Guinée

34 René-Paul Coly

Anne Fournier

René-Paul Coly est né en Guinée, mais grandit au Sénégal. Il y a 17 ans, il décida d’immigrer au Québec. Monsieur Coly est père de deux filles nées en Afrique qui habitent au Québec avec lui. Séparé de la mère de celles-ci, il a eu un garçon avec son ex-conjointe québécoise. Il est actuellement fiancé avec R.E.C d’origine ivoirienne depuis quelques mois.

Son parcours en Afrique

Monsieur Coly, dont l’arrière grand-père était d’origine française, est né au sein d’une famille multiethnique. Tout comme l’était son père avant lui, il s’est activement engagé en politique. C’est à l’âge de 33 ans qu’il prit la décision d’immigrer au Québec. La vie politique en Guinée était très difficile, principalement en raison de la dictature et du manque de liberté d’expression. Sa bonne éducation lui avait permis d’être au courant qu’il avait des droits, ce que bien d’autres habitants du pays n’avaient pas la chance de savoir. Selon lui, le fait que sa famille était mélangée et composée de plusieurs fonctionnaires l’aida beaucoup dans sa bataille pour les droits de la personne en Guinée. Mais il fut arrêté par les autorités pour avoir manifesté pour la liberté d’expression et la démocratie à la veille des élections présidentielles de 1998. Nelson Mandela est son idole, puisqu’il n’avait pas peur de défendre les droits de son peuple et qu’il consacra sa vie entière à l’intérêt et au bien-être de ses semblables.

Son arrivée au Québec

René-Paul arriva au Québec en 1999, en plein mois de mars. Nul besoin de dire qu’il fut surpris par le froid et que les gens le regardèrent d’une drôle de façon puisqu’il se promenait en pantalons courts et en chandail à manches courtes. Mais il adore le froid! Même qu’en hiver, il ne porte ni tuque, ni gants, ni bottes. Il déneige même son véhicule en pantoufles!

Pourquoi le Québec? Sa réponse fut immédiate : « Ici, il n’y a pas la barrière de la langue, c’est un gros plus pour l’intégration ». Il prit la décision d’immigrer au Québec car, en plus de sa motivation d’ordre politique, il avait besoin d’aventure et il voulait voyager. À son arrivée à Québec, monsieur Coly rencontra une femme québécoise, avec qui il eut un jeune garçon, aujourd’hui âgé de 15 ans. Dès qu’il fut installé, il fit venir ses deux filles d’Afrique.

Son premier emploi fut commis d’épicerie chez Sobeys. Rapidement, il gravit les échelons et devint gérant. C’est à ce moment qu’il vécut sa première expérience de racisme.

Alors que j’étais gérant, un homme a demandé à un commis de voir son supérieur. Ce commis lui a répondu qu’il allait contacter son gérant. L’homme savait toutefois que j’étais noir et a dit au commis qu’il ne voulait rien savoir de me voir. Je crois fermement que dans la vie il faut changer les perceptions négatives des gens par rapport aux différentes cultures. Je suis donc quand même allé voir l’homme, pour briser la barrière. L’homme m’a dit que je ressemblais à Michael Jordan, mais que je n’étais certainement pas aussi riche que lui. Je lui ai répondu avec respect que peut-être que le basketteur est financièrement plus riche que moi, mais chose certaine, je suis plus riche de cœur. Ces paroles suffirent à l’homme pour m’apprécier, tellement qu’après cet incident, il demandait toujours aux commis de me voir.

Il fut l’un des premiers gérants d’épicerie du Québec à être noir et il en est fier. Il croit que c’est sa personnalité qui lui permit de gravir les échelons. Ensuite, quand il eut 40 ans, il entra à la Banque Laurentienne où il travailla pour un court moment, puis revint à son ancien amour, la politique, en faisant un retour aux études pour effectuer une mise à jour. Depuis ce temps, il est un personnage public œuvrant en politique et travaille pour le gouvernement du Québec.

Valeurs

René-Paul est un homme très centré sur l’être humain. Toutes ses actions sont faites en fonction du bonheur d’autrui. Rappelons que son idole est Nelson Mandela, celui qui a sacrifié sa vie par amour de son peuple. René-Paul se décrit un peu comme lui : il n’a peur de rien et est toujours prêt à faire passer les autres avant lui. Aujourd’hui âgé de 50 ans, monsieur Coly a l’esprit très jeune, tellement jeune que ma collègue et moi avions estimé son âge à 35 ans! Il s’entoure de jeunes et affirme qu’il s’intéresse beaucoup à ceux-ci, non seulement parce qu’ils sont la relève, mais aussi parce qu’il a l’impression que la jeunesse a beaucoup à lui apprendre. Il est maintenant conseiller dans l’association politique libérale de Beauport-Montmorency et a été élu président régional de Québec du Parti Libéral du Canada. Il a perdu sa dernière investiture aux élections fédérales de 2015, mais il compte bien revenir en force comme candidat et travailler fort pour son élection au poste de député.

Une des choses qu’il a laissé aller avec le temps est la pratique de sa religion, notamment la messe à l’église le dimanche. En effet, monsieur Coly est un homme très pieux (catholique) et était autrefois très pratiquant. Depuis l’âge de 16 ans qu’il faisait le carême! Mais lorsqu’il est arrivé à Québec, il s’est fait dire que le jeûne n’était pas bon pour sa santé. Il a donc arrêté, mais sa conscience le travaillait et le travaille encore aujourd’hui si bien qu’il lui arrive encore de jeûner une journée de temps en temps. Selon lui, « la pratique, c’est tous les jours, dans nos paroles et dans nos actions ». Il croit fermement que la pratique religieuse, c’est à l’intérieur de soi.

Avec du recul, il est capable d’affirmer que son immigration, contrairement à bien d’autres, a été plutôt facile.

Moi, je ne vois pas les barrières, je ne vois pas les couleurs. Si tu te replies sur toi, les gens ne viendront pas. Il ne faut jamais attendre que les gens viennent vers nous, il faut aller vers eux et c’est cela qui nous permettra de nous intégrer.

Il croit que ce trait de personnalité, rare, l’amène à toujours vouloir briser les barrières, même en Afrique alors qu’il revendiquait ses droits et ceux de son peuple. Il pense que c’est sa responsabilité de faire en sorte que les gens l’apprécient et veulent venir vers lui. L’être humain est souvent sur la défensive et se met des barrières. Dans le cas de monsieur Coly, le respect de tout un chacun et la volonté de briser ces barrières qui nous séparent sont ce qui importe le plus.

Partout où il va, René-Paul Coly veut briser les barrières. Lors de notre rencontre, il nous a raconté qu’il s’est rendu à Cuba l’année dernière avec son fils et qu’il parlait tellement à tout le monde que son propre fils en avait honte! Il se faisait demander s’il était actionnaire de l’hôtel et, depuis son retour, plusieurs personnes rencontrées là-bas sont restées en contact avec lui, soit par téléphone ou par courriel. Il se décrit vraiment comme un homme rassembleur. Sa plus grande valeur est sans doute le respect, une valeur qui lui a été transmise par son père. René-Paul se décrit aussi comme un « universel », c’est-à-dire une personne qui s’adapte aux autres et qui ne porte pas de jugement. Il prône vraiment le mélange des cultures. À la base, on ne devrait pas utiliser les mots « nous » et « eux ». Il faut arrêter de se différencier de la sorte et essayer de briser les barrières. Il dit que la beauté du monde, c’est qu’il soit mélangé.

Lors de notre rencontre, nous avons parlé d’une grande question éthique. Pourquoi serait-il pire d’affirmer que les blancs ne pensent pas comme les noirs que de dire que les Canadiens ne pensent pas comme les Américains? Pour monsieur Coly, ce n’est pas une question de racisme, mais plutôt de valeurs et d’éducation. Il affirme toutefois que même si les gens reçoivent la même éducation, il est possible qu’ils ne pensent pas de la même façon. « Il faut avoir l’esprit ouvert et respecter les valeurs des autres », affirme-t-il.

Aujourd’hui, lorsqu’il retourne en Afrique, certaines valeurs africaines le dérangent. Il dit qu’il possède, à ce jour, plus de valeurs québécoises que de valeurs africaines. Par exemple, il dit qu’il déteste attendre… En Afrique, les gens arrivent souvent en retard aux rendez-vous. Il dit que la vie est au ralenti en Afrique, principalement en raison de la chaude température et du contrôle du stress.

René-Paul n’a pas eu de grand choc culturel (nourriture, religion, etc.), il s’est adapté rapidement, car il est allé vers les gens et a voulu s’intégrer à la société québécoise. Il affirme que les gens qui ne veulent rien savoir des autres cultures sont une minorité.

René-Paul Coly est très fier de qu’il a réalisé à Québec, tant professionnellement que personnellement et il est même prêt à dire que son « chez-lui » c’est ici, et non là-bas.

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Anne Fournier, René-Paul Coly et Catherine Heppell

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