9 L’histoire de vie collective, une stratégie citoyenne pour contrer la marginalisation sociale

Jacques Rhéaume

Le processus de marginalisation sociale est un phénomène complexe, compte tenu des divers sens que l’on peut accorder à la notion de marginalité. En effet, ne pas s’inscrire dans une norme centrale, un mode de vie dominant socialement, marquer sa différence plus ou moins fortement expose à un mode de vie en marge. Le sens que nous donnons ici a plus à voir avec une marginalisation forcée, la difficulté d’être reconnu pleinement comme citoyen et citoyenne avec des droits et devoirs, d’avoir les ressources requises pour un véritable pouvoir d’agir socialement et personnellement. Se retrouvent ainsi menacées diverses populations spécifiques, dont les personnes en itinérance ou sans domicile fixe, des jeunes en difficultés, d’autres qui souffrent de problèmes de santé mentale, d’autres encore qui s’inscrivent dans une longue histoire de pauvreté et, enfin, un certain nombre de migrant(e)s, en particulier les réfugié(e)s et demandeur(se)s d’asile ou des immigrant(e)s qui rencontrent des obstacles multiples dans leur parcours d’insertion sociale.

Quelques dimensions importantes sont sources potentielles d’un processus de marginalisation. Une première est certes la difficulté d’accès à des ressources matérielles et économiques suffisantes. Vivre sur l’aide sociale, sur l’aide à l’emploi, être en chômage persistant, vivre de prestations de vieillesse ou d’invalidité, occuper des emplois précaires sont sources de situations de pauvreté. D’autres facteurs favorisent aussi une marginalisation contrainte et ils sont bien connus : la faible scolarité et le décrochage scolaire, le chômage de longue durée et les pertes d’emplois, l’isolement et les problèmes de santé mentale, les incapacités physiques ou les déficiences mentales, les grandes différences culturelles par la langue, la religion, le genre, le mode de vie. La cumulation de ces difficultés de vie constitue les conditions propices à une marginalisation. Mais il faut prendre en compte aussi le rapport vécu des individus confrontés à ces limitations et les ressources possibles, les actions collectives et la solidarité qui peuvent être mobilisées pour contrer ce mouvement de marginalisation.

C’est dans ce contexte social que nous présentons les histoires de vie collectives comme pratique de recherche et d’intervention. Nous allons faire état de nos expériences de recherche fondées sur une telle approche, réalisées auprès de deux organismes communautaires et une autre auprès de familles de réfugié(e)s[1]. Enfin, nous soulignerons en conclusion les effets attendus de l’approche des histoires de vie.

Le récit de vie : individuel, en groupe et collectif

Le récit de vie est une narration autobiographique faite par un narrateur ou narratrice à un ou plusieurs interlocuteurs ou interlocutrices, appelés narrataires, et est le plus souvent défini comme un récit individuel. La narration dont il est question porte sur un fragment, une période ou une série d’expériences de la vie propre de la personne narratrice. En recherche, ce récit répond à une demande explicite d’un chercheur ou d’une chercheuse intéressé(e) à recueillir cette information privilégiée.

Le récit de vie s’adresse le plus souvent à autrui dans le cadre d’une relation dyadique ou groupale mettant en présence des narrateurs et narratrices et un ou plusieurs chercheurs et chercheuses, formateurs et formatrices ou cliniciens et cliniciennes. C’est déjà là une intervention et une pratique sociales : des rôles sont définis, des attentes et des buts posés, des règles énoncées. Tel récit par exemple se fait sous forme d’un entretien portant sur tel ou tel grand thème : l’expérience de la vie de travail; le vécu d’une situation de chômage ou d’exclusion sociale. De plus, tout récit individuel est produit par un individu social qui, dans son récit, fait référence à diverses appartenances sociales, à une variété d’institutions : famille, école, travail, amis, quartier de vie, associations. Ce récit exprime tout autant le projet individuel qui traverse l’expérience collective : des choix sont faits, des impasses ou des ruptures sont évoquées, bref, une dynamique bien personnelle et singulière opère une démarche toujours inachevée de liberté ou de libération. En ce sens, le récit de vie est fondamentalement une expérience subjective individuelle et sociale.

La pratique du récit de vie peut se faire en groupe, par exemple dans l’approche développée en France par Vincent de Gaulejac « Roman familial et trajectoires sociales » (1987 et 1999). Cependant, le récit de vie demeure alors centré sur l’expérience individuelle, le groupe servant de support à l’exploration et à l’analyse de ces récits de vie. Ce n’est pas le groupe lui-même qui est l’objet central de l’analyse.

Le récit de vie collectif (Rhéaume, 2008 et 2012) pourrait par contraste être défini comme l’histoire que se racontent les membres d’un groupe formellement institué à propos de sa vie collective. Cette narration porte d’abord sur l’histoire vécue du groupe, même si elle repose sur un récit enraciné dans l’expérience subjective des membres du groupe. Le récit ainsi produit couvre l’émergence et la constitution du groupe comme collectif, son évolution, ses réalisations, ses projets futurs. Ce vécu partagé du collectif est inséparable de la dynamique individuelle plus profonde qui se rejoue sur la scène du groupe. Il peut arriver, et c’est le cas des recherches présentées plus loin, que des récits de vie individuels de membres du groupe, produits dans le cadre d’entretiens individuels de recherche, viennent compléter le récit collectif. Dans ce cas, le récit de vie individuel sert d’éclairage complémentaire à l’histoire du groupe. Il permet de mieux comprendre les significations fondamentales données par les individus à leur insertion et leur engagement dans le collectif : les motivations, les aspirations, les peurs, les adhésions, les projets personnels qui sous-tendent la vie du groupe.

Récits de vie collectifs en milieu communautaire

Au-delà des interventions publiques en santé et services sociaux, l’action communautaire est une voie privilégiée pour rejoindre les personnes en difficultés et les impliquer dans des démarches susceptibles de redonner du sens à leur vie et d’offrir un soutien qui répond à tout un ensemble de besoins, matériels, culturels, psychologiques.

De l’itinérance à l’itinéraire

Une première recherche[2] a été réalisée avec un groupe communautaire constitué de personnes définies comme « sans domicile fixe » ou, selon le vocabulaire fréquemment utilisé au Québec, des « itinérants » et « itinérantes » (personnes vivant dans l’errance urbaine). Ce groupe s’est donné un nom qui résume en quelque sorte le projet collectif : L’Itinéraire. En effet, ce terme traduit le passage de l’« itinérance », mouvement erratique, sans but, sans signification, à la constitution d’un « itinéraire », d’un trajet-projet défini, repérable, directionnel, signifiant. Nous retraçons ici les principaux éléments de la démarche de recherche-intervention réalisée.

La demande de recherche a été faite à des universitaires par le coordonnateur du groupe L’Itinéraire, suite à une résolution votée en conseil d’administration, organisme central du groupe qui fonctionne suivant une direction collégiale. Cette demande consistait à réaliser une recherche évaluative portant sur l’histoire du groupe depuis sa fondation en 1988.

Le cadre conceptuel de la recherche s’appuyait sur les dimensions suivantes : le travail comme source de structuration du collectif et des individus; le partage d’une vision commune et d’un projet émancipatoire; le développement d’une mémoire collective de l’histoire du groupe vécue. Ces repères théoriques, discutés dans l’équipe de recherche, correspondaient aux orientations de base du groupe, définies autour de la notion d’empowerment (développement d’une conscience critique accrue et d’un pouvoir concret sur sa situation de vie, individuelle et collective) (Côté et al., 2002).

Le groupe L’Itinéraire, formé d’ex-itinérants et ex-itinérantes, pour la plupart toxicomanes, misait sur un programme d’activités concrètes, sur le travail comme base du collectif. Se sont ainsi développées la production et la diffusion d’un journal de rue, appelé L’Itinéraire, la création d’un restaurant appelé « Café sur la rue », et plus récemment celle d’un « Café Internet ». Ces activités reposaient sur une base d’autofinancement, même si une aide financière externe (organismes privés, gouvernement) avait été requise pour assurer l’infrastructure du groupe (coordination, équipement). Un salaire était versé aux membres du groupe. En même temps, ce groupe avait aussi des objectifs de soutien social, d’entraide entre les membres et une orientation de défense des droits de la personne, en particulier des personnes vivant dans la précarité.

La méthodologie de recherche combinait plusieurs techniques de production de données : analyse documentaire, enquête par questionnaire, récits de vie individuels et collectifs. Des rencontres avec le collectif se sont faites à trois moments clés : au début de l’étude, autour d’un rapport d’étape et au moment de la production du rapport final. Mais l’organisme était partie prenante de la démarche tout au long de l’étude, par ses représentants et représentantes, dans un comité directeur de la recherche.

La recherche documentaire portait sur différents textes, rapports, matériel de publicité produits par le groupe L’Itinéraire, dont en particulier une étude faite peu de temps auparavant sur le journal de rue et le public lecteur. L’enquête par questionnaire, avec entrevue, a été réalisée auprès des 31 membres « réguliers » du groupe L’Itinéraire. Notons qu’il y a, autour de ce noyau plus stable, un nombre important de « temporaires », soit une trentaine, que nous n’avons pas interviewés : il et elles sont surtout impliqué(e)s dans la diffusion du journal. Il y a aussi les « clients » et « clientes » plus réguliers des cafés, soit une autre trentaine de personnes.

Quatre récits individuels ont été réalisés. L’analyse de ces récits ainsi que des résultats provenant des autres analyses ont ensuite été présentés au collectif lors de deux rencontres, ce qui a permis d’amorcer ce que nous pourrions qualifier de récit collectif. L’analyse des récits, complétée et validée par le groupe, a permis de dégager les points principaux suivants.

Les récits de vie entendus partageaient des points communs. L’expérience familiale avait été difficile dans tous les cas, le rapport à l’école aussi, et l’expérience polytoxicomaniaque représentait chez tous et toutes le tournant décisif, qui fait dériver jusqu’à la rue. Mais les expériences allaient varier beaucoup d’une personne à l’autre, par exemple suite à l’émergence d’une identité homosexuelle, à une expérience particulièrement forte de violence familiale ou la violence de quartier vécue durant la jeunesse.

Un trait commun ressortait de ces entrevues, c’est la forte quête d’idéal, idéal déçu souvent, mais non moins voulu et désiré. Chez plusieurs, cet idéal d’une vie « hors de l’ordinaire » s’accompagnait d’une image de soi très forte, narcissique. Pour d’autres, il était question d’une recherche d’expérience de vie intense, absolue, dans le moment présent. L’expérience de la toxicomanie exprimait et causait à la fois cette recherche d’intensité. Par contraste, cette quête de l’idéal et de l’intense rendait d’autant plus dures les descentes sociales et psychologiques qui avaient précédé l’entrée à L’Itinéraire.

Les personnes venaient de milieux populaires, plutôt modestes, mais non lourdement défavorisés. Les pères étaient chauffeurs de taxi, commis, plombiers, saisonniers en construction… Le parcours de vie va exprimer, pour plusieurs, une remontée relative par rapport à cette origine, pendant un temps puis, pour tous et toutes, une régression vers du plus précaire, la rue ou tout près, plus ou moins longtemps.

L’entrée à L’Itinéraire représentait donc, et c’était notre interprétation, un défi double : psychologiquement, retrouver la dignité et l’estime de soi; socialement, retrouver son autonomie et un statut de classe populaire ou moyenne. Sortir pour plusieurs de l’emprise toxicomaniaque, se réaliser dans un travail intelligent et satisfaisant. Et ce n’est pas l’idéal qui manquait.

Pourtant, la base demeurait fragile. On veut vivre dans L’Itinéraire une expérience à la mesure de ses exigences retrouvées, d’intensité, de « hors de l’ordinaire ». L’accent sur l’excellence et la productivité du journal exprimait fortement cet idéal. En même temps, les dépendances étaient encore bien lourdes, et il fallait de l’aide et du soutien. Il fallait surtout retrouver du sens à l’ordinaire, dans la durée et la persistance, dans la qualité des rapports humains à construire, pour y vivre là l’extraordinaire.

Trois parcours types

Un des résultats remarquables de l’étude est la convergence relative entre les parcours individuels et le projet collectif, au double plan des aspirations et du développement des compétences professionnelles. Le développement du groupe L’Itinéraire était inséparable de la problématique psychosociologique des parcours de vie de ses membres. Pour illustrer la dimension des compétences et savoir-faire, trois types de personnalité ont pu être dégagés des récits de vie individuels.

Un premier type de personnalité émergeait des récits de vie : c’est le type relationnel. La personne venait à L’Itinéraire parce qu’elle aimait les contacts, elle en avait besoin pour être reconnue dans sa valeur propre, elle aimait vivre intensément ses idées avec d’autres, fêter aussi. Ce besoin relationnel s’appuyait sur une histoire de vie où cette dimension était constamment présente, dans des boulots passés, dans la façon de consommer, de vivre, voire dans une recherche d’appréciation qui manquait autant dans la famille que niée à l’école.

Le deuxième type serait celui du vendeur. Personne de contact aussi, mais qui voulait toujours proposer un produit, une bonne « affaire », un échange, avec une aisance dans le public, une exposition fière de ses capacités. Vente par nécessité aussi, comme stratégie offensive pour survivre, fondée sur une expérience qui peut avoir été très dure de manque et de pauvreté dans la famille, le quartier. Débrouillardise qui a pu emprunter la voie de vendre des produits illicites tout aussi bien.

Enfin, un troisième type était celui de l’écrivain artiste. Des capacités de création et d’écriture, un comportement peut-être marginal à l’école, mais pour cause d’originalité et de rébellion. Un goût de s’exprimer et de se faire connaître dans la qualité de son contenu et de son expression. Un goût pour le journal, le journalisme, mais plus généralement pour créer et s’exprimer. Et ce désir d’écrire était d’autant plus vif qu’il a pu être bloqué dans le passé, mal reconnu, méconnu.

C’étaient trois profils chargés d’idéal et d’une forte quête narcissique, trois parcours d’obstacles constants dressés contre cette quête. Trois exigences qui se retrouvaient dans le projet même de L’Itinéraire, qui faisaient L’Itinéraire, qui dépendaient aussi de L’Itinéraire.

Le groupe L’Itinéraire s’est approprié collectivement les résultats de cette recherche dans un moment de redéfinition de l’organisme, et suite à des événements très difficiles dont la mort de quelques membres et en particulier de leur coordonnateur, personnalité charismatique et qui n’était pas lui-même à l’abri de rechutes dans la consommation de drogues, mais qui de ce fait même incarnait le modèle d’une lutte continue pour s’en sortir. Un suivi informel de l’expérience de ce groupe communautaire par les chercheurs confirme la solidité de l’organisme, qui poursuit toujours ses projets, en 2018, y intégrant davantage d’activités de soutien des membres : rencontres, aide mutuelle et présence sur la scène sociale.

L’expérience de Multicaf, organisme d’aide alimentaire

Dans le cadre général d’une démarche de recherche évaluative[3], une demande a été faite par l’organisme communautaire Multicaf visant à faire le bilan critique de l’évolution de leur organisme, demande faite auprès d’un centre de recherche et de formation d’un établissement de santé œuvrant dans un quartier pluriethnique à Montréal (le centre local de services communautaires Côte-des-Neiges). Cet organisme communautaire offrait depuis une dizaine d’années des services alimentaires à une population pauvre, multiculturelle, dans un quartier qui connaît une forte immigration (la majorité des habitants du quartier sont d’origine autre que canadienne). L’organisme offrait les services d’une cafétéria communautaire (une moyenne de 150 repas du midi, chaque jour), distribuait des paniers alimentaires à des familles en difficulté (sur une base régulière, hebdomadaire, d’environ 700 paniers). De plus, un groupe d’achats collectifs de nourriture réunissait une cinquantaine de familles.

L’objectif général de la recherche était de réaliser un bilan critique du développement de cet organisme communautaire, par l’analyse des processus psychosociaux reliés à l’empowerment, dans une perspective de prévention de la santé et d’intégration sociale.

Méthodologie

La reconstitution de l’évolution historique vécue par les membres de Multicaf s’est appuyée principalement sur les données produites dans des histoires de vie racontées en entrevue.

  • Huit entrevues individuelles semi-dirigées ont été réalisées auprès d’un premier groupe de participants et participantes, soit les premiers responsables ou des acteurs et actrices très actifs dans les premières années de Multicaf. Deux entrevues collectives ont ensuite réuni ces mêmes personnes pour confirmer et compléter ces rencontres individuelles. Ces entrevues ont eu lieu à l’été et à l’automne 2001.
  • Quatorze entrevues individuelles ont été réalisées avec les principaux acteurs actuels de l’organisme, membres de la direction, membres du CA[4], employé(e)s, et membres usagers. Quatre rencontres avec le CA élargi (aux employé(e)s) ont permis de compléter et valider les informations recueillies dans les entrevues individuelles. Ces entrevues ont été menées à l’été et à l’automne 2002, celles de groupe furent poursuivies en 2003. Ce sont les rencontres du CA élargi qui ont constitué la part collective des récits de vie. En effet, cette instance, élargie à la participation d’employé(e)s, constitue le noyau stable de Multicaf.
  • Sept entrevues de type récits de vie individuels ont été faites auprès de membres usagers ou d’employé(e)s pour illustrer des parcours individuels de vie des membres. Ces entrevues ont été réalisées au printemps et à l’été 2003. La durée des entrevues individuelles était d’une heure et demie. Les entrevues de groupe variaient de deux à trois heures.
  • Il y a eu également une analyse documentaire des principaux écrits produits par l’organisme (les bilans annuels d’activités, les rapports d’étude sur des activités spécifiques, la charte), ainsi que des articles de journaux ou autres documents publics.
  • Enfin, il y a eu production d’un document audiovisuel, un DVD de 40 minutes, impliquant les acteurs et actrices principaux de Multicaf, mais plus largement les membres utilisateurs des services (cafétéria, paniers de provision). Un événement public de diffusion a également clôturé la démarche en 2004.

Récit de vie collectif de Multicaf

Vingt années se sont écoulées depuis les premières heures d’existence de l’organisme Multicaf, en 1984, organisme communautaire voué à offrir de l’aide alimentaire à une population démunie du quartier Côte-des-Neiges (CDN). Les données sur les zones de pauvreté à Montréal (puisées dans les documents du conseil communautaire de CDN) révèlent que 40 % de la population du secteur CDN, représentant environ 40 000 personnes[5], vivaient sous le seuil de pauvreté et qu’au moins 9 000 personnes parmi elles souffraient de la faim. C’est cette réalité socio-économique qui est à l’origine de ce projet.

La fondation et la mission de Multicaf

Le récit des fondateurs et le retour aux textes d’origine, mais aussi la référence aux détails des activités du début, constituèrent un repère central dans le récit collectif. C’est une clé pour comprendre toute l’évolution de l’organisme. Rappelons quelques éléments de ce premier cadre social de la mémoire collective des personnes interviewées.

Tous les intervenants (les fondateurs) rencontrés en entrevues ont insisté sur la triple mission de l’organisme Multicaf :

  • un service de base : fournir une aide alimentaire;
  • un soutien social : favoriser un milieu de vie pour les membres usagers;
  • de l’action sociale : conscientiser et mobiliser les gens du quartier pour lutter contre la pauvreté.

Un autre élément important de ce récit fondateur était la signification de la nomination d’origine, Multicaf. Le nom « Multicaf » avait été inspiré par l’aspect multiculturel du quartier, mais aussi par l’idée de « multitude », de diversité et d’ouverture à tous et à toutes. Naissait déjà ce qui caractérise maintes pratiques actuelles de l’organisme, soit une visée de citoyenneté inclusive non seulement des gens d’origine immigrante, mais de personnes de différents statuts socio-économiques, voire souffrant de maladies mentales.

Ces éléments étaient éclairants et présents au moment des entrevues de groupe avec les membres actuels de Multicaf. La mission triple présentée par les chercheurs à partir des entrevues des fondateurs a fait l’objet de nombreux commentaires et références sur les tensions entre ces trois volets de la mission et leur transformation. Par exemple, plusieurs ont noté la diminution des actions de conscientisation et d’action critique. Mais la présence constante de plusieurs membres dans différents réseaux d’action : défense de logements sociaux, accès au travail, économie sociale et solidaire, accueil d’immigrants et immigrantes, etc., venait corriger cette impression de départ de moindre mobilisation. Comme le disaient des membres du CA : les luttes aujourd’hui se faisaient moins autour de manifestations et de dénonciations, mais au cœur d’organisations plus instituées, capables d’élaborer des positions et de négocier avec des décideurs politiques.

Une autre prise de conscience du collectif (rencontres du CA) fut faite autour du milieu de vie et de soutien des personnes usagères des services, surtout touchant l’écoute, l’aide psychologique, le soutien personnel. En effet, les usagers du service avaient connu des parcours de vie difficiles. C’est autour du type de ruptures ayant marqué les parcours de vie que nous avons pu dégager certains profils de la dynamique psychosociologique de nos répondants. Nous avons pu ainsi dégager trois profils types : celui de l’immigrant ou immigrante qui a dû tout reprendre à zéro ou presque; celui de l’individu qui s’est retrouvé sans travail et éventuellement endetté; celui de l’individu aux prises avec des problèmes plus ou moins graves de santé mentale. Ces trois catégories ne sont évidemment pas fermées et peuvent se recouper chez certaines personnes. Mais il s’agit ici de dominantes. Pour un certain nombre cette situation dans le besoin pouvait n’être que transitoire; pour beaucoup, cela devenait presque un mode de vie.

C’est surtout quand les chercheurs ont introduit des données issues des récits de vie individuels que sera développée cette réflexion, devant la condition de vulnérabilité constatée chez les membres usagers. Une norme collective très forte fut alors exprimée, qualifiée par nous de « règle de pudeur », de réticence à entrer, au cours des relations quotidiennes, dans la vie privée des gens, à les interroger sur le passé, à écouter des récits de vie. Cette pudeur tient en partie au mode de relation lié à l’action communautaire axé sur la vie collective et les actions concrètes. Elle tient aussi à la difficulté d’aborder cette vie privée marquée de pauvreté, de ruptures, de passé difficile.

En contrepoint, tous les membres rencontrés (au CA ou en individuel) reconnaissaient la centralité qu’avait prise la dimension « services alimentaires » de l’organisme, au point que plusieurs s’inquiètent de la diminution des deux autres volets de la mission, des activités de loisirs ou de soutien et l’action sociale. De fait, au cours des deux dernières années, Multicaf avait ouvert de nouveaux types de services (repas pour les enfants de milieu défavorisé dans les écoles primaires et repas dans des résidences pour personnes âgées dépendantes socialement). Comment assurer un mode de fonctionnement actif, participatif ou critique dans ces secteurs?

Ces tensions entre les trois orientations de l’action de Multicaf ne furent pas les seules mentionnées. Les membres participants aux entrevues disaient leur fierté de porter ce projet d’ouverture à la différence ethnoculturelle ou sociale, dans un projet d’émancipation, de citoyenneté réelle pour tous. Mais ils faisaient des références nombreuses à des périodes difficiles d’intégration. Par exemple, l’un rappelait cette période où les gens de même provenance ethnoculturelle se retrouvaient ensemble à côté d’autres groupes rassemblés de la même façon. Un autre mentionnait comment les femmes venaient peu à la cafétéria et encore moins les jeunes enfants : ce service était surtout investi par les hommes adultes. Les difficultés de santé mentale éprouvées par plusieurs étaient une autre source de tension. Multicaf apparaissait, au terme de ces constats, comme un défi d’intégration toujours à relever, même s’il est engagé largement dans une voie de réussite d’après les témoignages et les observations faites.

Effets de la démarche du récit de vie collectif

L’analyse a conduit les chercheurs à faire des liens avec une forme de narration : le conte. Le récit du développement de l’organisme n’était pas sans rapport avec la forme d’un récit héroïque ou d’un conte. Il reposait en premier lieu sur un récit de fondation, porteur d’un projet généreux, visant à résoudre une situation difficile. Ce projet impliquait des acteurs et actrices importants qui peuvent être vus comme des héros ou des héroïnes, des leaders qui vont lutter pour réaliser un projet au départ incertain. Les obstacles ont été nombreux à surmonter : financiers, matériels, organisationnels, mais le projet s’est développé et a réussi. Toutefois, cette forme « héroïque », qui peut servir de force unificatrice pour les membres de Multicaf, peut aussi masquer des limites importantes. Les entretiens collectifs ont permis une analyse plus critique faite par les acteurs et actrices eux-mêmes, suscitée souvent, ou mieux accompagnée par les chercheurs, montrant les tensions, les défis, les limites du projet.

Cette partie de la démarche de recherche, du croisement des récits de vie individuels et du récit de vie collectif, a permis de faire émerger le monde subjectif des membres de Multicaf, la diversité des situations, la fragilité ou la vulnérabilité de plusieurs. Ces différentes pistes d’analyse ont été présentées et discutées au CA élargi, lors des entrevues collectives. La diversité des parcours de vie était bien présente aussi dans le document visuel élaboré collectivement à la fin de la recherche et éclairait la portée sociale de ce récit. C’est là que s’entremêlaient de façon complexe la figure du récit héroïque, source de fierté et de motivation, et la trame de fond d’une fragilité qui se manifeste au quotidien, aux frontières de l’exclusion. Multicaf était à la fois une voie de solution sociale pour aider les démunis et démunies, mais son succès même interpellait une société hypermoderne où la citoyenneté n’est pas la même pour tous et toutes, aux portes de l’exclusion.

Récit de vie et immigration : des récits collectifs de famille

Divers travaux au Québec utilisant les récits de vie[6] ont permis de mieux comprendre la complexité et les défis des parcours de vie liés à l’immigration, un phénomène social particulièrement prégnant dans une grande ville comme Montréal, principale terre d’accueil de cette migration qui provient d’un très grand nombre de pays (environ 25 000 annuellement). Les migrants et migrantes sont confronté(e)s à diverses épreuves de vie à surmonter, avec des ressources souvent inégales par rapport aux citoyens et citoyennes canadiens déjà installés, et beaucoup sont exposé(e)s pour un temps plus ou long au risque d’une marginalisation sociale qui inclut un passage par la pauvreté. Nous présentons une recherche portant sur des familles de réfugié(e)s qui s’inscrit dans ce contexte des migrations difficiles.

Cette étude, dirigée par Catherine Montgomery[7] (Montgomery et al., 2009; Montgomery et Lamothe-Lachaîne, 2012; Montgomery, 2016) et à laquelle nous avons participé, s’appuie sur le cadre de référence conceptuel et méthodologique développé en France par Vincent de Gaulejac (1987). L’approche « Roman familial et trajectoires sociales » (RFTS) repose sur une vision dialectique des rapports entre la vie psychique et la vie sociale, entre les influences qui jalonnent l’histoire individuelle et son contexte sociohistorique. Les influences de la famille d’origine, des liens intergénérationnels, des choix de formation, de carrière, d’engagement social sont autant de repères pour définir des trajectoires de vie singulières mais qui révèlent aussi des dimensions communes.

La migration est un processus marqué autant par la rupture que par la continuité avec les expériences prémigratoires. Notre étude mettait en relief l’importance des transmissions sociales, culturelles et matérielles des immigrants et immigrantes par la famille. Cet héritage familial représente souvent une ressource essentielle pour faciliter leur ancrage dans la société d’accueil, permettant d’affronter les défis rencontrés dans le parcours difficile de réfugiés et réfugiées.

La recherche portait sur douze familles réfugiées toutes arrivées au Québec comme demandeurs d’asile. Leurs pays de provenance étaient : le Mexique (3), la Colombie (2), le Burundi (2), le Liban (2), le Congo (1) et la Pologne (1). Sont ainsi impliquées les histoires de 12 mères, 12 pères, les âges variant de 40 à 50 ans, et 37 enfants (22 filles, 15 garçons), dont l’âge variait ainsi : 5 enfants de moins de 12 ans, 17 adolescents de 12 à 17 ans et 5 adultes de 20 à 27 ans.

La méthodologie utilisée fut celle du « roman familial », comprenant deux ou trois rencontres pour une durée de six heures avec chaque famille, couple et enfants. Différentes activités étaient proposées, inspirées des dispositifs développés dans cette approche des récits de vie en groupe : événements marquants du passé familial, génogramme, signification du prénom, valeurs et traditions de la famille, lien avec l’école, projets futurs, etc. Les activités de prise de parole étaient suscitées par des questions générales et précédées d’un temps de préparation individuelle écrite.

Les grandes thématiques

L’histoire familiale mettait en valeur l’importance des origines comme vecteur de transmissions des valeurs familiales. Les histoires soulignaient les forces caractéristiques de l’héritage familial, et ce à travers des formes où se côtoient événements factuels et constructions imaginaires proches de légendes ou de mini-fables familiales. Plusieurs acteurs, grands-parents, oncles, parents revêtaient souvent un caractère héroïque.

L’histoire du processus migratoire et de refuge, du passé au futur, faisait de la migration une stratégie utilisée à plusieurs reprises, souvent pour fuir une situation dangereuse et trouver une situation pour améliorer sa qualité de vie, le Canada étant perçu, globalement, comme un pays accueillant et sûr. Par ailleurs, plusieurs témoignages firent silence sur les conditions spécifiques du départ, des dangers ou situations pénibles vécus dans le pays d’origine. Ce rappel apparaissait ou trop pénible à revivre, ou trop « indiscret » voire risqué, malgré le lien de confiance établi avec les chercheurs et chercheuses et l’anonymat garanti dans la recherche.

L’histoire des traditions religieuses et l’enjeu d’une négociation identitaire traversaient tous les récits. L’appartenance religieuse, majoritairement chrétienne, était présentée comme un pôle de référence stable et de transmission de valeurs essentielles. Ce lien à la religion était vécu différemment, tantôt limité à l’espace domestique, tantôt inscrit dans des pratiques religieuses et rituelles dans des groupes où se retrouvent des nouveaux arrivants et souvent du même groupe ethnoculturel. Par ailleurs, il y avait une forte confrontation des valeurs et habitudes portées par la famille avec celles de la société d’accueil dans l’espace public, l’école, le travail et entre les générations; les enfants, par exemple, devaient assister les parents dans l’usage de la langue française et des liens sociaux que cela exige.

Le rapport à l’école constituait une dimension centrale dans l’expérience des parents et dans leur projet d’immigration. Pour plusieurs, leur poursuite d’études fut une épreuve et en même un atout pour soutenir la forte mobilité de leur parcours migratoire. Et surtout, tous et toutes voulaient que leurs enfants aillent le plus loin possible dans les études. Cette valorisation de l’école est en lien avec le projet de l’accès au marché du travail, de l’apprentissage de la langue, de l’insertion sociale dans des réseaux d’amis et amies « québécois ». Quelques témoignages des jeunes montrent que cela n’était pas une tâche facile.

Le rapport au travail, dans la situation de demandeurs d’asile et de réfugiés et réfugiées, demeurait précaire et les emplois occupés l’étaient sur une base provisoire. Mais c’était une valeur centrale dans le propos des parents et la plupart réussissaient à obtenir un travail, avec comme contrainte l’obtention des visas requis et avec souvent bien des attentes

Les effets de ces histoires de vie familiale

Un suivi de l’étude auprès des participants et participantes a permis de connaître leur appréciation écrite de cette expérience. Un premier effet en fut un de réflexivité sur leur parcours de migration de réfugiés et réfugiées et sur leur vie familiale. La référence à l’histoire familiale et à la transmission des héritages, culturels, économiques, sociaux, leur a permis de développer une grande fierté devant les forces et les acquis familiaux. Par ailleurs, le récit de leur migration permettait de mieux situer les motifs et les logiques de leur choix de migrer, confirmant pour tous la « légitimité » de leur décision.

Un autre impact, lié au processus même de la démarche d’une histoire collective familiale, fut de renforcer, dans plusieurs cas de restaurer, un dialogue familial intergénérationnel, permettant la prise de parole des enfants face aux parents. Plusieurs enfants ont signifié avoir mieux compris le projet de leurs parents et les sacrifices qu’ils ont dû faire, suscitant de l’admiration et du respect.

Mais la démarche fut aussi vécue comme difficile, suscitant des réserves. Les parents ont manifesté leur inquiétude sur les effets négatifs possibles de leur récit sur les enfants. Il est de fait arrivé, à l’occasion de toucher de près des « secrets de famille », autour du génogramme par exemple, ou même des significations du prénom. En même temps, plusieurs ont reconnu avoir volontairement omis nombre d’éléments de leur vie passée, et apprécié la réceptivité et le respect des chercheurs et chercheuses à cet égard.

Par ailleurs, les parents ont indiqué avoir donné un « nouveau » récit sur un grand nombre de dimensions de leur vie qu’ils n’avaient pas raconté dans les diverses instances administratives qu’ils ont dû rencontrer dans le processus de demande d’asile : agents d’immigration, juges, employeurs. Ils ont l’expérience de plusieurs versions de leur récit de vie. Ils évoquent l’effet bénéfique d’avoir pu, dans un lien de confiance nouveau, exprimer leur parcours, leurs préoccupations, sans crainte d’une évaluation ou de sanction.

Un « roman familial » personnalisé, un texte variant de 18 à 30 pages incluant un génogramme, fut remis à la fin de la recherche à chacune des familles participantes. Notons que la liste des dispositifs utilisés dans la recherche a pris la forme d’un guide d’animation pour des interventions futures en recherche, mais aussi en intervention clinique sociale. Il est ressorti fortement également dans le retour sur le projet l’importance d’une formation adéquate, de type socioclinique, des interviewers animateurs et intervieweuses animatrices, compte tenu du caractère très impliquant de ce type de démarche pour des familles, surtout dans ce cas précis de familles de réfugiés et réfugiées en processus d’installation dans une société d’accueil.

Conclusion : dimensions éthiques et effets des histoires de vie collectives

Comment, en résumé, identifier les effets du récit de vie sur les récitants et récitantes eux-mêmes et elles-mêmes? Le récit autobiographique dans le contexte d’une approche clinique :

  • produit un premier effet d’auto-organisation, de mise en forme, dans le chaos, la dispersion, l’hétéronomie d’une vie; un effet de configuration et reconfiguration du récit pour reprendre les termes de Paul Ricœur (1990);
  • entraîne un effet de réflexivité et d’appropriation (et aussi de dégagement) de « son », histoire, suite à la réaction des interlocuteurs et l’analyse partagée du récit;
  • contribue à développer davantage d’estime de soi, construite et reconstruite sur la base de devenir de plus en plus soi-même comme un autre, par la reconnaissance d’autrui en particulier;
  • permet, sur des dimensions éthiques et morales, de retrouver quelque sens à son histoire de vie, histoire des déterminations sociales, mais aussi histoire de liberté;
  • favorise une plus grande disposition à l’action, d’orientations structurantes dans ses choix de vie.

Le récit de vie collectif fait partie du domaine plus large de l’approche autobiographique. Appliqué à la recherche, il donne à celle-ci une couleur particulière d’implication et de complexité. Le récit de vie collectif est le récit d’un collectif qui élabore une parole ensemble, en rapport avec son histoire vécue en tant que groupe ou collectif institué, histoire longue ou plus courte.

Il apparaît clairement dans les recherches qui s’appuient sur cette approche, ce qui n’exclut pas, loin de là, d’autres techniques de production de données, que le récit de vie collectif est impliquant pour les acteurs et actrices, y compris les chercheurs et chercheuses. Nous sommes loin de l’histoire de vie établie en extériorité par des historiens et historiennes, par exemple, référant uniquement à des documents ou des témoignages. Loin aussi du récit individuel qui peut toujours demeurer « privé ». Le récit de vie collectif est une narration faite par des interlocuteurs et interlocutrices différents, chercheurs et chercheuses, animateurs et animatrices, participants et participantes dans le but de produire une histoire collective vivante qui engage à l’action sociale. Nous l’avons illustré ou évoqué à travers quelques cas : le récit donne accès à une mémoire collective et contribue à définir les contours d’un projet et d’une quête identitaire, celle de devenir concrètement citoyen et citoyenne à part entière dans une société inégale.

Références

Beaudry, R., Dionne, H. et le collectif de recherche de Saint-Clément, PQ (1998), En quête d’une communauté locale. Une mobilisation territoriale villageoise. Le conflit postal de Saint-Clément. Récit, Trois-Pistoles (PQ), Éditions Trois-Pistoles.

Côté, B., Berteau, G., Durand, D., Thibaudeau, M.-F. et Tapia, M. (2002), Empowerment et femmes immigrantes. Rapport de recherche, Montréal, Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, DSP.

D-Trois-Pierres, le collectif (2005), Quand les agirs parlent plus fort que les dires, Montréal, Éditions Fides.

De Gaulejac, V. (1987), La névrose de classe, Paris, Hommes et Groupes.

De Gaulejac, V. (1999), L’histoire en héritage – Roman familial et trajectoire sociale, Paris, Desclée de Brouwer.

Lathoud, I. (2014), La construction d’une identité migrante dans l’immigration choisie. Analyse d’un trajet vers la liberté d’être et d’advenir, Mémoire de maîtrise, Rimouski, Uqar.

Montgomery, C. (2016), « Narrratives as tools in intercultural intervention with immigrants and refugees population », in Al-Krenawi, A., Graham, J. et Habibov, N. (dirs), Diversity and social work in Canada, Toronto/London, Oxford University Press, p. 220-245.

Montgomery, C., Xenocostas, S., Le Gall, J., Hamez-Spy, M., Rachédi, L., Vatz-Laaroussi, M., Rhéaume, J. et al. (2009), Maintaining continuity in contexts of exile : refugee families and the “Family Novel” project, Montréal, Publications du CAU, CSSS de la Montagne, n° 16, en ligne <http://sherpa-recherche.com/wp-content/uploads/Maintaining_continuity.pdf>.

Montgomery, C., Fournier, B., Fortin, M.-N. et Mafhoud, A. (2007), Biographie d’un parcours : l’analyse des trajectoires en emploi de jeunes immigrants récemment arrivés au Québec, Montréal, Rapport de recherche FQRSC et CSSS de la Montagne.

Montgomery, C. et Lamothe-Lachaîne, A. (2012), Histoires de migration et récits biographiques. Guide de pratique pour travailler avec des familles immigrantes, Montréal, Publication du CRF, CSSS de la Montagne.

Rachédi, L. (2010), L’écriture comme espace d’insertion et de citoyenneté pour les immigrants. Parcours migratoires et stratégies identitaires d’écrivains maghrébins au Québec, Québec, Presses de l’Université du Québec.

Rhéaume, J. (2008), « Quand l’histoire devient agissante », in de Gaulejac, V. et Legrand, M. (dirs), Intervenir par le récit de vie. Entre histoire collective et histoire de vie, Ramonville-Saint-Agne, Érès, p. 63-88.

Rhéaume, J. (2012), « Le récit de vie collectif : enjeux théoriques, méthodologiques et éthiques », in Desmarais, D., Fortier, I. et Rhéaume, J. (dirs), Transformation de la modernité et pratiques (auto)biographiques, Québec, Les Presses de l’Université du Québec, p. 73-82.

Ricœur, P. (1990), Soi-même comme un autre, Paris, Éditions du Seuil.

Vatz-Laaroussi, M. (2009), Mobilités, réseaux et résilience : le cas des familles immigrantes et réfugiées au Québec, Québec, QC, Presses de l’Université du Québec.

Vatz-Laaroussi, M. (2001), Le familial au cœur de l’immigration : stratégies de citoyenneté des familles immigrantes au Québec et en France, Paris, L’Harmattan.

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Rhéaume, Jacques. (2019). « L’histoire de vie collective, une stratégie citoyenne pour contrer la marginalisation sociale ». In Les voies du récit. Pratiques biographiques en formation, intervention et recherche (coordonné par Marie-Claude Bernard, Geneviève Tschopp et Aneta Slowik), p. 161-170. Québec : Éditions science et bien commun & LEL du CRIRES.


  1. D’autres expériences sont indiquées en références (Beaudry et Dionne, 1998; D-Trois Pierres, 2005).
  2. La recherche s’est réalisée entre 1997-2001. L’équipe de recherche comprenait Jacques Rhéaume, chercheur responsable, Réjean Mathieu, travailleur social, et Alain Demers, coordonnateur du groupe L’Itinéraire.
  3. Cette recherche fut réalisée entre 2001-2004, avec au sein de l’équipe de recherche : Jacques Rhéaume, chercheur responsable, Roger Côté, organisateur communautaire et Alain Landry, directeur de Multicaf.
  4.  Le CA, conseil d’administration, est défini comme une instance majeure dans le mode de gouvernance. Il tient lieu très souvent de direction collégiale, où se mêlent des fonctions législatives et exécutives.
  5.  La population globale desservie par le centre local de services communautaires Côte-des-Neiges était alors d’un peu plus de 120 000 personnes.
  6. Certains sont évoqués en références : Lathout, 2014; Montgomery et al., 2007; Rachédi, 2010; Vatz-Laaroussi, 2001 et 2009.
  7.  Elle fut menée entre 2006 et 2009 dans le cadre de l’équipe Migration, ethnicité et intervention en services sociaux et de santé (METISS), liée au centre des services sociaux et de santé (CSSS) de la Montagne.

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