par deux tantes qui habitaient la ville de Montréal. Sarah et sa famille vécurent trois mois chez une de ces tantes en attendant de trouver un nouveau logis.

Ayant étudié dans une école anglophone où elle avait aussi appris le français, l’adaptation de Sarah avec la langue ne fut pas trop difficile.

Le système d’éducation au Liban est plus difficile qu’au Québec. Arrivée ici, j’avais de la facilité à l’école.

L’ennui et l’hiver furent plus difficiles. L’hiver du Liban, c’est de la pluie et des températures de 10 degrés. L’hiver 2008 a fracassé des records en termes de quantité de neige tombée : ce premier hiver fut particulièrement marquant pour Sarah. L’arrivée fut moins facile pour ses parents qui étaient comptables au Liban, mais dont les diplômes n’ont pas été reconnus ici. Avec trois enfants à nourrir, il leur était difficile d’effectuer un retour à l’école. De plus, son père est anglophone et arabophone, ce qui fait qu’il devait se trouver un emploi adapté à cette situation. Heureusement, après quelque temps, les parents de Sarah trouvèrent un emploi dans leur domaine au sein de compagnies libanaises.

Les habitudes libanaises

Qui dit nouvelle vie, dit nouvelles habitudes! Mais à quel point? Évidemment, venir du Liban pour s’installer au Québec, c’est devoir s’adapter et faire plusieurs changements dans sa vie. Mais à la maison, est-ce toujours pareil?

Sarah parle arabe à la maison avec ses parents et ses sœurs. Sa mère cuisine encore de bons mets libanais, mais aussi des plats québécois comme le pâté chinois!

Aussi, Sarah m’a expliqué que vivre chez ses parents est perçu différemment par les Québécois et par ceux qui sont de culture arabe. En effet, partir de chez ses parents est bien plus difficile dans la culture libanaise puisque, en principe, on peut rester longtemps chez ses parents. Pourquoi? Parce que les familles sont vraiment unies.

La famille n’est pas divisée en personnes, c’est tout le monde qui est ensemble.

Par exemple, dans une famille québécoise, à partir d’un certain âge, tu t’occupes de tes propres dépenses, etc. Mais chez Sarah, ce n’est pas du tout comme ça. En effet, lorsqu’un des enfants travaille, les parents auront tendance à continuer à lui payer ce dont il a besoin puisque l’enfant travaille fort pour son argent et mérite de le garder. Par exemple, les cousins de Sarah qui vivent au Liban ont 24 ans, ils sont ingénieurs, ils travaillent et ils vivent encore chez leurs parents.

Ce n’est pas mal vu là-bas, c’est plutôt mal vu si un parent dit à son enfant de se débrouiller et de s’endetter pour payer ses études.

D’ailleurs, Sarah a quitté la maison de ses parents il y a trois ans pour venir étudier à Québec en médecine. Ça représentait une grosse étape pour elle, puisqu’elle est la première à quitter la maison familiale. De plus, ce n’est pas un secret, les étudiants en médecine ont droit à une grosse marge de crédit pour leurs études. Évidemment, son père a eu bien de la difficulté lorsqu’elle a fait une demande pour cette marge de crédit, car il ne voulait pas qu’elle s’endette. De même, lorsqu’elle est partie faire un stage de trois mois au Madagascar, ses parents voulaient payer pour son voyage.

Je garde encore les valeurs et la culture dans laquelle j’ai grandi. J’adopte aussi d’autres affaires d’ici.

Les différences au Québec

Sarah s’est rendu compte bien rapidement que la sociabilité au Liban et au Québec n’était pas la même.

Au Liban, que tu croises n’importe qui dans la rue, tout le monde va te saluer. Tu vas à l’épicerie et tous vont te faire une jasette.

Ici au Québec, la culture est différente, c’est plus individualiste, c’est chacun pour soi. De plus, au Liban, les gens habitent surtout dans des immeubles à logements, ce qui fait que les voisins se connaissent et se parlent davantage.

Sarah constate aussi un certain manque de spontanéité au Québec. Par exemple, lorsqu’elle habitait à Rabieh, au Liban, elle avait l’habitude de se rendre directement chez sa tante pour voir si elle était chez elle. Au Québec, elle ressent la nécessité d’appeler à l’avance pour voir si une personne est chez elle et pour demander si elle peut venir chez elle. La spontanéité du contact humain se perd et les gens sont coincés dans des emplois du temps chargés et des procédures formelles.

Sarah confirme qu’« il y a une certaine joie de vivre au Liban qui manque peut-être, ici au Québec ». Elle trouve que les gens sont plus heureux là-bas, qu’ils vivent très bien avec des ressources qui sont moins efficaces et présentes qu’ici. Les Libanais vont fêter chaque événement comme si c’était quelque chose de grand.

Sauter aux conclusions

Il est arrivé à Sarah de se faire demander par des inconnus de quelle origine elle est lorsqu’ils perçoivent son accent. Quand elle dit qu’elle vient du Liban, parfois les personnes ne connaissent pas beaucoup le pays. Sarah explique que les gens ne méprisent pas son pays d’origine, qu’ils en ont une bonne perception en général. En effet, des habitants de pays voisins viennent se réfugier au Liban, puisque c’est un pays paisible. Par exemple, plusieurs Syriens y sont réfugiés en ce moment.

Toutefois, les gens associent souvent le Liban à la religion musulmane. Pourtant, Sarah est de religion catholique et elle porte même une chaîne dans son cou avec une petite croix. Parfois, elle sent que les gens ne prêtent pas attention à ce détail ni lorsqu’elle raconte ses activités de Noël, Pâques ou lors d’un baptême. Les gens sont prompts à lui attribuer l’image clichée de l’Arabe musulmane, sans penser que ce ne sont pas tous les Arabes qui pratiquent l’islam. Elle pense que les gens devraient plus penser et observer avant de passer immédiatement à une conclusion de ce genre.

Et puis, finalement?

Sarah est une Québécoise d’adoption, toujours accrochée aux valeurs et habitudes de son pays natal. Tout ce qu’elle a vécu, peu importe où elle l’a vécu, la caractérise.

Ce n’est pas que je sois arabe, c’est plein de traits de personnalité qui font que je suis ce que je suis.

Crédit : Sarah et Roxanne

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