43 Hindou Oumarou Ibrahim (1984-), Tchad

Marlyatou Diallo

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À tout juste 31 ans en 2015, Hindou Oumarou Ibrahim est l’une des chantres africains de la lutte pour la protection de l’environnement. Elle sillonne les sommets internationaux sur le climat pour plaider la cause des populations autochtones du Tchad, victimes du réchauffement climatique. La reconnaissance de l’engagement de la jeune femme est l’aboutissement d’un parcours exceptionnel.

Enfance

Tout commença le jour où la mère de Hindou conduisit à l’hôpital une parente dont l’état de santé s’était détérioré parce que, ne sachant pas lire, son entourage n’avait pas suivi les prescriptions. Ce malheureux épisode a raffermi la détermination d’une mère à scolariser ses enfants malgré l’opposition d’un entourage familial conservateur qui voyait en l’école occidentale un moyen de perversion. « Ma mère ne s’est pas simplement battue pour m’envoyer à l’école, elle a tout donné pour m’y maintenir », témoigne Hindou.

A l’école, elle fut confrontée au rejet des autres élèves qui refusaient de s’asseoir à côté d’elle parce qu’elle était une peule mbororo. Cette communauté nomade vivant exclusivement de l’élevage et de l’agriculture de subsistance était stigmatisée par les autres populations. Pour Hindou, ce fut le déclic. « Je me suis dit que si moi, qui suis instruite, je n’échappe pas à la discrimination,  la situation devait être pire pour la majorité de mon peuple n’ayant pas accès à l’éducation ».

Durant sa scolarité, elle sensibilisa ses camarades à l’importance de se défaire des préjugés pour promouvoir le vivre-ensemble. Puis en 1999, elle participa à la création de l’Association des Femmes Peuls et Autochtones du Tchad (AFPAT) pour améliorer les conditions de vie des Mbororo. Elle réalisa alors que ce combat était indissociable de la lutte contre le réchauffement climatique qui mettait en péril le mode de vie des Mbororo. « La sécheresse réduit les moyens de subsistance et contraint les populations à se déplacer », explique-t-elle.

Engagement pour l’environnement

Ce constat la conduisit à s’intéresser à l’environnement. Avec son association, elle organisa des campagnes de sensibilisation sur les droits de l’Homme et sur la protection de l’environnement. En outre, elle s’est battue pour faire reconnaître l’importance des connaissances traditionnelles dans l’adaptation aux changements climatiques et la nécessité d’unir les forces des sciences modernes météorologiques et des savoirs traditionnels. Ce combat fut couronné de succès puisqu’en 2012, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a reconnu le rôle essentiel des savoirs traditionnels dans l’adaptation au changement climatique.

L’AFPAT fut la première association à base communautaire qui participa aux négociations internationales sur le climat. Pour Hindou, ces rencontres constituèrent l’occasion d’attirer l’attention du monde sur les répercussions du changement climatique dans la région du Sahel et sur la nécessité de soutenir les programmes d’adaptation dans les pays vulnérables.

Aujourd’hui, Hindou vit auprès de populations vulnérables au Tchad où elle est retournée après avoir décliné une proposition d’embauche à New York au sein du système onusien.

Le fait de vivre sur le terrain et de constater par moi-même les dégradations de l’environnement et les difficiles conditions de vie des populations renforce ma détermination et me donne des arguments à faire valoir lors des sommets sur le climat», se justifie-t-elle.

Un combat pour l’environnement qu’elle partage avec son époux, un Français qui vit à Paris et qu’elle n’a l’occasion de rencontrer que lors des sommets sur le climat. « C’est notre passion commune pour l’environnement qui nous a unis et c’est cette passion qui nous fait supporter la distance ». Pour elle, participer à sauver la planète vaut tous les sacrifices.

Références

Chastain, Marion (2015), « Hindou oumarou Ibrahim, peule et tchadienne, est une combattante pacifique contre le réchauffement climatique et pour les droits des femmes », TV5 Monde, 2 avril.
http://information.tv5monde.com/terriennes/tchad-les-femmes-peules-au-coeur-de-la-lutte-contre-le-changement-climatique-25552 (consulté le 20/10/15)

Hindou Oumarou Ibrahim (2011), « Témoignage de Hindou Oumarou Ibrahim sur l’impact du changement climatique dans sa communauté : Peule Mbororo du Tchad », disponible en PDF par l’intermédiaire du site internet officiel de l’International Organization for Migration :
https://www.iom.int/jahia/webdav/shared/shared/mainsite/micro sites/IDM/workshops/climate-change-2011/Day2-Statement-Hindou-Oumarou-Ibrahim.pdf (consulté le 20/10/15)

Hindou Oumarou Ibrahim (s.d.), « La fille peule autochtone du Tchad », disponible en PDF par l’intermédiaire du site internet officiel de l’UNESCO :
http://www.unesco.org/culture/fr/indigenous/Dvd/pj/PEUL/PEU LC4_1.pdf (consulté le 20/10/15)

Informations sur l’Association des femmes peules et autochtones du Tchad (AFPAT) par l’intermédiaire du site internet Réseau Climat & Développement (2015) :
http://climatdeveloppement.org/lercd/afpat-tchad/ (consulté le 20/10/15)

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