La science ouverte, le projet SOHA : analyses et témoignages

30 Mes premiers pas vers la justice cognitive et le libre accès

Marienne Makoudem Téné

Marienne Makoudem Téné est chargée de recherche depuis 2012 au Département des études Environnementales et économiques du Centre National d’Éducation, un centre de recherche public rattaché au Ministère de la Recherche Scientifique et de l’innovation du Cameroun. Titulaire d’un Master en sciences économiques option Analyses et politiques économiques obtenu en 2008 à l’Université de Dschang au Cameroun, elle y est doctorante en économie du développement. Son sujet de thèse est « La dynamique de pauvreté et des inégalités au Cameroun : un modèle alternatif de lutte contre la pauvreté et les inégalités ». Marienne est co-auteure de trois articles. Elle vient d’achever une collaboration avec un pool d’experts en commerce international sur la conception de la Stratégie Nationale du Commerce pour le compte du Tchad. Par ailleurs, elle s’intéresse à l’élaboration de stratégies devant contribuer à accroitre la participation des femmes dans le milieu académique et de la recherche pour le développement au Cameroun. Ses champs de spécialisation sont les questions de pauvreté et les inégalités, l’intégration économique et commerciale, ainsi que les questions de genre en Afrique. Pour lui écrire : makoudem2005@yahoo.fr.

La connaissance confère un pouvoir à celui ou celle qui la détient. Plusieurs types de connaissance existent, mais le plus répandu est la connaissance acquise à travers les écrits. Ceci est plus accentué dans le milieu scientifique qui est dominé par la vision occidentale de la science et de la recherche. Avec le développement du numérique, le volume d’information disponible est devenu énorme. Dans le milieu de la recherche, le nombre de revues s’est aussi accru, car certaines revues numériques ont été créées. L’accès au contenu de ces revues n’est pas toujours évident en Afrique, de même que la publication d’un article.

Même si beaucoup de revues en lignes sont payantes, il existe un nombre assez intéressant de documents scientifiques qui sont disponibles librement sur Internet. Dans le cadre de la rédaction de ma thèse de doctorat, près de 90 % de la documentation que j’ai utilisée jusqu’à présent a été téléchargée sur Internet. Bien sûr, il aurait été difficile pour moi d’avoir accès à ces documents s’ils étaient payant dans la mesure où mon travail de thèse n’est pas financé.

Par ailleurs, publier dans une revue de renom constitue un parcours de combattant[1]. Ce sont les jeunes chercheurs et chercheuses en début de carrière qui en sont le plus affectés. La publication dans ces revues requiert des paiements – en plus des frais de transaction pour les universitaires des Sud – qui ne sont pas toujours disponibles chez ces derniers. J’ai aussi eu à contribuer avec des co-auteurs pour faire publier un article en 2014. De plus, l’encadrement de ces jeunes n’est pas toujours assuré, ce qui fait que leurs articles sont souvent rejetés. Quand bien même, on arrive à se faire publier, ce n’est pas sûr que le travail soit vu et cité au maximum.

C’est forte de cette expérience personnelle que, lorsque j’ai entendu parler du projet SOHA grâce à une collègue et amie, je n’ai pas hésité à le rejoindre. Nous avons d’abord travaillé sur un chapitre qui va paraître en libre accès dans le tome trois du livre Femmes savantes, femmes de science. Ensuite, j’ai pris part au colloque international « Justice cognitive, science ouverte et valorisation des savoirs locaux » qui a été organisé à Yaoundé du 25 au 27 mai 2016. Je n’ai pas regretté! En effet, pendant ce colloque, j’ai compris ce que c’était la science ouverte et son importance pour nos sociétés africaines; la nécessité de développer une science inclusive et des revues dont l’accès est gratuit. J’ai aussi suivi les expériences de quelques pays en matière de promotion de la science ouverte et de la justice cognitive. Ce colloque a été aussi l’occasion de faire des rencontres merveilleuses et d’accroître mon réseau de contacts.

Au terme de cet atelier, je me suis engagée à diffuser les informations à ma disposition pour promouvoir la science ouverte au Cameroun. Je me suis inscrite dans plusieurs groupes Facebook en rapport avec le projet SOHA. J’ai intensifié le partage d’informations sur le groupe Facebook que j’ai créé et appelé Women’s corner. J’ai aussi décidé de prioriser les revues qui ne demandent pas de paiement pour des éventuelles publications. Je me suis aussi engagée dans le comité de lecture pour la revue Afrique Durable 2030 du Think Tank Africa 21 dont je suis membre. En dernier lieu, certains de mes collègues et moi nous sommes engagés à mettre sur pied une revue numérique d’ici à fin 2017 pour faciliter les publications chez les jeunes chercheurs d’ici et d’ailleurs. Toutes ces actions me permettront d’apporter ma modeste contribution au développement de la science ouverte et constitueront mes premiers pas dans la promotion de la justice cognitive.

Pour citer ce texte :

Makoudem Téné, Marienne. 2016. « Mes premiers pas vers la justice cognitive et le libre accès ». In Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, sous la direction de Florence Piron, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba. Québec, Éditions science et bien commun. En ligne à https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1


  1. Près de 30 % des revues en libre accès font payer des frais aux auteurs (Colloque international » Justice cognitive, science ouverte et valorisation des savoirs locaux », 25-27 Mai 2016, Yaoundé).

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