1 État et besoins socioéconomiques de la population de Tchaourou

Isséré Atcha, Bruno Sossa et Mouftaou Amadou Sanni

Résu

La plupart des politiques et programmes de développement sont élaborés pour répondre aux besoins des populations. Ces besoins naissent de l’analyse de l’état de la population qui intéresse aussi bien les décideurs à divers niveaux que les planificateurs. Elle permet de dégager le poids relatif des composantes de la population selon le sexe et selon l’âge. À cet effet, cet article décrit la structure par sexe et par âge ainsi que la fécondité et la natalité dans l’arrondissement de Tchaourou. Les besoins socioéconomiques sont, en outre, abordés pour une élaboration conséquente des politiques et programmes de développement.

 

Mots clés : État de population, besoins socioéconomiques, arrondissement de Tchaourou

 

Introduction

 

La population est au cœur des politiques et stratégies de développement de tout pays. Les comportements démographiques changent, les modes d’organisation sociétale se modifient ainsi que les modes de production et les modes de pensée (Loriaux, 1991, p. 25). C’est pour cela qu’en 1964, une Commission de population fut créée au sein des Nations Unies, soutenue par la Banque mondiale (1960-1970) ayant pour objet principal d’analyser la taille et la structure des populations, les taux de croissance démographique et les interactions entre les facteurs démographiques et économiques. Cela a favorisé les conférences internationales sur la population de Bucarest (1974), de Mexico (1984) et du Caire (1994) qui ont respectivement démontré son intérêt dans le processus de développement durable. La présente étude est une illustration de cette importance de la population et de sa structure pour l’estimation des besoins socioéconomiques de développement, notamment dans l’arrondissement de Tchaourou, département du Borgou, dans le nord du Bénin.

 

Après une présentation de la méthodologie de l’étude décrivant les sources de données utilisées et les méthodes d’analyse, nous aborderons non seulement l’état de la population de cet arrondissement à savoir sa taille et sa structure par sexe et par âge, mais aussi la fécondité comme phénomène important de la dynamique démographique, puis, enfin, nous examinerons les besoins socioéconomiques inhérents à la structure démographique décrite.

1. Données et méthodes

Les données utilisées dans cet article sont issues de l’enquête « Activités économiques, partage des ressources et santé de la reproduction au sein des ménages de l’arrondissement de Tchaourou » réalisée par l’École Nationale de Statistique, de Planification et de Démographie (ENSPD) de l’Université de Parakou (Bénin) du 20 juin au 5 juillet 2015. Elle fournit des données sur la composition des ménages, les activités et les revenus des membres du ménage, le partage des tâches domestiques et les méthodes de planification des naissances au sein du ménage. En outre, les caractéristiques de logement et la possession de bien d’équipement ont été enregistrées. Le volet individuel de cette enquête aborde des informations relatives aux caractéristiques sociodémographiques, à l’histoire matrimoniale, à la descendance, à la scolarisation des enfants, à la planification des naissances, à la formation et aux activités économiques. Le taux de sondage est de 35 %. Pour l’analyse de la fécondité, deux variables ont été créées : « Niveau d’instruction (instruite ou non instruite) » et « Secteur de résidence (Papanè, Tchaourou-Centre ou Guinirou) ».

 1.1. Méthodes d’analyse

Divers outils d’analyse démographique sont mis à profit, notamment la pyramide des âges, des indices d’analyse du calendrier démographique tels que les âges médians ou moyens de la population. Par ailleurs, les indices de rajeunissement et de vieillissement démographiques ont été utilisés ainsi que le rapport de masculinité. En outre, le remplacement démographique est examiné grâce à l’analyse de la fécondité et de la natalité à l’aide des taux bruts de natalité et du taux global de fécondité générale ainsi que les taux de fécondité par âge.

Une comparaison de ces indicateurs est faite selon le secteur de résidence avec la procédure de Marascuilo sous le logiciel Stata. Ce qui permet de voir, en prenant le taux de vieillissement démographique pour exemple, la manifestation d’une différence significative entre les secteurs de résidence et de postuler les hypothèses suivantes :

  • H0: il y a égalité entre les taux de vieillissement des secteurs de résidence.
  • H1: il y a une différence significative entre les taux de vieillissement.

Nous choisissons de fixer le risque d’erreur à 5 %. L’exécution de la commande « marsc var1 var2 » donne un tableau. On compare la p-valeur associée à chaque comparaison faite. Une p-valeur inférieure à 5 % sous-entend une différence significative entre les taux comparés.

2. État de la population

L’état de la population renvoie à deux éléments essentiels qui sont la dimension ou la taille et la composition de la population. Les données sur la structure par âge et par sexe sont déterminantes, puisqu’elles sont à la base du calcul des principaux indicateurs démographiques. Le but principal de cette partie est d’étudier la structure par âge et par sexe de la population.

2.1. Structure par sexe et par âge de la population

L’âge et le sexe sont les caractéristiques fondamentales d’une population. Chaque population a une composition différente par âge et par sexe (nombre d’hommes et de femmes de chaque tranche d’âge) et cette structure peut avoir des répercussions considérables sur son comportement démographique et socioéconomique (Haupt et al., 2004).

L’un des instruments illustrant au mieux la structure par âge et par sexe d’une population est la pyramide des âges. Elle est une représentation graphique de la composition d’une population par âge et par sexe. Les barres horizontales indiquent le nombre ou la proportion d’hommes ou de femmes dans chaque tranche d’âge. La somme de toutes les tranches d’âge d’une pyramide est égale à 100 % de la population.

 

Graphique 1 : Pyramide des âges de l’arrondissement de Tchaourou

 Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

 

L’observation de cette pyramide des âges de la population résidente de l’arrondissement de Tchaourou permet de dégager les informations suivantes :

  • Une population très jeune avec un âge médian estimé à 17 ans (17 ans pour les femmes contre 15 pour les hommes) et un indice de rajeunissement de 44,81 %. C’est une caractéristique des pays en développement comparativement aux pays développés qui ont des populations « vieillissantes ».
  • Une population un peu plus féminine. La population résidente est estimée à 44 343 habitants dont 51,49 % de femmes. Le rapport de masculinité indique, pour l’ensemble, 95,49 hommes pour 100 femmes sauf pour les groupes d’âges 10-14 ans et 40-44 ans où il est supérieur à 100.
  • Une population en croissance rapide. Chaque cohorte est plus importante que la cohorte qui la précède, ce qui donne au schéma une forme pyramidale. Cette structure par âge expansive est la conséquence de taux de natalité élevés. Par ailleurs, le rétrécissement rapide et accentué de la pyramide à partir de dix ans indique une faible espérance de vie chez les habitants de l’arrondissement central de Tchaourou.

L’analyse de la structure de la population montre que le la population de Guinirou est plus jeune comparativement aux autres : l’âge médian est de 14 ans à Guinirou tandis qu’à Tchaourou-centre et à Papanè, il est de 17 ans, la différence étant significative entre Tchaourou-centre et Papanè au seuil de 5 %.

2.2. Le vieillissement démographique

Le vieillissement démographique est une situation dans laquelle se trouve une société dont le pourcentage de personnes âgées dans la population croît. Il consiste en un accroissement de l’effectif des personnes âgées dans cette population. Le vieillissement concerne généralement la population âgée d’au moins l’espérance de vie à la naissance dans le pays ou dans la localité considérée.

 

La définition d’une personne âgée varie ainsi dans le temps et dans l’espace, selon les objectifs et les considérations particulières de chaque étude ou du chercheur. Mais, plus souvent dans les pays en développement, les personnes âgées sont celles, soit de 60 ans ou plus, soit de 65 ans ou plus (Amadou Sanni, 2011). Dans ce document, nous allons prendre en compte les individus âgés de 60 ans et plus.

 

Le vieillissement démographique peut être mesuré par le taux de vieillissement qui est le rapport des individus âgés de 60 ans et plus sur la population totale et exprimé en pourcentage.

 

Tableau n°1 : Répartition du taux de vieillissement selon le secteur de résidence

Localités Effectif des 60 ans et Effectif total Taux de vieillissement (%)
Guinirou 397 8 509 04,67
Tchaourou-centre 1 092 27 646 03,95
Papanè 340 8 189 04,15
Total 1 829 44 344 04,12

Source : Extrait du tableau 1 de l’annexe1

 

Dans le cas de l’arrondissement de Tchaourou, le taux de vieillissement de la population est encore faible (04,12 %), les disparités entre secteurs de résidence étant importantes entre Tchaourou-centre et Guinirou[1].

 

Bien que supérieur à celui de la commune de Tchaourou qui est estimé à 2,4 % (Recensement Général de la Population et de l’Habitat –RGPH– de 2012), il est le reflet du niveau de vieillissement au Bénin et en Afrique en général. En effet, l’Afrique est le moins vieux des continents. Selon les données de la Banque mondiale en 2010, 5,5 % de la population africaine est âgée de 60 ans et plus. Se préoccuper de la vieillesse et du vieillissement peut paraître donc prématuré. Toutefois, l’enjeu est actuel. Si les pays africains sont aujourd’hui des pays jeunes, les progrès en matière de survie et la forte baisse de la natalité entraîneront un vieillissement démographique sans égal. D’ici 2050, le nombre des personnes âgées de 60 ans et plus quadruplera en Afrique, constituant un défi social supplémentaire à relever pour ce continent. Pour le moment, la prise en charge des personnes âgées en Afrique repose en grande partie sur les solidarités privées (Golaz et al., 2012). Au Bénin, le nombre de personnes âgées ne cesse de s’accroître et la situation de ces personnes âgées est inquiétante, dans la mesure où elles sont démunies, oisives, isolées et dépressives. Leurs problèmes préoccupent peu les pouvoirs publics, la communauté ou les familles.

 

À l’avenir, les familles auront de plus en plus de mal à répondre convenablement aux besoins spécifiques des aînés, de plus en plus nombreux, si elles ne sont pas soutenues et relayées par des politiques publiques adaptées. La prise en charge des personnes âgées, l’amélioration de l’accès aux soins, le développement d’un système de protection sociale en adéquation avec les caractéristiques du marché du travail et la sensibilisation des autorités locales et nationales aux droits des personnes âgées sont tant d’actions à envisager dès aujourd’hui.

 3. Natalité et fécondité

La natalité et la fécondité sont appréhendées ici par les naissances des 12 derniers mois. Pour l’analyse, on aura recours aux indicateurs suivants : Le taux brut de natalité (TBN), le taux global de fécondité générale (TGFG) et le taux de fécondité par âge. Une comparaison sera faite par secteur de résidence.

 3.1. La natalité

La natalité est le poids numérique de l’ensemble des naissances vivantes survenues par rapport à la population totale d’une zone considérée à une période donnée. C’est la fréquence de survenance des naissances dans une population au cours d’une année[2]. Elle est calculée par le taux brut de natalité défini comme le rapport du nombre total des naissances vivantes à la population totale ramenée par convention à 1 000 habitants. Dans l’arrondissement de Tchaourou, ce rapport est de 56,44 naissances pour 1 000 habitants au moment de l’enquête. Ce taux dépasse celui de la commune de Tchaourou (36.71‰ selon le RGPH-4). L’arrondissement de Tchaourou est donc l’une des localités du Bénin où le niveau de la natalité reste encore élevé.

 

Le taux brut de natalité varie selon les secteurs de résidence. Il est respectivement de 47,10‰ à Papanè, de 53,53‰ à Tchaourou-centre et de 65,14‰ à Guinirou. Les variations entre secteurs de résidence ne sont pas statistiquement significatives dans les secteurs les plus proches (Guinirou-Tchaourou centre et Tchaourou centre-Papanè)[3]. Par contre, entre Papanè et Guinirou, la différence est importante. Cette variation dépend à la fois des différences de niveaux de fécondité et de structure de leurs populations respectives, le taux brut de natalité étant en effet très influencé par les structures par âge et par sexe de la population considérée.

3.2. La fécondité

La fécondité désigne la fréquence des naissances vivantes chez les femmes en âge de procréer.

L’analyse de la fécondité est une forme d’analyse spécifique de la natalité car elle implique uniquement la couche de la population qui est concernée par les naissances. Il existe plusieurs types d’analyses de la fécondité. Dans cet article, nous avons choisi d’étudier la fécondité dans l’arrondissement de Tchaourou de deux manières : la fécondité générale à travers le taux global de fécondité générale (TGFG) et la fécondité par âge à travers le taux de fécondité par âge (TFA).

3.2.1. Le taux global de fécondité générale

C’est le nombre de naissances vivantes pour 1 000 femmes en âge de procréer, c’est-à-dire âgées de 15 à 49 ans révolus conventionnellement. Il est obtenu en rapportant les naissances des 12 derniers mois à l’effectif des femmes en âge de procréer et s’exprime en pour 1 000 (‰).Dans l’arrondissement de Tchaourou, l’âge d’entrée en vie féconde des femmes est plus prématuré. À l’âge de 12 ans, des femmes font leur premier enfant. Compte tenu de cette réalité locale, l’entrée en vie féconde pour cette étude commence à 10 ans. C’est une mesure plus complexe que le taux brut de natalité car reliant étroitement les naissances à la tranche d’âge et de sexe exposé au risque d’avoir un enfant. Au cours de l’enquête, ce taux est de 178,17 naissances pour 1 000 femmes en âge de procréer.

 

Le TGFG varie selon les milieux de résidence et le niveau d’instruction. En effet, il est de 262‰ chez femmes non instruites et de150‰ chez les femmes instruites[4]. Il est plus élevé à Guinirou qu’à Tchaourou-centre et à Papanè (respectivement 263, 226 et 210 enfants pour 1 000 femmes en âge de procréer)[5].

 3.2.2. Le taux de fécondité par âge

Le taux de fécondité par âge indique le nombre de naissances vivantes pour 1 000 femmes en âge de procréer, c’est-à-dire âgées entre 10 et 49 ans révolus. Il est obtenu pour un groupe d’âge donné de femmes entre 10 et 49 ans, en rapportant les naissances vivantes des 12 derniers mois à l’effectif du même groupe d’âge.

 

 

 

 

 

 

Graphique 2 : Courbe de fécondité du moment de l’arrondissement de Tchaourou

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

 

La courbe de fécondité par âge de Tchaourou indique que le niveau de fécondité est précoce et connaît une croissance accélérée de 14 à 15 ans (160,53 naissances pour 1 000 femmes de cet âge). Elle atteint son pic à 25-29 ans (282,14 naissances pour 1 000 femmes). Puis il s’ensuit une décroissance accélérée de ce taux de fécondité. Le taux le plus bas est enregistré à partir de 45 ans (25,64‰). Les femmes entrent très tôt en vie féconde et en sortent très tardivement.

3.2.3. Le remplacement démographique

Un des indicateurs de mesure de la fécondité du moment est l’indice synthétique de fécondité (ISF) aussi appelé la somme des naissances vivantes ou descendance du moment. Il représente le nombre moyen d’enfants nés vivants qu’aurait mis au monde une femme arrivée à la fin de sa vie féconde, si elle subissait, à chaque âge, les taux de fécondité observés au cours des douze derniers mois. Il est obtenu en faisant la somme des taux de fécondité par groupe d’âge observés au cours des douze derniers mois multipliés par l’amplitude de ces groupes d’âge.

 

Dans l’arrondissement de Tchaourou, une femme en fin de vie féconde a en moyenne 5,62 naissances vivantes, si on admet qu’elle a observé durant toute sa vie de procréation les taux actuels de fécondité par âge dans l’arrondissement. L’ISF est de 6,11 à Guinirou, 5,51 à Tchaourou-centre et de 4,47 à Papanè. En général, la fécondité reste encore élevée dans l’arrondissement central de Tchaourou et peut être expliquée par la ruralité du milieu, le faible niveau d’instruction et les problèmes d’absence de limitation des naissances.

 

Le taux brut de reproduction (TBR) indique le nombre moyen de filles auxquelles une femme (ou un groupe de femmes) donnerait naissance durant son existence si elle vivait ses années de procréation en se conformant aux taux de fécondité par âge d’une année donnée en ne tenant pas compte de la mortalité. Pour assurer la reproduction dans le milieu, chaque femme durant sa période de fécondité donne naissance en moyenne à 2,74 filles.

 

Le taux net de reproduction (TNR) est le nombre moyen de filles auxquelles une femme (ou un groupe de femmes) donnerait naissance si pendant toute son existence elle se conformait aux taux de fécondité et de mortalité par âge d’une année donnée. Faute de données fiables sur la mortalité en général et les décès des femmes en particulier, cet indicateur ne sera pas présenté ici.

4. Les besoins socioéconomiques

De la structure de la population naissent des besoins socioéconomiques. Ces besoins fondent toute la planification du développement. En conséquence, la plupart des projets ou programmes de développement sont élaborés pour répondre aux besoins socioéconomiques des populations. Les tranches d’âge qui sont les cibles de ces projets de développement sont les suivantes : 0-4 ans (santé infanto-juvénile), 5-14 (scolarisation au primaire) et 15-59 ans (emploi et travail).

4.1. Santé des moins d’un an

Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, septembre 2016), les enfants les plus exposés sont les nouveaux nés. Près de 2,7 millions d’enfants meurent chaque année avant l’âge d’un mois et il y a un nombre équivalent d’enfants mort-nés. Au cours de ce premier mois de vie, près la moitié des décès surviennent pendant les premières 24 heures et 75 % pendant la première semaine. Les premières 48 heures qui suivent la naissance sont cruciales pour la survie du nouveau-né. C’est à ce moment que la mère et l’enfant doivent bénéficier d’un suivi attentif pour prévenir et traiter les maladies.

Cela est vrai pour la plupart des pays en développement. Si les tendances actuelles se poursuivent, près de la moitié des 69 millions d’enfants qui mourront entre 2016 et 2030 seront des nouveau-nés. La proportion des décès néonatals parmi les décès d’enfants de moins de cinq ans devrait passer de 45 % en 2015 à 52 % en 2030.

 

En outre, conformément à la cible prévue dans les objectifs de développement durable (ODD), 63 pays dont ceux de l’Afrique subsaharienne doivent progresser plus vite pour atteindre d’ici à 2030 un taux de mortalité de 12 pour 1 000 naissances vivantes.

Dans l’arrondissement de Tchaourou, on dénombre au moment de l’enquête 56,44 naissances pour 1 000 habitants avec des différences significatives. Ce taux est plus élevé à Guinirou (65,14‰). C’est dans ce secteur que doivent surtout se concentrer les actions de prévention de la santé infantile, sans oublier Tchaourou-centre et Papanè. En effet, avant la naissance, la mère peut améliorer les chances de survie et la santé de son enfant en allant aux consultations prénatales, en se faisant vacciner contre le tétanos et en évitant de fumer et de boire de l’alcool. Au moment de la naissance, les chances de survie de l’enfant augmentent sensiblement s’il a lieu en présence d’un accoucheur qualifié et dans un établissement de santé. Après la naissance, les soins sont essentiels pour le nouveau-né. Il s’agit notamment de (1) s’assurer que l’enfant respire; (2) commencer immédiatement l’allaitement exclusif au sein; (3) garder l’enfant au chaud; (4) se laver les mains avant de le toucher. Il est aussi très important de repérer et de soigner les maladies du nouveau-né, car elles peuvent s’aggraver et entraîner la mort très rapidement, si elles ne sont pas diagnostiquées ni traitées correctement. Les nourrissons malades doivent être vus immédiatement par un agent de santé qualifié. Bien évidemment, pour réussir toutes ces actions, l’une des mesures les plus importantes demeure la construction de zones sanitaires.

4.2. Santé des moins de cinq ans

À l’échelle mondiale, plus de 20 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour, la plupart de maladies évitables. Les quatre maladies les plus meurtrières chez les enfants âgés de moins de cinq ans sont la pneumonie (18 %), les maladies diarrhéiques (15 %), les complications de la prématurité (12 %) et l’asphyxie à la naissance (9 %)[6]. En Afrique au sud du Sahara, le paludisme demeure une cause principale de décès, causant environ 16 % des décès d’enfants de moins de cinq ans. Par ailleurs, la malnutrition est une cause sous-jacente pour plus d’un tiers des décès chez les moins de cinq ans.

 

Au Bénin et en particulier dans l’arrondissement de Tchaourou, les enfants de moins de cinq ans représentent une part importante (15,48 %) de la population totale. Il est de 18,50 % à Guinirou, 14,87 % à Tchaourou-centre et de 14,41 % à Papanè.

Pour assurer la santé de cette couche de la population et ainsi réduire la mortalité infantile en lien avec les objectifs du développement durable, une série d’actions doivent être menées par les pouvoirs publics. Elles se concentrent sur des interventions à faible coût et à forte incidence sur la santé infantile. Il s’agit entre autres de : (1) mobiliser la volonté politique; (2) améliorer les services de nutrition; (3) vacciner.

4.3. Scolarisation des enfants de 5-14 ans

L’éducation constitue l’un des attributs les plus importants de la population car elle détermine pratiquement tous les aspects de la vie des individus. C’est pourquoi, il existe un consensus mondial sur l’importance de l’éducation, particulièrement l’éducation de base, comme un préalable pour les pays en développement en vue de répondre aux nombreux défis auxquels ils font face (Kobiané, 2006). L’éducation est à la fois un moteur de développement économique, un facteur de socialisation et de modernisation. Les démographes la considèrent comme une variable importante dans l’étude de tous les phénomènes démographiques.

La réglementation scolaire au Bénin dit que l’enfant est scolarisé au primaire entre 6 et 11 ans, et avec les retards, entre 6 et 14 ans révolus. Mais force est de constater que les enfants sont scolarisés de plus en plus prématurément. La tranche d’âge qui connaît des besoins en matière de scolarisation devient celle des 5-14 ans. Elle compte 13 005 individus et représente 29,33 % de la population de l’arrondissement de Tchaourou. Elle est de 31,77 % à Guinirou, 28,39 % à Tchaourou-centre et de 29,97 % à Papanè.

L’investissement scolaire est un facteur potentiel et important de développement. Afin de diffuser les valeurs motrices de la croissance, c’est-à-dire l’innovation, l’esprit expérimental ou les aptitudes, une grande partie du travail doit commencer à la base de l’enseignement, c’est-à-dire au niveau primaire. Une attention particulière doit être portée sur la tranche d’âge 5-14 ans en matière de scolarisation. En effet, dans les pays de l’OCDE, le nombre d’élèves par classe se situe en moyenne entre 21 et 22. Si on peut admettre qu’en Afrique subsaharienne et en particulier au Bénin, ce nombre soit porté à 30, les politiques de développement du secteur éducatif doivent prévoir dans l’arrondissement de Tchaourou, la construction d’environ 434 salles de classes et, par conséquent, la mise à disposition d’au moins 435 enseignants du primaire pour couvrir les besoins de la population scolarisable. Aussi faudra-t-il munir ces centres des ouvrages adéquats, d’équipements pédagogiques actualisés et de subventions et mettre en place des politiques et des actions en vue d’améliorer la rétention et le maintien des enfants à l’école.

4.4. La population active : 15 à 59 ans

Le chômage et l’emploi constituent des préoccupations majeures au niveau national et international (INSAE, 2011). L’activité économique demeure au centre des préoccupations des peuples et des gouvernants. Elle est l’un des principaux facteurs qui modulent à plus ou moins long terme les schémas de reproduction humaine, la répartition spatiale de la population et les régimes sociaux. En effet, l’activité économique exercée par un individu occupe une place de choix dans sa vie. Elle permet l’éclosion et l’épanouissement de l’individu, mais également peut être affectée par le type de ménage auquel il appartient (Lachaud, 2000).

 

L’analyse des données sur l’arrondissement de Tchaourou révèle que 51,06 % de la population dénombrée est âgée de 15-65 ans et quatre personnes actives sur dix étaient occupées au moment de la collecte. Le secteur tertiaire, l’entrepreneuriat et les activités non formelles constituent les principales sources de revenus des actifs occupés au sein de la population de l’arrondissement de Tchaourou. On y retrouve plus des trois-quarts des actifs occupés. Les actifs occupés sont moins intéressés par les activités d’exploitation des ressources naturelles (agriculture, élevage et pêche) et sont quasi-absents dans les activités formelles ou salariales. L’activité économique est exercée en majorité dans l’informel : huit actifs occupés sur dix relèvent de l’informel. Ce type d’emploi constitue un manque à gagner pour l’État car échappant au système de recouvrement de taxes et impôts. La promotion des emplois décents par l’entrepreneuriat, le développement des filières agricoles et l’industrialisation, un meilleur accès aux services financiers, aux marchés et aux technologies appropriées constituent des choix stratégiques à opérer pour sortir la jeunesse béninoise du chômage et du secteur informel.

 Conclusion

L’arrondissement de Tchaourou est peuplé de 44 343 habitants dont 51,49 % de femmes. La pyramide des âges indique une population très jeune (45 % ont moins de 15 ans). En conséquence, le vieillissement démographique est timide (4 %), avec une natalité bien élevée de 56 naissances pour 1 000 habitants. Il est encore plus élevé à Guinirou, milieu relativement plus rural, comparativement aux autres localités de l’arrondissement. Le taux global de fécondité générale est de 178‰ avec pour classe modale à 25-29 ans, soit 282‰ dans ce groupe d’âge. En conséquence, le taux brut reproduction est estimé à 2,74 %, indiquant que le remplacement démographique de cette population est assuré.

 

D’importants besoins pour le bien-être socioéconomique de la population découlent de la structure démographique décrite ci-dessus. En particulier, la jeunesse de la population, très importante, est à prendre en compte dans la mise en œuvre des différentes politiques et planification du développement de cette localité, notamment, dans des domaines tels que l’éducation, l’emploi, la santé de la reproduction, la culture et les loisirs.

Références bibliographiques

Amadou Sanni M. (2011). « Les défis urbains du vieillissement au Bénin », dans Vieillissement de la population dans les pays du sud : Famille, conditions de vie, solidarités publiques et privées… État des lieux et perspectives. Actes du colloque international de Meknès, Maroc, 17-19 mars 2011. En ligne : http://www.ceped.org/cdrom/meknes/spipbf13.html?article64

Golaz V., Nowik L., Sajoux M. (2012). « L’Afrique, un continent jeune face au défi du vieillissement ». Bulletin mensuel d’information de l’Institut national d’études démographiques : Populations et Sociétés, no. 491, juillet-août 2012, France. En ligne : https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19159/491.fr.pdf

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http://www.prb.org/pdf/PopHandbook_Fr.pdf

Institut National de la Statistique et de l’Analyse Économique (2012). Enquête Modulaire Intégrée sur les Conditions de Vie des ménages (EMICoV), 2011. Cotonou (Bénin).

Institut National de la Statistique et de l’Analyse Économique (2015). Rgph4 : que retenir des effectifs de population en 2013? Bénin : Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique.

Kobiané J.F. (2006). Ménages et scolarisation des enfants au Burkina Faso: à la recherche des déterminants de la demande scolaire. Collection « Monographies de l’Institut de Démographie de l’UCL », Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 306 p.

Loriaux M. (1991). « La peur du nombre ou les défis de la croissance démographique? », Politique Africaine, no. 44, décembre 1991, pp. 15-36.

URL: http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/044015.pdf

Lachaud J.-P. (2000). Pauvreté et inégalité en Afrique : contribution à l’analyse spatiale. Série de Recherche 4 – Centre d’économie du développement. En ligne : http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers14-11/010025296.pdf

Organisation Mondiale de la Santé (2016). Enfants : Réduire la mortalité. Aide-mémoire N°178, Septembre 2016. En ligne : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs178/fr/

Union africaine (2013). Rapport annuel sur la situation de la santé maternelle, néonatale et infantile en Afrique, 57 p.

ANNEXES

Annexe 1 : Tableaux de répartition par âge et par sexe de la population

Tableau n°1 : Répartition de la population par groupes d’âge quinquennaux, par sexe et par secteur de résidence

Âge Guinirou Papanè Tchaourou-centre Ensemble Arrondissement
Masculin Féminin Masculin Féminin Masculin Féminin Masculin Féminin
0-4 751 823 611 569 2069 2043 3431 3434
5-9 743 846 671 583 2211 2066 3626 3494
10-14 569 546 620 580 1751 1820 2940 2946
15-19 414 477 506 477 1709 1817 2629 2771
20-24 329 417 383 346 1337 1460 2049 2223
25-29 271 337 269 380 857 1246 1397 1963
30-34 203 266 229 269 780 1 000 1211 1534
35-39 180 220 149 254 597 686 926 1160
40-44 114 111 183 180 734 543 1031 834
45-49 71 117 140 114 431 386 643 617
50-54 83 80 117 117 351 303 551 500
55-59 71 71 54 49 177 180 303 300
60-64 46 80 63 74 211 180 320 334
65-69 31 37 26 37 151 97 209 171
70-74 51 31 37 31 74 94 163 157
75-79 20 17 14 9 43 60 77 86
80 et 37 46 26 23 91 89 154 157
Total 3 986 4 523 4 097 4 091 13 577 14 069 21 660 22 683

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

 

 

Tableau n°2 : Répartition de la population par groupes d’âge utiles

Groupes d’âge utiles

Féminin  Masculin Total
Effectif Effectif Effectif %
0-1 1 211 2,73 1 291 2,91 2 503 5,64
0-4 3 434 7,74 3 431 7,74 6 866 15,48
5-14 6 440 14,52 6 566 14,81 13 006 29,33
15-59 11 903 26,84 10 740 24,22 22 643 51,06
60 et 906 2,04 923 2,08 1 829 4,12

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

 

Tableau n°3 : Taux de fécondité par âge

Groupes d’âge Nombre de femmes Nombre d’enfants de moins d’1 an Taux de fécondité (‰) FT*5/1 000
10-14 2 946 276 93.78 0.47
15-19 2 771 445 160.53 0.80
20-24 2 223 452 203.33 1.02
25-29 1 963 554 282.14 1.41
30-34 1 534 280 182.67 0.91
35-39 1 160 133 115.08 0.58
40-44 834 50 60.32 0.30
45-49 617 16 25.64 0.13
Total 14 049 2 503 178.17 5.62
ISF 5,617415819
TBR 2,74129892

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

Annexe 2 : Les Programmes informatiques

 

Tableau 1 :  Test de comparaison de l’indice de vieillissement entre secteurs de résidence

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

 

Tableau 2 : Test de comparaison des taux bruts de natalité entre secteurs de résidence

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016

 

Tableau 3 : Test de comparaison du taux global de fécondité générale entre secteur de résidence

Source : Nos travaux à partir des données de l’enquête ENSPD 2016


  1. Voir résultats du test au tableau 1 de l’annexe 2.
  2. Dictionnaire démographique multilingue. En ligne : http://www.demopaedia.org/tools/?lang=fr
  3. Les résultats du test sont dans le tableau 2 de l’annexe 2 du document.
  4. Voir résultats du test dans le tableau 3 de l’annexe 2.
  5. Voir résultats du test dans le tableau 4 de l’annexe 2.
  6. Rapport de l’Union africaine sur la situation de la santé maternelle, néonatale et infantile en Afrique en 2013.

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État et besoins socioéconomiques de la population de Tchaourou by Isséré Atcha, Bruno Sossa et Mouftaou Amadou Sanni is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License, except where otherwise noted.

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