Burkina Faso

10 Arthur Zagré

Mathieu Dion Jobin

Arthur est originaire de la ville de Ouagadougou, au Burkina Faso. Ses frères et lui y passèrent leur enfance, alternant entre les bancs d’école et les terrains de sport. Comme c’est le cas de beaucoup de jeunes au Burkina Faso, le football, qu’on appelle « soccer » au Québec, était l’un de ses passe-temps préférés. Après avoir terminé ses études secondaires dans son pays, il décida de quitter la maison et le Burkina afin de continuer ses études au niveau universitaire.

Choisir le Québec

Plusieurs options s’offraient alors à lui. Certaines écoles supérieures aux États-Unis et dans des villes canadiennes attirèrent son attention, mais la ville de Québec apparut vite comme le choix idéal. Tout d’abord, la présence de quelques membres de sa famille déjà installés dans la ville de Québec était rassurante. Également, la langue pesa dans la balance. Bien que la langue maternelle d’Arthur soit le mooré, il parlait déjà couramment le français, langue d’enseignement dès l’école primaire au Burkina Faso.

Arthur arriva au Québec le 22 novembre 2014. En tenant compte de la température dans son pays d’origine et du mois de son arrivée, il n’est pas difficile d’imaginer qu’il eut un petit choc!

C’est plutôt cliché, mais la première chose qui m’a frappé, c’est le froid de l’hiver. Pourtant, je m’y attendais. Aujourd’hui, je me dis qu’il y a des choses que tu ne peux réellement réaliser sans les avoir préalablement vécues.

Afin de faciliter la transition, Arthur alla vivre avec son cousin pour le premier mois. Ensuite, il déménagea sur le campus de l’Université Laval dans une des résidences. Lors de notre rencontre, Arthur a décrit cette période comme étant celle de son adaptation. Il dut apprendre à se débrouiller par lui-même, à se responsabiliser, car même s’il possédait un certain réseau de soutien au Québec, sa famille immédiate n’était pas là.

Une difficulté à laquelle Arthur s’est heurté dans les premiers moments fut l’alimentation. Il a vite vu beaucoup de différences entre la cuisine québécoise et celle de son pays natal.

La plus grosse différence que je vois entre la nourriture ici et au Burkina Faso est dans le temps de préparation. Nous prenons beaucoup plus de temps à préparer des repas plus consistants et diversifiés.

Comme tout immigrant arrivant dans un nouveau pays, Arthur rechercha donc des épiceries spécialisées. Des commerces africains lui permirent de retrouver les épices et aliments appréciés.

L’adaptation à un nouvel environnement académique

Peu après son arrivée au Québec, Arthur débuta son programme en informatique à l’Université Laval. Le fait d’avoir déjà fréquenté l’université au Burkina Faso lui permit de s’ajuster rapidement. Le volume de travail requis ne le déstabilisa pas, car cela ressemblait à ce qu’il avait déjà vécu.

Par contre, même s’il parlait le français depuis sa tendre enfance, Arthur a mentionné la langue comme la première difficulté à laquelle il fit face dans le cadre académique.

Même si l’on parle la même langue, nous avons des accents fort différents et ne prononçons pas les mots pareillement. Dans les premiers mois, je devais souvent deviner certains mots que le professeur disait. Cela me demandait probablement plus d’efforts en classe, mais j’ai très bien composé avec la situation.

Le deuxième obstacle apparut lorsqu’il suivit un cours à distance pour la première fois. Arthur n’avait jamais été exposé à une telle forme d’enseignement par le web. Toutefois, il remarqua rapidement que la clé pour réussir dans de telles conditions est d’être bien organisé. Il fut donc extrêmement rigoureux dans la réalisation de ses travaux et réussit sans problème.

Concilier travail, loisirs et rencontres

L’une des réalités des jeunes immigrants est souvent qu’ils doivent travailler dur pour conserver une bonne situation financière, contrairement à plusieurs jeunes Québécois dont les parents sont là pour les soutenir. Même si ses études lui imposaient une charge de travail très exigeante, Arthur avait des factures à payer. Il se trouva donc un emploi dès son premier été au Québec. C’est vers le sport qu’il se tourna. Arthur postula auprès de l’Université Laval, en plus de différentes ligues civiles, et commença à arbitrer des matchs de soccer.

J’ai été arbitre au soccer pour les ligues au PEPS. Ensuite, j’ai également arbitré dans d’autres ligues organisées par les villes, ce qui m’a permis de me promener un peu partout et de connaître davantage les alentours. Étant donné que j’ai toujours pratiqué ce sport, je me suis dit que ce serait un environnement agréable pour travailler. En plus, je me disais que cela me permettrait de rencontrer des gens qui partagent l’un de mes intérêts.

Avec un peu de recul, Arthur est très heureux d’avoir pris cette décision. Il a d’ailleurs rencontré plusieurs de ses amis grâce au sport, que ce soit en arbitrant ou en le pratiquant.

Ce qui lui manque

Lorsque j’ai demandé à Arthur ce qui lui manque de chez lui, il m’a parlé de ses proches, évidemment. Ensuite, il me parla de certains traits de personnalité spécifiques aux gens de son pays. Par exemple, Arthur a remarqué que les gens ici sont très sérieux et, dans une certaine mesure, plutôt réservés, voire renfermés.

Pour donner un exemple, lorsqu’une personne fait le marché ici, elle est très concentrée sur la tâche à accomplir. Elle s’y rendra, effectuera ses achats et reviendra à la maison sans se soucier de ce qui se passe autour. Chez nous, on interagit beaucoup plus avec les gens autour de nous quand on va au marché. C’est la même chose si l’on croise régulièrement une même personne sur son chemin. Après un certain temps je la saluerai et nous finirons par dialoguer. Ici, je ne le fais pas, car j’ai l’impression que ce n’est pas dans la coutume.

Arthur me parla de cette camaraderie et du sentiment de collectivité qu’il adorait en Afrique. Il insista toutefois sur le fait que ces valeurs ne sont pas absentes au Québec; elles se manifestent différemment. Dès son arrivée, il se sentit très bien accueilli, ne se jugea jamais mis de côté et trouva toujours de l’aide quand il en avait besoin.

Projets futurs

Aujourd’hui, Arthur continue de travailler avec ardeur à l’université et termine tranquillement son parcours universitaire. Ses plans pour le futur ne sont pas définitifs. Bien qu’il envisage de travailler dans le domaine du développement de logiciels au Québec, il évalue aussi la possibilité de retourner au Burkina Faso. Se qualifiant d’aventurier, Arthur regarde également vers les États-Unis et le très gros marché que représente le Japon pour faire carrière. Avant cela, il souhaite avoir quelques années d’expérience professionnelle. Arthur est ambitieux et désire apprendre, c’est ce qui le motive dans la réalisation de ses projets.

Arthur Zagré

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