Burkina Faso

9 Jasmine Sawadogo

Sophie Rivard-Nolin

Jasmine Sawadogo, 22 ans, est originaire de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Toutefois, elle ne vécut pas toute son enfance au Burkina. Ses parents désirant étudier dans un pays étranger, elle frôla le sol canadien dès son plus jeune âge et, de l’âge d’un an à six ans, vécut au Québec avec les membres de sa famille. Ses parents ayant développé une grande ouverture d’esprit vis-à-vis du Canada et de la possibilité d’étudier à l’étranger, ils transmirent à leurs enfants le désir de voyager. C’est ainsi que les deux grands frères de Jasmine partirent au Canada pour leurs études et que Jasmine décida de les rejoindre.

La France avant le Canada

Pourquoi partir pour étudier? Au Burkina, un diplôme obtenu à l’étranger est plus reconnu, plus valorisé, qu’un diplôme local et offre la possibilité d’avoir un meilleur emploi. La décision de quitter son pays pour étudier dans une université d’un pays du Nord ne fut donc pas difficile pour Jasmine, inspirée par le modèle de ses parents tous deux détenteurs d’un doctorat de l’Université Laval. Il est important de préciser que ce départ n’est toutefois pas définitif. Jasmine désire retourner vivre dans son pays dans quelques années, en y amenant tout le bagage qu’elle aura acquis grâce à cette belle expérience.

Avant de venir s’installer à Québec, Jasmine fit ses premiers pas à l’extérieur de son pays en France, plus précisément à Lille. Grâce à une bourse d’études obtenue au Burkina Faso, elle partit vers le continent européen dans le but de faire un baccalauréat en sciences de la santé. Même si cette expérience en France facilita sa transition vers le Canada par la suite, en raison des similarités entre les deux cultures, le choc fut grand pour Jasmine. Alors qu’elle a pu s’installer avec son frère au Québec, elle dut apprendre rapidement à se débrouiller par elle-même en France.

Plusieurs différences entre le Burkina Faso et la France l’ont frappée. L’existence en France d’un système public de santé et d’une couverture d’assurance en santé fut une première découverte qui fit comprendre à Jasmine à quel point un pays pouvait être différent d’un autre. La facilité de trouver des médecins et le remboursement des médicaments furent des choses qu’elle découvrit en France. Elle trouve la France toutefois bien plus stricte au niveau des études qu’au Burkina Faso : « En classe, nous n’avions même pas la possibilité de manger. Il y avait même des caméras qui nous surveillaient pour s’assurer que nous n’apportions pas de nourriture en classe ». Ses trois années d’études furent toutefois une belle expérience et un bon tremplin vers le Canada.

Si elle apprécie la France, Jasmine trouve néanmoins que les habitants de ce pays ne font pas preuve d’une grande ouverture d’esprit. On y retrouve encore beaucoup de racisme et malgré le fait qu’elle ne fut pas confrontée à de mauvaises aventures, elle dut y faire face à quelques reprises. Par exemple, lors d’une activité de bénévolat qu’elle réalisa dans un centre de personnes âgées, une dame ne voulut pas qu’elle s’assoie à côté d’elle pour le repas. Même si Jasmine n’en souffrit pas vraiment, la présence de ce racisme plus élevé devint une autre des raisons qui poussèrent Jasmine à s’installer au Canada pour terminer ses études.

L’arrivée au Canada

Il n’y a que quelques mois que Jasmine est installée au Québec. La transition fut très facile en raison des ressemblances entre la France et le Québec, mais aussi de la présence de son frère qui était déjà installé à Québec. Elle commença en septembre sa maîtrise en épidémiologie à l’Université Laval. Rapidement, elle se fit des amis tant africains que québécois. Il était important pour elle de s’entourer non seulement de membres de la communauté africaine, mais aussi de Québécois pour mieux comprendre leur culture. À son arrivée, les gens furent très ouverts et jusqu’à maintenant, elle n’a été confrontée à aucune forme de racisme. Elle trouve que les gens ici sont beaucoup plus ouverts d’esprit, qu’ils n’ont pas peur d’aller vers elle, ce qu’elle apprécie grandement.

Contrairement à son expérience en France, la vie étudiante à Québec est très plaisante pour Jasmine. Non seulement la discipline est moins stricte, mais tout est plus simple quant aux horaires, aux cours et aux travaux hors cours. Elle trouve que la façon dont est organisé le système universitaire lui a permis de s’adapter encore plus facilement au Québec et de progresser.

Des valeurs différentes

Si Jasmine s’adapte facilement au Québec, il n’en reste pas moins qu’elle remarque quelques différences entre son pays d’accueil et son pays d’origine, principalement en ce qui a trait aux relations entre les membres de la famille et entre un jeune et son supérieur.

Au Burkina Faso, le vouvoiement est une preuve de respect envers une personne plus âgée. Le fait que les Québécois tutoient sans problème leurs professeurs ou des gens qu’ils connaissent à peine lui demanda un moment d’adaptation. Pour elle, le tutoiement est une façon de communiquer trop intime lorsqu’on ne connaît pas bien la personne. De ce fait, même dans les relations avec les membres de la famille, notamment avec les grands-parents, le vouvoiement est de rigueur au Burkina Faso. Cela représente une marque de respect. Dans son cas, Jasmine tutoya ses parents rapidement, mais ce fut vraiment une exception. Mis à part elle et ses frères, aucun autre membre de sa famille ne tutoie les autres. Pour démontrer un rapprochement, les Burkinabés ont plutôt l’habitude d’ajouter le surnom de tantie ou tonton avant le prénom de la personne, tout en continuant de la vouvoyer. Le rapport à l’autorité et les relations familiales sont pour le moment les principales différences de valeurs qu’elle constate entre le Québec et le Burkina Faso.

Un projet ambitieux

À la suite de ses nombreuses découvertes grâce à ses études internationales, un projet est né dans la tête de Jasmine. Après la fin de ses études, elle désire vivre ici encore quelques années dans le but d’acquérir une expérience internationale. Mais son but principal est de créer au Burkina Faso une structure de santé publique semblable à celle du Québec. Car si Jasmine aime le Québec, il est certain qu’elle désire retourner vivre dans son pays d’origine dans plusieurs années pour améliorer la qualité de vie au Burkina Faso et notamment son système de santé. Elle mise donc sur tout l’apprentissage qu’elle fait ici pour venir en aide à son pays en lui apportant un meilleur système de santé. Ce projet peut sembler ambitieux, mais Jasmine désire amener avec elle tout ce que le Canada lui aura appris pour aider les Burkinabés.

Recommandations

Ses recommandations pour les Africains désireux de venir s’installer ici sont simples : il ne faut pas avoir peur de découvrir le monde. Toutefois, il est bien important de se préparer à cette découverte. Elle recommande aussi de ne pas rester enfermé, de s’ouvrir aux autres sans peur de se faire rejeter. Les Québécois sont pour elle un peuple qui n’a pas peur des autres et qui est prêt à les accepter. Il ne faut donc pas avoir peur d’aller à la rencontre des Québécois et ne pas rester qu’avec des membres de la communauté africaine. Pour elle, il est plus facile d’apprendre des gens qui nous accueillent en les côtoyant plutôt qu’en les regardant et essayer de les comprendre.

Une petite note important selon elle : se préparer à l’hiver! Si cela paraît simple comme idée, c’est très important! La différence de climat peut être une rude épreuve si l’on n’est pas bien préparé.

Message aux Québécois et Québécoises

Il est important pour Jasmine de faire comprendre aux Québécois qu’il ne faut pas avoir peur de la différence. Elle comprend toutefois qu’il n’est pas simple de prendre en charge des gens qui arrivent d’un pays très différent et dont les valeurs et la culture sont très différentes. Mais, selon elle, il est important pour les Québécois d’apprendre à connaître les immigrants, de connaître leur histoire. Car s’ils ont décidé d’immigrer, c’est qu’il y a une raison, une histoire derrière cela. C’est en comprenant cette histoire qu’on peut plus facilement leur faire une place dans notre société. Un dernier point qu’elle trouve important d’ajouter dans son message : on ne sait jamais ce que ces immigrants pourront faire pour le Québec. En les refusant, nous refusons peut-être des personnes qui pourront faire grandir le Québec et ses habitants!

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