36 Bea Johnson, États-Unis

Myriam Adam

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Béa Johnson. Certains la connaissent un peu, beaucoup… ou pas du tout. Cette mère de famille originaire d’Avignon (France) a étudié l’art en France, en Angleterre et aux États-Unis où elle vit depuis ses 18 ans. Arrivée au pays en tant que fille au pair pour vivre le rêve américain, elle a aujourd’hui radicalement changé son mode de vie. Depuis 2009, elle, son mari et leurs deux enfants ne produisent qu’un kilo de déchets par an alors qu’un individu en produit de 250 kg jusqu’à plusieurs tonnes : « C’est un équilibre de vie qu’on a trouvé ». Tout ce qui tient à la futilité ne fait plus partie de la vie des Johnson.

Une envie de renouveau

« Bea Johnson ne nous enseigne pas juste à sauver la planète. Elle nous enseigne à nous sauver. » (Colin Beavan, auteur de No impact man).

L’artiste-peintre Béa Johnson a mis entre parenthèses sa carrière pour se consacrer à un mode de vie plus écologique et tenter, à sa juste mesure, d’y initier le monde grâce à son livre Zero Waste Home.

Tout commença par un déménagement. Après avoir parcouru le monde avec son mari et pour seul bagage leur sac à dos, Béa Johnson avait acquis une très grande maison, un gros 4×4 et vécut l’hyper-consommation pendant 7 années. Puis, comme par envie de renouveau, de revenir vers l’essentiel et un idéal de vie plus simple, Béa finit par convaincre son mari de quitter San Francisco pour la banlieue nord, Mill Valley : « Au bout d’un moment j’ai ressenti un grand vide, un profond malaise et une immense insatisfaction, comme si une partie de moi mourrait », expliqua-t-elle dans une entrevue au Monde.

Cette banlieue aisée ne leur a pas donné satisfaction de sitôt. Il fallut attendre près de deux années pour que la famille trouve la maison qui leur convenait… bien loin de ce à quoi elle s’attendait au départ. Pendant ces deux années, les Johnson vécurent dans un petit appartement, la majorité de leurs affaires au garde-meubles, le strict nécessaire étant suffisant à remplir leur petit nid. Ce fut le déclic :

L’expérience nous a plu, le reste s’est révélé superflu : on a tout vendu pour s’installer dans une maison deux fois plus petite qu’avant, on a donné tout ce dont nous n’avions plus l’usage, et nous avons entamé une nouvelle vie, avec peu de choses.

Le début d’une vie plus sain-ple

Auteure du best-seller 2013 Zero Waste Home (Zéro déchet pour l’adaptation au mode de vie français), Béa Johnson fait maintenant le tour du monde et passe de conférences en entrevues. C’est d’ailleurs l’empreinte écologique la plus forte qu’elle génère.

Vous vous imaginez bien que ces conférences engendrent parfois un vol en avion, ce qui alourdit sérieusement mon empreinte carbone, mais j’estime que si ma présentation peut ne serait-ce qu’inspirer une seule personne, ça en valait la peine : d’après les retours que j’en ai, je peux vous assurer qu’aucun de mes déplacements jusqu’à présent n’a été un gaspillage de kérosène!, indique-t-elle sur son site internet.

Un mode de vie révolutionnaire ?

Absolument tout a été revu dans la vie des Johnson. Du coton démaquillant au sac plastique, Béa Johnson se débarrassa de tout et choisit des alternatives écologiques et durables dans l’optique d’un futur meilleur. « Pour le futur de nos enfants. Mon mari a quitté son emploi pour ouvrir une entreprise de conseil en développement durable et moi je me suis occupée de la maison », explique la mère de famille.

Tous les aliments sont achetés en vrac, même les pizzas achetées au pizzaiolo font partie du changement : les enfants vont les chercher avec leurs assiettes !

Dans la cuisine, les boites plastiques ont laissé place aux bocaux en verre, ainsi qu’aux sacs en tissus confectionnés par elle-même « sur lesquels est inscrit le poids du sac : lors du passage en caisse, il suffit alors de peser et de déduire le poids du contenant. Elle utilise aussi des bocaux en verre de un litre dans lesquels elle met du fromage, de la viande, du poisson, de la charcuterie, et réserve le dernier pour les envies du moment (olives, miel ou huile) » rapporte le journal.

Concernant sa garde-robe ? Elle est loin de l’énorme dressing des films hollywoodiens Désormais, Béa ne possède qu’une quinzaine de vêtements au total. Néanmoins, si tout est acheté de seconde main dans les friperies et deux fois par an seulement, elle achète neufs les costumes de son mari, ainsi que les chaussures, pour une durée dans le temps plus importante.

À l’heure de l’hyperconsommation, du bien-être et du soin de soi, comment la jeune artiste-peintre de formation s’en sort-elle ? Les lingettes lavables remplacent les cotons jetables, les cosmétiques produits par les chaines commerciales sont désormais produits par Béa Johnson ! Pour ce qui est du reste, comme le shampoing ou le savon, ils sont achetés eux aussi en vrac. Et le maquillage ? Du chocolat en poudre pour les joues !

Les 5 R de Béa

Vivre dans un des pays les plus pollueurs au monde et ne rejeter qu’un kilo de déchets par an, il y a forcément une recette magique… et ce sont les 5R !

À celle des écolos “réduire, réutiliser, recycler”, j’ai ajouté en première action :  refuser. En agissant dans l’ordre, on arrive à n’avoir quasiment aucun déchet non recyclable ni compostable.

Refuse, reduce, reuse, recycle, rot” (refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter), voici les mots d’ordre! Pour Béa Johnson, tout commence à la source de nos besoins : moins on apporte de choses chez nous, moins on produira de déchets. Si ce mode de vie est écologique et plus sain en énergie positive, il est aussi économe. Elle explique qu’elle dépense désormais un tiers de moins en alimentation. Il n’est pas suffisant de se dire que le compostage et le recyclage sont la solution. Consommer proprement, c’est l’avenir d’une société qui se veut écologique et qui espère lutter contre les bouleversements écologiques.

Néanmoins, il n’est pas toujours évident de fonctionner comme la famille Johnson :

Les gens se disent qu’ils n’ont pas le temps et se disent que cela va coûter trop cher. Bien sûr, il faut être organisé pour y arriver. Mais après, cela prend moins de temps : on réfléchit en deux fois avant d’acheter, cela réduit les dépenses et le temps investi dans le superflu, résume-t-elle.

Autre chose, les aliments en vrac ne se trouvent pas partout. Même si on voit apparaître de plus en plus d’enseignes, certaines populations ne sont pas encore prêtes au système, par exemple le cas en Allemagne.

Pour cette famille, le temps d’adaptation, de remise en question ne s’est conclu que par des points positifs : le désencombrement de leur habitat, une meilleure alimentation mais aussi un temps consacré à leur famille plus important. « Le moins on a, le plus on passe du temps ensemble, à faire ce que l’on a envie de faire. »

A sa façon, Béa Johnson commence à faire bouger les mentalités mais surtout à donner des petites astuces et solutions à ceux et celles qui ont envie de changer, mais ne savent pas comment.

Cela me fait chaud au cœur de voir la vitesse à laquelle le zéro déchet se propage. La fille Au pair de 18 ans que j’étais lorsque je suis arrivée aux USA, n’aurait jamais pu s’imaginer un jour faire des discours en public, ou écrire un livre qui serait traduit en coréen, ou lancer un mouvement qui serait adopté dans le monde entier!, peut-on lire sur son blog.

Enfin, concernant les engagements (survolés) des chefs d’État dans l’environnement, Béa Johnson m’a simplement dit : « Qui les ont élus ? Le pouvoir démarre à partir des citoyens ! ». Tout est dit.

Références

Novel, Anne-Sophie (2012), « Les Johnson : un couple, deux enfants et zéro déchet depuis trois ans », blog Lemonde.fr, 25 novembre.
http://alternatives.blog.lemonde.fr/2012/11/25/zero-waste-home-les-johnson-un-couple-deux-enfants-et-zero-dechet-depuis-trois-ans/ (consulté le 01/12/15)

Le Gall, Anne-Laure (2013), « Bea Johnson, le nouveau messie de l’écologie », Paris match, 29 mars.
http://www.parismatch.com/Vivre/Art-de-vivre/Bea-Johnson-le-nouveau-messie-de-l-ecologie-235076 (consulté le 01/12/15)

Site internet officiel de l’association Zero Waste Home :
http://www.zerowastehome.com (consulté le 01/12/15)

Entretien avec Bea Johnson

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