9 Azzam X.

Rodolphe Dugué

Enfance

Azzam X. est né dans la ville de Québec et possède la double nationalité marocaine et québécoise. Il est titulaire d’un passeport canadien, mais n’a pas de passeport marocain. Cela ne l’empêche pas de voyager au Maroc. Bébé naissant, il retourna vivre avec sa famille à Rabat, la capitale du Maroc. Il y grandit et y demeura jusqu’à l’obtention, en 2013, de son baccalauréat en sciences expérimentales, spécialité physique. Azzam décida alors de revenir poursuivre des études secondaires au Canada, et plus particulièrement à Québec. Plusieurs raisons motivèrent son choix, notamment la valorisation des diplômes canadiens par rapport à ceux du Maroc, mais aussi l’expérience passée de son père qui avait lui-même étudié à l’Université Laval.

Retour au Québec

Azzam se souviendra toujours de sa date exacte d’arrivée sur le sol canadien : le 27 août 2013. Il bénéficia de l’aide de son père qui l’accompagna pour ce grand voyage. Ce dernier, resté en contact avec des Québécois depuis ses études, dénicha sans difficulté un logement à son fils. Avec le recul, il se dit chanceux d’avoir profité de l’aide de son père. Celui-ci s’occupa également des papiers d’immigration au bureau du registraire de l’Université. Il resta à Québec un mois complet, jusqu’à ce qu’il eut la certitude que son fils était bien installé. Les premiers mois furent dépaysants pour le jeune Marocain. Il se heurta aux difficultés de la langue québécoise. En effet, bien qu’il parlait couramment français, certains mots spécifiques au vocabulaire québécois rendaient les interactions un peu difficiles. L’accent québécois se révéla être un défi. Mais il s’adapta assez rapidement, grâce à la famille d’accueil accueillante et aidante chez qui il logeait.

Le climat, bien que très différent de celui du Maroc, ne perturba pas vraiment Azzam. Conseillé par son père et sa famille d’accueil, il trouva des vêtements chauds et s’équipa pour surmonter les aléas de l’hiver.

Ce qui représentait le plus gros défi pour lui, c’était l’université et son fonctionnement.

Le système universitaire est vraiment différent de celui au Maroc.

Il évoqua notamment la politique de plagiat en vigueur à l’Université Laval et dont il n’avait jamais entendu parler auparavant, les normes bibliographiques et la manière de réaliser les travaux d’équipe.

À l’automne 2013, il entama sa première session d’études au baccalauréat en génie civil, qu’il abandonna. L’année suivante, il entreprit un baccalauréat en actuariat où il étudia durant deux sessions. Mais il ne fut pas vraiment séduit par ce programme, raison pour laquelle il se dirigea finalement vers la Faculté des sciences de l’administration où il complète actuellement un baccalauréat d’administration des affaires avec la concentration finance.

Globalement, Azzam se considère chanceux par rapport à son intégration. Son père, ainsi que la famille d’accueil où il a vécu, ont favorisé son adaptation à la culture québécoise. Cependant, il conseille aux étudiants marocains désireux de venir étudier au Québec de commencer par une ou deux années d’études au cégep. En effet, il donne ce conseil pour que les futurs étudiants s’intègrent plus facilement « aux Québécois et au système scolaire », confie-t-il. Ce sont deux aspects auxquels il n’avait pas pensé avant son départ et qui lui ont demandé beaucoup d’efforts d’ajustement.

Adaptation

Au fil des mois, Azzam s’adapta à la culture québécoise sans rencontrer d’obstacles majeurs. Néanmoins, lors de ses deux premières années universitaires, il n’arriva pas vraiment à nouer des amitiés avec des étudiants québécois. Il se rapprocha en revanche d’étudiants marocains avec qui il fraternisa rapidement. Leurs expériences similaires facilitaient les rapprochements.

Au fil des jours, il constatait des différences de valeurs entre le Maroc et le Québec. Il remarqua notamment l’aspect sécuritaire du Québec : « Je me sens en sécurité ici. Au Maroc, dépassé une certaine heure, c’est plus difficile ». Il sous-entendait ici les risques d’agression ou de vols, une fois la nuit tombée. Or, il se sentait à l’aise de travailler à l’université en soirée et de rentrer chez lui dans la nuit. D’un autre côté, il ne fut pas conquis par l’attitude des étudiants québécois. Il ressentait une certaine hypocrisie de leur part, un « manque de confiance » selon ses termes. Il évoqua notamment les travaux d’équipe où il nota le peu d’entraide entre les étudiants ou une tendance à refaire les parties des autres sans leur expliquer pourquoi ou leur demander de la refaire eux-même.

  Encore des préjugés

À propos de l’Afrique, Azzam entendit beaucoup de préjugés. Il remarqua que la plupart des étudiants québécois considéraient l’Afrique comme étant un pays, sans faire la distinction entre les différents pays africains. Par exemple, une « étudiante ne savait pas que la Zambie était un pays ». Certains croyaient même que le Maroc se situait en Europe.

Afin de faciliter son adaptation, il s’intéressa au sport et décida de rejoindre l’équipe d’athlétisme du Rouge et Or. Depuis la session d’automne 2016, il participe aux compétitions d’athlétisme avec son équipe. Aujourd’hui, il déclare se sentir à l’aise dans son équipe. Les autres athlètes avec qui il s’entraîne sont devenus de bons amis. Les voyages effectués pour les compétitions ont resserré les liens entre les coureurs.

Pour subvenir à ses besoins, Azzam occupa plusieurs emplois. En premier lieu, il travailla sur le campus en tant que cuisinier à Saveur Campus. Puis, il changea d’emploi pour travailler dans plusieurs restaurants. Actuellement, il se consacre à ses études.

Sur le racisme

À propos du racisme, Azzam a déclaré ne pas en avoir été victime personnellement, mais il a déjà entendu des propos haineux, surtout tenus dans les provinces.

Aujourd’hui, il se sent bien intégré dans la société québécoise. Il est resté en contact avec sa famille à Rabat et lui rend visite un mois durant l’été où il profite d’un climat chaud et ensoleillé. Son petit frère effectue également ses études au Canada.

  Projet d’avenir

Concernant l’avenir, Azzam a l’intention de poursuivre ses études en maîtrise, en restant dans le domaine de l’administration. Il aimerait enrichir ses études d’un ou de plusieurs stages qu’il réaliserait durant l’été. Plus tard, il ne pense pas rentrer au Maroc et désire rester dans la ville de Québec pour un temps, puis aller travailler à Toronto.

Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/Rabat#/media/File:Phare_de_Rabat_P1060258.jpg

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