Côte d’Ivoire

23 Agathe Aphoué

Aurélie Gagnon

Agathe Aphoué est née au Togo d’un père ivoirien et d’une mère togolaise. Elle a quitté le Togo à l’âge de 6 ans pour Toumodi, en Côte d’Ivoire, où elle a été élevée par son père. Sa décision d’immigrer au Canada fut consciente et assumée. En effet, elle venait rejoindre son mari qui s’était inscrit à l’Université Laval afin de poursuivre ses études .

Le processus d’immigration et son arrivée au Québec

Le processus d’immigration ne se fit pas du jour au lendemain. Comme Agathe avait un emploi et que son petit garçon allait encore à l’école primaire, il fallut trouver le moment idéal pour quitter leur pays. Le processus d’immigration vers le Québec dura un an, du moment où elle prit sa décision jusqu’au moment de quitter la Côte d’Ivoire. Son départ eut lieu en décembre 1991, juste avant le temps des fêtes. Elle fut d’abord accueillie comme visiteuse pendant trois mois. Son permis fut ensuite renouvelé pour lui permettre de se marier. Le processus d’immigration fut un peu plus long pour elle que pour son fils, mais n’a duré que quelques mois. Elle est par la suite devenue résidente permanente, puis citoyenne canadienne en 1996. Toutefois, l’une des conditions pour rester au Québec était que son mari la parraine pendant 10 ans.

À son arrivée à l’aéroport, trois personnes furent présentes pour l’accueillir : son mari et deux amis. Elle reçut donc un accueil très chaleureux, mais comme c’était le plein hiver, le froid fut un réel choc! On lui avait toujours dit qu’il faisait très froid ici, mais elle ne s’attendait pas du tout à un froid aussi intense. Elle trouva toutefois que la neige rendait les paysages très beaux. Il y avait beaucoup de neige au sol. Les maisons étaient décorées et illuminées un peu partout dans la ville pour la fête de Noël. Elle fut surprise, puisque dans son pays d’origine, il n’y avait ni lumières ni décorations de Noël dans les rues. Quelques jours après son arrivée, elle passa à Rivière-du-Loup où elle trouva les décorations et la neige encore plus féériques.

Les premiers mois au Québec

Les premiers mois au Québec furent très difficiles pour Agathe et sa famille. Comme elle n’avait pas les papiers lui permettant de travailler, elle ne pouvait pas se trouver d’emploi. Ce n’est que lorsqu’elle reçut son statut d’immigrante et son numéro d’assurance sociale qu’elle put retourner aux études.

Pour son fils, c’est l’intégration à l’école primaire qui fut difficile. À cette époque, peu de Noirs étaient installés dans la ville de Québec. Les Québécois n’étaient donc pas habitués à côtoyer des personnes d’autres cultures. D’ailleurs, le fils d’Agathe était le seul Noir de son école. Il voulait jouer avec les autres, mais ceux-ci ne voulaient pas. Pour Agathe, ce n’était pas la faute des enfants, car ils ne connaissaient pas l’immigration et l’échange des cultures. Malgré l’intimidation, Agathe encouragea toujours son fils à ne pas se laisser faire et à croire en lui. Mais « en tant que parent, on souffre de voir nos enfants vivre ainsi ».

Elle se souvient d’ailleurs de la première fête d’anniversaire de son fils après son arrivée au Québec. Il invita les gens de sa classe. Personne ne vint, sauf le petit voisin malgache. Il vint porter un petit cadeau en compagnie de son père sans toutefois oser rentrer dans la maison. Ce fut très dur pour lui et pour Agathe de vivre le rejet des autres.

Agathe prenait une marche tous les jours dans son quartier. C’est d’ailleurs de cette façon qu’elle fit la connaissance de sa première amie ici, une Japonaise, témoin de Jéhovah. À plusieurs reprises, elle tenta de convertir Agathe à cette religion! Agathe invita plutôt sa nouvelle amie chez elle afin de discuter de Dieu. Ce fut d’ailleurs cette amie qui lui montra comment faire un pâté chinois. Petit à petit, leur famille s’adapta à la culture québécoise. Même si Agathe achetait des produits typiques de l’Afrique dans une petite épicerie africaine et que son conjoint rapportait des ingrédients de leur pays lors de ses voyages d’affaires, elle cuisinait régulièrement des plats typiquement québécois.

De la Côte d’Ivoire au Québec

Dès son arrivée, Agathe nota plusieurs différences entre son pays d’origine, la Côte d’Ivoire, et le Québec. D’abord, elle trouva les gens très froids. Dans son pays d’origine, les gens prennent le temps de parler à l’autre. Tout le monde se dit « bonjour ». Lorsqu’elle arriva, elle dit « bonjour » à tout le monde, mais les passants ne lui répondaient pas. Elle insista au début, pour se rendre compte que les gens ici ne se disaient pas « bonjour » entre eux. Aujourd’hui, elle remarque qu’elle agit maintenant comme ces gens-là. Même entre Africains, ils ne se disent plus « bonjour ». Elle remarqua également que la notion de partage était différente. Lorsqu’elle habitait en Afrique, elle avait l’habitude de vérifier si son voisin avait quelque chose à manger et elle intervenait au besoin.

Toutefois, Agathe note que les choses ont beaucoup changé depuis son arrivée au Québec. Elle se rend compte qu’avec le nombre croissant d’étudiants étrangers et la nouvelle génération, les gens sont beaucoup plus ouverts qu’autrefois. D’ailleurs, le deuxième fils d’Agathe, né ici, ne fréquente plus d’Africains, alors que son premier enfant eut beaucoup de difficulté à s’intégrer et à se faire des amis.

Malgré le racisme qu’elle  a vécu, les conditions sont meilleures ici. La ville est propre et les taxes sont utilisées pour des services offerts à tous. D’ailleurs, leur famille est beaucoup moins malade qu’en Afrique. Lorsqu’elle était en Côte d’Ivoire, elle allait à l’hôpital toutes les semaines pour faire soigner son fils qui était malade. Depuis leur arrivée, Agathe et sa famille n’ont pas eu à se rendre à l’hôpital.

Aujourd’hui

À l’heure actuelle, Agathe est copropriétaire du restaurant La Calebasse situé sur l’avenue Myrand. Elle avait toujours rêvé d’être entrepreneure. Même lorsqu’elle était en Afrique, elle préparait du jus qu’elle vendait dans son quartier. Sa mère fut d’ailleurs commerçante pendant longtemps, ce qui lui a donné envie de se partir en affaires.

Même si la restauration, c’est difficile aujourd’hui, notre restaurant s’est taillé une place auprès de la communauté africaine de la ville de Québec.

Au début, elle était seule dans le projet. Elle a par la suite rencontré son partenaire d’affaires, Adama Konseiga. Ensemble, ils décidèrent de déplacer le restaurant sur l’avenue Myrand, un endroit beaucoup plus central pour le public cible. Aujourd’hui, le restaurant est un incontournable de la communauté africaine de la ville de Québec.

La perception de l’Afrique par les Québécois

Pour Agathe, tout dépend de l’impression que les Africains projettent ici au Québec. En effet, elle est convaincue que si les Africains projettent la pauvreté, les gens de la ville de Québec penseront nécessairement qu’ils sont pauvres. Elle mentionne que, souvent, les gens sont surpris d’apprendre que beaucoup d’Africains en ville ont la télévision et que leurs maisons sont climatisées. D’ailleurs, en Afrique, certaines personnes vivent beaucoup mieux que des Québécois, tellement que certains ne veulent même pas quitter leur pays. Elle trouve que les médias projettent l’image d’une Afrique toujours pauvre, ce qui influence les Québécois.

Une expérience à recommander

Agathe constate que beaucoup d’Africains rêvent du Québec, même si ceux qui sont ici leur mentionnent que ce n’est pas le paradis. Ce qui intéresse les gens, c’est la sécurité et la stabilité, ce qui est possible au Québec. Son parcours fut une expérience à la fois difficile et enrichissante, mais aujourd’hui elle se considère chanceuse de pouvoir vivre dans un pays en paix et où les conditions sont bonnes. Elle remarque d’ailleurs que la mentalité dans son pays a beaucoup changé : elle ne se sent même plus à la maison en Côte d’Ivoire. Chez elle, c’est le Québec. Ce n’est que lorsqu’elle vit du racisme qu’elle se rend réellement compte qu’elle est immigrante.

Le message d’Agathe aux Québécois et Québécoises

Agathe souhaite que tout le monde s’ouvre aux autres cultures et soit moins méfiant. Il faut arrêter de généraliser et plutôt chercher à côtoyer les Africains qui sont maintenant chez eux au Québec.

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Aurélie Gagnon, Adama Konseiga, Agathe Aphoué et Emie Pelletier

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Agathe Aphoué by Aurélie Gagnon is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License, except where otherwise noted.

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