2 Meryem X.

Magali Langlois

Meryem X., étudiante marocaine au doctorat en communication publique, est une femme sensible et authentique qui m’a fait part de son parcours migratoire d’un pays arabe à la ville de Québec.

Le départ du Maroc

Dès son plus jeune âge, Meryem s’est toujours identifiée davantage à la culture française qu’à la culture marocaine. Elle a toujours parlé français à la maison et a même fait l’école française. Elle a appris à parler français avant d’apprendre à parler arabe et indique même qu’aujourd’hui, elle ne sait ni lire ni écrire en arabe. Lorsqu’elle était au Maroc, Meryem n’avait jamais pensé qu’elle immigrerait au Québec un jour. C’est son père qui lui recommanda de faire ses études supérieures au Canada. « Il a compris avant moi que je n’étais pas faite pour vivre au Maroc, que j’étais trop ouverte d’esprit pour vivre au Maroc ». Au départ réticente à l’idée, Meryem finit tout de même par envoyer sa demande à l’Université Laval, se demandant toutefois ce qu’elle pourrait bien faire au Canada. C’est lorsqu’elle fut acceptée au doctorat que tout a changé. « Lorsque j’ai reçu le courriel me disant que j’étais accepté, j’ai su dès ce moment que je n’allais plus jamais revenir au Maroc, si ce n’est que pour les vacances ». À cet instant, elle savait qu’elle devait partir et c’est en arrivant au Québec qu’elle a compris le sens des recommandations de son père.

L’arrivée au Québec

Le 1er janvier 2014, Meryem arriva au Québec, hiver battant. La température ressentie était glaciale tandis qu’au Maroc, il faisait une quinzaine de degrés. Des amis de la famille vivant à Montréal étaient venus la chercher à l’aéroport. La jeune Marocaine n’était pas équipée pour affronter le froid, elle se rendit donc dans les magasins pour acheter un manteau et des bottes.  Elle resta dans la métropole trois jours, avant de prendre la direction de la ville de Québec. L’arrivée à Québec fut difficile, puisque c’était la première fois qu’elle quittait le cocon familial : « Quand je me suis retrouvée toute seule la première nuit chez moi, j’ai pleuré ». Meryem ne vivait pas sur le campus, elle avait un appartement et le fait de vivre seule rendait les choses encore plus difficiles. Heureusement, deux de ses amies du Maroc avaient aussi emménagé à Québec et vivaient en colocation. Leur sociabilité a beaucoup facilité son intégration. Les premiers mois furent certes difficiles, mais Meryem était bien entourée.

  La vie au Québec

Au début, Meryem trouvait que les Québécois avaient des expressions bizarres. Par exemple, saluer en lançant un « allo! », le fait que les gens disent « bonjour » pour signifier au revoir et qu’ils répondent « bienvenu(e) » lorsqu’on dit merci.

La première fois que je l’ai entendu, c’était dans le bus. J’ai dit « merci » et le chauffeur m’a dit « bienvenue » : je me demandais comment il savait que je venais d’arriver ici!

Il lui a fallu du temps pour s’adapter. Meryem explique qu’elle ne fréquentait pas beaucoup de Québécois, mais davantage les étudiants étrangers comme elle. Ceux-ci ont eu une importance considérable dans son processus d’intégration au Québec. La solidarité qui régnait dans son groupe au doctorat a surpris Meryem, car elle n’avait jamais vécu cette expérience nulle part ailleurs auparavant. Elle a remarqué cette relation d’aide qui existe entre les doctorants et qui se traduit par les échanges des travaux, des débats, etc. « Les autres ont été présents pour moi et ça, ça va rester gravé à vie dans ma mémoire », nous a-t-elle expliqué.

Du Maroc à Québec : la différence ?

Meryem trouve que les Marocains sont plus chaleureux : « Ils sont très accueillants, très avenants et, ici, je n’ai pas trouvé cela ». Parlant de Québec, elle a expliqué que les gens sont plus individualistes, « gentils et très serviables les trois premières minutes, mais ensuite c’est chacun pour soi ». Par contre, une chose qui plaît à Meryem est la liberté des femmes au Québec. La Marocaine explique que la première fois qu’elle est rentrée chez elle à trois heures du matin, seule, en autobus, elle s’est sentie libre. Au Québec, elle a trouvé intéressant de ne pas avoir à subir la censure sur sa façon de s’habiller, de se coiffer ou simplement de se voir exercer un contrôle permanent au sujet de ses sorties. Elle s’est aussi réjouie du climat de sécurité qui règne dans la ville de Québec, facilitant les sorties sans risque de se faire agresser. Toutefois, elle partage une anecdote vécue où, une fois, un chauffeur de taxi l’a traitée de terroriste et, à travers elle, tous les musulmans. Meryem s’indigne par rapport à ce préjugé construit autour de l’Islam, des musulmans et des Arabes.

Face à cette double confusion (Arabe = musulman/musulman = terroriste), Meryem s’insurge et rappelle que tous les Arabes ne sont pas musulmans, puisqu’il y a des Arabes juifs, catholiques et même athées. De même, tous les musulmans ne sont pas terroristes, puisque le terrorisme n’a pas de religion, ni de race. Sur la question du port du voile, Meryem dit avoir déjà été interpellée à maintes reprises sur ce sujet. Son avis est sans ambiguïté : la religion musulmane n’oblige pas la femme à le porter et, comme c’est une option, elle a choisi de s’en passer. Elle déplore toutefois l’idée répandue ici selon laquelle ce sont les hommes qui obligeraient les femmes à mettre le voile, ce qui n’est pas le cas selon elle.

Pour s’intégrer, elle recommande aux immigrants de participer à des groupes de discussion avec des étudiants étrangers et des Québécois. Elle conseille aux futurs immigrants de bien réfléchir avant de se décider à quitter leur pays, car pour elle, le plus dur n’était pas le froid, mais le fait d’affronter une nouvelle vie. Elle indique par exemple que chaque session d’hiver, les étudiants étrangers reçoivent un courriel de prévention contre le suicide. Meryem explique aussi qu’il faut faire attention, car le Canada, ce n’est pas le Maroc. Au Maroc, il suffit de connaître quelques personnes influentes pour pouvoir obtenir des faveurs ou régler un problème. Mais au Québec, le travail et le mérite sont les leviers de la réussite.

Pour les Québécois qui s’inquiètent de l’arrivée d’immigrants, Meryem a le message suivant : « Arrêtez de faire des amalgames, arrêtez avec les stéréotypes, ouvrez-vous au monde, voyagez, allez voir d’autres cultures, ce n’est pas du tout ce que vous croyez ».

Maroc. Source : https://pixabay.com/fr/maroc-ville-bleue-marocain-1713028. Crédit : kollynlund

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