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Libre accès aux ressources scientifiques

10 La mise en valeur par les Classiques des sciences sociales des savoirs produits en Haïti

Ricarson Dorcé et Émilie Tremblay

Ricarson Dorcé, chercheur en sciences humaines et poète de la nouvelle génération consciente, est né à Petit-Goâve, le 23 mai 1987. Licencié en Psychologie et maître en Histoire, mémoire et patrimoine, il a également une formation universitaire de premier cycle en droit et communication sociale et une formation de deuxième cycle en sciences du développement. Déjà auteur d’une dizaine de textes littéraires et scientifiques et contributeur dans au moins huit ouvrages collectifs, ses travaux sont publiés dans des revues et éditions haïtiennes, françaises, canadiennes, belges et américaines. Il poursuit actuellement ses études doctorales dans le champ des sciences humaines et sociales à l’Université Laval. Pour lui écrire : dorce87@yahoo.fr

Émilie Tremblay est doctorante en sociologie à l’Université du Québec à Montréal et au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). Ses recherches actuelles portent sur le développement et l’évolution de la sociologie au Sénégal et au Cameroun en relation avec les enjeux et les défis liés à l’internationalisation et à la nationalisation des formations et de l’enseignement, et plus globalement, des universités. Elle s’intéresse également aux inégalités au sein du système de production et de diffusion des connaissances, et aux stratégies développées par des institutions et des groupes pour repenser la recherche et l’enseignement en sciences sociales, notamment celles qui s’inscrivent dans l’optique de la science ouverte et qui visent la justice cognitive. Émilie détient une maîtrise en sciences des religions de l’Université de Montréal. Elle est membre du conseil d’administration de l’Association science et bien commun et des Classiques des sciences sociales. Pour lui écrire : emiliet82@yahoo.fr

L’invisibilité sur le web des connaissances scientifiques réalisées dans les pays des Suds, notamment en Haïti, n’est plus à démontrer. Elle constitue une source d’injustice cognitive. C’est un obstacle au développement local durable. D’où l’importance de l’aventure des Classiques des sciences sociales dans la valorisation de la diversité de savoirs depuis déjà plus de 23 ans, grâce, entre autres, à la coopération avec l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Le fondateur de cette bibliothèque numérique est Jean-Marie Tremblay qui a reçu le titre de Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2013 et le prix du mérite scientifique régional Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2005. Les Classiques constituent l’une des premières et des plus grandes bibliothèques numériques francophones spécialisées en philosophie, en sciences humaines et sociales. C’est une ressource pédagogique pour de nombreux enseignants, enseignantes, étudiantes et étudiants. C’est aussi une opportunité pour les chercheurs d’être connus dans le monde entier.

Au sein des Classiques, il existe des collections et sous-collections valorisant les savoirs produits dans les pays des Suds : Études haïtiennes, Sociétés créoles, Chine ancienne, Civilisation arabe, Civilisations de l’Inde, etc. Elles jouent un rôle crucial dans la diffusion des auteurs des pays des Suds et dans la mise en valeur de leurs productions scientifiques. Dans ce chapitre, nous allons parler de la sous-collection Études haïtiennes que Ricarson dirige depuis presque quatre ans.

La sous-collection Études haïtiennes est une vitrine pour valoriser le patrimoine scientifique haïtien en sciences sociales et en philosophie. Elle a une histoire. Suite au séisme du 12 janvier 2010 ayant frappé Haïti, il y a eu une volonté (tant au niveau national qu’international) de préserver les ressources du patrimoine matériel et immatériel du pays. En effet, au-delà des pertes en vies humaines, le séisme a créé des pertes énormes dans les principales institutions culturelles du pays, notamment les différentes bibliothèques.

C’est alors que la professeure Florence Piron de l’Université Laval (et aussi notre complice au sein de l’Association science et bien commun) a eu l’idée de proposer à Jean-Marie Tremblay la création d’une sous-collection spécialisée en études haïtiennes.

À cette période difficile, les Classiques des sciences sociales nous sont apparus comme une véritable bouée de sauvetage permettant aux chercheurs et chercheuses d’Haïti d’avoir un meilleur accès au patrimoine scientifique de leur propre pays, ce qui est un appui incontournable surtout dans un contexte où la grande partie de l’infrastructure des bibliothèques n’est pas encore reconstruite. La Collection propose déjà environ une centaine de textes d’auteurs haïtiens. Nous travaillons très fort en vue d’impliquer tous les acteurs du pays et d’ailleurs dans cette dynamique de valorisation des productions scientifiques haïtiennes.

Au cours du mois de mars 2016, une bonne délégation des Classiques des sciences sociales était en Haïti dans le cadre d’un grand colloque international sur la science ouverte avec l’appui de l’Agence Universitaire de la Francophonie. Jean-Marie était disponible pour discuter avec les étudiants et étudiantes. La délégation a été accueillie de manière enthousiaste et extrêmement chaleureuse. Elle a ainsi pris contact avec des centaines d’universitaires qui utilisent Les Classiques dans leurs recherches. Quelques semaines après, plusieurs de ces jeunes ont décidé de former une association qu’ils ont appelée « Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haïti » (voir leurs témoignages dans la dernière partie du livre). Depuis, ils participent à la mise en page et à la correction des textes produits en Haïti. Ils font des démarches auprès des scientifiques d’Haïti en vue d’avoir l’autorisation de diffuser en libre accès leurs œuvres. Ils sont très présents à la radio, dans les différents médias du pays, notamment à travers les réseaux sociaux, en vue de mobiliser la communauté des chercheurs et chercheuses d’Haïti en faveur du libre accès. Ils animent des séminaires. Il y a de cela quelques mois, ils ont organisé un petit colloque à l’Institut d’Études et de Recherches africaines d’Haïti. Ensuite, à Limonade, au campus de l’Université Henri Christophe, dans le Grand-Nord du pays, ils ont réalisé une table ronde autour de « la justice cognitive, un concept essentiel pour théoriser la valorisation des savoirs scientifiques et non scientifiques d’Haïti », table ronde à laquelle participaient Florence et Jean-Marie grâce à la magie d’Internet. C’est grâce aux Classiques des sciences sociales que beaucoup de jeunes peuvent poursuivre leurs travaux de recherche. Et ce grand réseau des jeunes bénévoles est un pas important vers le succès collectif.

Par ailleurs, toute cette dynamique crée une belle image. Beaucoup d’Haïtiens et d’Haïtiennes veulent venir à Chicoutimi, venir visiter l’UQAC, rien qu’en reconnaissance de ce que font les Classiques des sciences sociales. En Afrique francophone, le constat serait le même. Dans une perspective touristique durable, cette énergie a toute sa place. Les Classiques constituent en ce sens un outil de développement économique et touristique de la région. D’ailleurs, quand on visite le site des Classiques, on peut y lire des textes sur Chicoutimi et ses environs, sur la culture de la région, si bien qu’on va s’y intéresser, ne serait-ce que pour venir faire du tourisme culturel! Ça pourra être aussi le cas en Haïti, car la sous-collection projette une autre image du pays. En lisant ces textes en ligne, on peut apprendre beaucoup sur l’histoire et la culture du peuple haïtien.

Les Classiques jouent ainsi un rôle fondamental dans la conservation et la mise en valeur du patrimoine culturel immatériel du monde. Tout compte fait, la sous-collection « Études haïtiennes » — faisant partie de la grande collection des sciences sociales contemporaines de cette bibliothèque numérique — exprime une certaine justice cognitive qui rend plus visibles les savoirs produits en Haïti.

Hélas, la branche des Classiques en Haïti n’a pas tous les moyens qu’il faut pour se développer plus rapidement. Il nous manque des ressources logistiques. Nous avons une grave carence d’ordinateurs. Nous n’avons même pas un seul scanner pour numériser; nous n’avons pas non plus un véritable espace de travail. Mais, nous restons optimistes et motivés. N’est-ce pas ce qui est d’abord essentiel?

Pour citer ce texte :

Dorcé, Ricarson et Émilie Tremblay. 2016. « La mise en valeur par les Classiques des sciences sociales des savoirs produits en Haïti ». In Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, sous la direction de Florence Piron, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba. Québec, Éditions science et bien commun. En ligne à https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1.

 

 

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