6 Driss A.

Laurence Croteau

Le grand départ

Driss A. est un jeune homme originaire d’Algérie. Il habite avec ses deux parents et ses deux sœurs. Il a vécu les premières années de sa vie dans une petite ville en Algérie. Il n’avait que 15 ans lorsque la difficile décision de quitter le pays afin de se concentrer sur de nouveaux objectifs fut prise par ses parents. Ce n’était pas la décision la plus simple à prendre, mais ses parents étaient convaincus que ce nouveau pays pourrait leur offrir d’excellentes conditions de vie. La recherche du bonheur familial l’emporta sur toute autre considération. En plus, son père venait de recevoir une offre d’emploi à Québec et il ne pouvait passer à côté de cette chance extraordinaire. Cette offre d’emploi permettait à son père d’exercer l’emploi de ses rêves. Ainsi, durant l’hiver 2008, toute la famille embarqua pour le Canada où une nouvelle vie les attendait.

Les premiers mois

Malgré toutes les informations récoltées sur ce nouveau pays, aucun membre de la famille n’était réellement prêt à affronter ce choc culturel et thermique. Arriver au Québec en plein hiver n’était pas la meilleure idée. Les enfants avaient entendu parler de la neige et toute la famille avait regardé des vidéos de tempête de neige ou des photos des paysages nordiques. Par contre, ce fut un choc pour eux en débarquant de l’avion. « Nous n’étions pas prêts à faire face à cette météo, nous avons tous été surpris par la température ». Avant de commencer l’école, Driss et sa famille passèrent plusieurs jours à magasiner des manteaux, des bottes, des tuques et tout le nécessaire pour l’hiver.

Équipés des vêtements de saison, ils étaient prêts à survivre à l’hiver québécois. C’est au milieu de ce froid glacial que Driss et ses sœurs commencèrent l’école au Québec. Le froid, la neige, le verglas ne facilitèrent pas leur adaptation dans ce pays nordique. Ce n’était pas facile de se préparer tous les matins pour aller à l’école avec tous ces habits de neige à enfiler. Heureusement, les enfants se sont habitués à cette météo, à cette nouvelle école et à cette nouvelle vie au Canada.

L’adaptation fut plus difficile pour certains membres de la famille. « Ma grande sœur a eu de la difficulté à s’adapter à la vie à Québec. Elle avait l’impression que sa vie au complet venait de basculer ».

L’amitié par le soccer

À l’inverse, certaines expériences furent positives. Driss jouait au soccer avant de déménager au Québec. Ce sport était une passion pour lui. Avant de déménager, son père lui avait fait la promesse qu’il pourrait continuer à pratiquer ce sport au Québec. À son arrivée, il fit plusieurs recherches afin de trouver une équipe de soccer dans la ville. Après quelques temps, il décida de s’inscrire dans une équipe.

En m’inscrivant dans une équipe, je savais que je pourrais rencontrer des jeunes de mon âge et me faire de nouveaux amis.

Cette équipe lui permit de rencontrer de nouvelles personnes et de se lier d’amitié avec des jeunes de son âge. Cette expérience s’avéra aussi positive pour les autres membres de sa famille. En effet, ses parents purent rencontrer d’autres parents lors des nombreuses rencontres de soccer auxquelles prenait part leur fils.

Mes parents sont venus avec moi lors de la première pratique. Ils ont adoré l’ambiance et la présence des autres parents. Ma mère a pu faire son social et apprendre à connaître de nouvelles personnes. En plus, plusieurs mamans lui ont indiqué des noms de quelques boutiques incontournables où elle pouvait aller magasiner.

Driss croit que pour sa mère, cette étape fut déterminante dans son sentiment d’être réellement chez elle au Québec.

L’amitié par la neige hivernale

La famille a par la suite déménagé, en plein hiver.

Lors des bordées de neige, il nous fallait deux à trois jours afin de tout pelleter la neige. Mon père ne savait plus quoi faire. Un jour, un voisin est venu nous aider avec sa souffleuse. Depuis ce temps, il est devenu ami avec mon père.

Cependant, dès que les signes du printemps apparurent, les familles et les jeunes enfants commencèrent à sortir dans les rues. C’est à ce moment que la famille fit la connaissance de ses voisins. Tout le monde était très sympathique et les enfants se lièrent d’amitié rapidement avec d’autres jeunes du quartier. En plus de l’adaptation des enfants, il fallait que ses parents puissent s’adapter à ce nouveau mode de vie. Rapidement, les collègues de son père devinrent des amis. Cette transition entre deux pays fut simplifiée grâce aux diverses rencontres et aux nouvelles amitiés.

Regard sur les valeurs québécoises

Tous les membres de la famille furent marqués par la différence entre la culture d’Algérie et celle du Canada. Ils remarquèrent très vite que la famille n’est pas la chose la plus importante aux yeux des Québécois. Dans leur pays d’origine, tous les dimanches sont consacrés à la famille. « Même si la culture entourant la famille est différente à Québec, il est important pour mes parents que les dimanches soient encore consacrés à la famille ».

Les habitants de Québec ne perçoivent pas toujours positivement les immigrants en provenance des pays arabes. Les stéréotypes entourant la population de ces pays sont difficiles à supporter pour plusieurs familles. Driss croit que les immigrants arabes ne sont pas toujours les bienvenus dans certains pays, car les gens les identifient à ce qu’ils voient dans les médias.

Ce n’est pas facile de déménager et d’entendre parler des pays arabes et de tous les mauvais gestes posés par des terroristes qu’on assimile aux musulmans.

Il espère que d’ici quelques années, les gens qui viennent de ces pays pourront être aussi bien accueillis que ceux provenant des autres pays.

À leur arrivée au Canada, la famille avait décidé de ne pas se faire d’idée sur l’opinion des Québécois à leur égard. Ils constatèrent que les gens démontraient une plus grande ouverture d’esprit que ce qu’ils pensaient. Ils se lièrent d’amitié avec plusieurs personnes et les enfants n’eurent pas de problèmes majeurs à l’école ou avec les autres familles du quartier.

Heureusement, il existe des Québécois qui font montre d’une grande ouverture d’esprit à l’égard des immigrants. Certains sont plus réservés, d’autres les regardent avec méfiance, mais la famille a été en mesure de passer au travers de cette épreuve et d’apprendre à connaître la culture et les valeurs du peuple québécois. Malgré quelques incompréhensions, Driss ne s’est jamais senti exclu de la population québécoise. Il trouve que les gens sont très courtois et chaleureux dans leur approche avec les immigrants. Au cours de sa première année scolaire au Québec, plusieurs parents de ses amis l’invitaient dans leur maison. Il a pu s’impliquer dans toutes les activités de la ville grâce à tous ces gens. C’est une preuve que le peuple québécois est ouvert et chaleureux lorsqu’il accueille les immigrants.

Recommandations pour les futurs immigrants

Même si les souvenirs de son arrivée à Québec sont en général très positifs, Driss tient tout de même à partager certains conseils avec toutes les personnes qui voudraient déménager à Québec. Tout d’abord, il croit qu’en tant que nouveau citoyen dans une ville, il faut faire attention de ne pas irriter les habitants en imposant des habitudes du pays d’origine. Comme il dit, déménager dans une ville veut aussi dire laisser une partie de ses habitudes dans un autre pays, car chaque ville est différente. Il croit qu’il ne faut pas rester dans un coin et attendre que les gens viennent à notre rencontre. Lors de son arrivée au pays, il a fait bien attention de prendre une place importante, en se gardant toutefois d’en prendre trop.

Il estime important de montrer aux habitants sa vraie personnalité. Les Québécois n’ont pas besoin de plus de Québécois, ils veulent aussi connaître des gens de cultures différentes afin d’en apprendre davantage sur d’autres pays. Selon lui, les pays arabes n’ont pas toujours une bonne réputation, c’est pour cette raison qu’il peut parfois être plus difficile pour une personne provenant de cette région de se faire apprécier dans un nouveau pays. Il faut être patient et laisser le temps faire les choses.

Il affirme qu’en général, la population québécoise semble être de plus en plus ouverte sur le monde. Beaucoup de Québécois voyagent chaque année afin de découvrir de nouvelles cultures, pays et personnes. Pour la culture québécoise, c’est très important. En voyageant, les gens s’ouvrent aux autres mentalités. À la suite de ces rencontres dans divers pays, ils peuvent se montrer plus ouverts à découvrir de nouvelles personnes. « Le fait que plusieurs Québécois voyagent vers des pays arabes démontrent qu’ils sont ouverts sur le monde ».

Driss invite aussi les futurs immigrants à conserver leurs différences et leurs racines. Un changement de pays ne veut pas dire un changement de personnalité. Il est important de conserver son bagage personnel et de toujours se rappeler d’où on vient et du chemin parcouru, c’est de cette façon qu’il est possible d’immigrer dans un nouveau pays.

Dix ans plus tard

La situation a évolué depuis qu’ils sont arrivés. Les enfants se sont faits de nouveaux amis, ils se sont habitués à la vie au Québec ainsi qu’à la culture. Les parents de Driss adorent leurs emplois, adorent leur nouvelle vie, bien qu’ils retournent visiter leur famille en Algérie chaque été.

J’aime beaucoup retourner en Algérie parce que c’est mon pays natal et je peux passer du temps avec mes grands-parents. Je sais que pour eux, ce déménagement est encore difficile à accepter. Au Québec, nous avons une nouvelle vie. De leur côté, ils vivent selon les mêmes traditions, sans toutefois pouvoir nous y inclure. Je sais que ma grand-mère s’ennuie beaucoup.

Cependant, au fil des années, Driss se rend compte que sa vie est au Québec désormais. « Lors de mes visites, je me sens déchiré en deux. Je suis très heureux d’être de retour, de passer du temps avec ma famille et mes amis. Par contre, ma vie au Québec et mes nouveaux amis me manquent terriblement ». Ses parents ne les ont jamais obligés à retourner dans la famille durant les vacances estivales, mais ils l’apprécient énormément. « Je sais que c’est important pour mes parents que nous conservions notre amour et notre sentiment d’appartenance pour l’Algérie ».

Ce déménagement lui a démontré que la famille est ce qu’il y a de plus précieux dans sa vie. Sans sa famille, il n’aurait jamais été capable de quitter son pays natal pour s’installer à l’autre bout du monde.

Algérie. Source : https://pixabay.comfrpoteau-algrie-150-km-route-250808. Crédit : jorisamonen

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