8 Amira Boulmerka

Noémie Tremblay

Amira Boulmerka a vécu à Alger, la capitale et la ville la plus peuplée du pays. Confrontés à la guerre civile dans les années 1990, son mari et elle décidèrent de quitter le pays dans l’espoir de fonder une famille dans un environnement sécuritaire. Ce fut un choix très difficile, autant pour eux que pour leurs familles qui étaient convaincues que rien ne remplace la famille et la terre natale. Selon leurs proches, la guerre ne devait pas durer longtemps et ils déploraient leur décision de partir si loin. Malgré le déchirement profond qu’occasionnait cette décision, le couple quitta d’abord le pays pour la France où ils obtinrent le statut d’étudiants étrangers. Leur statut ne leur permettait malheureusement pas de s’installer définitivement dans ce pays. Ils souhaitaient s’installer définitivement quelque part en sécurité.

Amira et son mari connaissaient des amis qui avaient immigré au Québec quelques années auparavant. Ceux-ci appréciaient énormément y vivre, car les lois et la constitution respectaient la diversité. Cette ouverture encouragea le couple à vouloir immigrer au Québec. Ils firent plusieurs recherches afin de mieux connaître la belle province et ils décidèrent d’entamer le long processus d’immigration.

Parmi les nombreuses étapes nécessaires, ils passèrent une entrevue à la délégation du Québec à Paris avec un conseiller d’immigration canadien qui avait pour mandat d’évaluer leur candidature. Lors de cette entrevue, l’agent questionna Amira sur sa disposition à retirer son voile pour pouvoir travailler en tant qu’ingénieure-chimiste. Cela était, pour elle, inconcevable puisqu’il était une partie indissociable de son identité. Le portrait du Québec que lui dressait l’agent était totalement différent de ce qu’elle avait entendu de ses amis. Après cette rencontre, le couple était ébranlé et incertain, puisqu’ils considéraient avoir toutes les compétences nécessaires pour mener une belle vie et pouvoir choisir librement un lieu où ils seraient acceptés et surtout appréciés. Ce premier contact fut presque dissuasif, mais ils discutèrent de nouveau avec leurs amis. Ces derniers furent extrêmement surpris, puisqu’ils n’avaient personnellement aucun problème à travailler avec ou sans voile et ils recommandèrent à nouveau la province au couple. Sans leurs amis pour les rassurer, leur projet aurait été détourné vers un autre côté du globe. Finalement, après presque deux années de procédures, ils obtinrent le certificat de sélection pour s’installer au Québec.

L’arrivée au Québec

Amira n’oubliera pas de sitôt les premiers mots d’accueil que leur adressèrent les agents de l’immigration lorsqu’ils arrivèrent à l’aéroport de Montréal au printemps 1999 : « Bienvenue au Canada, nous sommes heureux de vous recevoir! ». Cette simple phrase lui fit chaud au cœur. Tout était chaleureux à leur arrivée. Les  températures plus clémentes du printemps commençaient à se faire sentir et la neige fondait à vue d’œil. Ces paysages avaient pour Amira un côté exotique. Elle fut aussi impressionnée par les grands espaces verts et l’étalement de la ville de Montréal. Comparativement à sa ville natale, les rues étaient tellement larges!

Ils furent accueillis par leurs amis qui les hébergèrent dans leur appartement durant quelques jours, le temps qu’ils puissent trouver leur propre nid familial où pourrait grandir leur premier enfant qui ne tarda pas à venir. Après la naissance de leur fille,  Amira profita de son temps libre pour s’imprégner de ce nouveau milieu qu’elle tenait vraiment à connaître. Elle prenait son bébé et sortait flâner dans la ville au gré des pas, de la bibliothèque aux centres communautaires. Elle avait hâte de mieux comprendre cette société qui l’avait accueillie et qu’elle voulait y contribuer.

Amira fut agréablement surprise par la curiosité des Québécois à son égard. Lorsqu’elle attendait tout simplement l’autobus ou magasinait, les gens étaient très spontanés et n’hésitaient pas à l’aborder pour lui poser des questions, et ce, de manière très courtoise. De plus, elle était enchantée de voir que les Québécois accordaient, tout comme elle, une grande importance au respect. Ce qui la surprit cependant, c’était que cette valeur de respect s’appliquait de manière parfois différente entre les deux sociétés.

Le respect au Québec prend de nombreuses facettes et dimensions. Par exemple, il y a le respect de la propriété d’autrui, des plantes, des fleurs, etc. En Algérie, il s’applique différemment, si un enfant voit une fleur dans un parc, il ne pourra s’empêcher de la cueillir de manière spontanée pour l’offrir aux autres ou la sentir, ce qui ne se fait pas ici. Par ailleurs, en Algérie, le respect des aînés a une dimension très élargie et elle s’adresse à toute personne âgée qu’on croise sur notre chemin.

Durant ses premiers mois, Amira consultait les annonces dans les journaux pour tenter de s’impliquer de manière bénévole afin de rencontrer des gens et de donner à son tour à son prochain. C’est ainsi qu’elle contacta l’organisme Action bénévole qui la jumela avec une personne âgée. Elle prit plaisir, un après-midi par semaine, à rendre visite à une vieille dame qui était toujours ravie de la voir avec son bébé. Grâce à cette expérience, Amira se sentit concernée par la réalité des aînés au Québec. Elle avait l’impression qu’ils étaient mis à l’écart, ce qu’elle déplorait beaucoup. Les aînés sont à ses yeux une grande richesse, ils peuvent apporter un enseignement important.

Plus tard, Amira participa au programme de jumelage organisé par le YWCA de Montréal. Elle fit la connaissance d’une jeune femme québécoise qu’elle rencontrait une fois par semaine. Après quelques mois, elle décida de poursuivre sa formation en vue d’obtenir un diplôme québécois. Elle suivit des cours de maîtrise à l’école polytechnique de Montréal.

Durant toute cette période, elle s’est toujours sentie accueillie et respectée. Sa nouvelle vie au Québec correspondait à l’idée qu’elle s’en était faite.

De Montréal à Québec

Le travail de son mari amena par la suite la famille à déménager dans la ville de Québec. Dès son arrivée, Amira fut charmée par la sérénité et le sentiment de sécurité qui y régnait. Elle s’attacha rapidement à cette belle ville paisible.

Après la naissance de leur troisième enfant, elle décida de reprendre sa vie active. Cependant, elle eut de la difficulté à faire reconnaître sa maitrise en chimie industrielle obtenue en Algérie. Elle décida de poursuivre ses études à l’Université Laval pour régler définitivement le problème de  la reconnaissance des acquis.

En 2003, elle entama à nouveau une maîtrise en sciences des aliments. Le laboratoire où les étudiants effectuaient leurs recherches ressemblait, pour elle, à l’ONU. La grande proportion d’étudiants étrangers permettait des échanges fascinants. Ces moments étaient un vrai bonheur.

Lorsqu’elle compléta sa maîtrise, Amira fut confrontée à une nouvelle réalité issue des tragédies qui survenaient à l’échelle internationale. Durant les différentes entrevues qu’elle passait, elle sentait que malgré ses compétences équivalentes, le fait qu’elle soit d’origine étrangère et de confession musulmane affectait le regard et l’attitude des employeurs.

Au même moment, ses enfants grandissaient et son aîné devait aller à l’école. Amira discuta à nouveau avec ses amis de Montréal pour savoir comment ils avaient choisi l’école de leurs enfants. Ceux-ci lui indiquèrent que leurs enfants fréquentaient une école qui, en plus du programme régulier, enseignait l’arabe comme un élément essentiel de leur héritage culturel.

Amira et son mari souhaitaient offrir cette opportunité à leurs enfants dans un établissement similaire qui n’existait cependant qu’à Montréal. Ne voulant pas quitter la ville de Québec, Amira entama des démarches avec d’autres familles pour fonder une école qui offrirait un service comparable dans la ville. En 2007, ses enfants purent enfin fréquenter la première école de Québec où l’arabe est enseigné comme troisième langue : l’École de l’Excellence.

Sa vie aujourd’hui

Aujourd’hui, Amira est directrice de l’École de l’Excellence, située en plein cœur de Sillery. Toujours en quête de nouvelles connaissances et fervente admiratrice de la dynamique universitaire, Amira poursuit une troisième maîtrise en administration scolaire à l’Université de Sherbrooke. Elle s’implique toujours dans la communauté en soutenant divers organismes et en prenant part à plusieurs projets. Elle est convaincue que chacun a le devoir d’offrir son aide à son prochain, s’il en a la capacité. Sa famille et elle-même ont fait du Québec leur maison et ils n’ont pas l’intention de le quitter.

Ses recommandations

L’objectif de tout être humain est de bâtir quelque chose dans sa vie. Certains contextes ne le permettent pas et c’est pourquoi des gens décident d’aller ailleurs : tous cherchent l’opportunité de se construire, de fonder une famille, mais aussi de contribuer à bâtir une société meilleure.

Amira souligne que c’est cet aspect fondamental qui nous unit tous dans la réalité de l’immigration. Elle ajoute à cela que la richesse d’une société réside dans sa différence puisque c’est, entre autres, par le biais d’opinions divergentes que naissent la créativité et l’enrichissement.

Chaque personne a droit à sa différence dans la mesure où elle ne piétine pas la liberté des autres.

Son meilleur conseil pour un immigrant serait de s’impliquer et d’aller vers l’autre sans préjugés. Amira souligne que « toutes les activités auxquelles nous participons nous permettent de prendre notre place à part entière. C’est donc en adoptant cette attitude d’ouverture et de collaboration qu’un nouvel immigrant s’intégrera plus facilement à sa société d’accueil. » D’ailleurs, elle insiste sur le fait que les gens ne peuvent qu’être accueillants si on vient leur offrir notre aide avec un large sourire.

Amira et sa famille. Crédit : Amira Boulmerka

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