18 Accès à l’information en matière de sexualité des scolaires de l’arrondissement de Tchaourou

Macaire Toyi

Résumé

De nos jours, les jeunes sont souvent mal informés sur la sexualité. Ce déficit de connaissance les rend vulnérables et les expose à des comportements sexuels ayant des conséquences néfastes telles que les rapports sexuels forcés, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées.

La présente étude examine l’accès à l’information en matière de sexualité au sein des 12-24 ans en milieu scolaire dans l’arrondissement central de Tchaourou. Les résultats, obtenus à partir des données de l’Enquête de l’ENSPD de 2016, montrent que 60 % des scolaires de 12-24 ans sont informés sur la sexualité. Les filles (58 %) sont aussi bien informées que les garçons (62 %) grâce aux sources d’information que sont les parents et les amis.

 

Introduction

La question de la sexualité chez les 12-24 ans est devenue, ces dernières années, un sujet d’actualité et de santé publique. Elle attire particulièrement l’attention des spécialistes des sciences de l’homme, notamment les sociologues, les anthropologues et les démographes. Elle constitue l’une des plus grandes inquiétudes des autorités en matière de santé publique. Elle ne laisse pas non plus indifférents les organismes internationaux ainsi que les communautés scientifiques qui ne cessent d’œuvrer pour l’élaboration et l’exécution de programmes stratégiques pour le bien-être social et l’épanouissement de tous.

La sexualité occupe une place centrale dans l’entrée en âge adulte des jeunes (Unesco, 2010). Selon la Fédération Internationale pour le Planning Familial (IPPF), il est crucial d’être en bonne santé et capable d’exprimer sa sexualité pour se développer au plan économique, social, culturel et politique (IPPF, 2009). Ainsi, une bonne connaissance sur les risques en matière de sexualité s’avère indispensable pour tous les jeunes.

Mais le constat actuel est que trop peu d’enfants et de jeunes sont suffisamment préparés pour mener leur vie sexuelle en toute sécurité et de façon satisfaisante (Gordon, 2008). Ce qui les rend vulnérables. Cette vulnérabilité s’explique par le fait qu’ils sont exposés aux comportements sexuels ayant des conséquences sociales, sanitaires, économiques et démographiques néfastes telles que les rapports sexuels forcés, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées.

C’est avec le souci d’analyser l’accès à l’information en matière de sexualité et de contribuer au renforcement des connaissances permettant de réduire les risques chez les adolescents et les jeunes que nous nous proposons d’explorer le thème « Accès à l’information en matière de sexualité des scolaires de l’arrondissement central de Tchaourou (ACT) ». De façon spécifique, nous nous posons les questions suivantes : les adolescents et les jeunes scolaires de l’arrondissement central de Tchaourou ont-ils accès à l’information relative à la sexualité? Quelles sont les sources par lesquelles les scolaires dudit arrondissement parviennent à accéder à l’information en matière de sexualité?

 

Clarification des concepts

Dans cette partie, nous aborderons la notion de sexualité et celle de l’information en matière de sexualité.

 

– Sexualité : concept et définition

Il n’est pas aisé de cerner avec exactitude la définition précise de la sexualité car c’est un concept qui a pris différentes acceptions selon les époques[1].

La sexualité constitue une notion qui recouvre tout ce qui a plus ou moins directement ou indirectement rapport avec les organes génitaux, les zones érogènes et le plaisir particulier provenant de ces régions corporelles (Wunsch, S. et Brenot, P., 2005). Ainsi, la sexualité englobe l’ensemble des tendances et activités qui, à travers le rapprochement des corps, l’union des sexes, recherche le plaisir charnel.

D’une manière générale, la sexualité désigne l’ensemble des comportements relatifs à l’instinct sexuel et à sa satisfaction. La définition du dictionnaire Larousse précise que la sexualité est l’ensemble des phénomènes sexuels ou liés au sexe, que l’on peut observer dans le monde vivant. Elle ajoute que c’est aussi l’ensemble des diverses modalités de la satisfaction instinctuelle liée à la reproduction de l’espèce.

Information en matière de sexualité

Chez les adolescents et les jeunes, l’information en matière de sexualité fait référence à toutes connaissances permettant de développer des compétences en matière de prise de décisions, de communication et de réduction des risques, concernant de nombreux aspects de la sexualité[2]. Elle permet de disposer des connaissances nécessaires pour la prévention des problèmes liés à la santé sexuelle. De ce fait, elle contribue de façon considérable au développement des jeunes. C’est dire donc que l’accès à l’information en matière de sexualité constitue un facteur essentiel qui favorise la transparence de la responsabilité des jeunes dans la conduite de leur vie sexuelle.

Pour aider les adolescents et les jeunes à se protéger contre les conséquences néfastes liées à la sexualité, il serait remarquable d’instaurer dans leur univers des mécanismes favorisant la propagation de l’information centrée sur :

  • les connaissances des sujets relatifs à la sexualité, comme l’infection VIH, les autres IST et la grossesse, y compris les méthodes de prévention;
  • la perception des risques;
  • les valeurs personnelles en matière d’activité sexuelle et d’abstinence;
  • les attitudes vis-à-vis du préservatif et de la contraception;
  • la perception des normes des pairs, notamment en matière d’activité sexuelle, de préservatifs et de contraception;
  • la capacité à refuser des relations sexuelles et à utiliser des préservatifs;
  • l’intention de s’abstenir de relations sexuelles, de restreindre l’activité sexuelle ou le nombre de partenaires ou de faire usage du préservatif;
  • et la communication avec les parents ou d’autres adultes et, éventuellement, avec des partenaires sexuels (Unesco, 2010).

Bien que ces aspects de l’information en matière de sexualité se soient avérés pertinents, l’accès insuffisant à ces informations compromet les efforts déployés pour la prévention des risques liés à la sexualité chez les adolescents et les jeunes.

 

Population d’étude

Pour cerner les contours de ce thème, nous avons restreint le champ de l’étude qui s’applique seulement aux scolaires de l’arrondissement central de Tchaourou (ACT). Ainsi, nous avons choisi comme population cible les 12-24 ans qui fréquentent un établissement scolaire au moment de l’enquête. La base de données exploitée est constituée de 1 304 individus dont 695 garçons et 609 filles (estimés respectivement à 53 % et 47 % de l’effectif total).

Principaux résultats

  • Niveau d’accès à l’information en matière de sexualité

Avec l’avènement du VIH/sida, la sexualité est, de nos jours, envisagée sous l’angle des dangers liés à la santé et des moyens de s’en protéger. Dans ce contexte, l’information en matière de sexualité comprend plusieurs éléments (tels que l’information sur le fonctionnement du corps humain, les IST, la contraception, etc.). Pour ce travail, trois éléments sont considérés comme les principaux aspects de l’information relative à la sexualité. Il s’agit de : « connaissance des infections sexuellement transmissibles (IST/VIH) », « connaissance des moyens de protection contre les IST/VIH » et « connaissance des produits permettant d’éviter les grossesses non désirées ».

  • Niveau de connaissance des maladies/infections sexuellement transmissibles (M/IST)

L’analyse du graphique 1 montre que la majorité des scolaires de l’ACT sont mieux informés sur le VIH/sida en tant qu’une maladie essentiellement transmissible par voie sexuelle. En effet, près de trois quarts (3/4) des scolaires de l’ACT connaissent le VIH/sida comme une MST. Outre cela, d’autres maladies sont citées en proportions faibles telles que la gonococcie (5 %), le bouton sur le sexe (4 %), la chaude-pisse (3 %). Ce constat justifie l’effet de l’élargissement et l’intensification des programmes de sensibilisation sur le VIH en particulier et les MST en général. On en retient donc que les scolaires de l’ACT ont un faible niveau de connaissance des maladies sexuellement transmissibles (MST) excepté pour le VIH/sida.

 

Graphique 1 : Répartition (en %) des scolaires en fonction du niveau de connaissance des maladies sexuellement transmissibles (MST).

Source : Nos travaux à partir des données de l’Enquête ENSPD 2016.

 

  • Niveau de connaissance des moyens de protection contre les IST (VIH/sida)

L’examen du graphique 2 dévoile qu’un peu moins de la moitié (42 %) des scolaires de l’ACT sait que l’on peut limiter les risques de contracter les IST par l’utilisation des préservatifs/condoms. Cette connaissance n’exclut pas les autres modalités même si elles sont citées avec de faibles proportions. Ainsi, les toilettes intimes et hygiéniques, l’abstinence sexuelle et la fidélité ont également été évoquées dans les proportions respectives de 20 %, 15 % et 4 %. Étant donné que le préservatif, l’abstinence, la fidélité et les toilettes intimes et hygiéniques font partie des moyens efficaces de se protéger contre les infections sexuellement transmissibles, on peut dire d’une façon générale que ces jeunes disposent d’une bonne connaissance des moyens de protection contre les IST.

 

Graphique 2 : Répartition (en %) des scolaires en fonction du niveau de connaissance des moyens de protection contre les IST (VIH/sida).

Source : Nos travaux à partir des données de l’Enquête ENSPD 2016.

 

  • Niveau de connaissance des moyens d’éviter les grossesses non désirées

La connaissance des moyens permettant d’éviter les grossesses non désirées fait partie des principaux éléments constitutifs de l’information en matière de sexualité. Le tableau 1 ci-dessous présente le niveau de connaissance des scolaires de l’ACT sur certains de ces moyens. Il en ressort que la majorité de ces jeunes (40 %) reconnaît que le recours à l’usage du préservatif peut permettre de se protéger contre les grossesses non désirées. On note aussi que (16 %) d’entre eux savent que la pratique de l’abstinence périodique (évitement des rapports sexuels lors des périodes/phases favorables à la conception) peut également permettre de prévenir les grossesses non désirées. D’autres moyens permettant d’éviter les grossesses non désirées tels que l’injection (8 %), la pilule (7 %) et le retrait/coït interrompu (7 %) sont peu connus de ces jeunes.

 

Tableau 1 : Répartition des scolaires en fonction du niveau de connaissance des moyens permettant d’éviter les grossesses non désirées.

Moyens permettant d’éviter les grossesses non désirées Effectif Fréquence
Pilule 28 6,64
Injection 32 7,58
Préservatif 167 39,57
Collier 15 3,55
Abstinence périodique 69 16,35
Retrait/Coït interrompu 29 6,87
Avortement 13 3,08
Autres Méthodes 69 16,34
Total 422 100,00

Source : Enquête ENSPD 2016.

 

NB : Dans la modalité « Autres méthodes » sont regroupés : spermicide (1,66 %), DIU/Stérilet (1,66 %), norplant (0,47 %), stérilisation féminine (1,42 %), stérilisation masculine (1,66 %), allaitement pendant 6 mois (1,66 %), infusions/tisanes (2,13 %), talisman/bague (1,66 %), abstinence prolongée post-partum (2,13 %), contraception d’urgence, pilule du lendemain, norlévo (1,42 %) et autres (0,47 %).

 

Les résultats précédents montrent que les scolaires de l’ACT ont une connaissance des moyens de se protéger contre les IST (VIH/sida) et les grossesses non désirées. Cependant, des cas de grossesses et d’infections sexuellement transmissibles ont été enregistrés en milieu scolaire dans l’ACT : au cours du premier semestre de l’année scolaire 2016-2017, 37 cas de grossesses ont été enregistrés en milieu scolaire à Tchaourou (Sacramento, C., 2017). Cela explique la non-utilisation ou la mauvaise pratique de ces moyens, car la connaissance et l’utilisation de ces moyens de prévention sont deux choses différentes. On peut avoir une bonne connaissance des moyens de se protéger contre les IST (VIH/sida) et les grossesses non désirées et ne pas les utiliser convenablement

  • Synthèse

Le graphique 3 révèle que parmi les 1 304 individus enregistrés, 784 (soit 60 %) ont eu accès à l’information sur la sexualité, à l’opposé de 520 (environ 40 %). Donc, la majorité de ces jeunes sont informés sur la sexualité.

 

Graphique 3 : Répartition (en %) des scolaires ayant eu accès (ou non) à l’information en matière de sexualité.

Source : Nos travaux à partir des données de l’Enquête ENSPD 2016.

 

Selon le sexe

Les données du tableau 3 permettent d’établir qu’environ trois scolaires sur cinq (3/5) sont informés sur la sexualité tant chez les garçons que chez les filles. En fait, 62 % des garçons ont reçu l’information sur la sexualité contre 38 % qui n’ont pas l’information. Chez les filles, ces proportions sont de 58 % contre 42 %. La différence entre la proportion des filles qui ont eu accès à l’information sur la sexualité et celle des garçons est non significative[3]. Cela atteste que l’accès à l’information en matière de sexualité concerne aussi bien les filles que les scolaires garçons de l’ACT.

 

 

Tableau 2 : Répartition (en %) selon le sexe des scolaires ayant eu accès (ou non) à l’information en matière de sexualité.

Sexe Être informé sur la sexualité
Oui (%) Non (%) Total
Masculin 61,73 38,27 100,00
Féminin 58,29 41,71 100,00
Ensemble 60,12 39,88 100,00

Source : Enquête ENSPD 2016.

Sources d’information

Tel que constaté dans le graphique 4, les sources prioritaires d’information par ordre décroissant sont les parents (32 %), les amis (27 %), le centre de santé (4 %), les ONG (3 %) et le milieu scolaire (2 %). Les autres sources comme le centre d’assistance sociale, les livres, les médias, Internet, le conjoint/partenaire et les personnes expérimentées sont très peu citées, avec une fréquence variant entre 0 et 1,38 %. Aussi, près de 20 % de ces jeunes ne font recours à aucune source d’information et 7 % n’ont jamais eu besoin d’information sur la sexualité. Au vu de ceci, nous pouvons admettre que les parents jouent sans doute un rôle important dans la diffusion de l’information sur la sexualité des jeunes. Ces parents ont donc compris que la sphère familiale constitue un lieu privilégié pour promouvoir l’éducation sexuelle des jeunes.

 

Graphique 4 : Répartition des scolaires en fonction des sources prioritaires d’information.

Source : Nos travaux à partir des données de l’Enquête ENSPD 2016

 

 

Conclusion

Au terme de cette étude, il ressort que la majorité (60 %) des scolaires de l’arrondissement central de Tchaourou sont informés sur la sexualité. Les filles (58 %) sont aussi bien informées que les garçons (62 %). Les contextes dans lesquels ces jeunes ont reçu ces informations sont de divers ordres. Les sources d’information en cas de besoin d’éducation sexuelle sont aussi variées mais peuvent être regroupées en deux modalités essentielles que sont les parents et les amis.

À la lumière de ces résultats, nous constatons que beaucoup d’efforts restent encore à faire pour assurer l’épanouissement sur le plan sexuel et reproductif des adolescents et jeunes scolaires de l’ACT. Les connaissances de ces jeunes en matière de sexualité demeurent limitées et non approfondies compte tenu des principales sources d’information (que sont les parents et les amis). Vu le contexte semi-rural du milieu de l’étude, il est probable que la plupart de ces amis ne détiennent pas de vraies informations. Cela constitue une situation embarrassante pour la santé sexuelle des jeunes, dans la mesure où ces derniers se partagent des fausses informations. Aussi, certaines sources (comme les centres de santé, les centres d’assistance, les ONG, etc.) sont plus habilitées à diffuser aux jeunes l’information relative à la sexualité. Mais on constate que ces sources sont très peu citées par les scolaires de l’ACT. De plus, beaucoup de jeunes pratiquent des rapports sexuels non protégés, puisqu’ils n’ont pas les compétences nécessaires pour négocier soit l’abstinence, soit l’utilisation du préservatif. C’est tout cela qui justifie les cas de grossesses non désirées et d’infections sexuellement transmissibles enregistrés en milieu scolaire dans l’arrondissement central de Tchaourou.

Cette étude interpelle donc les autorités locales sur l’importance que requiert la fourniture de services permettant aux jeunes d’accéder facilement à l’information en matière de sexualité. Il revient alors aux autorités de penser à la mise en place des programmes stratégiques visant la disponibilité des dispositifs d’appui et d’encadrement des jeunes. Spécifiquement, il s’agit de :

  • réhabiliter le Centre de Jeunes et de Loisirs (CJL);
  • rendre plus fonctionnel le Centre de Promotion Sociale (CPS);
  • créer ou renforcer les Centres d’Écoute (CE) (ou centre d’information des jeunes);
  • appuyer ces centres en équipement adéquat et personnel qualifié;
  • disposer d’un système d’accompagnement permanent des jeunes, etc.

 

Références bibliographiques

Gordon, P. (2008). L’éducation sexuelle et la prévention de la violence sexuelle (13). Récupéré le 21 août 2016 de : https://www.coe.int/t/dg3/children/lin5/Source/PublicationSexualViolence/Gordon fr.pdf

Kobelembi, F. (2005). « Le comportement sexuel des adolescents à Bangui (RCA) ». Étude de la population africaine, 20 (2), 65-96. http://www.bioline.org.br/pdf?ep05012

Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (2010). Le bien-fondé de l’éducation sexuelle. Paris : UNESCO.

Sacramento, C. (2017). Bénin : 88 cas de grossesses enregistrés au premier semestre 2017 dans les collèges du Borgou. Récupéré le 06 décembre 2017 de : https://monenvironnement.com/benin-88-cas-de-grossesses-enregistres-premier-semestre-2017-colleges-borgou/

Wunsch, S. et Brenot, P. (2005). « Sexualité : instinct ou apprentissage ». Bulletin de la Société Francophone de Médecine Sexuelle, n°1. Récupéré le 5 décembre 2016 de : http://recherche.ouvaton.org/telechargement/sexualite_instinct_ou_apprentissage.pdf

 


  1. « L’usage du terme « sexualité » a été élaboré vers le milieu du XIXe siècle, dans le contexte de la médecine, afin de désigner la différence des sexes et sa fonction de reproduction, et ce n’est que plus tard, au début du XXe siècle qu’il a été utilisé pour désigner les comportements sexuels » (Alexandre Mergui, 2012, p. 51). Mais avec l’avènement du sida, la sexualité est envisagée sous l’angle des dangers liés à la santé et des moyens de s’en protéger.
  2. Cette définition est simulée à partir de celle de « l’éducation sexuelle » donnée par l’Unesco (2010, p. 2, tome 1)
  3. Test de proportion pour comparer la proportion des filles à celle des garçons : z = -1,26 et p-value = 0,206.