Annexe 2. Conte : Le sac magique

Conte traduit par tes soins dans le cadre du cours « Civilisation et culture africaines » de l’IHEOM. Quiconque le connait comprendra que tu y as apporté ici et là ta touche personnelle, notamment par ce malicieux « ou presque » de la fin. Notre jeune conteur du Premier feuillet de cette missive aurait sans doute ponctué ce passage par l’émoticône « clin d’œil » disponible sur le clavier de la plupart des smartphones actuels.

Un jour, une jeune fille accompagna sa mère au champ, à une lieue de la maison familiale. Au milieu de la journée, une pluie diluvienne s’abattit sur elles. La maman avait l’habitude de travailler sous la pluie, mais sa fille ne pouvait supporter cela. Or, à un kilomètre du champ, un toit isolé au milieu de la nature fumait. La mère suggéra à sa fille d’aller s’y abriter et d’en profiter pour se réchauffer. Aussitôt, la fille s’y rendit, laissant sa mère au champ.

La fille rentra sous le toit inconnu. Au milieu de la pièce unique qu’abritait ce toit, un feu de bois pétillait. Assis sur un petit siège à côté du feu, un vieux petit homme se réchauffait en mangeant du « kâ » (variété de crevettes). Il ordonna à la fille de s’asseoir pour se réchauffer, puisqu’elle le désirait. Elle s’assit. Au bout d’un moment, elle demanda à son bienfaiteur de lui donner de ses crevettes à manger. À cela, le petit homme répliqua : « Si tu t’en sens capable, ma fille, va donc en prendre dans mon sac magique que voilà au coin de la pièce ». La fille alla plonger sa main dans le sac magique. Mais, surprise épouvantable, elle ne parvint pas à faire ressortir sa main du sac magique.

– Ma main ne peut plus sortir du sac magique, se plaignit-elle.

– Sers-toi de l’autre main, répliqua le petit homme.

– L’autre main ne peut plus sortir du sac magique.

– Essaie avec ton pied.

– Mon pied ne peut plus sortir du sac magique.

– Sers-toi de l’autre.

– L’autre aussi y est resté.

– Vas-y avec ta tête.

– Ma tête aussi y est restée.

Juste à ce moment, le petit homme se leva et enferma la pauvre petite fille dans le sac qu’il prit sur son épaule pour aller voyager à travers le monde.

Avec ce sac magique, le petit homme s’enrichit considérablement pendant une certaine période. En effet lorsqu’il rencontrait sur sa route une personne possédant un bien quelconque (arachides, chèvres, etc.), il lui proposait de faire parler son sac magique en échange d’une bonne partie de ce bien. Après avoir reçu arachides ou chèvres, il tapotait son sac magique en lui soufflant : « Parle ! » Alors la petite fille se mettait à chantonner son histoire depuis le moment ou sa mère l’envoya un jour de pluie se réchauffer chez le petit homme jusqu’au moment où ce dernier l’enferma dans son sac magique.

Après plusieurs années, le petit homme rencontra la mère de la fille et lui proposa la chanson de son sac magique contre de la kola. La pauvre mère qui avait cherché vainement sa fille ignorait tout de ce qui allait se passer. Après qu’elle eut remis de la kola au petit homme, le sac magique se mit à chanter. La mère, reconnaissant la voix de sa fille, dont elle connaissait parfaitement l’histoire, employa une ruse pour la délivrer. En effet, après s’être familiarisée avec le petit homme, elle l’envoya puiser de l’eau avec une calebasse au fond de laquelle elle avait discrètement pratiqué quelques trous. Le petit homme mit beaucoup de temps à la source sans pouvoir remplir sa calebasse. Pendant ce temps, la mère emporta sa fille, en laissant dans le sac une pierre. Fatigué, le petit homme revint et reprit son sac magique sur son épaule croyant que la petite fille était toujours dedans.

Il s’en alla, et après une journée de marche harassante, il rencontra un marchand d’ignames cuites : il s’apprêtait à s’en régaler grâce à la chanson de son sac magique. Mais lorsqu’il ordonna à celui-ci de chanter comme d’habitude, il resta aussi muet que la pierre qu’elle contenait… Le petit homme, non seulement se vit dans l’obligation de renoncer aux ignames qu’il convoitait, mais encore devint la risée de tout le village dont il avait voulu faire son nouveau champ d’action. Il fut condamné à mourir dans la misère.

Bien mal acquis ne profite jamais. Ou presque.

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