16 Abou Sow

Isabelle Boucher

Abou Sow, âgé de 32 ans, est originaire de la Mauritanie, pays situé à l’ouest du continent africain, mais faisant partie du Grand Maghreb. La Mauritanie constitue une sorte de pont entre le Maghreb et l’Afrique Noire. C’est un pays très riche en culture.

La population, encore fortement ancrée dans l’appartenance tribale, se répartit en parts égales entre Arabo-Berbères et Négro-Africains. (Le Routard, s.d.)

Enfance en Mauritanie

Abou vu le jour en Mauritanie en 1985. Il est le deuxième d’une famille de quatre enfants. Il vécut les premières années de sa vie dans un petit village au nord du pays. Lorsqu’il eut l’âge d’aller à la maternelle, sa famille déménagea et il passa le reste de sa jeunesse dans la capitale Nouakchott. Il commença l’école en 1991. Comme la Mauritanie est un pays à majorité musulmane, Abou dut aller à l’école coranique avant d’aller à l’école moderne, comme tous les enfants issus de familles musulmanes. À l’école coranique, les enfants qui commencent à parler apprennent la religion musulmane. « Dès qu’ils sont alphabétisés, ils commencent la lecture du Coran ». Abou fit son parcours primaire et secondaire à Nouakchott. Il termina son lycée en 2005 avec une bonne mention. Grâce à ses excellentes notes, il se démarquait de ses collègues étudiants et reçut une bourse pour aller étudier à l’étranger. En effet, le gouvernement de Mauritanie offre chaque année des bourses aux étudiants performants pour poursuivre leurs études à l’étranger. Les étudiants récipiendaires de bourses peuvent choisir d’aller en Algérie, en Tunisie, en France ou au Maroc.

Études en Algérie

C’est avec une bourse d’excellence en poche qu’Abou quitta sa famille en 2005 pour entamer son baccalauréat en génie à l’université en Algérie. Il s’installa dans un pays qui lui était encore inconnu. Au début, il trouva l’adaptation difficile. Jusque-là, il avait toujours vécu avec ses parents et c’est d’ailleurs en leur compagnie qu’il voyageait. De son propre aveu, il n’avait jamais quitté ses parents, même pas pour deux ou trois jours consécutifs. Ce fut très compliqué pour lui de s’adapter à ce nouveau mode de vie, surtout pendant les six premiers mois. Par contre, il fut soutenu par d’autres étudiants mauritaniens. Cela l’aida beaucoup à modifier son style de vie et à s’adapter à la vraie vie d’adulte. Son séjour a également été facilité par une association étudiante qui s’occupait de l’accueil et de l’aide à l’insertion et à l’intégration des étudiants étrangers. Abou se demande comment il se serait épanoui sans cette association, lui qui était encore adolescent à l’époque.

En Afrique, les étudiants ont neuf mois d’école et trois mois de vacances. Abou avait hâte de terminer son année scolaire pour pouvoir retourner chez ses parents. Puis il commença à prendre ses responsabilités et à gagner en maturité. Après la première année, les choses s’améliorèrent et il put profiter et apprécier pleinement cette période de sa vie. Il termina son baccalauréat en étant premier de sa classe. Ses enseignants lui conseillèrent de poursuivre ses études en France. C’est à ce moment-là qu’il décida de déménager pour commencer une maîtrise en génie informatique.

De la France au Canada : une nouvelle expérience

Abou travailla quatre ans en France pour une firme d’ingénieurs avant de se faire transférer au Canada. Il arriva de France en juillet 2013, ne connaissant pratiquement rien du pays qui allait devenir le sien. Une dame l’accueillit à l’aéroport et lui demanda : « Do you speak English or French? ». Ce à quoi il répondit : « Je parle français ». Son expérience canadienne commença de manière plutôt abrupte, puisqu’il arrivait ici et, déjà, la langue était une barrière. De l’aéroport, il prit l’autobus en direction de la ville de Québec. Ses futurs collègues l’accueillirent à bras ouverts et firent même une petite fête pour son arrivée. La langue fut une barrière pendant quelque temps. En effet, pendant les premiers mois suivant son arrivée, il préférait que ses collègues lui écrivent au lieu de lui parler. Il ne comprenait pas leur accent ou leurs expressions. Par contre, il était capable de poser des questions et de faire expliquer lorsqu’il ne comprenait pas quelque chose.

Au début, il ne connaissait personne, mais il sympathisa petit à petit avec des gens qui venaient d’ailleurs, des latino-américains, par exemple, avec lesquels il travaillait. Il commença à être de plus en plus ami avec des Québécois d’origine, surtout dans le cadre du travail. À force de fréquenter ses collègues, ces derniers sont progressivement devenus des amis.

Abou fut surpris de constater que l’été était aussi long. Il s’attendait à arriver ici et voir beaucoup de neige. La première nuit, il lui fut impossible de dormir à cause de la chaleur. Il dut aller s’acheter un climatiseur. Il ne comprenait pas trop ce qui se passait avec la température et la météo. Il passa un très beau premier été et c’est l’une des raisons pour lesquelles il a choisi de s’établir ici, lui qui ne devait rester que trois mois.

Côté culture, rien ne le frappa vraiment. En effet, ayant vécu en France, il voyait beaucoup de similarités entre ici et là-bas. Ce qui l’a surpris, par contre, c’était de voir à quel point les Québécois ne sont pas pressés. Rien ne semble les angoisser. C’est tout à fait l’inverse des Français. La valeur québécoise qu’il apprécie le plus est la tolérance. Malgré tous les événements qui surviennent dans le monde, les gens restent ouverts d’esprit et tolérants. Ils acceptent les autres. Il travaillait avec un Colombien, une Brésilienne et un Italien. Ici, c’est le travail qui compte, pas l’origine. Les Québécois mettent surtout l’accent sur les compétences et les connaissances plutôt que sur les apparences et les origines.

Selon lui, les Québécois n’ont pas la même vision des pays arabes que les Français. En France, les gens sont portés à croire qu’il y a peut-être trop d’Arabes dans leur pays. Les Français sont moins tolérants que les Québécois, ils ont un peu plus peur de la différence. Ici, les Arabes sont mieux acceptés, dit-il.

Chaque personne qui arrive dans un pays étranger, vient avec son bagage, son vécu, ses expériences et vit l’angoisse d’être rejeté. « On vient souvent des pays moins industrialisés, un peu plus pauvres et on a toujours peur de la manière dont les gens vont nous percevoir », déclara Abou, avant d’ajouter que « tout cela ne compte pas; tout ce qui compte, c’est ce que tu es capable d’accomplir une fois ici, ce que tu peux apporter à la société québécoise ».

« Les gens ne choisissent pas où ils naissent, mais choisissent où ils vivent. Si on choisit le Québec, c’est que quelque chose nous attire ici ». Il a choisi de venir habiter au Canada parce que les valeurs de ses habitants le rejoignaient. « Chaque humain recherche un monde idéal ».

Abou a toujours eu de bonnes expériences avec les Québécois et les Canadiens en général. Il n’a jamais vraiment vécu de racisme depuis qu’il est arrivé ici. Par contre, il se rappelle d’un événement en particulier qui l’a marqué. Il était dans l’autobus pour se rendre au travail et une vieille dame l’a insulté, mais il ne savait pas que la dame s’adressait à lui. C’est le chauffeur qui est intervenu et qui a demandé à la dame de quitter l’autobus.

Crédit : Abou Sow

Références

Le Routard, s.d. Mauritanie. [En ligne] http://www.routard.com/guide/code_dest/mauritanie.htm#ixzz4dqlvJwan. Consulté le 9 avril 2017.

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