Togo

49 Mawouko Jérémie Gnagniko

Laurie Prémont

Mawouko Jérémie Gnagniko, né en 1974, est originaire de Lomé, la capitale du Togo. Il arriva à Québec en 2010 pour poursuivre sa formation en droit.

Parcours scolaire et professionnel

Mawouko Jérémie a toujours été passionné par le droit. Il fit un baccalauréat en droit au Togo suivi d’une maîtrise en droit des affaires. Diplômé en 2002, il obtint ensuite un poste d’enseignant en droit civil et commercial, ainsi qu’en éducation civique, à l’École Grand-Enseignant. Étant un grand travailleur, il enseigna aussi le droit civil et commercial à l’école privée Kouvahey et à l’ISSECK (Institut Supérieur des Sciences Économiques et Commerciales) où il resta en poste pendant trois et cinq ans, respectivement.

Après avoir enseigné pendant sept ans, un besoin de changement s’imposait. Inspiré par l’expérience de son frère qui avait quitté Lomé pour aller poursuivre ses études en Allemagne et au Québec en 2004, Mawouko Jérémie eut envie lui aussi de tenter l’expérience. Ce projet d’études au Canada fut planifié pendant deux ans avant de se réaliser.

Enthousiasme du départ

C’est en 2010, à l’âge de 36 ans, que Mawouko Jérémie s’envola pour le Québec, avec de grands projets en tête et le statut de résident permanent. Il imaginait avec enthousiasme les conditions d’étude au Québec, ainsi que les possibilités d’emplois qui allaient s’offrir à lui. Pourquoi avoir choisi Québec? Premièrement, on y parle français, une langue qu’il maitrise parfaitement puisque c’est la langue du système d’éducation du Togo. Même s’il parle bien l’anglais, les autres provinces canadiennes constituaient des options beaucoup plus difficiles puisqu’il aurait fallu qu’il apprenne de nouveau toutes les connaissances qu’il avait acquises en français pendant ses études. Deuxièmement, la capitale nationale lui semblait plus petite que Montréal, mais aussi plus chaleureuse et regorgeant de possibilités d’emploi relatives au domaine du droit. Il  estimait qu’une population moins nombreuse résulterait en une moins grande rivalité professionnelle. Troisièmement, la famille. Son frère habitait déjà la région depuis six ans. Ce visage familier qui avait lui aussi traversé l’épreuve qu’est l’immigration était pour M. Gnagniko une ressource inestimable. Ces trois éléments allaient faire en sorte que son adaptation allait être plus facile. Mawouko Jeremie voulait absolument mettre toutes les chances de son côté pour s’envoler vers une carrière au Canada.

Choc culturel

Limiter le choc de l’immigration ne veut pas dire l’éliminer. Le premier grand choc qu’il vécut à son arrivée fut le choc climatique, classique pour les personnes qui proviennent de régions chaudes lorsqu’elles vivent leur premier hiver québécois. M. Gnagniko a atterri à Québec le 6 février 2010. Passer de +30 à -20 degrés en une journée a été pour lui un grand choc, puisqu’il ne possédait ni manteau ni bottes pour des températures aussi froides. Heureusement, il put compter sur l’aide de son frère qui lui apporta un manteau d’hiver en allant le chercher à l’aéroport et qui lui donna ensuite tout qu’il fallait pour braver le froid hivernal. Toutefois, ce choc climatique a été difficile et l’a affecté pendant son premier mois au Québec. Heureusement, son immersion a été largement facilitée par la langue. La barrière linguistique était tellement minime qu’il lui a été très facile de s’intégrer.

Pendant ses premiers mois au Québec, Mawouko Jérémie a habité avec son frère. Avec l’envie et la capacité de se débrouiller seul, Mawouko Jérémie décida de déménager à Limoilou, sans son frère, après seulement sept mois au Québec.

Le deuxième choc qu’il vécu fut le choc professionnel. Malgré son vaste bagage professionnel, Mawouko Jérémie eut l’impression de frapper un mur en effectuant des demandes d’emploi. Le problème n’était ni la langue ni un manque d’éducation. Où résidait donc la problématique? Il n’avait aucune expérience de travail québécois. Malgré un curriculum vitae garni de plusieurs expériences en sol togolais, Mawouko Jérémie n’arrivait pas à se trouver un emploi ici. Les potentiels employeurs demandaient toujours au moins une expérience de travail en sol québécois. Mais puisqu’il venait tout juste d’arriver, il n’en avait aucune! Les employeurs québécois ne voulaient pas lui donner une chance en l’employant et en lui offrant sa première expérience de travail au Québec. Peu importe quelle aurait été cette expérience, il aurait pu par la suite l’inscrire sur son CV. Il ne lui fallait qu’une seule expérience, une seule première chance. Ce fut finalement une usine de transformation de canneberges qui lui offrit sa première expérience de travail en sol québécois.

En temps réel

Actuellement, Mawouko Jérémie Gnagniko est étudiant à la maîtrise en droit à l’Université Laval, après avoir fait un baccalauréat en droit (2012-2015). Il fait également l’école du barreau en parallèle, ce qui lui demande beaucoup de temps.

Le retour aux études n’a pas été un choc pour M. Gnagniko, puisqu’il restait en quelque sorte dans des terrains connus. « Le droit civique français reste le même », comme il le dit lui-même. Il ne partait pas de zéro, tout ce qu’il avait précédemment étudié pouvait lui être utile.

Actuellement, il s’investit dans ses études et dans l’organisme la Table du pain où il est bénévole depuis 2011. Cet organisme à but non lucratif vient en aide aux étudiants précaires de l’Université Laval. Tous les mercredis de la session scolaire, ces étudiants et les bénévoles se rassemblent pour prendre le repas. En dehors des temps d’études, ces étudiants sont dirigés vers d’autres banques de nourriture de la ville de Québec. Mawouko Jérémie adore donner du temps à cette organisation. Il trouve très important d’assister les gens dans le besoin et de tenir compagnie aux étudiants qui sont seuls. Il se considère très chanceux d’avoir eu son frère dans ses premiers mois au Québec. Il réalise que ce n’est pas le cas pour tout le monde et souhaite aider ceux et celles qui sont seuls.

C’est grâce à ces rencontres dans les résidences que Mawouko Jérémie a pu rencontrer de nombreux autres étudiants et créer des liens avec ceux-ci. Tout le monde semble le connaître! Plusieurs l’appellent le doyen. Il est quelqu’un qui s’intègre vite grâce à son côté sympathique, chaleureux et, comme il le dirait lui-même, « grâce à la convivialité à l’africaine ».

Malgré cette adaptation rapide à la culture québécoise, Mawouko Jérémie n’a pas perdu ses racines, notamment en ce qui concerne l’alimentation. Il aime concocter des plats traditionnels de l’Afrique de l’Ouest. Il adore faire des réceptions, inviter tout le monde à venir manger, etc. Ce qu’il aime, c’est lorsque la table est remplie et que tout le monde partage un bon moment.

Malgré que le Québec soit une province plutôt athée, M. Gnagniko a gardé des habitudes chrétiennes soutenues. Il fréquente l’église tous les dimanches et s’y rend régulièrement d’autres jours de la semaine lorsqu’il en ressent l’envie.

Conseils pour le Québec

Mawouko Jérémie perçoit la culture québécoise comme une culture ouverte. Il estime que les citoyens québécois, ainsi que le système, favorisent l’intégration des étrangers. Il a aussi remarqué l’interculturalisme de la société québécoise. Pour lui, les gens d’origine différente s’intègrent mieux à Québec qu’à Montréal où les immigrants sont souvent isolés dans des quartiers distincts, ce qui crée des groupes et ne favorise pas le mélange culturel. Contrairement à la métropole, la ville de Québec ne comporte que très peu, voire aucun quartier distinct, si bien que tout le monde peut être le voisin de tout le monde. De ce fait, le mélange des cultures est favorisé.

Selon M. Gnagniko, le Québec a une bonne démocratie. Toutefois, il croit que le système politique actuel devrait s’ouvrir davantage à l’intégration de la population dans les décisions politiques et miser sur l’aspect participatif de la démocratie.

Il n’est pas encore retourné au Togo pour revoir sa famille, mais admet qu’elle lui manque énormément. Puisqu’il n’a pas quitté son pays natal pour des raisons politiques ou de conflits, il garde un très bon souvenir du Togo. « J’aimerais beaucoup retourner me ressourcer dans mon pays », m’a-t-il expliqué lors de notre rencontre. Cependant, ce voyage n’aura pas lieu tout de suite puisqu’il souhaite terminer son barreau avant d’y retourner.

Les Québécois et les Africains

Mawouko Jérémie a rencontré des Québécois qui avaient une vision plutôt caricaturale de ce qu’est l’Afrique. Il remarqua que cette perception était centrée sur les clichés véhiculés par les médias. Souvent, quand les Québécois pensent à l’Afrique, ils ne pensent qu’au tiers-monde et à la pauvreté. Mawouko Jérémie explique que la distance géographique entre le Canada et l’Afrique rend difficile la perception réelle de la vie africaine par les Canadiens, même en 2016. Pour lui, les Européens ont une vision plus juste de la réalité africaine puisqu’ils sont plus proches géographiquement.

L’Afrique, ce n’est pas que pauvreté et misère. En Afrique, il y a de grandes villes parsemées de gratte-ciels et d’immeubles. Même s’il manque certaines ressources, des Africains ont effectué de grandes avancées pour l’humanité. Par exemple, il m’a raconté qu’un jeune Togolais avait réussi récemment à confectionner une imprimante 3D avec des matériaux entièrement recyclés.

Pour ce qui est de l’avenir, M. Gnagniko a déjà quelques idées en tête. Il souhaite possiblement enseigner lorsqu’il aura terminé ses études, lui qui a déjà été chargé de cours à l’Université Laval. Il souhaite prendre le temps de retourner se ressourcer au Togo pour revoir sa famille et ses amis. Toutefois, il souhaite revenir au Québec. Il a trouvé de nombreux avantages à venir étudier et travailler ici et il a adopté la province.

Il veut dire ces quelques mots aux Québécois qui s’inquiètent de l’arrivée d’immigrants dans la province : « Cessez de vous inquiéter! Les immigrants sont très gentils et il faut leur faire plus confiance! ». Il explique que ces voyageurs peuvent apporter beaucoup à la société et c’est cette diversité culturelle qui la rend belle. Beaucoup d’immigrants quittent leur pays pour accomplir de grandes choses et il faut leur laisser la chance de le prouver. Ces nouveaux citoyens québécois choisissent le Québec pour de nombreuses raisons positives et « il faut leur souhaiter la bienvenue ».

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