La science ouverte, le projet SOHA : analyses et témoignages

35 Je monte à bord!

Lunie Jules

Lunie Jules est née à Port-au-Prince en 1992. Elle est étudiante en sociologie à la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti, conseillère à REJEBECSS-Haïti (Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales d’Haïti) et coordonnatrice générale de l’association LAVIE-Haïti (lutte active des volontaires pour l’intégration des enfants d’Haïti).

Il y a de ces projets qui offrent tellement de vraies alternatives que la première chose qui vous monte à l’esprit c’est : « je monte à bord ». Et le projet de la Science ouverte en Haïti et en Afrique francophone (projet SOHA) en est un.

Les 3 et 4 mars 2016 s’est tenu à l’hôtel Le Plaza en Haïti un colloque international sur la science ouverte et le libre accès aux ressources scientifiques. Je n’ai pas eu l’opportunité d’y participer, mais j’ai grandement bénéficié de l’enthousiasme et de la curiosité de la plupart de mes camarades à l’université qui, quelques temps après, ont mis sur pied une structure bénévole connue sous le nom de REJEBECSS-Haïti (Réseau des Jeunes Bénévoles des Classiques des Sciences Sociales d’Haïti). En effet, cette association qui se veut être une structure d’opérationnalisation du projet SOHA en Haïti, prône, entre autres, des valeurs de justice cognitive et de démocratisation ou libre accès aux savoirs. Grâce au REJEBECSS-Haïti, j’ai pris connaissance du projet SOHA et d’un ensemble de concepts aussi nouveaux qu’intéressants. L’ensemble des activités que réalise cette association bénévole est pour moi l’occasion de mettre en œuvre mon sens de leadership et surtout de découvrir des horizons nouveaux m’aidant dans mes travaux de recherche.

Le projet SOHA a débarqué en Haïti et je n’ai eu d’autres choix que de monter à bord. Il ne vient pas comme ces idéologies blanches dont la seule motivation est de nous coloniser l’esprit. Au contraire. Le projet SOHA aspire au bien commun, à la justice cognitive et sociale et soutient la cause des communautés locales, à travers la valorisation des savoirs locaux. Cet idéal visant l’égalité en valeur de tous les savoirs qu’il prône est nécessaire, voire incontournable pour le développement durable des pays, surtout ceux du Sud. Le projet SOHA s’avère être un vent nouveau qui s’interroge sur de vrais problèmes pour essayer de répondre à des besoins réels : le déficit en matière de connaissance et d’outillage dont font montre les jeunes dans l’utilisation des bibliothèques numériques et d’autres logiciels ou programmes destinés aux chercheurs; le peu d’intérêt accordé à la recherche scientifique; la marginalisation des savoirs non-scientifiques et les difficultés que rencontrent les chercheuses et chercheurs haïtiens quant à la diffusion de leurs travaux de recherche…

Personnellement, je suis emballée par l’idée d’intégrer la justice sociale dans la pratique de la science. En faisant de celle-ci son plaidoyer, le projet SOHA ne tourne pas pour autant autour des connotations politiques; mais aspire plutôt à une justice cognitive (justice sociale appliquée au domaine du savoir), créant ainsi une plateforme de diffusion plus large et plus facile d’accès pour les travaux scientifiques provenant des pays des Suds. Son souci, c’est aussi de s’ériger en véritable porte-voix des plus vulnérables (notamment les femmes, les jeunes, les chercheurs/ses du sud). En ayant pris connaissance d’un tel projet, je me devais de monter à bord. Et j’invite tous les intéressés à en faire de même, car la science ouverte est une science participative et juste, qui requiert la collaboration de tout le monde, indistinctement.

Pour citer ce texte :

Jules, Lunie. 2016. « Je monte à bord! ». In Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, sous la direction de Florence Piron, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba. Québec, Éditions science et bien commun. En ligne à https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1

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