22 Salima Kamoun

Audrey Sanikopoulos

Salima Kamoun est originaire de la ville de Sfax, aussi connue comme étant la capitale économique de la Tunisie, mais vécut à Tunis dès l’âge de dix ans. Adulte, elle travailla pendant trois ans en tant que chef de produit de la marque Du pareil au même, s’occupant principalement des marchés de l’Algérie et de la Tunisie. C’est à l’âge de 28 ans qu’elle prit, avec son mari, la décision de partir vers de nouveaux horizons.

La décision d’aller au Québec

La question de quitter son pays se posa après le début de la révolution tunisienne, pendant le printemps arabe. Au bout de deux ans de vie dans cet environnement conflictuel, elle dut choisir entre partir ou rester, car les horizons du pays commençaient à s’assombrir sur le plan économique. Salima et son mari n’avaient pas encore trente ans, mais ils avaient l’ambition  de pouvoir accéder à un avenir meilleur : ils sentirent que c’était le moment ou jamais de partir et de refaire leur vie dans un nouveau pays. Par ailleurs, Salima était très ouverte à l’idée de reprendre ses études et plus particulièrement de faire un doctorat. Partir n’a pas été une décision facile à prendre et Salima y pense encore avec nostalgie : « J’ai l’impression d’avoir délaissé mon pays au moment où on aurait dû être là pour le reconstruire ».

Mais pourquoi avoir choisi le Québec comme destination? Comme l’explique Salima, « on ne peut pas avoir pour rêve de partir aussi loin de sa famille et de sa vie ». Elle dut prendre en compte certaines réalités pour choisir l’endroit où elle poserait ses valises. Salima est francophone, arabe, africaine, musulmane et fière de toutes ses origines. Mais tous les pays ne sont pas si enclins à l’accueil dans le contexte mondial actuel. En prenant en considération tous ces éléments, Salima commença à regarder vers le Québec, notamment parce qu’elle avait déjà de la famille et des amis qui vivaient ici. Trois ans plus tard, elle trouve toujours que Québec est un très bon choix et une belle destination.

Les premiers mois sur le sol québécois

Son mari et elle sont arrivés à l’aéroport de Montréal et ont passé leur première nuit chez un de leurs amis. Cependant, l’arrivée dans le froid québécois n’a pas été une partie de plaisir. « Quand on a atterri un 7 janvier et que les portes de l’avion se sont ouvertes, j’ai eu envie de rebrousser chemin », a-t-elle confié. Quelques jours plus tard, ils se sont rendus chez l’oncle de Salima à Québec, avant de s’installer dans leur propre résidence.

Salima n’eut qu’une semaine de libre entre son arrivée et le début de ses cours à l’Université Laval, ce qui ne lui laissait pas énormément de temps pour s’adapter avant le début de sa nouvelle vie québécoise. Le début de ses cours fut une véritable épreuve : elle n’était pas habituée au système d’enseignement ni à l’accent québécois qui représentait une véritable barrière pour elle : « L’accent québécois est très présent à tel point que des fois, je ne comprenais ni le fond ni la forme ». Salima ne baissa pas les bras, particulièrement grâce au déclic qu’elle reçut de la part d’un de ses professeurs. Elle était allée le voir pour lui expliquer qu’elle avait de la difficulté à comprendre son plan de cours, ce à quoi il lui avait répondu « vous êtes au doctorat, vous êtes censée comprendre ». Depuis, Salima lui est reconnaissante pour son aide. Elle travailla énormément pendant sa première session universitaire, car les cours préparatoires étaient déterminants pour sa poursuite au doctorat en relations industrielles.

À la fin de sa session, Salima est rentrée chez elle en Tunisie pendant un mois et demi afin de prendre du recul et faire le point sur les mois passés au Québec. Aujourd’hui, elle reconnaît que cette session a présenté beaucoup d’imprévus, mais que c’était principalement la joie de vivre de son mari qui l’a aidée à tenir le coup.

Les Québécois face au monde arabe

Dès le début de sa session d’automne, Salima s’était fait de très bons amis québécois et elle ne s’est jamais heurtée à des remarques ou des situations choquantes impliquant son origine. À ses yeux, les Québécois sont ouverts à la différence, ce qui n’était pas nécessairement le cas d’autres sociétés occidentales, comme en Europe où elle sentait que le regard que les gens portaient sur elle n’était pas particulièrement tolérant. Comme elle le dit elle-même, « ici, au pire des cas, on va me demander où la Tunisie se trouve ». Généralement, elle situe géographiquement son pays selon le Maroc, car elle sait que les Marocains sont présents depuis de nombreuses années à Québec. Mais Salima constate qu’il y a de plus en plus de Tunisiens qui viennent s’installer ici. Elle est donc confiante dans le fait que la Tunisie sera mieux connue dans peu de temps.

Ce qu’elle apprécie énormément des valeurs québécoises, c’est que les gens ont moins de préjugés que de questionnements. Lorsqu’elle mentionne ses origines, ses interlocuteurs lui posent souvent des questions sur des choses qui les intriguent. Pour elle, « il y a une certaine spontanéité chez les Québécois que je trouve rarement ailleurs ». Les questions qui lui sont posées sont généralement en lien avec l’islam, mais elle ne voit pas de réactions négatives face à ce sujet. En fait, la difficulté principale est plutôt d’arriver à définir ou dissocier des notions. Salima a mentionné qu’il est important de comprendre les différences culturelles entre le monde occidental et le monde arabe en remettant les choses dans leur contexte, car les réalités et les modes de vie ne sont pas les mêmes. Et c’est ce point qui demande le plus d’explications, soit le fait de pouvoir se plonger dans un autre contexte que le sien afin de comprendre une autre culture.

Pour Salima, s’il y a une chose à travailler au Québec, et plus particulièrement dans la ville de Québec même, c’est le marché de l’emploi, car ce secteur souffre du manque d’ouverture de la part des employeurs.

Ce que Salima aimerait dire aux nouveaux arrivants

Avant de s’installer dans une nouvelle société, il est important de ne pas arriver avec des préjugés envers les habitants et leur culture. Comme le dit si bien Salima, « il faut assumer notre part d’intégration, avec ses hauts et ses bas ». Il est important d’aller vers les autres pour recommencer à vivre sur le plan social. Salima reconnaît que le fait d’être à l’université l’a aidée sur le plan de l’inclusion, car il existe un véritable mélange entre les différentes cultures. Une autre de ses recommandations est de participer à la vie associative, car « c’est une belle porte d’entrée pour rencontrer des gens ». Salima est d’ailleurs actuellement secrétaire générale de l’Association des étudiantes et étudiants de l’Université Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS). Elle terminera son doctorat en relations industrielles à l’hiver 2019, avant de se lancer dans de nouvelles aventures.

Crédit : Salima Kamoun

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