20 Faouzi X.

Emmanuelle Côté

Un départ précoce

Faouzi est jeune homme originaire du Maroc. Jusqu’à l’âge de 12 ans, il habitait à Tanger, une ville au nord du Maroc, avec sa mère, son père et son frère cadet, pendant que son frère et sa sœur aînés étudiaient aux États-Unis. Il a quelques souvenirs de son arrivée au Québec, même s’ils ne sont pas très clairs. Lorsqu’il repense à ses premiers moments au Québec, il se rappelle du vent froid sur son visage et de la neige. En effet, ils arrivèrent au mois de mars à l’aéroport de Québec.

Même si, pour lui, l’apprentissage de la langue française n’a pas été très difficile, discuter au quotidien avec les Québécois fut plus complexe. Faouzi avait déjà eu des cours de français au Maroc. Par contre, les cours de langue française n’avaient rien à voir avec le français que parlent les Québécois. Ses premiers mois furent très difficiles. Heureusement, l’école qu’il fréquentait était multiculturelle. Il croit d’ailleurs que ses professeurs ont joué un rôle très important dans son adaptation.

Je n’étais manifestement pas le seul jeune étranger, alors j’imagine que nos professeurs étaient réceptifs face à notre situation.

Faouzi trouva rassurant de ne pas être le seul immigrant de son école. Il se rappelle également qu’il n’aimait pas les programmes télévisés et avait la nostalgie des émissions radiodiffusées qu’il écoutait au Maroc.

Cela peut paraître banal, mais à 12 ou 13 ans, quand tu ne peux plus écouter tes émissions favorites, c’est dépaysant.

Découvrir les Québécois

Faouzi affirme beaucoup aimer la liberté d’expression au Québec. Il trouve que les Québécois  sont francs et n’ont pas la langue dans leur poche.

Lors des premiers mois, il trouva que communiquer avec les Québécois était une tâche complexe, puisque les Québécois ont un langage non verbal moins clair que celui des Marocains. Il fut également marqué par le fait les Québécois sont moins chaleureux et plus distants les uns des les autres, contrairement aux Marocains. Il affirme que les Québécois sont plus difficiles d’approche et moins généreux. Lorsqu’il se compare à ses amis québécois, il trouve qu’il est plus proche de sa famille, surtout de sa famille élargie qui habite toujours au Maroc. Ces impressions ont toutefois un peu changé avec le temps. Désormais, Faouzi ne perçoit plus de façon significative ces différences. Il pense qu’il s’agit de croyances qui avaient été renforcées par son père et sa mère, qui ont souvent souligné ces différences pendant son adolescence.

Ma culture d’origine, je la vis beaucoup à travers mes parents, parce que personnellement, je l’ai un peu perdu.

Aujourd’hui, il mène une vie normale « comme tous les Québécois », mentionne-t-il en souriant. Il étudie en gestion de commerce au Cégep Garneau et a un emploi à temps partiel dans une quincaillerie. Faouzi est très proche des amis qu’il a rencontrés au secondaire. Ses meilleurs amis sont tous les deux des Québécois d’origine et cela n’a aucune importance pour lui. Il estime entretenir un lien normal avec les Québécois. D’ailleurs, il ne voit pas une grande différence entre les Québécois dits de souche et ce qu’il est lui-même devenu aujourd’hui.

Les Québécois : entre amalgame et convivialité

Faouzi croit que les Québécois connaissent peu de choses sur les pays arabes. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais beaucoup ont une vision stéréotypée des arabes. À son avis, la plupart des Québécois perçoivent les pays arabes comme des pays qui sont totalement dévastés par la guerre.

Beaucoup de gens pensent que le Maroc est une ville en ruine, ce qui est faux. La plupart des pays arabes sont civilisés et n’ont rien à voir avec ce qui est montré à la télévision.

Il croit fermement que les pays arabes sont riches culturellement et ont beaucoup à offrir. Ce qu’il lui plaît le plus, ce sont les couleurs vives dans les rues et la convivialité des habitants. Il croit fermement que les Québécois ne devraient pas craindre l’arrivée de nouveaux immigrants, puisque la plupart d’entre eux choisissent le Québec par ambition et par amour.

Les nouveaux arrivants veulent s’intégrer et sacrifient beaucoup pour s’installer ici.

Le jeune croit dur comme fer que la solidarité est la clé du succès et que tous devraient faire un effort d’ouverture à l’autre.

Il faut voir au-delà de nos différences. Lorsqu’on cesse d’étiqueter les gens, c’est là qu’on gagne.

Un regard différent

Malgré un accueil chaleureux en général, Faouzi a tout de même senti qu’un regard différent était posé à son égard. À l’occasion, la discrimination n’est pas verbale ou concrète, mais elle se ressent. Encore aujourd’hui, après dix ans de vie au Québec, il sent qu’on le perçoit parfois comme un étranger. « Ça m’est déjà arrivé d’être dans un autobus bondé de gens. Tous les sièges sans exception étaient pris, sauf celui à ma droite, mais personne n’est venu s’asseoir à côté de moi », explique-t-il. Faouzi présume que certaines personnes ont peur, surtout en raison de son apparence et de son jeune âge. Toutefois, il n’a jamais été attaqué directement par rapport à son origine.

Il aime beaucoup voyager. Il voyage entre autres plusieurs fois par année aux États-Unis pour aller visiter son frère et sa sœur. Au printemps 2015, il est retourné au Maroc avec sa copine, et a pu visiter quelques pays d’Europe.

Curieusement, je me fais toujours fouiller à l’aéroport, mais on me répète constamment qu’il s’agit d’une sélection aléatoire. Au fond de moi, je sais très bien que c’est à cause de mon nom, de mon origine.

Pour lui, le plus blessant est de sentir que les Québécois le considèrent comme un étranger alors qu’il se perçoit lui-même comme un Québécois.

Faire la différence

Faouzi affirme que tout le monde peut faire la différence dans la vie d’un nouvel arrivant. Un simple sourire, un bonjour, peut ensoleiller une journée. Il invite les Québécois à ne pas avoir peur de la différence et de s’ouvrir à l’autre, peu importe leur pays d’origine.

Lorsqu’on se sent loin de chez soi, les liens humains, aussi petits soient-il, peuvent aider à s’intégrer.

Il affirme également que le contact avec les Québécois et la rencontre avec la culture du pays d’accueil sont incontournables.

C’est facile de vouloir se regrouper avec des gens de notre culture, mais il faut aussi avancer et embrasser la culture québécoise.

Pour que cela soit possible, il faut également que les Québécois soient prêts à accepter et accueillir les immigrants. « C’est un travail qui se fait à deux », lance-t-il. Le jeune Marocain estime être très chanceux que la vie ait mis sur son chemin des gens accueillants qui ont accepté d’apprendre à le connaître et de voir plus loin que son accent ou la couleur de sa peau.

Je considère que j’ai eu un parcours « facile » et c’est en grande partie à cause des amis que j’ai rencontrés ici.

Le Jardin Majorelle au Maroc. Crédit : Faouzi

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