42 Félix X.

Vanessa Loignon

À l’âge de 23 ans, Félix X. a quitté son pays d’origine, la Tunisie, afin de venir s’établir au Canada pour poursuivre ses études. Grâce à ses excellents résultats scolaires, Félix s’était mérité une bourse prestigieuse pour faire de la recherche scientifique. C’était une opportunité pour lui de poursuivre ses études dans un autre pays. Il était important pour Félix d’aller étudier dans un pays où il allait bien se sentir. Avant de faire son choix, il avait questionné son entourage afin d’avoir leur avis et certaines recommandations. Plusieurs personnes de son entourage étaient déjà allées en France, mais leurs commentaires n’étaient pas tous positifs. Certains lui disaient qu’il y avait beaucoup de discrimination et que les gens étaient racistes. Il choisit finalement le Canada. Un des facteurs qui a influencé Félix à choisir la province de Québec est la langue. Aussi, des membres de sa famille y étaient déjà installés. Ainsi, Félix ne fut pas complètement seul lors de son arrivée au Canada, ce qui a représenté une grande aide afin de l’orienter sur les manières et les coutumes des gens du Québec.

Un peu d’adaptation

Il a choisi d’emménager aux résidences de l’Université Laval : « c’est un petit monde, c’est vraiment l’international là-bas ». Il affirme également avoir eu beaucoup de fun en résidence. Il aimait beaucoup le fait que ce soit multiethnique. Pour Félix, « tu retrouves toutes sortes de couleurs au Québec […] particulièrement à l’Université Laval ».

Il considère que ses premiers mois au Québec se sont plutôt bien passés, même si au départ, il eut un peu de difficulté par rapport à la langue.

L’accent du français parlé au Québec était différent du mien, j’ai cru que j’étais nul en français au départ, mais j’ai finis par m’habituer rapidement.

Emploi difficile à obtenir

Lorsqu’il habitait en Tunisie, Félix étudiait en ingénierie. Pour poursuivre ses études au Québec, il avait donc décidé de se spécialiser davantage en faisant une maîtrise en génie à l’Université Laval. Même si Félix aimait beaucoup son programme, il a constaté que les emplois dans ce domaine sont plus difficiles à obtenir lorsque tu viens d’ailleurs.

C’est difficile pour moi. Il y a des emplois, mais tu es défavorisé si tu viens d’ailleurs, c’est aussi le cas pour beaucoup de mes compatriotes.

Il a été déçu des entretiens d’embauche qu’il a passés, les employeurs posant très rarement des questions objectives. C’était souvent des questions superficielles de type social. Félix avait l’impression de recevoir un questionnaire d’immigration en entrevue. Par exemple, à une entrevue, un employeur lui a demandé « Pourquoi es-tu venu ici, justifie ton choix du Canada, vas-tu déménager si on t’engage? ». Il recevait aussi des questions du genre : « Est-ce que tu penses que tu vas te positionner dans notre groupe? » ou des commentaires par rapport aux immigrants : « Tu sais, il n’y a pas beaucoup d’immigrants ici ».

Une fois, lors d’une entrevue pour un projet d’envergure ayant des exigences très spécifiques et même s’il avait toutes les compétences requises pour réaliser ce projet puisqu’il avait réalisé le même genre de projet auparavant et qu’il travaillait sur un projet similaire dans le cadre de sa maîtrise à l’Université Laval, il essuya un refus. Pire, aucune des personnes nommées comme références n’avait été appelée.

Tu te sens jugé d’entrée.

 Il a d’ailleurs remarqué que c’est comme ça pour la plupart de ses amis d’Afrique. Certains de ses amis ont des diplômes et des compétences spécialisées, mais sont toujours sans emploi dans leur domaine des années après la fin de leurs études.

Félix ne veut pas perdre de temps en s’obstinant à chercher des emplois dans son domaine. Il est une personne très positive et c’est ce qui l’a aidé à passer à travers les déceptions qu’il vivait à la suite de ses entrevues. Certains de ses amis ont choisi d’éviter ces situations, de se réorienter et de se lancer dans l’entreprenariat. D’ailleurs, un de ses amis entrepreneurs lui a proposé un poste très intéressant au sein de son entreprise. C’était un grand défi pour Félix, car il n’avait pas eu d’expériences préalable pour ce poste. La persévérance de Félix a été récompensée, car maintenant il performe très bien dans son emploi.

Il aurait toutefois aimé travailler dans son domaine. C’est pourquoi il attend le changement de son statut pour pouvoir tenter d’obtenir un emploi pour la fonction publique. Pour lui, la fonction publique semble être un employeur transparent et impartial avec qui ça ne « niaise pas ».

La vie au Québec

À son arrivée à l’Université Laval, Félix a dû prendre le temps de bien s’adapter au système nord-américain qui est différent du système scolaire en Tunisie. Étant donné que la pédagogie est différente, il a investi beaucoup de temps dans ses études lors de la première session et n’a pas développé de relations amicales. Il a vraiment donné son maximum pour réussir dans son parcours scolaire.

Puis, grâce à son expérience de travail sur le campus, Félix a rencontré beaucoup de gens. Au fil du temps, il s’est fait des amis québécois, des amis qu’il considère comme corrects et directs. Une des valeurs que Félix apprécie le plus chez ses amis québécois est sans aucun doute leur gentillesse et leur serviabilité. Ses amis québécois « ont su apprécier les ressemblances et bien respecter les différences ».

La vie aujourd’hui

D’après l’expérience de Félix, un nombre élevé de Québécois, qui varie selon les régions, perçoivent les gens originaires des pays arabes comme étant automatiquement musulmans, « des personnes à éviter. Tu réalises alors que c’est comme une équation : tu es un Arabe, donc tu es un musulman, et les musulmans sont des terroristes ». Ce qu’il trouve dommage, c’est que ces gens qui font ces amalgames s’informent auprès de certains médias sans rien remettre en question. Ce n’est pas tout le monde qui est ignorant sur les pays arabes, mais il y a plusieurs personnes qui ne prennent pas la peine de s’informer correctement et de comprendre.

 Souvent les gens pensent quelque chose de moi et, après avoir pris le temps de me connaître, leur perception change. C’est peut-être le jugement de l’apparence.

 Les mauvaises graines existent partout et les préjugés existent également partout.

Quelques conseils

Selon Félix, les futurs immigrants doivent être patients. Il est important de s’informer sur les coutumes et valeurs du pays. Selon lui, il a été chanceux, puisqu’il a été bien soutenu et conseillé avant et pendant son arrivée. En effet, sa famille lui a été d’une très grande aide. Grâce à leurs conseils, il savait où aller, quoi faire et comment tracer son chemin.

Si Félix pouvait conseiller certains Québécois, il leur dirait qu’ils doivent être plus objectifs. Il ne faut pas juger les gens par « leur couleur de peau, leur origine ou leur religion ». Dans le milieu de travail, Félix reste toujours objectif avec ses collègues. Il regarde aussi les personnes en tant que personne et ne cherche pas à savoir combien la personne vaut.

Parfois, des gens lui demandent quelle est sa  « race ». Pour lui « c’est une question qu’on pose concernant les animaux et non pas les humains ». Il ne donne toutefois aucune importance à ce genre de situation.

Ça entre par une oreille et ça sort par l’autre.

Il est certain qu’à certains moments, ces situations le touchent un peu plus, mais Félix a un objectif dans la vie et il ne laisse aucun bruit le déconcentrer.

Que la couleur de peau, le langage, l’ethnie ou la religion soient différents, ça ne change rien, car à la base nous sommes tous humains et si on veut juger les personnes, je pense que les meilleurs critères seront de juger ce qu’ils ont dans leur cerveau et ce qu’ils font avec les gens.

Tunisie. Source : https://pixabay.com/fr/tunisie-bdouin-dsert-caravane-733606. Crédit : hbieser

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