43 Faten Mbarek

Sarah Lagrandeur

Faten Mbarek est maître-assistante en sociologie à l’Université de Tunis et spécialiste en sociologie de la jeunesse. Elle enseigne la sociologie et travaille avec des associations qui s’intéressent à la femme et à la jeunesse en Tunisie et hors Tunisie. Elle a eu l’occasion de travailler avec des unités de recherche sur l’immigration de la jeunesse et des femmes en France, en Suède et au Canada.

Proposition de recherche au Canada

Alors qu’elle travaillait dans le cadre d’un projet de recherche sur la jeunesse, elle fut invitée par une unité québécoise de recherche sur l’immigration et la jeunesse pour un projet sur l’immigration chez les jeunes Arabes et leur intégration dans la société canadienne. Elle arriva d’abord dans la ville de Montréal et commença ses recherches à l’Université de Montréal. Elle vint donc au Québec dans un but purement scientifique. Elle fit ainsi plusieurs séjours de quelques mois avant de retourner en Tunisie. Elle finit par s’installer au Québec afin de mieux connaître la culture québécoise. Durant ses multiples voyages, elle se promena entre Montréal et Québec, car elle travaillait en collaboration avec plusieurs universités.

Lorsqu’elle prépara son premier voyage au Canada, elle rencontra certaines difficultés. Il fut ardu pour elle de trouver quelqu’un qui souhaitait lui louer un logement. Les gens avaient de la difficulté à croire ses démarches et à lui accorder leur confiance. De plus, elle avait besoin d’un domicile pour obtenir son visa de recherche. Par conséquent, elle dut s’armer de patience afin de pouvoir faire ses recherches au Canada.

Arrivée au Québec

Avant d’arriver au Québec, elle s’était préparé un « GPS à elle ». Elle savait qu’il pouvait être difficile de trouver de l’aide en raison de ses origines. En descendant de l’avion, elle m’a dit qu’elle avait trouvé ça bouleversant. Le climat était très différent, les paysages étaient plus vastes et elle trouvait que les moyens de transport étaient complexes. Elle eut beaucoup de difficulté à s’orienter et à faire le trajet entre l’aéroport et son domicile. Au début de son expérience, elle avait peur. Elle ne voulait pas « perdre son équilibre », car elle devait s’installer rapidement pour commencer ses travaux de recherche.

En arrivant, elle tenta de se rapprocher de la communauté tunisienne pour se faciliter la vie, car elle dit que « par conscience ou inconscience, on cherche toujours des gens avec qui on peut trouver quelque chose de commun ». Lors de ses voyages suivants, elle tenta davantage de se rapprocher de la vie universitaire. À ce moment, il lui était plus facile de s’organiser, car elle avait acquis des repères lors des voyages précédents. Par contre, elle trouvait toujours difficile l’intégration sociale, peu importe dans quel environnement elle se trouvait. Elle pense que cette difficulté est liée aux différences entre le Canada et la Tunisie. En Tunisie, le contact est plus facile, car les gens sont plus chaleureux et faciles d’approche. Les  manière de discuter et de parler sont également différentes. Mais elle constate aussi une différence de culture. Les Tunisiens sont moins individualistes. Elle mentionne aussi que les relations professionnelles peuvent facilement se transformer en relations d’amitié en Tunisie, ce qui était très difficile au Québec.

Faten avait un ami de son pays d’origine qui faisait lui aussi des séjours au Québec pour des recherches scientifiques. Il l’a aidée au niveau des relations professionnelles et de l’intégration au travail, mais pas dans les relations sociales. Elle resta un bon moment seule. Le conseil qu’elle aimerait donner aux gens dans cette situation est qu’ils doivent faire leur intégration seuls. Chacun doit prendre l’initiative de s’intégrer et de participer à des activités de leur propre gré. Elle avait remarqué, lors de précédents voyages de recherche en France ou en Suède, qu’il avait été plus facile de s’intégrer au niveau social, car les relations professionnelles peuvent se transformer en relations sociales. De plus, elle trouvait que le contact avec le voisinage était plus facile dans ces autres pays.

Lors de ses voyages suivants, elle rencontra beaucoup moins de difficulté à s’installer, mais elle remarqua une grande différence au niveau de la francophonie entre les villes de Québec et de Montréal. Elle se sentait comme si elle était dans deux pays différents.

Ses recherches : l’immigration chez la jeunesse arabe

Une partie importante de ces voyages au Québec concerne ses recherches pour la communauté universitaire. Elles portent sur l’immigration de la jeunesse arabe. Faten a étudié la situation des immigrants arabes sur une période de cinq ans, car le Canada est le pays principal où les jeunes Arabes peuvent immigrer s’ils ont des plans d’éducation supérieure. Elle constata au fil du temps que la situation devenait plus difficile. Le problème ne se situait pas au niveau de la législation, mais plutôt au niveau de l’intégration sociale. Étant une sociologue de formation, elle constate que les jeunes Arabes ont de la difficulté à se faire des contacts. D’ailleurs, elle remarque qu’il n’y a pas au Québec des quartiers arabes comme il est possible d’en trouver en France. Il est seulement possible de trouver des rassemblements de quelques familles arabes vivant sur la même rue. Son expérience personnelle l’aida à mieux comprendre la réalité des jeunes Arabes et les problèmes qu’ils rencontrent.

De plus, dans ses entretiens, elle constata que plusieurs personnes, même si elles étaient citoyennes canadiennes depuis plusieurs années, retournaient dans leur pays d’origine pour terminer leur vie. La réponse à laquelle elle arrive est, qu’au fond, ces gens se sentaient toujours arabes au niveau social et psychique. Elle estime qu’il faut faire un meilleur mélange entre la culture arabe et canadienne afin que les immigrants se sentent chez eux, autant au plan social qu’au plan professionnel.

Finalement, je lui ai demandé comment elle pensait que les Québécois perçoivent le monde arabe. Elle fait un constat : un Arabe ayant aussi la nationalité française a moins de difficulté à se faire accepter qu’un Arabe ayant seulement la nationalité tunisienne.

Les Québécois prennent leur temps pour avoir des contacts et des amis d’origine arabe.

Elle pense que c’était un réflexe de sécurité de leur part en raison d’une différence de l’esprit de vie, mais aussi du contexte de vie. Elle raconte qu’elle a rencontré plusieurs personnes qui ne savaient même pas où se situait la Tunisie.

Recommandation pour les nouveaux arrivants et les Québécois

Faten souhaitait vraiment partager son expérience, car le projet de livre Québec arabe reflète bien le sujet de ses recherches et de ses expériences personnelles. Elle trouve que le projet permet de comprendre comment les gens se sentent, à travers le récit de leurs expériences et de leurs impressions.

De retour en Tunisie

Elle aimerait revenir un jour pour continuer à voyager pour le plaisir. Elle termina en disant : « Vous avez un très beau pays ».

Tunisie. Crédit : Faten Mbarek

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