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Libre accès aux ressources scientifiques

11 Création d’une revue scientifique en ligne au Burundi : enjeux et méthode

Rémy Nsengiyumva

Rémy Nsengiyumva est né à Burambi dans la province de Rumonge au Burundi. Il a fait ses études à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université du Burundi, au département de langue et littérature française, où il a obtenu sa licence puis un master en didactique du français. En 2012, il a commencé sa formation doctorale à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et a soutenu en novembre 2015 sa thèse intitulée Analyse de la didactique de la littérature en langue française dans les écoles au Burundi. Il est actuellement chargé de cours à l’École Normale Supérieure de Bujumbura. Pour lui écrire : nsengiremy15@gmail.com

Introduction

Au Burundi, le système éducatif ne cesse de grandir, comme en témoignent les différentes écoles construites à travers tout le territoire, ainsi que la prolifération des universités privées. Les enseignants et enseignantes prestant dans les universités publiques souhaitent produire davantage de travaux publiables dans les différentes revues internationales afin de développer la recherche scientifique nationale. Il est vrai que de nombreux travaux ont été effectués, mais ils sont conservés dans les tiroirs suite au manque de maison de publication, ce qui entrave le développement des savoirs locaux au Burundi. Cette situation est généralisée dans les pays des Grands Lacs.

Les universités du Nord affichent un monopole évident sur la production et la consommation des savoirs, car elles participent à la fois à l’écriture et à la publication des recherches faites au Nord et au Sud. Les hommes et les femmes des Suds ne font que lire ces différentes connaissances produites au lieu justement de pouvoir y contribuer.

Ce constat effectué au sein du projet SOHA a fait jaillir l’idée de créer au Burundi une première revue scientifique en ligne et en libre accès dénommée Revue de sciences sociales et humaines des Grands Lacs. Tout en espérant qu’elle fera une contribution importante à la recherche tant au Burundi que dans les autres pays des Grands Lacs, nous sommes certains qu’elle suscitera la promotion de la justice cognitive puisqu’elle favorisera la circulation de connaissances locales et pertinentes pour les communautés de cette région. Elle contribuera aussi à la présence sur la scène scientifique mondiale des différents savoirs de l’Afrique en général et de ceux des Grands Lacs en particulier.

La création d’une revue en ligne et en libre accès au Burundi entre bel et bien dans la mission du projet SOHA qui cherche à faire connaître les différents savoirs mondiaux d’une manière équitable, sans aucune injustice. Mais la création de la Revue de sciences sociales et humaines des Grands Lacs pourra aussi participer à la construction de sociétés où règneront davantage la paix, la sécurité et le respect des valeurs de la démocratie. L’idée de créer cette revue est motivée par le souci de faire participer tous les chercheurs et toutes les chercheuses, ainsi que les enseignants, enseignantes, étudiants et étudiantes à la stabilisation de la région. Les intellectuels et intellectuelles sont appelés à apporter leur pierre à la construction tant désirée de la paix, de la sécurité et de la résolution pacifique des conflits dans nos pays.

Description de la revue proposée

Cette revue accueillera des auteurs et auteures des pays francophones des Grands Lacs, mais aussi des pays non francophones de cette région comme le Rwanda et la Tanzanie. Même si la langue de travail principale de cette revue sera le français, elle publiera des articles anglophones accompagnés de leur traduction en français. Elle souhaite aussi s’ouvrir aux langues locales (Kirundi, Kiswahili, Lingala, Kinyarwanda, Kicongo) en accompagnant les textes publiés dans ces langues de longs résumés en français ou en anglais.

Pour produire des publications de qualité, la revue mettra en place des comités de lecture et de rédaction, ainsi que des directives précises aux auteurs et auteures. Comme cette revue est pluridisciplinaire, elle sera dotée de plusieurs comités scientifiques qui représenteront chacun un champ disciplinaire : didactique des langues, linguistique, littérature, sciences de l’éducation, histoire, communication, sociologie, anthropologie, etc.

Afin d’assurer la pertinence de la revue pour les populations de la région, des personnes représentant les utilisateurs des connaissances produites par la revue seront aussi invitées à siéger dans un comité consultatif. Il s’agit de membres de la société civile, d’enseignants, d’administrateurs scolaires, de journalistes, de médecins, etc.

Structure de la revue

Direction de la revue

Deux personnes (titulaire et adjointe) devront assurer la direction de la revue. Idéalement, elles auront un doctorat. Un duo est nécessaire pour que la revue continue de fonctionner en cas d’incapacité de l’une ou l’autre des personnes à réaliser son mandat. Un conseil de rédaction accompagne et appuie l’équipe de direction. Il est formé des responsables des différentes sections thématiques/disciplinaires de la revue.

Sections thématiques

Une section thématique, représentant un domaine, une discipline ou un champ de recherche, est formée dès qu’une équipe de cinq ou six personnes (chercheurs et chercheuses de la région des Grands Lacs ou de l’extérieur) est prête à l’animer et à en former le comité scientifique de base. Son but est de produire au moins cinq articles par année.

Au sein du comité scientifique de chaque section thématique, deux personnes sont responsables de son bon fonctionnement : recrutement des auteurs et auteures, processus d’évaluation rapide et efficace, révision linguistique et préparation des textes pour la mise en ligne. Ces deux personnes représentent leur section au sein du conseil de rédaction général de la revue.

Processus d’évaluation

Les personnes qui soumettent un texte à la revue doivent s’attendre à ce qu’il soit évalué par des experts du sujet traité, des « pairs ». Ces personnes évaluatrices peuvent être des membres du comité scientifique ou, au besoin, des chercheurs et chercheuses de l’extérieur, à l’international, joignables par mail. Elles sont choisies par les responsables de la section thématique qui les sollicitent par un bref message et leur envoient le texte à évaluer sans le nom des auteurs, « anonymisé ». Ainsi, les personnes évaluatrices ne sauront pas le nom des auteurs ou auteures du texte qu’elles lisent et se concentreront sur le contenu.

Elles feront des recommandations pour améliorer le texte, qu’il s’agisse du contenu (revue de littérature, argumentation générale, présentation des résultats ou de la réflexion) ou de la forme (qualité de la langue, de la bibliographie). Elles vérifieront en particulier que les textes proposés mettent eux-mêmes en valeur la science africaine en utilisant des auteurs et auteurs africains dans leur bibliographie et pas seulement des auteurs du Nord. Les responsables enverront aux auteurs et auteures une synthèse de ces recommandations (et des leurs au besoin) et les inviteront à produire une deuxième version. Le comité scientifique décidera ensuite si la deuxième version est acceptable ou s’il faut encore apporter des modifications.

Au nom de l’entraide et de la justice cognitive, un texte ne sera jamais refusé avant d’avoir été travaillé plusieurs fois. Rappelons que les personnes évaluatrices ne sont jamais payées pour ce service à la revue : elles font don de leur travail à la communauté scientifique, mais en bénéficieront à leur tour quand elles soumettront un article.

Quelques obstacles et défis à relever pour cimenter ce projet de création d’une revue

La création d’une telle revue scientifique répondant aux normes internationales tout en tenant compte du contexte local ne manque pas de défis qui appellent le concours de tout un chacun pour les résoudre efficacement. Par exemple, une version papier de la revue pourrait aussi être produite pour être accessible lorsque la connexion fait défaut à partir de la version en ligne – soit l’inverse du processus de dématérialisation habituel! C’est le propre d’une revue en ligne et en libre accès, au nombre de plus de 10 000 dans le monde actuellement[1].

La version numérique de chaque article sera versée dans une archive solide, construite pour en viser la pérennisation. Ce type de stockage doit être choisi en fonction de critères de sécurité et de conservation, mais aussi de capacité et de vitesse d’accès simultanés.

L’hébergement de la revue sur un serveur fiable est un autre enjeu majeur. Trop de revues africaines en ligne deviennent inaccessibles quand leur serveur tombe en panne. C’est à ce niveau que la solution collective prônée par le projet SOHA, à savoir la plateforme Grenier des savoirs, pourra nous être très utile. Nous sommes heureux à l’idée de partager notre hébergement avec plusieurs autres revues africaines partageant notre aspiration à la justice cognitive plus qu’à la marchandisation du savoir.

Conclusion

La mise en place de cette revue répond à une situation problématique très évidente. Grâce à elle, les enseignants, les enseignantes, les chercheurs, les chercheuses, les étudiants et les étudiantes du Burundi pourront participer à faire évoluer les différents savoirs locaux de leur région. Notre objectif est de réduire l’injustice cognitive dans la recherche universitaire et de contribuer à la paix dans notre région du monde.

Pour citer ce texte :

Nsengiyumva, Rémi. 2016. « Création d’une revue scientifique en ligne au Burundi : enjeux et méthode ». In Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, sous la direction de Florence Piron, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba. Québec, Éditions science et bien commun. En ligne à https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1


  1. Elles sont répertoriées dans le Directory of Open Access Journals à http://doaj.org.

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