11 Conclusions générales

L’analyse qui précède de la conception générale, de l’orientation, de l’organisation générale et des programmes de l’enseignement en Afrique Noire, démontre la nécessité d’une réorganisation complète du système d’éducation dans son ensemble. C’est là certes un point de vue auquel avec plus ou moins de réticences et de confusion, se sont ralliés et se rallient de plus en plus les dirigeants politiques, l’intelligentsia de l’Afrique Noire, grâce à l’action persévérante de l’aile avancée et progressiste de l’ensemble du corps enseignant autochtone africain, et notamment du « collectif » de professeurs africains qui se sont mis au service de la République de Guinée au lendemain de son indépendance et y ont entrepris et mené à terme avec l’accord du gouvernement guinéen, la première tentative de réforme sérieuse de l’enseignement en Afrique Noire. Nous aurons très bientôt l’occasion d’examiner d’un point de vue critique cette expérience et d’essayer d’en tirer le plus d’enseignements possibles.

Notons pour le moment, que l’expérience propre des masses populaires, des milieux dirigeants et gouvernementaux dans les différents États africains est un des plus puissants leviers qui ont permis au cours des dernières années, de soulever cette importante question de la réorganisation de l’enseignement, et qui permettront à l’avenir d’en éclairer les différents aspects et d’en faire apparaître encore plus nettement la nécessité et l’urgence. Cependant, ça et là, se font jour des tentatives de l’impérialisme, visant dans le cadre de sa politique néo-colonialiste actuelle à s’emparer de cette idée, à la vider de son contenu, à l’accommoder de façon à pouvoir l’intégrer à sa politique culturelle et à la faire ainsi se retourner dans les faits contre les objectifs fondamentaux qui lui sont originellement dévolus. C’est ainsi que jamais on n’a vu aussi grande floraison « d’experts » de l’éducation sillonner l’Afrique Noire, « mettre au point » et proposer les plans les plus invraisemblables de « réorganisation de l’éducation », de « scolarisation accélérée », etc. Il importe au plus haut point que les enseignants, tous les Africains prennent conscience de ce phénomène et engagent une lutte résolue contre cette campagne subtile et sournoise menée auprès des milieux gouvernementaux. Que ces derniers se « laissent » aisément « convaincre », il n’est rien de moins étonnant si l’on ne perd pas de vue leur politique de collaboration avec l’impérialisme, basée sur la corruption, la division des patriotes, la démagogie vis-à-vis des masses, la trahison des intérêts nationaux les plus fondamentaux, le manque total de démocratie et l’obscurantisme (franc ou voilé, subtil ou naïvement « proclamé »). Les gouvernements qui mènent une telle politique n’ont aucun intérêt à une véritable réorganisation du système d’éducation qui pourrait enfin faire de cette dernière, au lieu du privilège de quelques-uns ou de certaines couches sociales (néo-bourgeoisie, fonctionnaires), une chose réellement à la portée d’un nombre de plus en plus grand d’enfants, d’adolescents et d’adultes. Aussi il appartient à tous les éléments conscients (enseignants, parents d’élèves, jeunes et étudiants, syndicats, etc.), de prendre en mains la cause de la réorganisation discutée au grand jour, et non « secrète » par des experts et décidée à l’insu de nos populations, des parents d’élèves et des enseignants qui sont les principaux et véritables intéressés.

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