Togo

51 Micheline Randolph

Benoit Bédard

Arrivée au Québec il y a 27 ans, Micheline Randolph, âgée de 68 ans, a toujours vécu dans la Vieille Capitale. Mère de trois enfants, Micheline est venue vivre au Québec avec les deux plus jeunes, alors âgés de neuf et douze ans. Le plus vieux étudiait en France et ne les rejoignit que quelques années plus tard. Ayant séjourné à deux reprises en France, dont une fois pour compléter un DEA (Diplôme d’étude approfondi de 3e cycle en anthropologie sociale et culturelle à la Sorbonne), elle est venue au Québec en tant que réfugiée politique en novembre 1988. La ville de Québec la conquit dès son arrivée. Selon elle, « on tombe vraiment en amour avec [cette ville]. » Femme impliquée, elle cofonda l’Association des femmes africaines de Québec et elle fut aussi vice-présidente de la Diaspora togolaise pour la démocratie (DIASTODE). Elle a longtemps lutté afin de faire changer les choses, non seulement pour elle, mais surtout pour les générations futures.

Partir : devoir quitter son pays

Alors que le Togo était sous le contrôle du président Gnassingbé Eyadema, Micheline prit position sur la place publique contre le régime en place et perturba l’ordre public en distribuant des tracts, ce qui lui valut d’être accusée d’avoir attaqué le gouvernement. Ses actions, bien que pacifiques, lui méritèrent 11 mois de prison. Son frère, ainsi que plusieurs autres, se retrouvèrent dans la même situation. À la suite de ces événements, Micheline perdit son poste de professeure d’anthropologie à l’Université du Bénin au Togo.

Pendant son séjour en prison, des représentants d’Amnistie Internationale se déplacèrent de Londres pour s’assurer de son bien-être. Son dossier fut ensuite transféré à la Croix-Rouge, qui les prit en charge, elle et ses enfants. Micheline se fit alors offrir de quitter le Togo pour s’installer au Canada. Ne sachant pas vraiment ce qui l’attendait dans son pays, elle se dit « pourquoi pas! » et accepta l’offre. Elle resta malgré tout encore deux ans au Togo. Ne regrettant pas son choix de venir s’installer au Québec, elle aime bien dire qu’elle le regrette une fois par année lorsque l’hiver s’installe pour de bon…

Les premières années

Arrivée à Montréal et prise en charge par le ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration (aujourd’hui nommé ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion), Micheline et ses deux fils atterrirent à l’aéroport de Mirabel, prirent l’autobus puis un vol intérieur qui les amena finalement à Québec. Micheline se rappelle qu’il n’y avait qu’eux dans l’autobus… « Il n’y avait pas d’autres arrivées de réfugiés cette journée-là », se remémore-t-elle en riant. Aussi, à son arrivée, elle entendait les gens parler à l’aéroport, mais ne comprenait strictement rien de ce qui se disait. Elle en est même venue à douter si le français était réellement la langue parlée au Québec. L’accent était tellement différent de celui auquel elle avait été habituée lors de ses séjours en France! Encore une fois, à son arrivée à Québec, un second comité d’accueil les prit sous son aile afin de les aider à s’intégrer à la société québécoise. La première étape fut de les habiller chaudement pour l’hiver, puisque Micheline et ses enfants arrivèrent en plein mois de novembre. Ils s’installèrent à l’hôtel pendant quelque temps, question de se trouver un logement et de s’acclimater à leur nouvelle vie. Pendant la dizaine de jours où ils vécurent à l’hôtel Mercure, les enfants s’inscrivirent à l’école avec l’aide d’employés du gouvernement. Quelqu’un les a même accompagnés lors de leur première épicerie!

Ayant déjà vécu en France où « tout est gris », Micheline tomba rapidement sous le charme de la ville de Québec et de ses jolies maisons colorées. Pourtant, l’un des aspects les plus importants de ce nouveau départ et qui, rapidement, devint un élément frustrant fut la recherche d’emploi. « On [ne] sait pas où taper. On ne sait pas quoi faire en plus! » Ne pouvant plus exercer son métier de professeure, elle s’adressa à un organisme venant en aide spécifiquement aux femmes en recherche d’emploi. Elle obtint une entrevue pour un poste de préposée aux bénéficiaires grâce à un contact lointain. Le poste étant déjà comblé, l’administration lui proposa plutôt un poste d’aide alimentaire, ce que Micheline accepta sans hésiter.

Pendant trois mois, elle exerça ce métier, mais des problèmes de santé l’obligèrent à quitter le service alimentaire de l’hôpital. Micheline se tourna alors vers le bénévolat. « C’est le meilleur moyen, pour les immigrants, d’intégrer des emplois ici », dit-elle. Elle travailla alors bénévolement à la bibliothèque d’un organisme similaire à celui pour lequel elle travaille actuellement, soit le Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail (SOIT Québec). En raison de son implication, Micheline se fit proposer un poste de conseillère en emploi. C’est à ce moment que « la confiance a chuté » : elle douta de ses capacités. Pourtant, l’un des membres du conseil d’administration lui rappela son passé de professeure et à quel point ses acquis et son expérience, autant personnelle que professionnelle, pouvaient servir à aider les nouveaux arrivants. Trois ans après être arrivée à Québec, Micheline trouva donc un emploi stable qu’elle occupe encore aujourd’hui.

Différences culturelles

Au Québec, l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité de l’État et l’absence de hiérarchie sont des éléments qui plaisent beaucoup à cette femme. Pourtant, Micheline considère que les Québécois sont froids et distants. À l’inverse des Américains qui se saluent dans la rue et qui sont « amicaux », les Québécois évitent généralement les contacts. Selon elle, seules les personnes âgées semblent prêtes à aborder les gens dans la rue.

Un autre élément qui surprend Micheline est son constat que, malgré l’apparence de liens qui unissent deux individus dans un contexte précis, ces liens se dissipent presque instantanément lorsque ce contexte change. Les liens ne sont que superficiels et très peu symboliques : « Même au travail, des collègues, [ce ne sont que] des collègues ». En Afrique, des collègues sont plus que des personnes qui travaillent ensemble, ce sont des amis. Ici, au Québec, il n’y a généralement rien de plus que le travail qui les unit.

Elle est toujours surprise du caractère privé et structuré des événements familiaux des Québécois. Dans son pays, les amis de la famille assistent aux baptêmes, aux fêtes et aux célébrations les uns des autres. « Même quand j’ai quitté le Togo, mes amis allaient encore voir mes parents! », dit-elle en riant.

Regard des Québécois sur l’Afrique

Lorsqu’elle arriva à Québec à la fin des années 1980, « l’Afrique était absente ». Au Canada, mais plus particulièrement au Québec, lorsque les gens parlaient « des autres », il s’agissiat des États-Unis et de l’Europe. Lorsqu’il était question « du monde entier, ce n’était pas vraiment le monde entier… C’était l’Amérique, l’Europe, l’Asie et puis c’était fini ». Toutefois, Micheline a vu une réelle progression en ce qui a trait à l’ouverture sur le monde des Québécois. Les médias parlent de plus en plus de ce qui se passe sur le continent africain, mais ce n’est malheureusement pas toujours pour les bonnes raisons : les médias en parlent principalement lorsqu’une nouvelle concerne des Québécois de passage en Afrique, des guerres ou des coups d’État.

En 2016

Micheline est fascinée par les autres cultures, elle aime voir comment une culture se traduit dans les actes des gens. C’est un peu pour cette raison qu’elle aime son travail de conseillère en emploi. Chaque jour, elle aide des immigrants de partout dans le monde à intégrer la société québécoise par l’entremise de la recherche d’emploi. Toutefois, depuis environ cinq ans, elle se concentre davantage sur elle-même, sa famille et ses petits-enfants.

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Signification : « Il fait froid au Québec » en mina, la langue parlée par Micheline au Togo.
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Micheline Randolph

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Micheline Randolph by Benoit Bédard is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License, except where otherwise noted.

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