46 Maha Hassoun

Valérie Plamondon

Maha Hassoun est une femme généreuse et ouverte d’esprit originaire du Liban, un pays du Moyen-Orient qui partage ses frontières avec Israël et la Syrie. Elle a grandi dans la ville de Tripoli, au nord du pays, dans une grande famille de huit enfants.

Sur le territoire libanais cohabitent plus de dix-huit confessions religieuses différentes. Fait intéressant, tous fêtent Noël, chrétiens et musulmans confondus. Cette cohabitation dont font preuve les Libanais témoigne de leur ouverture d’esprit et de leur ouverture à l’autre. Ces valeurs de tolérance et de partage sont très importantes pour Maha, qui souhaite les transmettre autour d’elle.

Religion

Maha ne s’identifia à la religion que tardivement dans son enfance. « Dans mon cœur d’enfant, j’étais neutre », explique-t-elle. Ses amis, ses professeurs et sa famille n’étaient pas étiquetés comme des catholiques, des Grecs orthodoxes ou des musulmans, mais simplement comme des membres de son entourage. Elle prit pleinement conscience de sa confession religieuse vers l’âge de douze ans, alors qu’elle était en sixième année. À la maison, son père fit savoir qu’il préférait qu’elle et ses frères et sœurs passent inaperçus, car il était inquiet vis-à-vis des tensions issues du contexte politique de l’époque.

Introduite de plus en plus sérieusement à l’Islam, elle apprit avec étonnement ce qu’impliquait être musulmane, ce qui lui déplut d’abord. À ses yeux, la chrétienté lui paraissait plus souhaitable, car elle représentait pour elle la liberté et la permission de faire certaines activités. Or, elle s’aperçut bien vite que la liberté d’expression au Liban n’était pas exclusive à une religion en particulier. En effet, les Libanais sont libres de pratiquer leur religion. De plus, les musulmanes peuvent choisir de porter le voile ou non. D’ailleurs, Maha ne le porte pas.

Ayant grandi dans un contexte d’ouverture d’esprit et d’acceptation de la différence, Maha n’est certainement pas individualiste. La notion de partage est très importante pour elle. Lorsqu’elle donne de son temps, qu’elle rend service à quelqu’un ou qu’elle offre quelque chose, elle n’attend rien en retour. Maha est très proche des membres de son entourage et c’est naturel pour elle d’être présente pour eux en cas de besoin.

Arrivée au Québec

Après avoir complété sa maîtrise en littérature au Liban, Maha cherchait des bourses d’études pour aller à l’étranger. Elle voulait « se dépayser et découvrir une autre culture, complètement différente de la sienne ». Elle ne souhaitait donc pas simplement se déplacer dans un pays voisin, car elle savait qu’elle y retrouverait des coutumes similaires.

C’est par l’entremise du bouche-à-oreille qu’elle apprit l’existence d’un programme d’études et de bourses étrangères au Canada. Maha amorça les procédures d’inscription environ six mois à l’avance, en passant par le programme canadien. De cette façon, elle était certaine que son dossier avancerait, alors qu’elle était moins confiante à l’égard de son dossier au ministère du Liban. Maha entreprit toutes ces démarches sans en parler à quiconque, car elle préférait attendre d’avoir la réponse officielle du programme canadien.

Lorsqu’elle reçut une réponse positive, elle annonça enfin son départ à ses proches. Elle désirait de tout cœur que sa famille accepte et respecte sa décision, mais son père ne fut pas très expressif. Elle devint toutefois très émue lorsque, le lendemain matin, l’ami de son père l’approcha et lui fit part de ce que son père lui avait partagé : il était très heureux et fier de sa fille. Sa décision de partir était déjà prise, mais la bénédiction de son père fut « une très importante confirmation » pour elle.

Maha arriva en 2014 pour une maîtrise et entreprit un doctorat en didactique du français à l’Université Laval en 2016. La communauté maronite libanaise l’accueillit à bras ouverts, malgré leurs différences religieuses. En remerciement, elle offrit des cours d’arabe à leurs enfants. Son intérêt derrière l’obtention de ce doctorat était de pouvoir éventuellement mettre à profit ses nouvelles connaissances à son retour au Liban pour y « améliorer le système d’éducation ». Maha développa au Québec une appréciation particulière vis-à-vis du système éducatif. « J’ai appris en une session l’équivalent de quatre ans d’études au Liban! » témoigne-t-elle.

Marraine québécoise

À son arrivée, Maha cultivait beaucoup d’attentes. Elle avait hâte de vivre dans une nouvelle culture, mais son excitation fut vite ternie.

Alors qu’elle habitait dans les résidences universitaires, elle eut un choc en constatant que les gens l’ignoraient lorsqu’elle les saluait. Elle n’était pas habituée à ce comportement individualiste, elle qui se dit « très ouverte aux autres ». Elle constata, déçue, que même les jeunes refusaient de s’ouvrir à elle. En fait, les gens dans la quarantaine et plus furent souvent les plus ouverts face à sa culture d’origine.

Le jumelage offert aux étudiants étrangers par l’Université Laval l’aida beaucoup à s’intégrer. Comme Maha est plutôt timide, le fait d’avoir une marraine québécoise qui lui écrivait et qui allait vers elle la rassurait et la sécurisait lorsqu’elle avait besoin de parler ou d’avoir des conseils. Sa marraine contribua également à modifier ses impressions des jeunes et des Québécois. Elle comprit qu’il ne fallait pas juger les gens trop vite. Désormais, elle ne perçoit plus les choses de la même façon et affirme ne juger personne.

Parcours

Son parcours scolaire au Québec ne fut pas toujours facile, mais elle rencontra des « perles rares ». En classe, certains élèves lui faisaient des grimaces et la regardaient de travers lorsqu’elle posait des questions. « Je souffrais des lacunes de l’éducation que j’avais reçue au Liban », affirme-t-elle. Puisqu’elle y avait fait une concentration en littérature, des notions liées à la science ou aux mathématiques, couvertes ici très tôt au secondaire, lui étaient tout à fait nouvelles. Elle conclut donc une entente avec la professeure : si celle-ci jugeait que la question n’était pas pertinente, elle faisait un signe discret à Maha pour lui signaler qu’elle lui expliquerait plus tard. Une fois seule avec la professeure, elle pouvait alors poser toutes ses questions sans craindre d’être jugée. Ce système facilita beaucoup son intégration et Maha en fut très reconnaissante.

L’amitié

Lors de ce même cours, un garçon venait souvent s’assoir à côté d’elle, sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Elle se disait que c’était parce qu’il n’y avait plus de place ailleurs. Puis, elle réalisa un jour qu’il s’intéressait à elle. En discutant, il lui expliqua qu’il comprenait le rejet qu’elle vivait en classe. Dans son groupe d’amis, il ne partageait pas le même avis politique que les autres, alors il était souvent mis de côté. Il ne voulait pas que Maha subisse aussi ce qu’il vivait. Tous les deux devinrent alors de bons amis.

Lorsque la marraine québécoise de Maha lui annonça que le contrat de parrainage tirait à sa fin, elle lui dit qu’elle aimerait qu’elles restent amies. Encore aujourd’hui, elles s’appellent régulièrement et réalisent une activité ensemble au moins une fois par mois. Un ami, pour Maha, « ce n’est pas juste quelqu’un qu’on croise. Quand on devient amis avec quelqu’un, c’est pour le meilleur ou pour le pire ». L’amitié, c’est sacré!

Jounnieh. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:JouniehNorth.jpg

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