32 H.G. X.

Chloé Laliberté

Né à Merzouga, au Maroc, H.G. habite au Québec depuis près de neuf ans maintenant. Il est père d’une fille de deux ans et divorcé par deux fois, d’une Algérienne et d’une Québécoise. Arrivé en 2007, son intégration n’a pas été facile. Cependant, c’est un homme très impliqué, qui est constamment à la recherche de nouveaux défis. Évidemment, il a dû apprendre à vivre différemment que dans son pays d’origine. Ce qui lui manque le plus sont les valeurs d’accueil et de vivre ensemble en société.

Un peu d’histoire : sa vie avant le grand départ

H.G. vient d’une ville du désert connue mondialement par les touristes et même par les grandes vedettes hollywoodiennes pour ses incroyables couchers et levers de soleil, ainsi que ses gigantesques dunes de sable. En plus d’être réputée pour sa sérénité, cette ville est aussi reconnue pour ses habitants très accueillants. Là-bas, les immeubles et les maisons n’ont pas de porte : c’est une manière de dire aux autres qu’ils sont les bienvenus. La population travaille ensemble, et ce, pour le bien et le bonheur de tous.

Au Maroc, il était guide touristique international pour les francophones. Une de ses tâches était d’accompagner des groupes d’une cinquantaine de touristes provenant d’un peu partout : France, Belgique, Suisse… C’est seulement en 2005 que les Québécois commencèrent à venir visiter le Maroc. Il partit donc à la recherche de touristes québécois sur Internet, via les sites de voyages et les sites de rencontres. Évidemment, la peur de se faire aborder par un inconnu d’un autre pays était présente.

Son arrivée au Québec

À la recherche d’une nouvelle aventure, il se lança un défi personnel et décida d’aller travailler à l’étranger et d’y faire sa vie. C’est en septembre 2007 qu’il arriva au Québec, et ce, le dernier jour valide de son visa. C’était un départ sans retour. Heureusement, il put loger près d’un mois chez un bon ami habitant à Montréal et finaliser les derniers détails de son arrivée. Venu au Québec pour travailler et non pour « niaiser », il lui aura fallu quelque temps afin de recevoir les dernières informations lui permettant de travailler, comme son numéro d’assurance sociale par exemple.

Son premier emploi : apprendre à devenir manuel

C’est dans une usine de portes et fenêtres, que H.G. eut son premier emploi. Étant payé 12 $/h, il n’avait malheureusement pas les moyens de se déplacer en voiture et là où il vivait, les autobus n’étaient malheureusement pas disponibles. Sans budget, il dut acheter un vélo pour se déplacer.

J’ai adoré mon expérience parce que c’était un défi. Un défi parce que je suis venu ici pour vivre, pas pour être touriste. C’est-à-dire que je viens pour vivre même si je sais que je ne vais pas avoir d’argent au début, parce que si j’ai de l’argent dès le début, je ne vais pas aimer la vie.

Il commença sur une chaîne de montage où sa tâche consistait à visser des portes. Premier problème. « Tout est drillé ici », déclara-t-il, « je n’ai jamais fait ça! ». Il a donc dû apprendre comment tenir les outils, comment ils fonctionnaient. Au Maroc, travaillant dans le tourisme, s’il devait faire des travaux à la maison, il payait quelqu’un ou négociait des services. Au Québec, il a dû apprendre à devenir manuel. Il constata rapidement que les Québécois doivent savoir tout faire, car au Québec, la vie coûte cher.

 Au Maroc, avec un dollar canadien, tu peux acheter un demi-kilo de clémentines, un demi-litre de lait et une baguette de pain.

La discrimination professionnelle

Une fois la technique acquise, les patrons lui firent faire de la peinture. Toutefois, il rencontra certaines difficultés lorsqu’il dut travailler dans l’entrepôt pour déplacer les portes et les fenêtres. N’étant pas très costaud et ayant maintenant une tâche physiquement exigeante, le problème de la transpiration arriva. Avec la transpiration viennent les mauvaises odeurs! Ses collègues de travail se sont dès lors plaints à leur patron : « L’arabe pue! ». C’est à ce moment qu’il vécut sa première forme de discrimination.

Il quitta son emploi en 2008 pour aller travailler en tant que concierge, un emploi où il était bien payé et bien traité. Puis, en 2009, il commença un cours d’agent immobilier. Il remarqua rapidement que c’était très difficile, presque impossible pour les multiethniques et les immigrants de percer dans ce domaine.

À Québec, les gens ont peur : il est plus facile de faire confiance à un Québécois pur sang qu’à un homme avec un drôle de nom de famille.

H.G. a cependant réussi à percer, à se faire connaître grâce au réseautage qu’il considérait, et considère toujours, primordial à sa réussite. En 2012, il rencontra sa femme et déménagea à Montréal, là où elle habitait, pour y poursuivre sa carrière d’agent immobilier.

Ils se séparèrent quatre ans plus tard. Il recommença à neuf. Il décida donc de quitter son emploi en 2016 pour venir travailler dans la ville de Québec. Il dénicha, sur un site d’offres d’emploi, une usine œuvrant dans l’abattage, la transformation et la commercialisation de poulet. Il passa une entrevue et il fut finalement engagé. Il entreprit les démarches pour déménager près de l’usine et demanda un congé de trois jours afin de pouvoir s’installer de Montréal à Québec convenablement. Congé refusé, on lui offrit une journée seulement.

Il commença à travailler et, en parlant avec ses collègues, il remarqua une chose : à l’administration se trouvaient les blancs qui travaillaient de jour; à l’étage le plus bas se retrouvaient les noirs qui travaillaient de nuit à ramasser les excréments. Les seuls blancs travaillant la nuit étaient les chefs d’équipes. C’est en constatant cette injustice qu’il alla en discuter avec les membres de l’administration. À sa grande surprise, les patrons,  n’ayant pas aimé son intervention, le congédièrent immédiatement.

Ce qu’il aime du Québec

En plus d’aimer principalement l’histoire du Québec, il apprécie énormément qu’il n’y ait pas de sous-métiers. Ici, en général, on aime la personne pour ce qu’elle est : il n’est pas nécessaire d’avoir un métier prestigieux pour se faire accepter. Au contraire, dans les pays maghrébins, on aime la personne pour ce qu’elle possède. Les femmes cherchent la sécurité, elles s’occupent de la maison et de l’éducation des enfants, et les hommes ont la pression de ramener l’argent : « Les hommes, faut qu’ils se démerdent », déclare-t-il. H.G. explique toutefois qu’au Maroc, les hommes et les femmes se complètent, ce qui forme la clé du succès d’un couple. Ici, les hommes et les femmes peuvent vivre seuls et vivre très bien : c’est une des raisons pourquoi les couples durent moins longtemps, selon lui.

Un Québec changeant

Même si les médias ne consacrent que 60 secondes à l’actualité internationale, H.G. insiste sur le fait que le Québec commence à changer petit à petit. Internet offre maintenant au monde une opportunité énorme pour s’ouvrir davantage sur les différentes cultures, les différents pays. De plus, avec les récents événements qui se sont déroulés à la mosquée de Sainte-Foy en janvier dernier, il pense que c’est un nouveau départ pour la province. Cet incident a chamboulé le Québec entier. De là partiront de nouveaux mouvements, de nouveaux organismes.

 C’est bien de réveiller les Québécois.

Il explique aussi que les jeunes sont maintenant plongés dans le multiculturalisme malgré eux. C’est le cas, entre autres, des classes de cours où les groupes sont désormais formés d’étudiants québécois et d’étudiants provenant de divers pays. Ils sont confrontés à la diversité ethnique et religieuse chaque jour. Cela leur permet donc d’ouvrir tranquillement leur esprit et de réaliser que, finalement, ces personnes-là sont comme tout le monde.

Je crois au Québec qui est en train de changer. Je crois aux Québécois, car ils sont en train de changer de mentalité. C’est très difficile quand le monde ne voit pas ce qui se passe ailleurs.

Un homme impliqué pour sa culture

H.G. s’implique énormément dans la vie quotidienne afin d’expliquer et faire connaître la culture marocaine à la population québécoise. C’est sa mission. Lorsqu’il habitait Montréal, il commença à s’impliquer par le biais de la radio Internet. La radio étant la seule fenêtre pour parler aux Maghrébins, il eut près de 6 000 auditeurs de partout et à travers le monde chaque jour. C’était une station où ses coanimateurs provenaient de nombreux autres pays : en prenant chacun le relais, cela permettait de faire connaître le mode de vie de l’Orient jusqu’en Occident.

Aujourd’hui, à Québec, il a maintenant sa propre station de radio où il anime hebdomadairement. Son but est d’encourager les musulmans et les Maghrébins à venir habiter dans la région. En plus d’être beaucoup moins dispendieux, habiter en région permet une diversité plus grande, ce qui facilite le vivre ensemble entre les citoyens. Il travaille cependant sur le projet d’une radio multilingue qui serait en onde 24 h/24, pour démystifier les cultures et permettre une meilleure ouverture.

Il organise aussi beaucoup de soirées et de conférences dans la région de Québec. Il remarque toutefois que ce sont les individus les plus impliqués qui y assistent et il souhaiterait que les jeunes s’y présentent davantage.

Québec et le vivre ensemble

H.G. a rapidement remarqué, dès son arrivée, que les Québécois ne savaient pas ce qu’est le vivre ensemble. Pour lui, il est anormal que les locataires d’un même immeuble ne se disent pas bonjour et ne connaissent pas le nom de leurs voisins.

Le vivre ensemble, ça commence par un bonjour.

Il explique qu’au Maroc, le vivre ensemble est une habitude de vie, c’est inné.

Pour ajouter à son implication, et à la suite des événements de janvier 2017, il travaille présentement sur un Festival du vivre ensemble. On y présentera la culture du Maghreb sous tous ses angles : poètes, écrivains, artistes, cinéma, conférences, spectacles et plus encore.

Un message pour les jeunes

C’est bien de changer les choses dès maintenant. Entrez dans des partis politiques! Changez les choses! C’est ça que je demande à la jeunesse québécoise. Vous autres, c’est l’avenir.

Ne laisse pas les jeunes à l’écart la société, intégrez-les dans les vrais débats. Les jeunes ne sont pas intéressés à la politique. Mais si les jeunes ne sont pas intéressés à la politique, qui va gérer? Il faut s’impliquer pour pouvoir changer l’histoire.

Maroc. Source : https://www.iha.fr/location-maison-merzouga_35768

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