4 Yacine X.

Philippe Paquet

Yacine X. est né en 1973 à Béchar en Algérie. Il a immigré au Liban avec sa famille à l’âge de trois ans. Il a eu une enfance assez humble, avec des parents qui travaillaient fort, dans un pays touché par la guerre : « J’ai eu une belle enfance, mais c’était difficile parfois. Mes parents faisaient de leur mieux et je leur en suis reconnaissant ». Il n’avait pas de passion pour l’école et les études, mais adorait être avec ses amis : « Je n’étais pas le meilleur à l’école, ça c’est sûr! Mais l’école signifiait aussi être avec mes amis et j’adorais être avec eux. Nous étions jeunes, nous rêvions d’un monde meilleur et d’un bel avenir ».

Son enfance

À l’âge de 18 ans, il décida de quitter l’école et d’occuper un emploi pour aider sa famille : « Ils avaient besoin de moi et je n’étais pas nécessairement à ma place sur les bancs d’école ». Il travailla avec son père dans un commerce au détail, appréciant l’interaction avec les clients : « Malgré les temps plus difficiles, les gens étaient toujours de bonne humeur et ça gardait une énergie positive. Il le faut, durant les temps moins beaux ». Il travaillait de longues heures et devint gérant de l’entreprise en question. Ses parents étaient très fiers et appréciaient grandement l’aide apportée : « C’était une fierté, c’est sûr. Mes heures dédiées ont certainement porté fruit! ».

À 24 ans, il a rencontré l’amour de sa vie et, à deux, ils ont songé à quitter le Liban pour fuir les temps hostiles : « On voulait absolument des enfants, mais on ne voulait pas les élever dans cet environnement. On voulait quelque chose de meilleur pour eux, dans un pays beaucoup plus stable ». C’était la mèche qui a enclenché le processus d’immigration vers un autre pays.

La décision de quitter

En 1998, Yacine et sa femme regardèrent un reportage qui passait sur une chaîne de télévision française et qui présentait le Canada. Constatant la stabilité et l’ouverture du pays, Yacine s’est informé auprès du consulat canadien sur les possibilités d’immigrer au Canada : « C’était une chance unique, car ils acceptaient plus facilement les réfugiés venant de pays en guerre ». Après la rencontre au consulat, il commença immédiatement les démarches pour l’immigration. Quelques mois plus tard, après beaucoup de paperasse, Yacine et sa conjointe, enceinte de leur premier enfant, quittèrent le Liban pour le Canada.

On savait que ça allait être difficile, s’installer comme ça dans un nouveau pays avec un premier bébé. Mais il fallait absolument quitter le pays et nous étions sûrs de notre choix.

L’arrivée au Canada

« Il fait très froid! ». Ce fut la première réaction de Yacine à son arrivée. En novembre 1998, son vol en provenance du Liban atterrit à Montréal. Cette soirée-là, il faisait autour de -20 degrés Celsius : « On ne s’attendait pas à un froid aussi intense. Venant d’un pays où les températures moyennes sont très élevées, c’était tout un choc pour nous ». Personne ne les attendait à leur arrivée et le couple dut prendre une chambre d’hôtel pour deux nuits, le temps de s’accoutumer au nouvel environnement. Les premiers mois furent très durs pour eux. « Venant d’un pays très durement touché par des guerres intestines, arriver dans un pays où le calme et la paix sont ambiants, nos oreilles avaient du mal à s’adapter au « fracas du silence » ».

Par la suite, ils décidèrent de quitter Montréal pour s’établir à Québec, en raison de la tranquillité de la ville : « On voulait un endroit plus tranquille que Montréal. On a longtemps habité à Beyrouth, on voulait un endroit avec une plus petite population. Avec Québec, c’était le mix parfait de ville et banlieue paisibles ». Ils trouvèrent un logement assez rapidement, ayant conservé de bonnes économies.

La prochaine étape fut de trouver un travail. Yacine eut quelques difficultés à en décrocher un, compte tenu de son nom. « Les gens voient un immigré et ils n’apprécient pas. Ils préfèrent des Québécois blancs de souche ce qui est dommage, car si le Canada est un pays développé aujourd’hui, c’est en partie grâce aux immigrants », s’indigne Yacine. Mais, avec un peu de persévérance, il trouva finalement un emploi, de même que sa femme. Leur premier enfant naquit quelques mois après leur arrivée au pays.

La vie aujourd’hui

En 2017, Yacine est gérant d’une boutique à Québec. Il travaille fort pour s’occuper de sa famille et a maintenant deux enfants : « On vit relativement bien, j’ai un emploi qui permet de nourrir ma famille et je profite pour envoyer un peu d’argent au pays. Mes parents sont encore là-bas et même si la guerre est terminée, c’est encore difficile ». Sa famille est toujours au centre de ses priorités, peu importe s’il est au Liban ou au Canada. Il dit entretenir de bonnes relations avec les Québécois, mais vu qu’il est musulman, il dit avoir encore de la difficulté à se sentir 100 % à sa place : « Nos relations avec les Québécois sont bonnes, même si parfois on ressent le poids des différences culturelles et religieuses ».

Yacine dit bien aimer sa vie au Québec et ne regrette jamais la décision d’avoir tout quitté pour s’établir ici : « C’était vraiment difficile, il y avait des moments de dépression. On quitte tout ce qu’on a pour s’établir dans un nouveau pays, totalement inconnu pour nous. Mais on a réussi et je remercie le Ciel de nous avoir amenés au Canada ».

Les valeurs québécoises

La famille, c’est cette valeur qu’on apprécie grandement chez vous.

Yacine tient énormément à sa famille et le couple voulait absolument vivre dans un pays où cette valeur serait grandement partagée. Il l’a trouvée au Canada, mais surtout à Québec. Une chose qu’il apprécie moins est le laxisme des Québécois sur leur identité. Pour lui, ils ne savent pas qui ils sont réellement. Il dit qu’au Liban, les gens sont très passionnés par leur identité et savent qui ils sont. Ce n’est apparemment pas la même situation au Québec, où les gens ont de la difficulté à cerner leur identité.

Faciliter l’intégration des nouveaux arrivants

Yacine explique que la clé d’une bonne intégration est le fait de s’immerger dans la culture québécoise et d’essayer de tisser des liens avec les Québécois : « N’allez pas vous installer à Montréal juste parce que les gens parlent anglais. Apprenez le français, intégrez-vous auprès des gens. La majorité sont très gentils et accueillants ». Un autre conseil? Ne pas imposer sa façon de faire ni sa culture :

Je crois que les immigrants doivent s’accommoder au nouveau pays et non l’inverse. Vous venez vous installer au Canada pour une raison, alors arrêtez d’imposer votre culture. Il y en a une au Québec et il faut la respecter et essayer du mieux qu’on peut de s’y intégrer.

En ce qui concerne la vision de certaines personnes concernant le Moyen-Orient, Yacine a quelques conseils à partager :

Nous ne venons pas vous envahir. La majorité des gens fuient des situations catastrophiques. On veut juste un environnement paisible. On ne veut pas être constamment inquiets pour nos enfants. On veut une sérénité et la tranquillité d’esprit. On ne veut pas voler vos jobs. Nous ne sommes aucunement ennemis.

Yacine est un homme très franc, qui ne veut que le meilleur pour ses enfants. C’est pour cette raison qu’il a immigré au Canada et c’est pour cela qu’il y restera.

Béchar, Algérie, ville natale de Yacine. Source : http://www.vitaminedz.org/photos/39/39740-taghit-bechar-algerie.jpg

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