3 Facteurs explicatifs de la pauvreté non monétaire dans la commune de Tchaourou au Bénin

Florette Aïssoun et Maxime Agbo

Résumé

Dans cet article, nous avons utilisé l’approche non monétaire pour étudier la pauvreté dans la commune de Tchaourou au Bénin. À travers une Analyse des Correspondances Multiples (ACP), un Indice Composite de Pauvreté (ICP) a été calculé  Cet indice, obtenu à partir des indicateurs de bien-être non monétaire axé sur les besoins de base, a servi d’outils dans le calcul des différentes mesures de la pauvreté que sont: l’incidence de la pauvreté, la profondeur de la pauvreté et la sévérité de la pauvreté. Les résultats montrent que les foyers dirigés par les femmes sont plus touchés par la pauvreté non monétaire que ceux dirigés par les hommes. Le niveau d’instruction du chef et la taille du foyer ont une influence négative sur la pauvreté non monétaire. En ce qui concerne la situation matrimoniale des chefs de foyer, les foyers dirigés par des chefs de foyer séparés ou divorcés sont plus touchés par la pauvreté non monétaire. Enfin, les foyers ayant un chef de foyer qui exerce une activité agricole sont plus touchés par la pauvreté que ceux ayant un chef de foyer qui exerce dans une autre branche d’activité.

Mots clés: Pauvreté non monétaire, foyer, Indice Composite de Pauvreté (ICP), Tchaourou

JEL Classification: C10, I32

  

Introduction

La pauvreté est un phénomène multidimensionnel et difficile à mesurer, car elle concerne plusieurs aspects de la vie de l’individu. De plus, elle requiert l’attention de toute la communauté de par ses conséquences, ses formes et ses dimensions sociales. En effet, la lutte contre la pauvreté est le premier des « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD) des Nations Unies, qui vise à éliminer l’extrême pauvreté et la faim. Mais à la fin de l’année 2015, il a été constaté que cet objectif n’avait pas été atteint dans la plupart des pays et surtout ceux en voie de développement comme le Bénin, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal. La communauté internationale, à l’horizon 2030, a donc conclu un autre accord sur 17 « Objectifs du Développement Durable » (ODD) dont le premier est toujours relatif à la pauvreté et vise à l’éliminer sous toutes ses formes et partout dans le monde.

Dans la plupart des pays africains, de nombreuses études ainsi que des documents de « Stratégie de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté » (notamment les SCRP 1, 2 et 3) ont été élaborés ces dernières décennies avec le soutien de la Banque mondiale, dans le but de lutter contre la pauvreté. En effet, les instituts de statistique, ainsi que de nombreux chercheurs (Amartya Sen, Martin  Ravallion, Abdeljaouad Ezzrari et Samuel Ambapour), ne cessent de mener chaque année des études permettant de mesurer l’ampleur de ce phénomène, dans le but de trouver d’éventuelles solutions pour son éradication. Par exemple au Bénin, l’Institut National de la Statistique et de l’Analyse Économique (INSAE) a mis en place depuis 2006 un dispositif de collecte de données auprès des ménages à travers l’Enquête Modulaire Intégrée sur les Conditions de Vie des ménages (EMICoV). La première édition de cette enquête a eu lieu en août 2006, suivie d’une deuxième édition en 2011, après une enquête de suivi réalisée en 2010, puis d’une troisième en 2015. Comme l’indique son nom, cette enquête constitue un suivi permanent des indicateurs sur les conditions de vie des ménages et permet de mieux comprendre, entre autres, l’évolution de la pauvreté tant en milieu rural qu’urbain.

Dans les rapports de l’EMICoV, la pauvreté est analysée suivant deux approches : monétaire et non monétaire. L’approche monétaire utilise la dépense par tête comme indicateur de niveau de vie. Quant à l’approche non monétaire, elle consiste à construire un indice composite de niveau de vie à partir de données sur les caractéristiques de logement, d’actifs mobiliers et immobiliers. Ces deux approches sont utilisées, car la dépense des ménages seule ne permet pas de bien appréhender la notion de pauvreté. Il faut donc aussi l’approche non monétaire pour prendre pleinement en compte le caractère multidimensionnel de la pauvreté.

Au Bénin, les résultats de l’EMICoV révèlent que, de 2009 à 2015, l’incidence de la pauvreté non monétaire a substantiellement diminué en passant de 30,85 % à 28,7 %. Ce qui témoigne d’une amélioration des conditions de vie des populations.

Par ailleurs, le constat est que le milieu rural est plus touché par la pauvreté non monétaire que le milieu urbain. En effet, les résultats de l’EMICoV montrent qu’entre 2009 et 2015, en milieu rural, l’incidence de la pauvreté non monétaire se situe entre 35,2 % et 36 %, alors qu’en milieu urbain, cette incidence se situe entre 20,4 % et 23,15 % (avec une tendance baissière).

Vu la persistance de la pauvreté dans les zones rurales du Bénin entre 2009 et 2015, il est important de chercher à connaître l’état actuel et les facteurs explicatifs du phénomène dans certains milieux ruraux du pays. Dans ce travail, nous nous intéressons à la commune de Tchaourou, une zone semi-rurale du Bénin où l’on ne dispose pratiquement pas de résultats de travaux de recherche sur la pauvreté, excepté les plans de développement communaux.

Tchaourou est la commune la plus vaste de Bénin. Située au nord du pays, elle s’étend sur une superficie de 7 256 km2 et bénéficie de sa proximité avec le Nigeria. La principale occupation de la plupart des habitants de ladite commune est l’agriculture, basée sur les cultures vivrières (tubercules et céréales) et les cultures de rentes (coton, arachide et anacarde).

L’objectif poursuivi dans le cadre de ce travail est de déterminer les facteurs explicatifs de la pauvreté non monétaire dans la commune de Tchaourou à partir des données de l’enquête intitulée « Activités économiques, partage des ressources et santé de la reproduction au sein des foyers de l’arrondissement central de Tchaourou », réalisée par l’École Nationale de Statistique, de Planification et de Démographie. L’approche non monétaire, à partir des besoins de base (éducation, santé, nutrition, eau potable, habitat, assainissement), sera utilisée. En effet, cette approche consiste à partir des indicateurs de bien-être non monétaire pour construire un indicateur composite de la pauvreté multidimensionnelle à l’aide des techniques d’analyse multidimensionnelle.

La détermination de cet indice a permis de procéder au calcul des différentes mesures de la pauvreté que sont l’incidence de la pauvreté, la profondeur de la pauvreté et la sévérité de la pauvreté. Les valeurs des différentes mesures de la pauvreté ainsi obtenues dans la commune de Tchaourou sont de 57,36 % pour l’incidence de la pauvreté, 1,87 pour la sévérité de la pauvreté et 7,3 pour la profondeur de la pauvreté. Par ailleurs, les résultats de nos travaux révèlent que le milieu de résidence, les caractéristiques des chefs de foyer de la commune de Tchaourou ont une influence sur le statut de pauvreté des foyers. Les chefs de foyer de sexe féminin, ceux n’ayant aucun niveau d’instruction, ceux divorcés ou séparés, les chefs de foyer exerçant une activité agricole et enfin les foyers de petites tailles (moins de quatre personnes) courent plus de risque d’être pauvres dans notre population d’étude.

Le reste du travail est structuré en trois parties. Dans la première partie, nous présentons la revue de la littérature. La deuxième partie consiste à présenter les données utilisées et la démarche méthodologique du travail. Enfin, la dernière partie aborde les différents résultats obtenus.

1. Revue de la littérature

Dans cette partie, il s’agit de faire dans un premier temps une revue des concepts et ensuite de présenter les résultats des travaux empiriques.

1.1. Revue des concepts

1.1.1. Pauvreté

Chacun des acteurs intervenant dans le domaine de la pauvreté considère un individu comme étant pauvre lorsqu’il « n’atteint pas un certain niveau de satisfaction considéré comme un minimum raisonnable d’une certaine « chose » à définir » (Dembélé, Gacko et Traoré, 2014). La différence principale qui se trouve dans la définition de la pauvreté est la détermination de cette « chose » qui manque à un individu pour qu’il soit considéré comme pauvre. Pour l’économiste Amartya Sen (un auteur qui a fortement contribué à l’évolution de la notion de pauvreté), « la pauvreté est avant tout une privation des capacités élémentaires, même si cette définition ne vise en aucune manière à nier l’évidence : un revenu faible constitue bien une des causes essentielles de la pauvreté, pour la raison, au moins que l’absence des ressources est la principale source de privation d’un individu » (Sen, 2000, cité par Ezzrari, 2011).

1.1.2. Pauvreté monétaire

L’approche monétaire, soutenue par les welfaristes ou utilitaristes, apprécie la pauvreté par rapport à un niveau de bien-être mesuré par l’utilité que l’individu tire de la consommation des biens. Ravallion (1992) utilise le terme de « préférences de l’individu ». Les préférences fournissent le classement des paniers de biens selon le niveau de satisfaction procuré par chaque panier. Elles conditionnent donc la demande des biens et services par les agents. Comme il est très difficile de connaître les préférences (et donc l’utilité) et qu’il existe une relation presque équivalente entre l’espace des préférences et celui des paniers de biens demandés, le niveau de consommation ou de dépense, ou de revenu, est utilisé comme mesure de niveau de vie dans l’approche monétaire. Il faut noter que cette approche reçoit de nombreuses critiques. En effet, comme l’a signifié Ezzrari (2011), un individu peut être favorisé matériellement (non pauvre du point de vue monétaire), alors qu’il n’est pas heureux. De même un individu peu favorisé matériellement peut se sentir heureux.

1.1.3. Pauvreté non monétaire

L’approche non monétaire aborde la pauvreté en termes de capacité à satisfaire certains besoins fondamentaux comme se nourrir, se vêtir, se soigner, se loger, se déplacer, disposer de biens. Il ne s’agit pas d’un niveau d’utilité atteint, mais la satisfaction d’un certain nombre de besoins jugés élémentaires pour vivre. Les tenants de cette approche (les non utilitaristes) l’emploient suivant deux axes : l’approche par les capacités et l’approche par les besoins de base.

  • L’approche par les capacités

Cette approche provient des travaux de Sen et inclut trois composantes qui sont les biens, services et autres ressources (commodités), les utilisations de ces commodités pour satisfaire les besoins (fonctionnement) et l’ensemble des opportunités qui s’offrent à l’individu pour ces choix (capabilités). En d’autres termes, il ne suffit pas juste de disposer de biens, mais de pouvoir les utiliser et d’avoir un éventail relativement large de possibilités, afin d’opérer des choix. Ainsi, comme l’a précisé Ambapour (2006), l’approche par les capacités considère la pauvreté comme étant « l’incapacité à saisir les opportunités qui se présentent en raison d’un manque de capacités résultant d’une santé déficiente, d’une éducation insuffisante, de déséquilibres nutritionnels, etc. ».

 

 

 

  • L’approche par les besoins de base

Cette approche consiste à identifier un ensemble de besoins dont la satisfaction est nécessaire pour s’assurer une certaine qualité de vie jugée acceptable. Un individu sera pauvre lorsqu’il n’arrive pas à satisfaire ces besoins fondamentaux. Ces besoins prennent en compte l’éducation, la santé, l’hygiène, l’assainissement, l’eau potable, l’habitat, l’accès aux infrastructures de base, etc. (Baninganti, Lawson Body, Homevoh et Lamadokou, 2006).

1.1.4. Pauvreté subjective

La pauvreté peut se définir aussi suivant une approche subjective. Cette approche consiste à tenir compte de la perception de l’individu sur ses conditions de vie pour apprécier son statut de pauvreté. Cette façon de mesurer la pauvreté est aussi importante, car elle permet de voir ce que les individus pensent de leur propre niveau de vie.

Dans le cadre de ce travail, nous utiliserons la définition de la pauvreté non monétaire axée sur les besoins de base. Un foyer sera considéré comme étant pauvre lorsqu’il n’arrive pas à satisfaire ses besoins fondamentaux. Les besoins fondamentaux sont l’éducation, l’hygiène, l’assainissement, l’eau potable et l’accès aux infrastructures de base.

1.2. Revue de quelques travaux empiriques

Plusieurs études ont été menées dans les pays africains pour mesurer le phénomène de la pauvreté. La plupart des auteurs ayant travaillé sur ce sujet adoptent aussi bien l’approche monétaire que celle non monétaire, afin de faire des comparaisons. Il ressort de l’analyse de ces auteurs que l’incidence de la pauvreté monétaire est plus élevée que celle non monétaire. On constate aussi que l’incidence de la pauvreté aussi bien monétaire que non monétaire recule lorsqu’on passe d’une année à l’autre, et ceci dans plusieurs pays africains. Au Mali, d’après une étude réalisée par Dembélé, Gacko et Traoré (2014), l’incidence de la pauvreté monétaire a reculé de 2001 à 2011. Elle est passée de 58,8 % en 2001 à 56,1 % en 2006 pour atteindre 35 % en 2011. En ce qui concerne l’incidence de la pauvreté non monétaire, elle a aussi baissé au cours de la décennie 2001-2011. Ce recul a été plus marquant entre 2006 et 2011 qu’entre 2001 et 2006. Entre 2001 et 2006, l’incidence de la pauvreté est passée de 90 % à 82 % contre 78 % à 58 % entre 2006 et 2011.

D’après les travaux réalisés par Ezzrari (2011), l’incidence de la pauvreté monétaire au Maroc en 2011 est de 8,9 % contre 12,1 % pour celle non monétaire. Aussi, certaines études comme celle d’Ambapour (2006) sur le Congo et celle de Faye et Ki (2005) sur le Sénégal, ont seulement utilisé l’approche non monétaire. Ambapour (2006) montre qu’au Congo, l’incidence de la pauvreté non monétaire est de 70,67 % en 2006. Quant à l’étude de Faye et Ki (2005), elle a permis de voir que l’incidence est de 61 % au Sénégal en 2005.

À l’instar des autres pays de la région ouest-africaine, l’incidence de la pauvreté monétaire au Bénin est supérieure à celle non monétaire; ce qui est confirmé par les données de l’EMICoV. En effet, au Bénin, entre 2006 et 2009, l’incidence de la pauvreté monétaire est passée de 37,5 % à 35,2 % pour légèrement monter à 36,2 % en 2011. Quant à la pauvreté non monétaire, elle est passée de 42 % en 2006 à 30 % en 2011. Mais entre 2011 et 2015, l’incidence de la pauvreté monétaire a connu une augmentation, alors que celle non monétaire a connu un recul. En effet, la pauvreté monétaire est passée de 36,2 % en 2011 à 40,1 % en 2015 et celle non monétaire est passée de 30,16 % en 2011 pour atteindre 28,70 % en 2015.

Par ailleurs, certaines études se sont penchées sur l’influence du milieu de résidence et des caractéristiques sociodémographiques du chef de ménage sur la pauvreté. En nous intéressant au cas du Bénin, les données de l’EMICoV révèlent que l’incidence de la pauvreté monétaire est plus répandue et prononcée en milieu rural qu’en milieu urbain, alors que la situation inverse est notée en ce qui concerne la pauvreté non monétaire. Le même résultat est obtenu au Mali, au Congo, au Togo et au Maroc. Le sexe du chef de ménage est également un facteur qui explique la pauvreté au Bénin. Les résultats de l’EMICoV montrent que l’incidence de la pauvreté non monétaire est plus élevée chez les ménages dirigés par les femmes que ceux dirigés par les hommes alors que la situation inverse est observée en ce qui concerne l’incidence de la pauvreté monétaire. Pour ce qui est du niveau d’instruction du chef de ménage, le constat est que plus le chef de ménage a un niveau élevé, moins le ménage court le risque d’être pauvre. La taille du ménage joue aussi un rôle important dans l’analyse du niveau de vie du ménage. Les résultats issus de l’EMICoV nous montrent que l’incidence de la pauvreté monétaire affecte plus les ménages de grande taille (quatre personnes et plus) que ceux de petite taille (trois personnes au plus), ce qui n’est pas le cas pour la pauvreté non monétaire.

Certaines variables comme le type d’emploi ou la branche d’activité et la situation matrimoniale du chef de ménage apparaissent comme facteurs déterminants de la pauvreté. Les résultats issus de l’EMICoV nous révèlent que la branche d’activité agricole contribue plus à la pauvreté au Bénin. D’après une étude réalisée par Dembélé, Gacko et Traoré (2014) au Mali, on constate que la pauvreté monétaire touche plus les ménages dirigés par des chefs de ménage mariés, alors que celle non monétaire touche plus les ménages dirigés par des veufs ou des divorcés.

En somme, nous pouvons dire que le milieu de résidence, les caractéristiques du chef de ménage (sexe, niveau d’instruction, taille du ménage, situation matrimoniale et branche d’activité) ont chacune une influence sur la pauvreté. Il est alors important de les prendre en compte dans l’analyse de la pauvreté non monétaire dans la commune de Tchaourou.

2. Données et méthodologie

2.1. Données

Les données utilisées sont issues de l’enquête « Activités économiques, partage des ressources et santé de la reproduction au sein des foyers de l’arrondissement central de Tchaourou » réalisée par l’École Nationale de Statistique, de Planification et de Démographie (ENSPD).

L’échantillon de cette enquête est constitué en utilisant la méthode du sondage aléatoire stratifié. Ainsi, la taille de l’échantillon est de 2 270 foyers répartis comme suit : 69,25 % de foyers dirigés par les hommes contre 31,75 % de foyers dirigés par les femmes.

Les variables utilisées pour la construction de l’indice composite de pauvreté (ICP) sont celles relative à l’alphabétisation, l’approvisionnement en eau. le mode d’éclairage, la nature des toilettes, les éléments de confort et les moyens de communication.

2.2. Méthodologie

L’approche non monétaire basée sur les besoins fondamentaux de la vie est celle utilisée dans le cadre de ce travail. Les principaux domaines pris en compte sont : l’éducation, l’hygiène, l’assainissement, l’eau potable, l’accès à l’énergie, la communication, la possession des biens d’équipement. Nous utiliserons une technique permettant d’agréger les différentes dimensions de la pauvreté non monétaire, afin d’avoir une vue globale des différents indicateurs. La méthode de classification hiérarchique a permis la création de la variable qui capte le statut de pauvreté (voir la méthodologie de construction de l’indice et du calcul du seuil de l’indice en annexe).

2.2.1. Méthodologie d’analyse des données

Pour connaître les facteurs explicatifs de la pauvreté non monétaire, nous avons utilisé à la fois l’approche descriptive et l’approche explicative. Compte tenu de la nature de la variable dépendante et de l’objectif de l’étude, nous avons estimé un modèle logistique. Dans le cas de notre étude, la variable à expliquer est le statut de pauvreté qui a deux modalités (pauvre et non pauvre).

En plus de l’analyse des erreurs types et du pseudo R2, le diagnostic du modèle a consisté à identifier et éliminer les outliers sévères après calcul des résidus de Pearson, les leverages, les résidus standardisés de Pearson, la distance de Cook et les dbetas. Après une première estimation, on a procédé à une seconde après élimination de 87 observations.

3. Résultats

Dans cette partie, nous allons d’abord fournir quelques éléments de statistique descriptive, et ensuite présenter les résultats des estimations.

3.1. Analyse descriptive

Le tableau 1 suivant montre les indices de pauvreté par milieu de résidence, par sexe et par branche d’activité.

Tableau 1 : Les indices de pauvreté par milieu de résidence, par sexe du chef de foyer et par branche d’activité du chef de foyer.

Incidence de la pauvreté (%) Profondeur de la pauvreté Sévérité de la pauvreté
Milieu de résidence
Rural 69,57 1,53 5,90
Semi-rural 49,23 2,52 10,57
Sexe du chef de foyer
Féminin 71,63 2,6 10,95
Masculin 51,02 1,55 5,68
Branche d’activité
Agriculture, Élevage et Pêche 73,85 2,6 10,34
Commerce et restauration 60,53 1,99 7,77
Artisans 53,37 1,53 5,7
Transport 46,39 1,26 4,09
Autres activités 28,32 0,743 2,51
Sans activité 69,92 2,44 10,07
Ensemble 57,36 1,87 7,3

Source : Nos calculs à partir des données de l’enquête ENSPD 2016.

 

L’analyse de ce tableau nous révèle que les foyers vivant en milieu rural sont plus touchés par la pauvreté que ceux vivant en milieu semi-rural avec une incidence de 69,57 % contre 49,23 %. Le contraire est observé en ce qui concerne la profondeur de la pauvreté et la sévérité de la pauvreté.

Par ailleurs, comparé aux hommes, la population des foyers dirigés par les femmes enregistre une incidence de la pauvreté plus élevée, soit 71,63 % contre 51,02 % chez les hommes. Il en est de même pour la profondeur et la sévérité de la pauvreté. En ce qui concerne les autres mesures de la pauvreté, le même constat se fait.

Les différents indicateurs de pauvreté varient selon la branche d’activité. Par exemple, l’incidence est de 73,85 % pour la branche d’activité agricole, de 69,92 % pour les foyers dont le chef n’exerce aucune activité et de 28,32 % pour la branche autres activités (enseignement, médecine et domaines connexes, forces armées, administration, etc.). Le groupe de foyers qui enregistre le plus fort taux de pauvreté est celui dont les chefs de foyer exercent une activité agricole ou sont sans activité.

 

Tableau 2 : Les indices de pauvreté par niveau d’instruction du chef de foyer, par taille du foyer et par situation matrimoniale du chef de foyer.

Incidence de la profondeur (%) Profondeur de la pauvreté Sévérité de la pauvreté
Niveau d’instruction
Aucun 72,05 2,6 10,78
Primaire 60,32 1,69 5,93
Secondaire 44,92 1,32 4,67
Supérieur 18,92 0,474 1,59
Taille du foyer
Moins de 4 personnes 64,03 2,21 9,11
4 à 5 personnes 54,37 1,71 6,38
6 à 9 personnes 52,78 1,58 5,73
10 personnes et plus 54,55 1,66 5,95
Situation matrimoniale
Célibataire 70 2,38 9,99
Marié 55,41 1,76 6,72
Divorcé/séparé 85,29 3,18 13,56
Veuf 81,33 2,99 13,03
Ensemble 57,36 1,87 7,3

Source : Nos calculs à partir des données de l’enquête ENSPD 2016.

 

Selon la plupart des auteurs, l’éducation est l’un des facteurs clé dans l’analyse de la pauvreté (Sylla, Gbongue et Kouadio, 2005; Ambapour, 2006; INSAE, 2012). Ainsi, à Tchaourou comme le montre le tableau 2, la pauvreté non monétaire touche 72,05 % des foyers dont le chef n’a aucun niveau d’instruction contre seulement 18,92 % des foyers dont le chef a fait des études supérieures. Les foyers dirigés par des chefs ayant un niveau primaire ou secondaire sont en proportion intermédiaire (60,32 % et 44,92 %). On peut donc constater que les foyers dirigés par les chefs n’ayant aucun niveau d’instruction sont les plus affectés par la pauvreté.

Quant à la taille du foyer, les résultats du tableau 2 révèlent que les foyers de moins de quatre personnes sont ceux qui sont les plus touchés par la pauvreté (64,03 % d’incidence), viennent ensuite les foyers de plus de quatre personnes. Les résultats des tests du tableau 5 en annexe suggèrent néanmoins qu’à partir de quatre personnes, la taille du foyer n’affecte plus le niveau de pauvreté.

En ce qui concerne la situation matrimoniale, les chefs divorcés ou séparés sont plus touchés par la pauvreté que ceux dont les chefs sont mariés (85,29 % contre 55,41 % d’incidence). Probablement lorsque le chef de foyer est marié, il est plus intéressé par certains besoins élémentaires de la vie que lorsqu’il est divorcé ou séparé. En effet, lorsqu’on croise les variables sexe et situation matrimoniale, on constate que les chefs divorcés ou séparés sont pour la plupart des femmes (95,6 %) qui sont souvent plus intéressées par la satisfaction des besoins élémentaires de leur progéniture. Elles n’ont donc plus les moyens de se tourner vers les besoins qui entrent principalement dans l’analyse de la pauvreté non monétaire.

Ces résultats obtenus au niveau de l’incidence de la pauvreté sont similaires à ceux de la profondeur et de la sévérité de pauvreté. Tout ceci est confirmé par les tests statistiques présentés en annexe dans les tableaux 4 et 5.

3.2. Résultats de la régression logistique

Le tableau 3 donne les résultats de l’estimation du modèle logistique. Globalement, ces résultats renforcent ceux de l’analyse descriptive.

En effet, les foyers vivant en milieu rural courent plus de risque d’être pauvres que ceux vivant en milieu semi-rural. L’examen des odds ratios nous permet de dire que les foyers vivant en milieu rural courent 2,43 fois plus de risque d’être pauvres que ceux vivant en milieu semi-rural. De façon plus spécifique, lorsqu’on passe des foyers vivant en milieu semi-rural aux foyers vivant en milieu rural, la probabilité d’être pauvre augmente de 0,2 (effet marginal).

Tableau 3 : Résultats de l’estimation du modèle logistique

Variables

Explicatives

Coefficients Odds ratios Effets marginaux
Milieu de résidence du chef de foyer (Réf = Semi-rural)
Rural 0,888*** 2,43 0,2
(0,1069) (0,2598) (0,2316)
Sexe du chef de foyer (Réf = Masculin)
Féminin 0,51*** 1,67 0,12
(0,1378) (0,2304) (0,3066)
Niveau d’instruction du chef de foyer (Réf = Aucun)
Primaire -0,47*** 0,62 -0,11
(0,1358) (0,0849) (0,0333)
Secondaire -1,11*** 0,33 -0,27
(0,123) (0,4076) (0,0288)
Supérieur -2,11*** 0,12 -0,47
(0,286) (0,346) (0,0436)
Taille du foyer (Réf = Moins de 4 personnes)
4 à 5 personnes -0,205* 0,81 -0,049
(0,123) (0,1003) (0,0293)
6 à 9 personnes -0,62*** 0,54 -0,15
(0,1575) (0,0851) (0,0388)
10 personnes et -0,37 0,69 -0,09
(0,3466) (0,2392) (0,0863)
Situation matrimoniale du chef de foyer (Réf = Célibataire)
Marié -0,13 0,87 0,03
(0,4342) (0,379) (0,0999)
Divorcé/Séparé 1,98** 7,28 0,31
(0,7348) (5,3532) (0,0587)
Veuf (ve) 0,92 2,49 0,19
(0,56) (1,3983) (0,0930)
Branche d’activité du chef de foyer (Réf = Agriculture, Élevage et Pêche)
Commerce et restauration -1,33*** 0,26 -0,32
(0,1704) (0,4489) (0,0387)
Artisans -1,33*** 0,26 -0,32
(0,1821) (0,4796) (0,0410)
Transport -1,38*** 0,25 -0,33
(0,2151) (0,5437) (0,0463)
Autres activités -2,06*** 0,13 -0,47
(0,2049) (0,2604) (0,0362)
Sans activité -0,8 0,45 -0,2
(0,209) (0,9369) (0,0511)
Constante 1,93*** (6,91)
(0,4709) (3,2519)
Nombre d’observations 2183 2183 2183
Pseudo R2 0,2079

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Nos calculs à partir des données de l’enquête ENSPD 2016.

(***) Significatif à 1 %, (**) Significatif à (5 %), (*) Significatif à 10 %, (.) Erreur standard

 

En ce qui concerne le sexe du chef de foyer, le constat est que les foyers dirigés par les femmes courent plus de risques d’être pauvres que ceux dirigés par les hommes. En effet, les foyers dirigés par les femmes courent 1,67 fois plus de risques d’être pauvres que ceux dirigés par les hommes (odds ratios). Pour ce qui est des effets marginaux, lorsqu’on passe des foyers dirigés par un homme aux foyers dirigés par une femme, la probabilité d’être pauvre augmente de 0,12.

Quant au niveau d’instruction du chef de foyer, on constate que les foyers dont le chef n’a aucun niveau d’instruction courent plus de risques d’être pauvres que ceux dont le chef a un niveau primaire, secondaire ou supérieur. En utilisant les odds ratios, on constate que les foyers dirigés par un chef ayant un niveau primaire ont 1,61 fois moins de chance d’être pauvres que ceux n’ayant aucun niveau (inverse de l’odds ratios). Quant aux foyers dirigés par un chef ayant un niveau secondaire, ils ont 3 fois moins de chance d’être pauvres que ceux n’ayant aucun niveau. Les foyers dirigés par un chef ayant un niveau supérieur ont 8,33 fois moins de chance d’être pauvres que ceux n’ayant aucun niveau. Lorsqu’on passe des foyers dirigés par un chef n’ayant aucun niveau d’instruction aux foyers dirigés par un chef ayant un niveau primaire, secondaire ou supérieur, la probabilité d’être pauvre diminue respectivement de 0,11; 0,27 et 0,47 (effets marginaux).

Les résultats révèlent aussi que pour ce qui est de la taille du foyer, les foyers de moins de quatre personnes courent plus de risques d’être pauvres que ceux de quatre à six personnes (au seuil de 10 %) et ceux de six à neuf personnes (au seuil de 1 %). Les odds ratios et les effets marginaux confirment ce résultat.

Les résultats de l’estimation nous montrent que les foyers dont le chef est divorcé ou séparé courent plus de risques d’être pauvres que les foyers dont le chef est célibataire (au seuil de 10 %). Les foyers dirigés par un chef divorcé ou séparé courent 7,28 fois plus de risques d’être pauvres que ceux dirigés par un chef célibataire (odds ratios).

La branche d’activité du chef de foyer est aussi un des facteurs expliquant la pauvreté à Tchaourou car toutes les modalités de cette variable sont significatives au seuil de 1 %. Les odds ratios de toutes les modalités étant inférieurs à 1, les chefs n’exerçant pas une activité agricole courent plus de risque d’être pauvres que ceux exerçant une activité agricole. Par exemple, les chefs de foyer qui exercent dans le commerce ont 4 fois moins de chance d’être pauvres que ceux exerçant une activité agricole. Il en est de même pour ceux qui exercent dans le transport.

De l’analyse descriptive et de l’analyse explicative, nous pouvons conclure que les facteurs expliquant la pauvreté non monétaire à Tchaourou sont, entre autres, le milieu de résidence, le sexe du chef de foyer, le niveau d’instruction du chef de foyer, la taille du foyer, la situation matrimoniale du chef de foyer et la branche d’activité du chef de foyer. Ces résultats obtenus à Tchaourou sont similaires à ceux obtenus au Bénin, d’après les travaux de l’EMICoV (2011) et au Mali, d’après les études de Dembélé, Gacko et Traoré (2014).

 

Conclusion

Etant donné que l’approche monétaire ne suffit pas toujours pour rendre compte des multiples dimensions de la pauvreté, nous avons utilisé une approche multidimensionnelle permettant d’identifier les pauvres, afin de mieux appréhender leurs conditions de vie et de réfléchir aux éventuelles stratégies de lutte contre la pauvreté à Tchaourou.

Appliquée au cas de Tchaourou, la pauvreté multidimensionnelle, encore appelée pauvreté non monétaire, se base sur la construction d’un indice composite de pauvreté (ICP) grâce à une analyse des correspondances multiples qui prend en compte les dimensions éducation, eau potable, énergie, assainissement, communication et élément de confort. La construction de cet indice permet de calculer différents indices de pauvreté dont l’incidence de la pauvreté, la profondeur de la pauvreté et la sévérité de la pauvreté. L’incidence de la pauvreté, obtenue à partir de la méthode de classification hiérarchique ascendante binaire, a montré que sur 100 foyers enquêtés à Tchaourou, environ 57 étaient pauvres. En ce qui concerne la profondeur et la sévérité de la pauvreté, elles sont respectivement de 1,87 et 7,3. Les résultats de l’étude nous montrent que les foyers en milieu rural sont plus touchés par la pauvreté que ceux en milieu semi-rural.

L’examen des caractéristiques des chefs de foyer ont montré que le sexe du chef de foyer, son niveau d’instruction, la taille de son foyer, sa situation matrimoniale et sa branche d’activité avaient chacun une influence sur la pauvreté. Aussi, les foyers dirigés par les femmes sont plus touchés par la pauvreté que ceux dirigés par les hommes. Cette réalité pourrait certainement s’expliquer par le fait que lorsque les femmes sont à la tête du foyer, leurs dépenses sont dédiées en priorité à l’alimentation, plus qu’à l’acquisition de biens. Le gouvernement et les autorités communales pourraient donc encourager les initiatives économiques féminines. De plus, ils pourraient accorder des crédits aux femmes dans le but de leur permettre de réaliser leurs projets en vue d’améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs enfants.

Pour ce qui est du niveau d’instruction du chef de foyer, le constat est que les chefs de foyer n’ayant aucun niveau d’instruction sont plus touchés par la pauvreté. La taille du foyer a aussi une influence sur la pauvreté. On constate que les foyers de petite taille sont plus touchés par la pauvreté que ceux de grande taille. Compte tenu de notre milieu d’étude, Tchaourou qui est une zone rurale, nous pouvons dire que lorsque les chefs de foyer n’ont aucun niveau d’instruction, ils s’attachent moins aux éléments de confort et d’équipement du foyer. Le résultat obtenu par rapport à la taille du foyer pourrait s’expliquer par le fait que parmi les foyers pauvres de notre population d’étude, les foyers de petite taille sont davantage dirigés par des femmes (à raison de 63,79 %) que par des hommes (36,31 %).

Quant à la situation matrimoniale du chef de foyer, les chefs de foyer divorcés ou séparés sont davantage touchés par la pauvreté que les chefs de foyer célibataires, marié-e-s ou veufs-ves. Cela pourrait s’expliquer par le fait que lorsque le foyer est dirigé par une seule personne, les dépenses de tout le foyer sont à la charge de cette dernière et il est alors préférable qu’elle consacre en priorité son maigre budget à l’alimentation et à ses enfants que de penser à acquérir des biens d’équipement. Aussi dans le cas de notre étude, parmi les chefs de foyer divorcés ou séparés (3 %) enquêtés, 96,55 %, soit presque la totalité de ces foyers, sont dirigés par des femmes.

Enfin, en ce qui concerne la branche d’activité du chef de foyer, on constate que les foyers dirigés par un chef exerçant une activité agricole (agriculture, élevage ou pêche) sont plus touchés par la pauvreté. Pourquoi la branche d’activité agricole contribue-t-elle plus à la pauvreté? Peut-être à cause de l’importance accordée à cette branche et de sa réalisation à petite échelle. Si les agriculteurs sont les plus pauvres, c’est parce qu’ils sont pour la plupart en milieu rural et donc accordent peu d’importance aux biens de consommation, si ce n’est de pouvoir bien manger. Il faudra alors que les autorités commencent à mettre en œuvre des politiques permettant l’amélioration des conditions de vie précaires des agriculteurs du Bénin et surtout de Tchaourou.

Références bibliographiques

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Sen, A. (1997). On Economic Inequality, Oxford : Clarendon Press, in Essama Nssah B. (2000). Inégalité, Pauvreté et Bien-être Social, De Boeck Université, Bruxelles.

 

ANNEXE

I- Méthodologie de construction de l’Indice Composite de Pauvreté

L’approche non monétaire basée sur les besoins fondamentaux de la vie est celle utilisée dans le cadre de ce travail. Les principaux domaines pris en compte dans le cadre de ce travail sont: l’éducation, l’hygiène, l’assainissement, l’eau potable, l’accès à l’énergie, la communication, la possession des biens d’équipements. Nous utiliserons une technique permettant d’agréger les différentes dimensions de la pauvreté non monétaire afin d’avoir une vue globale des différents indicateurs. Plusieurs approches permettent de calculer l’indice composite de pauvreté. Au nombre de ceux-ci on peut citer l’approche d’entropie et l’approche d’inertie

L’approche d’entropie est exploitée dans la théorie statistique de l’information. C’est une approche paramétrique issue de la mécanique dynamique. E. Massoumi (1999) s’est basé sur cette théorie pour proposer un Indicateur Composite Optimal qui minimise une somme pondérée de divergences deux à deux» (Ezzrari, 2011). La forme statistique de cet indicateur est la suivante

avec γ≠0,-1; Iik : valeur de l’indicateur Ik pour l’individu i de la population ; δk sont les poids arbitraires sur les composantes de divergentes relatives aux indicateurs Ik; ∑δk=1.

Les principales limites de cette approche résident dans le choix des paramètres et des pondérations arbitraires utilisées dans la forme fonctionnelle de l’indicateur composite.

Quant à l’approche d’inertie, «elle tire son origine du champ de la mécanique statique. Elle est principalement basée sur les techniques d’analyses multidimensionnelles, appelées aussi analyses factorielles. Meulman (1992) a établi une méthodologie complète de l’application des analyses multidimensionnelles. Parmi les principales techniques d’analyses factorielles utilisées, on peut citer: l’Analyse en Composantes Principales (ACP) et l’Analyse des Correspondances Multiples (ACM)» Ezzrari (2011).

En se basant sur les différentes techniques, l’approche d’inertie propose une méthodologie permettant de construire un indicateur composite de niveau de vie. Cette approche permet également de faire un choix optimal dans la détermination des dimensions de la pauvreté et évite la redondance de l’information. L’indicateur composite de niveau de vie est mesuré pour chaque unité de la population et permet d’aboutir à l’indice composite de pauvreté. L’indice composite de pauvreté est une agrégation des indicateurs composite de niveau de vie.

Dans la revue sur l’indice composite de pauvreté, Chavravaty, Mukherjee et Ranade (1997) ont développé une approche intéressante. Pour eux, la détermination de cet indice passe par deux étapes. Une première étape qui consiste à faire une agrégation des différents indicateurs de niveau de vie pour chaque unité de la population et une deuxième étape qui est une agrégation sur l’ensemble de la population de l’indicateur composite obtenu pour donner une mesure générale de la pauvreté qui est l’Indice Composite de Pauvreté.

I-1   Construction de l’indice

Dans ce travail, l’approche d’inertie est utilisée pour élaborer un indicateur de pauvreté non monétaire appelé Indice Composite de Pauvreté (ICP) ou encore indice de niveau de vie. Cette approche utilise les techniques d’analyse factorielle, comme l’Analyse en Composantes Principales (ACP), l’Analyse des Correspondances Multiples (ACM), etc. L’avantage de cette approche d’inertie est qu’elle permet de réduire l’arbitraire dans la structure des pondérations ou des seuils de pauvreté fixés pour chaque item (Asselin 2002). Aussi, pour Asselin (2002), cette approche évite la redondance dans le choix des dimensions pertinentes de la pauvreté. La formule de l’ICP de Asselin sera privilégiée pour déterminer l’indicateur sur le premier axe factoriel. Il convient alors de transformer toutes les modalités des variables entrant dans l’analyse en indicateurs binaires codés en 0 ou 1.

Soit les notations suivantes :

Q le nombre total de variables

Jq est l’ensemble des modalités de l’indicateur q;

est le poids accordé à la modalité j, j appartient à Jq et déterminé de façon non arbitraire par l’analyse des correspondances multiples;

une variable prenant la valeur 1 lorsque le ménage i a adopté la modalité j, 0 sinon.

Si l’on considère que les ménages sont indicés par i et ICPi la valeur de l’ICP pour le ménage i. La forme fonctionnelle de l’ICPi est donnée par la formule suivante :

 

 

Cet indicateur apparaît pour un ménage i comme une moyenne des poids des variables . Le poids à attribuer à chaque composante de l’indice est le score (coordonnées factorielles sur le premier axe) normalisé (score/√α1) avec α1 la valeur propre de l’axe 1) de la modalité xj obtenu après application d’une analyse des correspondances multiples. Les étapes de la construction de l’indice sont:

1re étape: Réalisation d’une première ACM

La première analyse des correspondances multiples (ACM) est réalisée sur un ensemble de variables disponibles et pertinentes caractérisant les conditions de vie des foyers. Le premier axe factoriel de cette ACM permet de mettre en exergue le phénomène de la pauvreté et certaines variables d’analyse de l’indicateur composite.

2e étape: Réalisation de l’ACM finale

Cette dernière analyse des correspondances multiples (ACM) est réalisée dans le but d’améliorer le pouvoir explicatif du premier axe factoriel. Suivant un certain nombre de critères, on réduit le nombre de variables issues de la première ACM. Le critère principal est celui de la Consistance Ordinale sur le Premier Axe (COPA). Ce critère consiste pour un indicateur partiel à voir sa structure ordinale de bien-être respectée par la structure ordinale des coordonnées de ses modalités sur le premier axe factoriel.

3e étape: Calcul de l’ICP

À partir de cette dernière ACM, on construit l’indicateur composite de pauvreté à base de la formule donnée précédemment.

I-2   Détermination du seuil de l’ICP

Plusieurs méthodes existent pour déterminer le seuil de l’ICP. Dans ce travail, la méthode de classification hiérarchique sera utilisée. On réalise une classification hiérarchique ascendante parce qu’elle permet de partir des individus pour former de petites classes ne comprenant que des individus très semblables entre eux; puis, à partir de ces petites classes, elle construit des classes de plus en plus grandes. Les classes ainsi formées sont emboîtées les unes dans les autres; la plus grande classe est l’ensemble de tous les individus; cette classe supérieure est divisée en deux classes, dont chacune est divisée en deux classes, et ainsi de suite jusqu’aux plus petites classes qui sont les individus eux-mêmes. Le seuil de l’ICP sera déterminé à partir de la formule suivante :

Où:
est la valeur maximale de l’ICP dans la classe pauvre ;

est la valeur minimale de l’ICP dans la classe non pauvre;

mp est le poids de la classe pauvre;

mr est le poids de la classe non pauvre.

La détermination du seuil de l’ICP permettra de calculer les indices de pauvreté standard de Foster-Greer-Thorbecke que sont: l’incidence de la pauvreté, la sévérité de la pauvreté et la profondeur de la pauvreté.

La forme générale de cet indice est:

avec

q : nombre de pauvres dans la population

n : taille de la population

z : le seuil de l’ICP

α :le degré d’aversion pour la pauvreté (est un nombre entier supérieur ou égal à 0)

yi : l’ICP

  • Si α=0, on a: FGT0=H=q/n

FGT0 correspond à l’indice H appelé incidence de la pauvreté. L’incidence de la pauvreté correspond à la proportion des pauvres dans la population totale. Cet indice est le plus sollicité par les chercheurs à cause de sa simplicité à être mis en œuvre. Cependant, cet indice présente quelques limites du fait qu’il ne prend pas en compte les écarts individuels.

  • Si α=1, on a:

L’indice FGT2 est appelé profondeur de la pauvreté. Il mesure l’écart entre l’incidence de pauvreté est le seuil de l’ICP.

  • Si α=2, on a:

L’indice FGT2 est appelé sévérité de la pauvreté. Cet indice mesure l’écart au carré de l’indicateur de bien-être et le seuil de l’ICP.

II- Résultats des tests d’hypothèse

Tableau 4: Résultats du test par milieu de résidence, par sexe et par branche d’activité

Hypothèse nulle Incidence de la profondeur (%) Profondeur de la pauvreté Sévérité de la pauvreté
Milieu de résidence
semi-rural – Rural=0 0,2034[1] 0,9518 4,299
0,20767[2] 0,8039 0,3827
0,000[3] 0,000 0,000
Sexe du chef de foyer
Féminin-Masculin=0 0,2062 1,0332 5,1836
0,2208 0,8522 0,4029
0,000 0,000 0,000
Branche d’activité
Commerce et restauration-Agriculture Elevage et          Pêche=0 -0,1333 -0,6125 -2,5729
0,28544 0,1106 0,5293
0,000 0,000 0,000
Artisans-Agriculture Elevage et Pêche=0 -0,2049 -1,0667 -4,643
0,3341 0,129 0,6195
0,000 0,000 0,000
Transport-Agriculture Elevage et Pêche=0 -0,2747 -1,337 -6,24716
0,4284 0,166 0,7944
0,000 0,000 0,000
Autres activités – Agriculture Elevage et Pêche=0 -0,4554 -1,857 -7,8309
0,3388 0,1312 0,628
0,000 0,000 0,000
Sans activité – Agriculture Elevage et Pêche=0 -0,3931 -0,1576 -2,7183
0,3645 0,1412 0,676
0,281 0,265 0,688
Artisans – Agriculture Elevage et Pêche=0 -0,7155 -0,4543 -2,0699
0,3091 0,11977 0,5732
0,021 0,000 0,000
Transport – Commerce et restauration=0 -0,1414 -0,7241 -3,6743
0,0409 0,1586 0,7587
0,001 0,000 0,000
Autres activités – Commerce et restauration=0 -0,32207 1,2445 -5,2581
0,31418 0,1217 0,5826
0,000 0,000 0,000
Sans activité – Commerce et restauration=0 0,09398 0,45488 2,3011
0,3418 0,13243 0,6338
0,006 0,001 0,000
Transport – Artisans=0 -0,6985 -0,2974 -1,6044
0,0446 0,1722 0,8244
0,116 0,117 0,052
Autres activités – Artisans=0 -0,2505 -0,7901 -3,1882
0,359 0,1391 -4,79
0,000 0,000 0,000
Sans activité – Artisans=0 0,1655 0,9092 4,3709
0,3834 0,1485 0,7109
0,000 0,000 0,000
Autres activités – Transport=0 -0,18067 -0,5204 -1,5837
0,04481 0,1736 0,8307
0,000 0,003 0,057
Sans activité – Transport=0 0,2354 1,179 5,975
0,04679 0,1813 0,8676
0,000 0,000 0,000
Sans activité – Autres activités=0 0,41606 1,6994 7,5591
0,3975 0,15012 0,71851
0,000 0,000 0,000

Source: Nos calculs à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

Tableau 5: Résultats du test par niveau d’instruction, par taille du foyer et par situation matrimoniale.

Hypothèse nulle Incidence de la profondeur (%) Profondeur de la pauvreté Sévérité de la pauvreté
Niveau d’instruction
Primaire – Aucun=0 -0,117[4] -0,9096 -4,84154
0,0264[5] 0,1019 0,4852
0,000[6] 0,000 0,000
Secondaire – Aucun=0 -0,2713 -1,2799 -6,1025
0,0234 0,0904 0,4304
0,000 0,000 0,000
Supérieur – Aucun=0 -0,5313 -2,1255 -9,187
0,0417 0,161 0,7665
0,000 0,000 0,000
Secondaire – Primaire=0 -0,1541 -0,3702 -1,261
0,02752 0,1062 0,505
0,000 0,000 0,013
Supérieur – Primaire=0 -0,414 -1,2159 -4,346
0,0442 0,1703 0,811
0,000 0,000 0,000
Supérieur – Secondaire=0 -0,2599 -0,8456 -3,085
0,0424 0,1637 0,7794
0,000 0,000 0,000
Taille du foyer
4 à 5 personnes – Moins de 4 personnes=0 -0,0965 -0,51399 -2,731
0,0234 0,0913 0,4322
0,000 0,000 0,000
6 à 9 personnes – Moins de 4 personnes=0 -11,25 -0,6403 -3,3789
0,03 0,1167 0,5525
0,000 0,000 0,000
10 personnes et plus – Moins de 4 personnes=0 -0,0948 -0,553 -3,1605
0,0687 0,2674 1,2663
0,168 0,039 0,013
6 à 9 personnes – 4 à 5 personnes=0 -0,1598 -0,1263 -0,6472
0,2864 0,1114 0,5275
0,577 0,257 0,22
10 personnes et plus – 4 à 5 personnes=0 0,0018 -0,039 -0,4289
0,0682 0,2651 1,2556
0,979 0,883 0,733
10 personnes et plus – 6 à 9 personnes=0 0,0177 0,0873 0,2183
0,0707 0,2749 1,3019
0,802 0,751 0,867
Situation matrimoniale
Marié – Célibataire=0 -0,1459 -0,6167 -3,2796
0,0901 0,3505 1,6614
0,106 0,079 0,048
Divorcé/séparé – Célibataire=0 0,1529 0,808 3,5638
0,1074 0,4178 1,9803
0,155 0,053 0,072
Veuf – Célibataire=0 0,1133 0,6139 3,0329
0,1059 0,4118 1,9518
0,285 0,136 0,12
Divorcé/séparé – Marié=0 0,2988 1,4248 6,843
0,0604 0,2348 1,11
0,000 0,000 0,000
Veuf – Marié=0 0,2592 1,2307 6,3126
0,0576 0,224 1,0617
0,000 0,000 0,000
Veuf – Divorcé/séparé=0 -0,3961 -0,1941 -0,5308
0,08207 0,3192 1,5129
0,629 0,543 0,726

Source: Nos calculs à partir des données de l’enquête ENSPD 2016


  1. Différence des indicateurs entre modalités
  2. Erreur standard
  3. P-value
  4. Différence des indicateurs entre modalités
  5. Erreur standard
  6. P-value

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