10 Maryam X.

Laurie Bélanger

Maryam est originaire de Rabat, la capitale du Maroc. Elle a vécu les 23 premières années de sa vie auprès d’une famille aimante avec laquelle elle communique chaque jour depuis son arrivée à Québec, il y a près de huit ans.

Projet d’aventure vers une autre culture

La décision de Maryam de quitter le Maroc était fondée sur ses études. À l’époque, elle finissait son diplôme d’architecte et souhaitait compléter sa formation en urbanisme. Son mari poursuivait son doctorat en immunologie à l’Université Laval qui représente, pour Maryam, « un lieu de rayonnement francophone ». Elle avait la chance d’avoir une famille qui valorisait les études en plus d’avoir une passion pour celles-ci. C’est ce soutien et cette passion qui l’ont amenée à prendre la décision d’« aller à l’aventure, vers une autre culture ».

Du projet à la réalité

Maryam est arrivée le 1er août 2009 autour de 23 h. Accueillie par son mari brandissant un bouquet de roses, elle a vécu sa première initiation à la culture québécoise à 4 h du matin dans le quartier Saint-Roch. Quelques heures plus tard, c’est autour d’un brunch matinal au Clocher penché qu’elle a découvert son mets québécois préféré : le tartare de saumon. C’est à ce moment qu’elle s’est dit : « je pense que ça va fonctionner ».

Afin de favoriser son intégration, et avant de commencer sa maîtrise en aménagement du territoire et développement régional, elle a décidé de faire des études universitaires libres. Elle croit fermement que les études et le travail sont, en plus d’être essentiels et valorisants, la clé d’une intégration réussie. D’ailleurs, durant sa maîtrise à l’Université Laval, Maryam a travaillé en architecture et aménagement du territoire au ministère de la Culture et des Communications du Québec. Cet emploi lui a permis de se familiariser avec la gestion du patrimoine bâti au Québec et d’acquérir des connaissances territoriales très utiles pour sa vie personnelle et professionnelle. Elle a également été assistante d’enseignement pour deux cours obligatoires dans sa maîtrise. Maryam parle fièrement de son parcours universitaire et professionnel. Actuellement, elle occupe un emploi dans son domaine au ministère des Transports.

Pour l’anecdote, les premières différences culturelles frappantes pour Maryam ont été le système d’étude, de notations et d’examens, les relations entre les enseignants et les étudiants.

Ça m’a fascinée de voir des étudiants tutoyer des enseignants et leur parler dans un langage familier.

Les gens qui mangent durant les cours, les bruits et les odeurs en classe l’ont également surprise. À ses yeux, une salle de classe est sacrée. Bien qu’elle appréciait cette ambiance détendue, elle trouvait que des fois i y avait « un peu trop » de laisser-aller.

Maryam est très heureuse de son expérience. À ses yeux, c’est une richesse et une fierté de pouvoir combiner sa culture d’origine et la culture québécoise; c’est un peu comme avoir le meilleur de deux mondes. Cependant, elle mentionne qu’au début, elle dut s’habituer aux regards. Soudainement, elle était devenue l’« autre », l’« étrangère », l’« immigrante ». C’est à partir de ce moment qu’elle commença à s’intéresser au racisme, à la discrimination et à la justice sociale. Son intérêt grandissait et elle essayait de sensibiliser les gens à la richesse de la diversité et au vivre ensemble dans sa vie quotidienne, ainsi qu’à travers la tribune médiatique dont elle dispose à la radio CKIA.

Des valeurs qui rassemblent

Maryam adhère à toutes les valeurs québécoises qu’elle considère comme des valeurs humanistes sur lesquelles il est possible, en tant que société, de bâtir une vision commune et d’avancer. Au-delà des valeurs officielles, elle apprécie les valeurs d’accueil et de curiosité.

C’est à travers l’échange qu’on réussit à évoluer, à bâtir une société solide et à combattre l’ignorance.

À ses yeux, l’intégration est le résultat des valeurs d’ouverture et du vivre ensemble de la part des nouveaux arrivants et de la société qui les accueille.

Toutefois, bien qu’elle apprécie les valeurs de solidarité de la société québécoise, Maryam s’identifie moins au traitement réservé aux aînés. C’est quelque chose qui l’a énormément marquée et troublée, puisque ses grands-parents ont toujours occupé une très grande place dans sa vie et dans son cœur. Elle s’attriste de la manière dont les personnes âgées sont isolées et mises à l’écart; il s’agit pourtant de personnes avec beaucoup de savoir, de vécu et d’amour à transmettre. Ce sont ces personnes qui ont permis de bâtir la société dans laquelle nous vivons.

Se concentrer sur le positif

Maryam est très bien intégrée au Québec. Elle a complété sa maîtrise en aménagement du territoire à l’Université Laval, travaille dans son domaine, pratique des loisirs qui lui plaisent, fait du bénévolat et est extrêmement bien entourée. Elle affirme qu’il est possible de s’intégrer dans une société tout en conservant ses spécificités.

Sans nier l’existence du racisme et de certaines embuches, elle se considère chanceuse d’avoir eu un parcours truffé de bonnes personnes. Elle fait l’éloge de ses professeurs, collègues et amis qui lui ont permis de cheminer depuis son arrivée. « C’est une expérience enrichissante et je me sens privilégiée de l’avoir eue ». D’ailleurs, elle conseille à toute personne souhaitant immigrer au Québec de ne conserver le souvenir que du bon côté des choses, car « pour évoluer il faut se concentrer sur le positif ». L’intégration est un travail qui doit se faire des deux côtés. En tant que minorité féminine, il faut de plus travailler plus que la moyenne pour prouver sa valeur puisque « les femmes racisées sont encore sous-représentées dans les hauts postes, les médias et en politique, sans oublier que les écarts de salaire selon le sexe existent toujours ». C’est un combat quotidien qui lui tient à cœur.

Son message aux Québécois qui s’inquiètent de l’arrivée d’immigrants est axé sur la communication et la connaissance. Elle est persuadée que l’inquiétude de certains Québécois provient d’un manque d’information par rapport au rôle et l’apport de l’immigration au Québec. Les immigrants et les Québécois partagent des valeurs communes, dont la langue française. Elle pense « qu’au lieu de s’inquiéter de ce que les immigrants vont changer, il faut les voir comme des garants et des défenseurs des valeurs québécoises, les remparts du français ». Elle conseille fortement aux Québécois de choisir leurs sources d’information et de les varier afin de construire leur propre vision, de s’éloigner de la peur de l’invasion et de la perte d’identité.

Contribuer à faire du Québec un endroit meilleur

Finalement, j’aimerais conclure ce portrait avec une citation qui m’a extrêmement touchée. J’ai demandé à Maryam, à la suite de notre rencontre, si son emploi actuel en plus de son engagement dans la radio CKIA étaient ses occupations de rêve. Bien qu’elle adore ce qu’elle fait, elle m’a répondu que son idéal serait de « participer à la création d’un monde meilleur ». Sans même s’en rendre compte, Maryam contribue déjà à la création d’un monde meilleur. C’est en combattant l’ignorance publiquement chaque jour et en étant, en quelque sorte, l’ambassadrice de sa propre culture qu’elle permet de faire du Québec un endroit meilleur.

 تحملها على كتفك :  » الحرية

أنت حر… و حياتك مغامرة … و غدك مجهول. أنت الذي تقيم أصنامك و أنت الذي تحطمها. فامض في طريقك ولا تنس هذه الأمانة التي

مصطفى محمود

Tu es libre et ta vie est une aventure. Ton avenir est incertain et tu es le forgeron de ton destin. Tu es celui qui dresse des barrières sur ton chemin. Et n’oublie pas cette responsabilité qui pèse sur tes épaules la liberté!

Moustapha Mahmoud

Photo du Maroc. Crédit : Maryam X.

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