Né de l’émotion

Marie-Anne Paveau

Il faut encore le rappeler : le carnet collectif Les Espaces réflexifs est né de l’émotion, esquissée dans le blanc des mots, de l’un d’entre nous, Benoît Kermoal, dans ce billet :

Pourquoi s’interroger aujourd’hui sur la part personnelle de ma recherche en cours? Je suis passé il y a quelques jours au 48 rue Jean-Louis Rolland; la rue a changé, tout comme la maison. J’y suis passé parce depuis quelques jours, plus rien ne m’attache à cette ville. Mais là devant la maison de mon enfance, j’ai compris que mon travail en cours avait bien plus de rapports que je ne voulais me l’avouer avec mon histoire personnelle. Il faut parfois un choc pour s’en rendre compte. Passée l’onde de choc, le travail de recherche continue et doit continuer. A suivre très prochainement : un compte rendu sur le dernier livre de Philippe Artières et Jean-François Laé, un billet sur le mutualisme paysan et son histoire et sans doute plein d’autres choses encore!

Billet dédié à Marie (1er mai 1933-1er octobre 2011)

Sur Twitter (on ne redira jamais assez ce que les liens entre nous, locataires de la villa[1], mais bien au-delà avec tous ceux qui constituent le maillage de nos échanges scientifiques, professionnels et amicaux en ligne doivent à ce réseau), un échange se met aussitôt en place en octobre 2011, à propos de la subjectivité du chercheur, de sa position par rapport à son objet, ce que Mélodie Faury propose de placer sous le boisseau de la réflexivité. Un projet commun se dessine, ce sera un carnet, il est ouvert en janvier 2012, les volontaires se manifestent, ou sont activement cherchés, et nous voilà maintenant avec cette belle Villa d’un an d’âge, dont la construction infinie nous réjouit. Mais c’est bien cette émotion-là, dans le billet de Benoît Kermoal, non dite et reconstruite par les lecteurs, qui est l’acte de naissance du carnet. Et l’émotion y est restée omniprésente, sous différentes formes.

Quand je dis émotion, je parle de l’émotion scientifique qui draine et charpente nos recherches. Je parle aussi de l’émotion que, chercheur.e.s, nous prenons le risque d’engager dans notre discours, parce que ce n’est pas rien, au pays de Descartes et sur le continent de Kant, d’oser construire un savoir qui n’oublie pas qu’il est humain, trop humain parfois. J’entends le terme émotion dans un sens très large : émotions, sentiments, passions, pulsions même, pourquoi pas? Positives comme négatives. Celles qui montrent que Damasio, qui fut l’un des premiers à défendre une « raison des émotions », a raison. Contre Descartes, contre Kant, et contre une conception prométhéenne du « savoir objectif ». « Savoir objectif », en voilà un oxymore, aussi sûrement que « clarté obscure ».

***

 

Billet original

Paveau, Marie-Anne, 11 décembre 2012, « La raison des émotions. Réflexivités affectées », Espaces réflexifs [Carnet de recherche], consulté le 6 juin 2018. https://reflexivites.hypotheses.org/3705

Crédit photographique : « Mind in Bradford – Emotion Paper Collage.Collages creating designs and symbols, developed from the initial raw sketches of emotions and feelings », Artworks Creative Communities, 2011, Flickr, licence CC BY-NC-ND 2.0


  1. Les Espaces réflexifs ont été rapidement appelés "Villa réflexive » par les auteur.es-habitant.e.s et les lecteurs et lectrices du carnet - voir dans cet ouvrage le texte « Entrer dans les Espaces réflexifs" de Marie-Anne Paveau et « La métaphore de la Villa » par Elena Azofra

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