Nigéria

36 Segun Afolabi

Julia Berryman

Segun Afolabi, 44 ans, a grandi au Nigéria, d’abord à Ibadan, où il est né, puis dans la ville de Lagos. Il a été élevé en compagnie de ses frères et sœurs, mais également de ses cousins, cousines, oncles et tantes. « Les traditions africaines favorisent la vie collective contrairement à la vie individuelle du Québec », dit-il. La langue officielle du Nigéria, en plus des langues nationales, est l’anglais, mais grâce à ses études en traduction, Segun parle très bien le français.

La révélation

C’est en 2006 que Segun et sa femme débutèrent leurs démarches pour aller vivre au Canada. À l’époque, Segun avait 34 ans et n’était pas encore père. Deux raisons motivèrent leur désir de quitter le Nigéria. La première raison relève du divin : chrétien pentecôte pratiquant, Segun eut une révélation lui disant qu’il devait venir vivre au Canada. Mais il ne savait toujours pas quelle province canadienne serait son nouveau chez-soi. C’est un facteur de nature académique qui fut déterminant à cet égard. Les études furent en effet la deuxième raison ayant conduit Segun et sa femme à quitter leur pays d’origine. Segun souhaitait poursuivre des études supérieures en traduction, ce qui lui aurait été impossible au Nigéria. Au Canada, il avait la possibilité de faire une thèse de doctorat dans ce domaine, ce qui joua un rôle important dans sa décision. Il fit donc une première demande d’admission dans une université d’Halifax en Nouvelle-Écosse, demande qui fut malheureusement refusée. L’année suivante, il fit une deuxième tentative, à l’Université de Montréal. Encore une fois, sa demande fut déclinée. La même chose se reproduisit en 2009 et ce n’est qu’en 2011 que Segun fut finalement accepté à l’Université Laval. Il ne déménagea officiellement que quatre ans plus tard, soit en janvier 2015. Malheureusement, sa femme et leurs trois enfants nés entretemps ne purent quitter le Nigéria en même temps que lui. Ce fut un processus laborieux pour que la famille soit enfin réunie dans leur nouvelle demeure canadienne.

L’arrivée au Québec

Cela fait maintenant presque deux ans que Segun est arrivé au Québec. À son arrivée, il a d’abord été marqué par la bonté et la gentillesse des Québécois et des Québécoises. « Ils sont toujours prêts à aider », a-t-il mentionné. C’est d’ailleurs en arrivant ici qu’il a entendu pour la première fois l’expression « Ça me fait plaisir » en réponse au mot « Merci ». Il était habitué aux expressions « Je vous en prie » et « Pas de quoi », mais n’avait jamais entendu « Ça me fait plaisir ». Cette forme de politesse l’a particulièrement touché lors de ses premiers échanges avec des Québécois qu’il a trouvés extrêmement chaleureux et accueillants. Segun a aussi apprécié le confort et le niveau de vie du Québec. Au Nigéria, comme dans la plupart des pays d’Afrique, il n’avait pas accès à l’électricité et à Internet 24 heures sur 24. C’était donc un luxe pour lui d’avoir droit à ces accommodations à toute heure de la journée.

Toutefois, Segun a aussi été choqué par certains éléments de la vie québécoise. L’aspect qu’il a trouvé le plus ardu à son arrivée est l’adaptation au froid et à l’hiver. Tel que déjà mentionné, Segun est arrivé en janvier 2015, lors d’un des hivers les plus froids de l’histoire récente du Québec. Segun a alors adopté des stratégies afin d’éviter les sorties extérieures. Lors de sa première année à Québec, il habitait dans une résidence de l’Université Laval. Pour aller à ses cours, il pouvait donc emprunter les tunnels intérieurs mis à disposition. « Ça m’a beaucoup sauvé! », dit-il avec humour.

Segun explique aussi avoir été un peu dérouté en ce qui concerne la langue lorsqu’il est arrivé au Québec. Ayant fait son baccalauréat en langue française et sa maîtrise en traduction anglais-français au Nigéria, il était très à l’aise avec la langue de Molière. Toutefois, le français auquel il était habitué était complètement différent du français québécois. Il avait donc du mal à suivre lors de conversations courantes. En classe, il dit que les professeurs utilisent un français plus standard, où l’accent québécois se laisse moins entendre, ce qui lui a facilité la tâche pour ses études. Par contre, dans un contexte plus familier, Segun a parfois éprouvé certaines difficultés de compréhension.

Par ailleurs, il a constaté une différence entre le Nigéria et le Québec quant à la religion. Au Nigéria, il y a des congés pour toutes les fêtes religieuses, même pour les festivités musulmanes, ce qui n’est pas le cas au Québec. Par contre, dans son pays natal, il n’y a pas de tolérance religieuse. « Ici, chacun respecte l’autre », dit-il. Segun apprécie le fait que la religion, au Québec, n’est pas une affaire publique.

Un autre élément que Segun a trouvé difficile lors de ses premiers mois au Canada est l’éloignement avec sa famille. En effet, à cette époque, sa conjointe ainsi que ses trois filles étaient toujours au Nigéria. Quand il est parti, sa plus jeune fille avait seulement cinq mois. Le départ et la distance ont donc été particulièrement difficiles pour Segun. Néanmoins, il se considère très chanceux puisque seulement six mois après son arrivée, sa famille était de nouveau réunie. Ainsi, en août 2015, sa femme et ses trois filles reçurent leur visa et arrivèrent en septembre 2015 à Québec. Ce fut donc assez rapide comparativement à d’autres familles qui peuvent rester séparées beaucoup plus longtemps. Segun soutient que tout ça est grâce à Dieu. « On a prié et Dieu a fait en sorte que six mois après, on était de nouveau ensemble », dit-il.

Enfin, Segun a été marqué par la façon dont les Québécois parlent de l’Afrique. « Quand les gens d’ici parlent de l’Afrique, ils parlent de l’Afrique comme d’un pays », remarque-t-il, ce qui est inexact. Il mentionne aussi que les Québécois s’imaginent souvent l’Afrique comme une région où il n’y a pas de civilisation ni de culture, ce qu’il trouve stupéfiant.

Aujourd’hui

Aux côtés de sa famille depuis plus d’un an, Segun adore sa nouvelle vie québécoise. Malgré les difficultés d’adaptation au tout début, il dit être dorénavant capable d’apprécier l’hiver. Ses trois filles sont d’ailleurs en amour avec la neige. De plus, Segun s’est habitué à notre accent et considère qu’il est capable de saisir toutes nos expressions. En tant que traducteur, l’accent québécois est une particularité qu’il apprécie beaucoup. Il poursuit actuellement son doctorat en traduction. Sa thèse porte sur la formation des traducteurs professionnels au Nigéria. Parallèlement à ses études, Segun travaille en tant qu’auxiliaire d’enseignement au sein de l’Université Laval. « Ce n’est pas très payant pour le moment », dit-il, mais sa conjointe, Tope Afolabi, est là pour assurer un meilleur revenu à sa famille. En effet, celle-ci, docteure en langue française, était professeure de français à l’Université au Nigéria, dans la même institution que lui. Elle travaille présentement comme agente de téléconférence bilingue avec une compagnie de télécommunications à Québec. Segun tient à souligner qu’elle lui est d’un grand support. Elle est une « femme africaine très courageuse, elle est ma perle à un prix inestimable! Je l’adore! ».

Les deux filles les plus âgées de Segun sont à l’école, tandis que la plus jeune est à la garderie. Il dit avoir tissé des liens d’amitié avec plusieurs personnes, tant des Québécois que des immigrants. Il communique régulièrement avec sa famille au Nigéria : ses parents, ses frères, ses sœurs et ses cousins. Une chose est certaine, Segun est extrêmement reconnaissant de cette aventure. « Wow. Je dirais que c’est une expérience extraordinaire! J’aime les Québécois, ils sont très gentils. J’aime le Québec! », dit-il.

Recommandations aux Africains et message aux Québécois

Pour les Africains qui désireraient venir vivre au Québec, Segun n’a qu’une seule recommandation : savoir parler français. Pour les Africains francophones, c’est plus facile. « La ville de Québec est calme et sécuritaire. Il fait bon vivre ici », dit-il. Cependant, pour les Africains anglophones ne parlant pas français, cela risque d’être plus complexe. « Si ma femme et moi n’avions pas parlé français, ça aurait été très difficile de s’adapter », a-t-il révélé. Ainsi, il recommande aux Africains anglophones de se tourner vers le Canada anglais.

Finalement, pour les Québécois qui s’inquiètent de l’arrivée d’immigrants, Segun a le message suivant à leur transmettre : « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter, car l’union fait la force. » Selon lui, le monde devient un village planétaire et il encourage les gens à s’ouvrir. Cependant, Segun estime que les Québécois sont déjà très ouverts, accueillants et tolérants.

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La famille Afolabi dans leur maison avant de quitter le Nigéria

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Segun Afolabi by Julia Berryman is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License, except where otherwise noted.

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