52 À la découverte de l’autre : réflexions et apprentissages

Comment les étudiantes et étudiants en communication publique qui ont réalisé ces portraits au cours de l’hiver 2017 ont-ils vécu cette expérience? Qu’ont-ils appris de leur participation au projet « Québec ville ouverte » dans le cadre de leur parcours universitaire? Ces rencontres ont-elles transformé leur perception des personnes immigrantes, du Québec, d’eux-mêmes et d’elles-mêmes? Voici quelques réponses, d’abord recueillies en équipe, puis individuellement, dans le journal de bord tenu par les étudiantes et les étudiants. Ces paroles sincères et directes prouvent hors de tout doute l’immense potentiel de la rencontre, de l’écoute et du dialogue pour lutter contre les préjugés et le racisme, ainsi que pour renforcer le désir de vivre ensemble.

Réflexions collectives

Ce projet nous a permis de mieux connaître la réalité des immigrants arabes à Québec, mais particulièrement de voir nos ressemblances avec eux. Nous avons été surprises par leur ouverture d’esprit, leur vision positive du Québec, leur joie d’habiter dans cette ville et leur volonté d’aller à la rencontre de ses habitants. Nous réalisons davantage maintenant l’impact des préjugés sur l’intégration et l’acceptation des nouveaux arrivants. Côtoyer des individus de nationalités différentes permet de constater que les idées préconçues que nous avons de certaines régions du monde sont complètement dépassées. Les pays évoluent, nos conceptions doivent le faire aussi.

Nous avons tous beaucoup à gagner à mieux connaître nos concitoyens d’origines variées. Les immigrants que nous avons rencontrés ont un vécu extraordinaire, une vision positive du Québec et des objectifs motivants. Les immigrants arabes portent le Québec dans leur cœur et y sont attachés. Il serait bénéfique de ne pas catégoriser les individus, et ce, concernant toutes les différences. Les préjugés relatifs à l’origine, à la couleur de peau, à l’orientation sexuelle, à la religion ou à toutes autres particularités sont tous les mêmes et contribuent à séparer les individus. Pour mieux vivre ensemble, il faut accepter les différences et rester ouvert, ce qui permet alors de constater toutes les ressemblances!

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Il peut parfois sembler facile de juger les nouveaux arrivants qui ne viennent pas du même milieu que nous. En partageant des moments avec ces gens d’une autre culture, il est alors possible d’en apprendre davantage sur notre personnalité. En effet, en allant à leur rencontre, nous avons appris à les connaître tout en y découvrant un nouvel aspect de notre personnalité.

En tant que citoyens et citoyennes de la ville de Québec, nous percevons trop souvent ces arrivants comme des menaces, et ce, en raison de l’effet des médias. Depuis quelques années, les médias véhiculent des messages de haine à l’égard des gens originaires des pays arabes. Nous savons désormais qu’il ne faut pas avoir peur de l’inconnu, car c’est cette ignorance qui nous empêche de s’ouvrir aux gens des autres cultures.

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Les rencontres que nous avons faites dans le cadre de ce projet nous ont permis d’entendre des témoignages touchants d’immigrants et de comprendre le processus par lequel ils sont passés en s’installant à Québec. Leur histoire est à la fois semblable et très différente. Par contre, ce qui ressort de cette expérience est une impression de malaise de notre part, durant les entrevues. Après en avoir discuté en équipe, nous avons réalisé qu’il y a une telle pression sociale à ne pas être raciste que nous ressentions un certain malaise à l’idée de poser des questions aux immigrants à propos de leurs origines, comme si c’était une insulte de s’intéresser à eux et à leur culture. Comme si nous devions plutôt prétendre que nous étions tous pareils pour éviter qu’ils se sentent mis de côté. Comme si le fait de nous intéresser à nos différences et de poser des questions sur la culture ou la religion de quelqu’un faisait de nous des personnes racistes. En réalité, ne serait-il pas plus raciste d’ignorer nos différences et d’éviter d’en parler plutôt que de s’intéresser aux origines des gens et de vouloir en apprendre plus sur eux? Il n’y a rien de mal à être curieux face aux autres cultures et que c’est en nous intéressant à celles-ci que nous réussirons à ouvrir nos horizons, à accepter les gens comme ils sont et à les inclure dans nos vies.

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La réalité d’immigrant peut sembler vague lorsqu’elle n’est pas la nôtre, mais le fait d’écouter des gens nous la raconter directement nous a permis de mieux la comprendre et de nous mettre à leur place.

C’est en allant vers l’autre que nous réussissons à vaincre notre peur des étrangers. Les gens ont tendance à avoir peur de l’inconnu, ce qui engendre des réactions défensives qui causent une fermeture d’esprit. Certains médias québécois contribuent à cette fermeture, c’est pourquoi il est important de rester critique par rapport à l’information qui circule. On priorise souvent le nombre de lecteurs et le nombre de clics au lieu de l’information vraie.

La majorité des immigrants ont le même désir que nous de constamment améliorer leur sort et d’évoluer au sein d’une société qui les accepte. Il est essentiel de se mettre à leur place avant de les juger ou de craindre pour notre sécurité. Il faut d’abord se demander pourquoi ils ont pris la décision de venir ici. La réalité de certains pays arabes n’est pas toujours rose, mieux comprendre les motifs de l’immigration nous permettrait de rester plus ouverts et compréhensifs.

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Souvent, nous n’imaginons pas tout le parcours qu’une personne en provenance d’un autre pays a vécu avant de se rendre ici. Cela nous a permis de nous placer dans un contexte d’acceptation de l’autre. On se rend compte que nous n’en connaissons pas assez sur le reste du monde et sur la réalité que les immigrants vivent. Notre devoir est de sensibiliser les gens autour de nous. Cela commence auprès de notre famille, de nos amis, de nos collègues de travail. Quand nous entendons une fausseté ou un commentaire raciste, il faut agir et dénoncer ces commentaires.

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Ces rencontres nous a permis de nous ouvrir à l’autre et d’en apprendre davantage sur la culture arabe, forte et très intéressante. L’aspect du vivre ensemble ressort beaucoup de ces entrevues. En effet, les Québécois doivent apprendre à vivre avec la différence, sans avoir peur. Il faut arrêter de se fier à ce qui se dit dans les médias. Toutefois, c’est un travail d’équipe. Le Québec doit apprendre à ouvrir ses horizons, mais les immigrants doivent aussi être patients et comprendre que l’intégration nécessite un certain temps.

Beaucoup de gens se basent sur les stéréotypes populaires et forment leurs propres préjugés sur des informations biaisées. Toutefois, il ne suffit que de prendre le temps. Prendre le temps de connaître, de s’informer afin de modifier ces croyances mal fondées. L’éducation ici est importante. C’est aussi en réfléchissant et en prenant le temps qu’on se rend compte que nous ne sommes pas si différents, que nous nous ressemblons. Nous sommes tous des personnes à part entière, qui partageons des idées et des valeurs. Nous pouvons facilement nous rapprocher des autres malgré nos différences, car celles-ci sont uniquement le reflet imposé de notre société. Nous devons simplement nous ouvrir. S’ouvrir à la différence, à l’inconnu, au doute et à la nouveauté. Tous ensemble, nous pouvons faire une différence.

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Il est facile d’affirmer être ouvert sur le monde, mais rares sont ceux qui s’intéressent réellement aux autres, d’autant plus lorsque ces autres personnes partagent différents points de vue et valeurs que les nôtres… À cet effet, le partage entre deux individus de cultures différentes est un processus vraiment fascinant qui peut nous apporter beaucoup.

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L’immigration est un sujet énormément médiatisé. Cela fait en sorte que nous entendons toute sorte d’opinions concernant les gens qui proviennent de régions extérieures au Québec. Nous avons pu voir l’autre côté de la médaille, celui qui est plus rarement adopté par le monde médiatique.

Nous avons pu voir que ces gens ont une plus grande influence sur notre quotidien que ce que nous croyons. Autrement dit, nous côtoyons des personnes immigrantes chaque jour et ils sont très proches de notre réalité. Au premier abord, certains Québécois pourraient penser qu’ils vivent de manière plus isolée, mais ce n’est pas vraiment le cas. Ce sont des gens qui s’intéressent au Québec et qui souhaitent donner à la province.

Il nous a été possible de constater que les personnes immigrantes qui correspondent plus aux stéréotypes associés aux personnes arabes vivent plus de racisme que les autres. Les femmes voilées en sont un exemple flagrant. D’autres témoignages nous font par contre penser le contraire.

La plupart des gens que nous avons rencontrés prennent les manifestations de racisme de la part des Québécois avec un grain de sel, puisqu’ils savent qu’il s’agit surtout d’ignorance. Ils pensent que le peuple québécois devrait ouvrir son esprit aux communautés arabes et aux autres immigrants. Il devrait aussi chercher à aller à leur rencontre plutôt que d’exiger leur départ sans raison valable comme c’est souvent le cas. Au bout du compte, les immigrants sont des êtres humains, comme nous tous.

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Les rencontres nous ont fait voir la vie des immigrants sous une nouvelle perspective. En effet, ils nous ont dévoilé leurs histoires sans censure, ce qui nous a fait réfléchir sur notre propre rapport aux autres en tant que Québécois. Nous avons réalisé que la vision du monde arabe véhiculée par nos médias s’avère complètement différente de la réalité. Nous avons rencontré des personnes extrêmement chaleureuses, sympathiques et ouvertes d’esprit. Elles étaient toutes prêtes à nous accueillir dans leur pays n’importe quand, un aspect très différent des gens d’ici qui sont souvent réticents à ouvrir leurs portes et beaucoup plus individualistes. Nous avons constaté que nous sommes très froids en comparaison avec les gens que nous avons rencontrés et ceux d’ailleurs dans le monde.

La solution principale pour rassurer les gens d’ici qui pourraient être craintifs face à l’arrivée d’immigrants est de prendre le temps de faire tomber les barrières et de s’ouvrir à l’autre. Un défi que nous avons rencontré lors de cet exercice a été de prendre conscience de nos préjugés, pas nécessairement négatifs, mais non conformes à la réalité, afin de ne pas les laisser teinter nos portraits.

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Le projet Québec arabe signifie pour nous une rupture des stéréotypes et des préjugés. Bons ou mauvais, la propagation de ces préjugés ou de ces stéréotypes ne fait que renforcer l’idée que le nous québécois est différent de l’autre, le nouvel arrivant. Ce projet nous a permis d’apprendre sur une autre culture qui, somme toute, ne diffère pas énormément de la nôtre. Chaque rencontre nous aide à briser le mur des cultures qui nous sépare et qui provoque tant de conflits dans le monde. Nous sortons de cette expérience avec la conviction d’aller vers l’autre plus que jamais. La conviction d’empêcher la propagation des préjugés et des stéréotypes. À la suite de la publication du livre, nous espérons que la population comprendra que l’immigrant ou le réfugié ne signifie pas l’ennemi, que la diversité culturelle représente la force de notre pays et que peu importe la culture ou le pays d’origine, chacun a sa place dans le nous de la communauté québécoise. Ultimement, nous espérons que la peur de l’inconnu laissera place à la découverte de la diversité.

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Les fausses croyances que nous portons tous ont tendance à contaminer la vision construite de la culture arabe, alors que celle-ci a tellement de choses à nous apprendre. La gentillesse, la clémence, l’amitié, la générosité, l’ouverture sur le monde ou encore l’intérêt pour l’autre a de quoi faire écarquiller nos yeux de nord-américains.

Force est d’admettre que nos vies filent à un rythme fou et que les relations sociales ne sont plus du tout favorisées. Prenons par exemple le transport en commun : personne ne se parle ou n’ose se regarder, ici, alors qu’ailleurs, le fait de se déplacer ensemble représente une opportunité de se connaître et de festoyer.

Il faut collectivement cesser de faire des amalgames et de promouvoir une image diabolisée de la communauté musulmane. Nous croyons bon de rappeler que l’extrémisme n’englobe pas toute une nation. La culture arabe, en soi, a beaucoup à offrir. Il faut lui ouvrir les bras en dépit du sensationnalisme médiatique.

Nous réalisons du même coup que le discours médiatique des radio-poubelles de Québec doit absolument être régulé. Nous ne devons plus entériner les propos racistes et antisémites de certains animateurs : nos communicateurs doivent faire un effort d’objectivité.

Témoignages individuels

Les préjugés

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