Module 3 : Lire des textes de sciences sociales et humaines et organiser ses lectures

15 Faire une recherche documentaire dans le web scientifique libre

Audrey Groleau

 

Présentation du thème et de l’autrice du chapitre

Faire de la recherche de qualité à partir de textes accessibles gratuitement et légalement en ligne, c’est à la fois faisable et souhaitable. Ce chapitre présente des ressources à employer et une procédure pour obtenir des documents pertinents publiés en libre accès.

Audrey Groleau est professeure titulaire de didactique des sciences et de la technologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle contribue à la formation d’enseignantes et d’enseignants du primaire, du secondaire et en adaptation scolaire, en plus de futures chercheuses et futurs chercheurs en didactique. Ses recherches portent sur les rapports à l’expertise scientifiques de scientifiques, d’ingénieur-e-s et d’enseignant-e-s.

Les doctorants et doctorantes font régulièrement de la recherche documentaire : pour réaliser les travaux de leurs cours, dans le cadre d’un emploi étudiant, mais surtout afin d’alimenter leur propre recherche. Les manuels de méthodologie de la recherche leur suggèrent presque systématiquement d’effectuer une recension des écrits dans les bases de recherche génériques (comme Google Scholar) ou associées à leur domaine (une base de données qui regroupe les textes publiés dans le domaine de l’éducation ou du marketing, par exemple). Or, si plusieurs de ces bases de données peuvent être librement consultées en ligne, l’accès aux textes qu’elles permettent de repérer est quant à lui souvent payant, obtenu par l’entremise d’un abonnement très couteux (Leyval et Arnould, 2018) ou par l’achat d’un texte individuel.

Les bibliothèques des universités du Nord conservent habituellement des abonnements aux revues et ouvrages des grands éditeurs. Il n’en est pas toujours de même dans des pays du Sud, comme en Haïti (Moreau, 2013) ou en Afrique subsaharienne (Nkolo, 2019), où l’accès aux écrits scientifiques est un véritable enjeu. Heureusement, de nombreuses ressources sont publiées dans le web scientifique libre. Autrement dit, elles peuvent être consultées légalement et gratuitement en ligne. On peut les imprimer, partager le lien où on les retrouve et y faire référence sans problème. Ces ressources permettent de faire du travail de recherche documentaire de grande qualité sans disposer de moyens financiers importants. Faire appel à ces ressources est aussi, par principe, une meilleure manière de faire de la recherche, car la science doit être accessible à toutes et à tous, pas uniquement à ceux et celles qui peuvent payer le prix fort, surtout lorsqu’on sait que ce sont des fonds publics qui financent le plus souvent ces recherches.

Ce chapitre présente divers types de ressources pour faire une recherche gratuite, pertinente et efficace dans le web scientifique libre, puis il résume comment s’y prendre pour les employer. Il se termine par un rappel de quelques limites associées aux documents disponibles en libre accès.

Effectuer des recherches documentaires à partir de quatre types de ressources en libre accès

Quatre types de ressources principales permettent d’effectuer des recherches documentaires en libre accès : les revues publiées en libre accès, les bibliothèques numériques, les archives ouvertes et les moteurs de recherche spécialisés. Il est toutefois à noter que ces catégories ne sont pas mutuellement exclusives. Certaines ressources pourraient en effet être classées dans deux ou plusieurs de ces catégories.

Les revues en libre accès

Certaines revues sont publiées directement sur le web. Leurs articles ne sont pas protégés par un mot de passe et peuvent ainsi être consultées par toutes les personnes intéressées. À titre d’exemple, on peut penser à la revue Haïti Perspectives[1], qui propose des numéros thématiques contenant des articles de recherche, des analyses et des points de vue autour d’enjeux de la société haïtienne comme la place des femmes en sciences et technologie ou encore la gestion intégrée des eaux. De la même manière, la Revue africaine d’environnement et d’agriculture[2] publie des articles de recherche et de synthèse qui portent sur le contexte agricole africain.

Les bibliothèques numériques

Les bibliothèques numériques sont des sites web sur lesquels on peut consulter des collections d’ouvrages. En contexte québécois, certaines maisons d’éditions savantes, comme les Presses de l’Université du Québec[3] ou les Presses de l’Université de Montréal[4], ont rendu plusieurs de leurs ouvrages accessibles sur leur site web, certains ayant été mis en ligne plusieurs années après la publication, d’autres ayant au contraire été conçus, dès le départ, en vue d’une publication en libre accès. Les Classiques des sciences sociales[5], un organisme sans but lucratif hébergé par l’Université du Québec à Chicoutimi, a quant à lui rendu disponibles à tous et à toutes plus de 8000 ouvrages, scindés en huit collections (« auteurs et autrices classiques »; « sciences sociales contemporaines »; « méthodologie en sciences sociales »; « histoire du Saguenay-Lac-St-Jean »; « désintégration des régions du Québec »; « documents »; « sciences du développement » et « sciences de la nature »).

Les archives numériques

Les archives numériques ressemblent aux bibliothèques numériques, mais peuvent contenir toutes sortes de documents. Dans la catégorie des archives numériques figurent par exemple les dépôts institutionnels, c’est-à-dire les sites web sur lesquels les universités ou établissements divers publient les documents rédigés par leurs employées et employés, parfois aussi par leurs étudiantes et étudiants. L’intérêt, pour les doctorants et les doctorantes, est que l’on peut y retrouver de nombreux articles, des mémoires et des thèses. À titre d’exemple, on peut accéder légalement et gratuitement à la thèse d’Ousmane Sy (2019), intitulée Effet des pratiques enseignantes effectives sur l’intérêt des élèves sénégalais du cycle moyen à l’égard des sciences et de la technologie, par l’entremise du dépôt institutionnel de l’Université du Québec à Montréal, où il a effectué ses études. Il existe également des archives ouvertes où tous et toutes peuvent déposer leur travail. Pensons par exemple à arXiv[6], une archive de langue anglaise, spécialisée en économie, sciences de la nature et ingénierie qui est hébergée à l’Université Cornell, et à l’archive ouverte HAL[7], du Centre pour la communication scientifique directe, où l’on retrouve de nombreux articles et chapitres d’ouvrages en français. La plateforme Érudit[8], qui pourrait être considérée comme une bibliothèque numérique (parce qu’elle est organisée par collections) ou comme une archive numérique (parce qu’elle regroupe des types de documents variés), est également d’intérêt pour les doctorants et les doctorantes.

Les moteurs de recherche

Il ne faut pas négliger les moteurs de recherche spécialisés comme Google Scholar[9]. Ils ont en commun d’indexer un très grand nombre d’écrits scientifiques. Leur intérêt est d’aider les chercheurs et chercheuses à apprendre l’existence de certains articles, mémoires, thèses, ouvrages et chapitres d’ouvrages collectifs. Ce n’est toutefois pas parce qu’on peut repérer une ressource sur un tel moteur de recherche qu’on y aura nécessairement accès. Autrement dit, ces moteurs de recherche trouvent aussi des documents qui sont protégés par des mots de passe et dont l’accès nécessite un abonnement. Il faut donc parfois poursuivre ses recherches dans d’autres ressources…

Comment s’y retrouver?

Le risque au moment de faire une recherche documentaire dans le web scientifique libre, c’est de s’y perdre. Il existe de nombreuses manières de procéder, mais voici celle que j’utilise personnellement.

  1. Clarifier ce qu’on recherche : veut-on obtenir les textes d’une autrice ou d’un auteur en particulier? Ceux qui portent sur un thème? A-t-on plutôt déjà le titre exact de la ressource que l’on cherche?
  2. Choisir des mots-clés (le nom et le prénom de l’auteur ou de l’autrice; quelques mots représentatifs du thème; le titre du texte que l’on pourra placer entre guillemets pour faire une recherche de l’expression exacte).
  3. Entrer les mots-clés dans un moteur de recherche comme Google Scholar.
  4. Éplucher les entrées, en évaluer la pertinence, modifier les mots-clés et refaire la recherche au besoin.
  5. Pour chaque texte intéressant, regarder si un site web permettant d’obtenir l’article est présent (dans Google Scholar, les adresses de ces sites apparaissent à la droite du titre du document). Si oui, cliquer sur cette adresse. Si non, quand même cliquer sur le titre de l’article. Il arrive (même si c’est plutôt rare) que ce lien nous mène directement vers une ressource en libre accès.
  6. Si on ne peut pas obtenir le texte de cette manière, copier son titre et le coller dans un moteur de recherche générique (ex. Google). Il n’est pas rare que l’une des entrées qui apparaissent nous mène vers une revue en libre accès, vers une archive numérique ou vers une bibliothèque numérique. Il est à noter que si on cherche un chapitre d’ouvrage collectif, il vaut souvent mieux rechercher le titre de l’ouvrage que le titre du chapitre.
  7. Si on n’a toujours pas obtenu le document, faire une vérification dans les grandes archives numériques (ex. HAL). Peut-être qu’on ne trouvera pas le document recherché, mais qu’on pourra mettre la main sur un autre texte de la même autrice ou du même auteur, par exemple.
  8. Enfin, il ne faut pas hésiter à écrire directement à l’autrice ou à l’auteur du texte pour lui demander une copie de son texte. Les chercheuses et chercheurs sont souvent très heureuses et heureux de partager leurs textes avec des étudiants et des étudiantes.

Par ailleurs, lorsqu’on fait une recension des écrits qui se veut exhaustive, on gagne à chercher dans les revues en libre accès, les bibliothèques numériques et les archives numériques associées au thème d’intérêt. Une liste de nombreuses ressources du web scientifique numérique se trouve d’ailleurs dans la section « Références complémentaires ».

Des ressources en libre accès ne sont pas nécessairement libres de droits!

On emploie ici le mot « libre » au sens de « libre accès » plutôt que « libre de droits ». C’est donc dire qu’il importe de citer adéquatement ses sources (employer les guillemets si on reprend des propos tels quels; employer une méthode reconnue pour signifier que l’on reformule les propos d’autrui; faire une liste de références bibliographiques, etc.). Les ressources libres d’accès sont protégées par des licences diverses. Chaque licence explicite les droits et responsabilités des personnes qui accèdent aux documents : certaines licences permettent de redistribuer les documents sur un site web; d’autres prévoient que les textes pourront être modifiés, voire complètement transformés, puis redistribués; d’autres encore ne permettent que la consultation des documents (sans les modifier ou les redistribuer). Dans certains cas, on peut même les réutiliser sans en mentionner l’auteur  ou l’autrice (ce qui n’est par contre pas acceptable lorsqu’on réalise une recherche) ou en faire un usage commercial! En somme, il faut bien lire les conditions d’utilisation des textes auxquels on accède. Cela nous explique comment on peut en faire un usage éthique et responsable.

Bibliographie commentée

Leyval, C. et Arnould, P.-Y. (2018). Quand les chercheurs se libèrent des revues scientifiques au coût exorbitant. Récupéré de https://theconversation.com/quand-les-chercheurs-se-liberent-des-revues-scientifiques-au-cout-exorbitant-97355 Cet article présente diverses manières de publier et d’obtenir des textes sans passer par les grandes maisons d’édition dont les services sont dispendieux.

Moreau, K. (2013). La situation institutionnelle de l’enseignement supérieur et universitaire en Haïti. Haïti Perspectives, 2(1), 14–16. Récupéré de http://www.haiti-perspectives.com/pdf/2.1-analyse.pdf Moreau fait un tour d’horizon de la situation de l’enseignement universitaire en Haïti.

Nkolo, N. P. (2019). Le mouvement du libre accès en Afrique : opportunités et défis. Revue française des sciences de l’information et de la communication, (16). Récupéré de https://doi.org/10.4000/rfsic.6026 Dans cet article, on retrouve un historique de la publication en libre accès en Afrique, diverses définitions sur le sujet et une présentation des initiatives de publication en libre accès mises en place sur le continent.

Sy, O. (2019). Effet des pratiques enseignantes effectives sur l’intérêt des élèves sénégalais du cycle moyen à l’égard des sciences et de la technologie. Thèse de doctorat inédite. Université du Québec à Montréal. Récupéré de https://archipel.uqam.ca/12603/1/D3562.pdf Il s’agit d’un exemple de thèse de doctorat digne d’intérêt pour des doctorants et doctorantes que l’on peut retrouver dans un dépôt institutionnel.

Références complémentaires

Voici une série de sites web où l’on peut trouver de nombreuses ressources en libre accès.


  1. http://www.haiti-perspectives.com/
  2. https://www.rafea-congo.com/
  3. https://www.puq.ca/catalogue/libreacces/liste.html
  4. https://www.pum.umontreal.ca/collections/libre-acces/
  5. http://classiques.uqac.ca/
  6. https://arxiv.org/
  7. https://hal.archives-ouvertes.fr/
  8. https://www.erudit.org/fr/
  9. https://scholar.google.com/
  10. https://bibliotheque.uqac.ca/libre-acces/libre-acces-trouver
  11. https://science.gc.ca/eic/site/063.nsf/fra/h_ECEFDFAA.html
  12. https://www.carl-abrc.ca/fr/faire-avancer-la-recherche/depots-institutionnels/depots-au-canada/?cn-reloaded=1