19 La langue peule et sa transcription

Selon la classification des langues africaines, la langue peule est une langue ouest-atlantique (A. Z. Sow, 1999). Dans l’aire géographique qu’ils et elles occupent, les Peul-e-s sont en contact avec plusieurs autres populations : les Wolofs, les Soninkés, les Bambaras, les Touaregs, les Mossis, les Songhay-Zarma, les Haoussas, les Kanouris, etc. Les interférences du peul avec les langues de ces peuples sont une évidence qui explique la dialectalisation de cette langue. Cette dernière connaît plusieurs variantes. Les principaux sous-groupes linguistiques du peul sont les suivantes :

  • le peul du Fouta-Tôro ou poulâr (Sénégal et Mauritanie);
  • le peul du Maasina (au Mali);
  • le peul du Burkina Faso et du Niger-Ouest;
  • le peul oriental (du Niger-Est à la République Centrafricaine, en passant par le Nigéria, le Cameroun et le Tchad);
  • le peul du Fouta-Djallon (en Guinée).

Il est important de préciser que cette diversité dialectale n’empêche cependant pas l’intercompréhension.

Dans son développement, le peul a été d’abord écrit avec des caractères arabes appelés l’ajami. Cette écriture existe depuis le 18e siècle et a permis la production de plusieurs textes religieux ou profanes. De nos jours, l’alphabet romain coexiste avec l’ajami. De nombreux travaux sur le peul et sa transcription ont été produits à la fois par des chercheurs et chercheuses d’Occident et d’Afrique.

Notons que depuis le début des années 1970, le peul est utilisé comme langue d’enseignement dans les systèmes éducatifs des pays suivants : Niger, Mali, Sénégal, Burkina Faso, Nigéria. Des efforts significatifs ont également été enregistrés au Cameroun ces dernières années.

Les caractères romains du peul

Depuis plusieurs décennies, le peul est transcrit avec l’alphabet romain. L’alphabet romain de l’écriture peule comporte 37 lettres dont l’ordre est le suivant : ‘, a, aa, b, ɓ, mb, c, d, ɗ, nd, e, ee, f, g, ng, h, i, ii, j, nj, k, l, m, n, ny, ŋ, o ,oo, p, r, s, t, u, uu, w, y, ƴ.

Cet alphabet, en vigueur au Niger et dans plusieurs pays africains, est celui qui a été recommandé en mars 1966 à Bamako par la Conférence internationale tenue sous l’égide de l’UNESCO. C’est celui que j’ai adopté pour ce travail.

Le système vocalique peul

Le peul a dix phonèmes vocaliques qu’on peut classer en deux groupes :

  • les voyelles brèves : a, i, u, o, e;
  • les voyelles longues : aa, ii, uu, oo, ee.

La quantité vocalique est un trait très pertinent en peul, lequel est marqué par la distinction voyelles brèves vs voyelles longues. Ainsi /a/ sera différent de /aa/ autant que /a/ est différent de /i/. Les voyelles longues sont réalisées avec une certaine ouverture alors que les brèves sont plus fermées. Les voyelles a, e, i, o se réalisent comme en français (canard, été, nid, os), tandis le « u » français [y] (mur) est différent de /u/ en peul qui se réalise comme un « ou » : luggere « louggere » (trou).

Exemples :

  • nata (dessiner) / naata (entrer);
  • laɓa (raser) / laaɓa (être propre);
  • hitoo (faire la cour à une femme) / hiitoo (juger);
  • una (piler)/ uuna (faire mûrir des fruits hors de l’arbre);
  • funa (avoir des jumeaux) / fuuna (fleurir);
  • soda (maudire) / sooda (acheter);
  • sela (bifurquer) / seela (faire des lanières).

L’ordre alphabétique des voyelles est le suivant : a, aa; e, ee; i, ii; o, oo; u, uu.

Le système consonantique peul

Le peul comporte 27 phonèmes consonantiques : ‘, b, ɓ, mb, c, d, ɗ, nd, f, g, ng, h, j, nj, k, l, m, n, ny, ŋ, p, r, s, t, w, y, ƴ. Les consonnes, b, d, f, k, l, m, n, p, t et w, ont la même prononciation qu’en français. Certaines consonnes sont spécifiques au peul. Elles peuvent être classées ainsi qu’il suit :

  • 4 consonnes glottales : ‘, ɓ, ɗ, ƴ;
  • 2 nasales : la nasale palatale ny et la nasale vélaire ŋ;
  • 4 mi-nasales : mb, nd, nj, ng.

D’autres lettres encore connues en français se réalisent différemment en fulfulde. On a notamment :

  • c se réalise tc comme dans tchatcher, jamais comme dans canard ou cela en français : ceede (argent);
  • g se réalise comme dans mangue, pirogue, jamais comme dans page: nagge (vache);
  • h est toujours aspiré jamais muet comme en français : haala (parler);
  • j se réalise dz comme en anglais dans judge: jala (rire);
  • r a toujours plusieurs battements, jamais un seul battement comme en français : raande (corde);
  • s est toujours sourd quelle que soit sa position dans le mot, il n’est jamais sonore entre deux voyelles comme dans rose en français : fusa = foussa (casser);
  • y est une consonne en peul, jamais une voyelle : yara (boire).

Certaines consonnes peuvent se géminer en peul. La gémination, quand elle se produit, entraîne en général un changement de sens. Il y a gémination quand la lettre est redoublée.

Exemple :

  • ɓ -/ – ɓɓ –
  • jaɓi (accepta) / jaɓɓi (accueilla)

Toutes les consonnes peuvent se géminer sauf les sons h, s et w. Les mi-nasales se géminent par le redoublement de la partie nasale.

Tableau 1. Gémination des mi-nasales
Mi-nasales Gémination Exemples
Mb -mmb- tummbude (calebasse
Nd -nnd- sennda (partager)
Nj -nnj- lannjoo (se promener) 
Ny -nny- tannyora (être convaincu) 
Ng -nng- tonngere (entrave) 

Le gaawoore (A. S. Sow, 1994) est le parler des Peul-e-s gaawooɓe. Il est le plus occidental des parlers peuls du Niger. Il présente quelques traits linguistiques propres à ceux de cette partie du Niger. Dans la grande famille peule, il appartient au groupe peul central, c’est-à-dire aux parlers se situant du Macina (Mali) au Dallol (Niger).

Quelques traits caractéristiques du gaawoore

Le gaawoore partage certains traits caractéristiques avec les autres parlers de son groupe, notamment le masinankoore, le yaagaare et le bitinkoore. Ces traits sont surtout perceptibles au niveau phonétique et morphosyntaxique (A. S. Sow, 1994).

La réalisation phonétique

De manière succincte, on citera :

  • l’élision : par exemple quand le reste des Peul-e-s disent muuɗum (le leur), les parlers centraux diront muum;
  • l’assimilation régressive : les parlers centraux diront funnaange pour fuɗnaange (l’Est), ngatti pour ngaɗti (ont mis);
  • l’affaiblissement de la glottale devant i; c’est une caractéristique qui le rapproche plutôt des parlers du Macina : nay pour na’i (vache); bey pour be’i (mouton).

La morphosyntaxe

On signalera en guise d’exemples :

  • le groupe nominal suivi du pronom personnel ɗum, muum de la troisième personne du singulier : bannɗum pour banndii ɗum, jawdim pour jawdi muum;
  • la double négation qui est marquée par un prédicat à la forme négative accompagné de naa (négation); c’est donc une double négation qui aboutit à une affirmation : o wi’ataake/naa Faatumata (elle s’appelle Fâtoumata);
  • dans le gaawoore le mo pronom personnel apparaît sous sa forme : o wii o pour o wii mo (il lui dit).

Au niveau du système verbal, le gaawoore s’oppose aux parlers occidentaux (groupe pulaar) par l’emploi :

  • walaa (il n’y a pas) pour alaa;
  • à l’accompli négatif actif la modalité -aay pour -aani;
  • à l’inaccompli II actif la modalité -an pour -at.

Le gaawoore parler occidental s’oppose aux parlers orientaux par l’emploi :

  • le pronom complément makko pour maako;
  • la modalité de durée na pour ɗon;

Au niveau du vocabulaire propre au parler gaawoore, on pourra citer les exemples suivants :

  • hoynii; hoynaade : partir du fleuve ou du cour d’eau vers les terres;
  • koorso : la saison sèche;
  • sunni; sunnude: se fâcher, bouder;
  • wilsoyi; wilsoyde : se promener, flâner;
  • legleg : place du village où veillent les jeunes;
  • ndelle : alors;
  • firtoo : se détendre.

Les Gaawooɓe ont également emprunté des mots aux Songhays, un peuple avec qui ils et elles cohabitent dans la région d’Ayérou. Le gaawoore comporte donc quelques mots du kaado, la langue des Songhays. Voici quelques exemples

  • jinna : d’abord;
  • koyne : encore;
  • kondey : belle-mère, marâtre;
  • hinoo : cette fois-ci, prochainement;
  • taray : dehors;
  • zaati : même;
  • mursa : perdre.

Comme tous les parlers peuls, on notera aussi que le gaawoore a emprunté une partie de son corpus lexique à l’arabe. Ce sont très souvent des expressions religieuses tirées du Coran. Elles servent à s’exclamer et à jurer. Elles sont traduites en notes de bas de page dans les contes qui constituent le corpus.