Module 8 : Approches méthodologiques et stratégies d’enquête

47 Les approches inspirées des épistémologies autochtones et relationnelles, et leurs principales stratégies d’enquête (attribué)

Noémie Gonzalez

Présentation du thème et de l’autrice du chapitre

Le développement d’approches et de méthodologies ancrées dans les épistémologies relationnelles permettent aux chercheur.e.s autochtones de faire de la recherche universitaire en respectant leur épistémologie et aux universitaires allochtones travaillant avec des communautés autochtones de le faire dans le respect de l’épistémologie des participant.e.s.

Noémie est actuellement candidate au doctorat en anthropologie à l’Université Laval (Québec, Canada). Elle a commencé ses études et sa carrière par un master en sciences de l’environnement obtenu en France, pays où elle a grandi dans la classe ouvrière. Dans ses recherches elle a à cœur l’interdisciplinarité et une transmission large des connaissances. Dans ses recherches actuelles elle s’intéresse aux contextes de catastrophe et d’urgence et travaille depuis plusieurs années avec les communautés des Premières nations du Québec. Autant dans sa vie personnelle que professionnelle elle s’attache à déconstruire ses privilèges et à orienter ses activités vers des objectifs de justice sociale.

Contexte

En écrivant ce texte j’ai l’impression de trahir les approches inspirées des épistémologies autochtones. Il s’agit d’approches relationnelles et complexes, les résumer en 1000 mots nécessite de les simplifier et les décortiquer ce qui me semble être une forme de trahison. En plus, je ne suis pas autochtone mais française immigrée au Canada. Et c’est peut-être pour ça finalement que je vais pouvoir faire cet exercice : j’en saisi probablement seulement une partie, peut-être que c’est ce qui rend cette trahison possible? Si je vous partage ces réflexions c’est parce qu’elles me paraissent importantes et que c’est en cohérence avec ces approches : ça vous permet de mieux connaître ma situation en tant qu’autrice de cette fiche, et de pouvoir situer mes propos.

Cette fiche est une invitation à aller lire les brillant.e.s chercheurs et chercheuses autochtones qui ont développé ces méthodologies (voir la bibliographie). Leur objectif était de permettre aux autres chercheurs et chercheuses autochtones d’avoir des méthodologies acceptées par le milieu universitaire tout en restant cohérentes avec leur épistémologie ; mais aussi de permettre aux chercheurs et chercheuses non-autochtones de faire de la recherche avec les peuples autochtones respectueusement, en ayant des outils de compréhension adaptés (Kathy Absolon & Willett, 2004; Smith, Maxwell, Puke, & Temara, 2016; Wilson, 2008). Personnellement, c’est cette deuxième raison qui m’a amené à intégrer ces approches à mes recherches.
Pour beaucoup des auteur.e.s cité.e.s, une telle démarche a également une portée politique et devient un moyen explicite de soutenir les visées de décolonisation des peuples autochtones (Kathy Absolon & Willett, 2004, pp. 9, 11; Smith et al., 2016, pp. 141–142; Stelmach, Kovach, & Steeves, 2017, p. 5).

Il me semble important de noter aussi que les écrits qui portent sur ces approches ont tendance à parler des autochtones en général parce que les auteur.e.s ont observé une cohérence épistémologique dans les différentes régions du monde mais aussi en raison de l’expérience commune d’une colonisation historique devenue structurelle (Smith et al., 2016, pp. 144–145) qui unifie ces peuples (Chilisa, 2012; Stelmach et al., 2017, p. 4; Wilson, 2008). Cependant cette généralisation a tendance à se limiter plus aux régions des Amériques et de l’Océanie dans les écrits sur le sujet, il est donc particulièrement intéressant de se pencher sur le travail de Chilisa (2012) qui tout en se plaçant dans ce mouvement collectif apporte des éléments spécifiques aux autochtones du continent africain. D’autres auteur.e.s ne généralisent pas et préfèrent parler au niveau de leur expérience individuelle, à l’échelle de leur nation (Kathy Absolon & Willett, 2004, p. 5).

Notons qu’il s’agit de méthodologies indissociables de la réflexion théorique, dans un travail de recherche il vaut donc mieux les intégrer dès la conception du projet, y compris dans le choix du cadre théorique plutôt que seulement au moment du terrain pour s’assurer qu’elles aient une place (Kovach, 2010, p. 41; Smith et al., 2016, p. 140; Wilson, 2001). L’ensemble du processus de recherche est en effet aussi important que les objectifs et les résultats.

Nous allons voir les principes qui sous-tendent ces approches et qui permettront de développer des stratégies d’enquête et méthodes cohérentes.

Approches relationnelles et épistémologies autochtones

L’élément central des épistémologies autochtones est l’idée que la construction de relations par le ou la chercheur.e.s et la responsabilité relationnelle qui en découle (« relational accountability ») sont au centre de la recherche (Kathy Absolon, 2010, p. 74; Kathy Absolon & Willett, 2004, pp. 7, 10, 12; Chilisa, 2012, Chapter 73; Wilson, 2001, pp. 176–177). Cette responsabilité relationnelle commence dès le choix du sujet et des objectifs qui doivent être pertinents pour les communautés autochtones concernées – en complément de la satisfaction des attentes universitaires (Smith et al., 2016, p. 143). Plus tard, cette responsabilité nous évite de disparaître sans donner de nouvelles une fois le terrain terminé. Les liens créés durant la recherche sont durables et il est important d’honorer cet aspect au-delà de la recherche entre autre par un retour des résultats de la recherche à la communauté.

La structure de l’université peut présenter des obstacles à la mise en pratique de ces approches (Kathleen Absolon & Dion, 2017; Kathy Absolon & Willett, 2004, p. 14; Smith et al., 2016, pp. 133, 135) et comme certains auteur.e.s le mettent en avant il faut rester vigilant.e à ce que ces démarches lorsqu’elles se placent dans une visée décoloniale ne restent pas un discours simpliste mais prennent en compte la complexité d’une réelle décolonisation (K. E. Absolon & Absolon-Winchester, 2016).

Importance de se situer

Dans une approche relationnelle le ou la chercheur.e reste une personne, il est donc important de renoncer à l’illusion de l’objectivité (Kathy Absolon & Willett, 2004, p. 12) et d’identifier ce qui nous caractérise – nos « biais » – et de le rendre explicite pour les autres que ce soit dans nos interactions ou dans nos écrits (d’où la forme de mon introduction à cette fiche!) ; c’est une façon de se situer personnellement et dans le réseau relationnel (Kathy Absolon & Willett, 2004, pp. 5, 12; Stelmach et al., 2017, p. 5). Un des objectifs de cet exercice est de donner les indications nécessaires à notre lectorat pour nous décoder en leur fournissant une sorte de grille de compréhension de nos propos (K. E. Absolon & Absolon-Winchester, 2016, pp. 2–3).

Se situer n’est pas uniquement lié à une position intellectuelle. En effet, lorsque nous nous engageons dans une telle recherche nous nous retrouvons dans un réseau de relations avec des humains mais aussi avec un territoire et d’autres non-humains qui le peuplent et qui peuvent être impliqués dans notre recherche, il s’agit également d’assumer l’importance et la responsabilité de ces relations-là (Kathy Absolon, 2010, p. 74; Smith et al., 2016, pp. 138–139; Wilson, 2001, p. 177).

Comme on peut le voir, une telle démarche exige un équilibre entre une attention appuyée sur soi-même et son positionnement dans le réseau relationnel humain et non-humain ainsi qu’une attention et une ouverture aux autres participant.e.s à la recherche et à leurs réalités spécifiques.

Stratégies d’enquête et méthodes

Pour reprendre une analogie de Shawn Wilson dans son ouvrage « Research is ceremony » (2008) qui aide à comprendre les différents éléments développés dans une recherche et leurs articulations : la méthodologie donne la destination finale de notre « voyage de recherche », les stratégies d’enquête sont les cartes géographiques qui nous aident à y arriver et les méthodes sont les moyens de transport utilisés pour faire le voyage. Il n’y a pas forcément de méthodes créées spécifiquement pour ces méthodologies (Stelmach et al., 2017, p. 6; Wilson, 2001, p. 178) il s’agit plutôt d’adapter les méthodes existantes à notre « destination » particulière. L’idéal pour cela est de travailler en co-construction du savoir avec les participant.e.s à la recherche qui seront le mieux à même de donner aux stratégies d’enquête – les cartes – et aux méthodes – les moyens de transport – une forme adaptée à leur épistémologie. Voici quelques éléments clés permettant d’adapter ses méthodes aux épistémologies autochtones :

  • Suivre les trois « R » des méthodologies autochtones : respect, réciprocité et responsabilité (Wilson, 2008 : 77, 99).
  • Respecter le partage de connaissances et de méthodes qui peut se faire à travers le récit (storytelling) (Kathy Absolon & Willett, 2004, p. 13; Kovach, 2010; Smith et al., 2016, p. 137).
  • Accepter et intégrer l’aspect spirituel (Wilson, 2008) et émotionnel du savoir (K. E. Absolon, 2016, pp. 47–48; Wilson, 2001, p. 178).
  • Accepter la construction du savoir qui vient du collectif et assurer une réciprocité de la recherche pour la communauté (Wilson, 2008, p. 74).
  • Sortir des modes de communication académique classiques pour le partage des résultats de la recherche en offrant une variété de modes de diffusion rendant les savoirs accessibles à plus de monde. Notons que parfois les recherches universitaires peuvent prendre un temps assez long, ce partage peut donc se faire avant la finalisation du diplôme, à une échelle de temps plus appréciable pour les participant.e.s à la recherche.

Chilisa dans son ouvrage Indigenous Reasearch Methodologies (2012) explique plus en détails certaines méthodes notamment dans ses chapitres 7 et 8 où elle parle de décoloniser les méthodes d’entrevues et décrit des méthodes de recherche participante.

Comme exemple de méthode d’entrevue décolonisée Chilisa parle d’organiser un cercle de parole plutôt qu’une entrevue semi-dirigée individuelle (2012 : 212-214). Ce format peut être plus en accord avec les pratiques locales. Il permet un meilleur accès des participant.e.s à la discussion, notamment en limitant l’impression de hiérarchie dans le groupe ou l’attention trop forte sur le ou la chercheur.e. Chilisa suggère également l’utilisation d’un objet ayant du sens localement pour désigner la personne qui le porte comme celle ayant la parole et ainsi permettre un respect total du récit exprimé. Ce format a aussi l’intérêt de mettre en avant les connections entre les personnes et avec le lieu et permet un échange entre les participant.e.s qui est enrichissant pour tout le monde.

Bibliographie commentée

Absolon, K. (2010). Indigenous Wholistic Theory: A knowledge Set for Practice. First Peoples Child & Family Review, 5(2), 74–87. Retrieved from http://journals.sfu.ca/fpcfr/index.php/FPCFR/article/view/95. Importance de la responsabilité relationnelle. Importance des relations avec les non-humains.

Absolon, K., & Dion, S. (2017). Doing Indigenous Community-University Research Partnerships : A Cautionary Tale. Engaged Scholar Journal, 3(2), 81–98. Retrieved from http://esj.usask.ca/index.php/esj/article/view/334. La structure universitaire peut présenter un obstacle à ces approches.

Absolon, K. E. (2016). Wholistic and Ethical: Social Inclusion with Indigenous Peoples. Social Inclusion, 4(1), 44. https://doi.org/10.17645/si.v4i1.444. Intégrer les aspects émotionnels et spirituels dans la recherche.

Absolon, K. E., & Absolon-Winchester, A. E. (2016). Exploring Pathways to Reconciliation. Consensus, 37(1), 1–18. Retrieved from https://scholars.wlu.ca/consensus/vol37/iss1/2/. Se situer pour fournir une grille de compréhension de nos propos. Complexité de la décolonisation.

Absolon, K., & Willett, C. (2004). Aboriginal research: Berry Picking and Hunting in the 21st Century. First Peoples Child & Family Review, 1(1), 5–17. Retrieved from http://journals.sfu.ca/fpcfr/index.php/FPCFR/article/view/5. Les objectifs des méthodologies relationnelles. Les méthodologies inspirées des épistémologies autochtones comme outil pour la décolonisation. Importance de la responsabilité relationnelle. Importance de renoncer à l’objectivité. Importance de se situer. Respecter le storytelling. La structure universitaire peut présenter un obstacle à ces approches.

Chilisa, B. (2012). Indigenous Research Methodologies. Los Angeles, London, New Delhi, Singapore, Washington DC: SAGE. Méthodologies inspirées des épistémologies autochtones adaptées aux contextes africains.

Kovach, M. (2010). Conversational Method in Indigenous Research. Firs, 5(1), 40–48. Retrieved from http://journals.sfu.ca/fpcfr/index.php/FPCFR/article/view/172. Respecter le storytelling. Aspects à intégrer au niveau pratique et théorique.

Smith, L. T., Maxwell, T. K., Puke, H., & Temara, P. (2016). Indigenous Knowledge, Methodology and Mayhem: What is the Role of Methodollogy in Producing Indigenous Insights? A Discussion from Mātauranga Māori. Knowledge Cultures, 4(3), 131–156. Retrieved from https://researchcommons.waikato.ac.nz/bitstream/handle/10289/11493/10-Smith et al. (1).pdf?sequence=2&isAllowed=y. Les objectifs des méthodologies relationnelles. Les méthodologies inspirées des épistémologies autochtones comme outil pour la décolonisation. Importance des relations avec les non-humains. Respecter le storytelling. Aspects à intégrer au niveau pratique et théorique. La structure universitaire peut présenter un obstacle à ces approches.

Stelmach, B., Kovach, M., & Steeves, L. (2017). Casting a new light on a long shadow: Saskatchewan aboriginal high school students talk about what helps and hinders their learning. Alberta Journal of Educational Research, 63(1), 1–20. Retrieved from https://journalhosting.ucalgary.ca/index.php/ajer/article/view/56085. Les méthodologies inspirées des épistémologies autochtones comme outil pour la décolonisation. Importance de se situer.

Wilson, S. (2001). What is indigenous research methodology ? Canadian Journal of Native Education, 25(2), 175–179. Importance de la responsabilité relationnelle. Importance des relations avec les non-humains. Intégrer les aspects émotionnels et spirituels dans la recherche. Aspects à intégrer au niveau pratique et théorique.

Wilson, S. (2008). Research is Ceremony. Indigenous Research Methods. Black Point, N.S.: Fernwood Publishing. Développement complet des différents aspects des methodologies inspirées des épistémologies autochtones et relationnelles.

Références complémentaires

Ouvrages de référence sur les méthodologies autochtones

Absolon (Minogiizhigokwe) K.E., 2011, Kaandossiwin. How We Come to Know, Black Point, N.S., Fernwood Publishing.

Kovach M., 2009, Indigenous Methodologies. Characteristics, Conversations, and Contexts, Toronto Buffalo London, University of Toronto Press.

Smith L.T., 2012, Decolonizing Methodologies. Research and Indigenous Peoples. 2nd ed., r, London, Zed Books.

Liens entre méthodologies autochtones et décolonisation

Kincheloe J.L. et S.R. Steinberg, 2008, « Indigenous Knowledges in Education. Complexities, Dangers, and Profound Benefits. », Dans Handbook of critical and indigenous methodologies, édité par Norman K. Denzin, Yvonna S. Lincoln, et Linda Tuhiwai Smith, 135‑156, Thousand Oaks, Californie, Sage.

Denzin N.K., Y.S. Lincoln et L.T. Smith, éd., 2008, Handbook of critical and indigenous methodologies, Thousand Oaks, Californie, Sage.

Pinkoski M., 2011, « Anthropology, Tsilhqot’in Nation, and Decolonization », Native Studies Review, 20, 2 : 51‑89.

Importance du positionnement et place au sein d’un réseau relationnel

Potts K. et L. Browm, 2005, « Becoming an anti-opressive researcher. », Dans Research as Resistance: Critical, Indigenous, and Anti-Oppressive Approaches, édité par Leslie Brown, 255‑286, Toronto, Canadian Scholars’ Press and Women’s Press.

Simpkins M.A., 2010, « Listening between the lines: reflections on listening, interpreting and collaborating with aboriginal communities in Canada », The Canadian Journal of Native Studies, 30, 2 : 315‑334.

Simpson L., 2001, « Aboriginal peoples and knowledge : decolonizing our processes », The Canadian Journal of Native Studies, XXI, 1 : 137‑148.

Steinhauer E., 2002, « Thoughts on an indigenous research methodology », Canadian Journal of Native Education, 26, 2 : 69‑81.

Expliciter ses biais pour donner grille de compréhension au lectorat

Kimpson S.A., 2005, « Stepping off the road: A Narrative (of) Inquiry. », Dans Research as Resistance: Critical, Indigenous, and Anti-Oppressive Approaches, 73‑97, Toronto, Canadian Scholars’ Press and Women’s Press.

Madison S., 2008, « Narrative poetics and performative interventions », Dans Handbook of critical and indigenous methodologies, édité par Norman K. Denzin, Yvonna S. Lincoln, et Linda Tuhiwai Smith, 604, Thousand Oaks, Californie, Sage.

L’importance du récit (storytelling)

Iwasaki Y., J.G. Bartlett, B. Gottlieb et D. Hall, 2009, « Leisure-Like Pursuits as an Expression of Aboriginal Cultural Strengths and Living Actions », Leisure Sciences, 31,158‑173.

Exercice

  • Répondez à ces questions :

Le territoire sur lequel vous vivez, travaillez, étudiez ou êtes né.e (au choix) est-il le territoire ancestral/traditionnel d’un groupe autochtone?

Si oui, quelles informations pouvez-vous trouver sur ce groupe sur internet ou auprès d’organisations autochtones? Par exemple sur leur territoire, leur identité, leurs arts, leurs luttes politiques, etc.

  • Après lecture de l’extrait de l’étude suivante (y compris la citation bibliographique), discutez en quoi cette recherche diffère des recherches menées selon une perspective positiviste.

Extrait de l’article: Bawaka Country including Suchet-Pearson S., S. Wright, K. Lloyd et L. Burarrwanga, 2013, « Caring as Country: Towards an ontology of co-becoming in natural resource management », Asia Pacific Viewpoint, 54, 2 : 185‑197.

“O

Little showers of rain come through Bawaka now. These are lovely, these showers. On a hot day they really cool you down. The little bits of rain come, then they stop, then it may rain again, then stop. These rains make the land and sea beautiful. It’s good to go fishing after this rain. And yes, it’s good to go and get miyapunu, or turtle, and miyapunu mapu, turtle eggs, too.

We get miyapunu mapu, turtle eggs, from Lilirrtja, the long beach. There is a big mob of us, dhaŋaŋ, so let’s get in the troopies, the troop carriers. We’ll pile in to the two of them. You can fit a lot of people, bukmak, in the back on those sideways seats. Hold on tight.

And you hold on tight too as we take you on some (potentially bumpy) journeys: we gather miyapunu mapu (turtle egg) withYolŋu people in North East Arnhem Land, northern Australia; we take seriously the challenge of Yolŋuways of knowing and becoming; and we explore what miyapunu mapu gathering and a Yolŋu ontology of co-becoming might mean for natural resource management (NRM). In discuss- ing what it means to see humans as one small part of a broader cosmos populated by diverse beings and diverse ways of being, including animals, winds, dirt, sunsets, songs and troop carriers, we argue for a way of knowing/doing which recognises that ‘things’ can only come into ‘being’ through an ongoing process of be(com)ing together.
[…]

Now it is sunset again . . . we sit here next to the warm fire waiting for that miyapunu to be done. It’s nice and cool now in the early evening. The light is just changing colour and soon there will be a lovely sunset.

It has been a long day gathering miyapunu mapu, cooking, sharing and eating them; a long journey which challenged our thinking, our becoming, in many ways. As all stories and songs at Bawaka end with sunset, djäpana,so we end this paper reflecting on the changing colours of the sunset and the implications of a Yolŋu ontology for NRM. [….]
Our bumpy journey gathering miypunu mapu is a call to NRM to take seriously the need to attend to Indigenous ways of knowing and becoming, and to the vibrant, more-than-human relationality of our world.The miyapunu and the mapu, the sunset, as well as the troop carrier, the wind and the warrkarr flower, instruct us to take seriously not just the need to care for Country, but to care as Country; to recognise that humans and Country exist together in a state of co-becoming. Humans exist as part of Country; they are one of many vibrant, sentient, creative beings, both tangible and intangible, affective and material, animal, vegetable and mineral, that make up Country. Humans are one of an infinite number of ‘managers’ in an NRM context.”

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