Annexe 3. Petit lexique

Voici le petit lexique annoncé dès les premières pages de cette missive. Tu l’auras deviné, tu me connais trop bien, j’ai peiné à le terminer. N.B. J’ai marqué d’un astérisque les différentes occurrences dans le texte des quelques mots expliqués ci-dessous.

Adamaoua

Au Cameroun, on réserve généralement la graphie « adamaoua » pour désigner la région géographique du plateau de l’Adamaoua, ou encore la circonscription administrative de la « Région de l’Adamaoua ». On trouvera aussi la graphie « adamawa » dans la littérature scientifique, mais l’usage tend à réserver cette dernière graphie a) à la province historique faisant partie de l’empire peul de Sokoto (Nigéria actuel), et administrée jadis par Modibo Adama, b) à un ensemble spécifique de langues – le groupe Adamawa – grande famille de langues réparties entre le Cameroun, le Nigéria et le Tchad. Les langues dii, toupouri et moundang, etc. en font partie.

Bamiléké

Ethnie vivant majoritairement dans les régions administratives de l’Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun. Les Bamilékés forment une société fortement structurée et organisée autour de la chefferie traditionnelle. N.B. Dans l’usage courant, contrairement au nom, l’adjectif reste invariable. On rencontrera par exemple : les Bamilékés vs l’architecture bamiléké, les langues bamiléké.

Boukarou

Habitation végétale du campement de transhumance peul. Aujourd’hui, il désigne une construction ronde en matériaux définitifs, à toit conique, caractéristique du Nord-Cameroun. Il vient du mot peul bukkaru (je cite de mémoire Seignobos et Tourneux, Les mots du nord-Cameroun). Jusqu’à ce jour, notre bon vieux lycée de Garoua, devenu Lycée Classique et Moderne, conserve ses boukarous d’antan, naturellement ventilés, et dans lesquels il faisait si frais! Élèves, nous les préférions de loin aux salles de classe « modernes ».

Blason

Le blason se définit comme un poème en prose décrivant de manière détaillée, sur le mode panégyrique ou au contraire satirique, les caractères et qualités d’un être ou d’un objet. Cf.  Blasons peuls du père Dominique Noye (1976).

Chef

Celui qui détient l’autorité politique traditionnelle dans la région de l’Ouest, comme dans celle du Nord. Nous disons aussi « roi » : le roi du peuple foto. Un texte que tu n’as pas connu, le décret n° 77/245 du 15 juillet 1977, porte organisation des chefferies traditionnelles. Ce texte opère une classification en trois niveaux hiérarchiques (1er, 2ème et 3ème degré) que les populations contestent (Goune Nguoghia, 2008, pp. 25-26), probablement parce qu’elle n’a pas de fondement historique avéré. Se dit (avec des variantes) dans les langues bamiléké, d’où la récurrence de cet élément dans la toponymie et l’anthroponymie de la région. On retrouve ce vocable en association dans de nombreux noms de chefs, de lieux-dits, de peuples de cette aire culturelle (Foto, Fomopéa, Fombap, Fotouni, Fontem) mais aussi dans des titres et des noms de personne : Fomony, Foteu’mbou, Fomelang, Foyanguem…

On trouve quelques dérivés : chefferie (substantif), mais aussi cheffal (e), une création lexicale récente (hiérarchie cheffale).

Coépouse

Chacune des épouses d’un ménage polygame. Par extension, ce terme peut aussi désigner les épouses d’une même entité sociale : épouses de frères ou de cousins, de ressortissants du même groupe ethnique. Dans mon texte, les quelques occurrences de « coépouse » renvoient à cette deuxième acception.

Concession

Je prends le mot concession dans le sens local de « enclos familial, unité de résidence », acception tout à fait ordinaire dans le contexte francophone camerounais, et signalée par deux complices, Christian Seignobos et Henry Tourneux, dans leur ouvrage Le Nord-Cameroun à travers ses mots (publié en 2002 chez Karthala). Concession peut aussi être entendu comme « famille ». NB. Dans des sociétés caractérisées par la prégnance du schéma polygénique, la famille elle-même était traditionnellement composée du père de famille, de ses épouses et des enfants. Le village est ainsi constitué d’un certain nombre de concessions de taille plus ou moins importante selon le degré de prospérité et le nombre d’épouses du chef de famille. Au sein de chaque concession, chaque épouse constitue avec ses enfants, autour du « père de la concession », ce que j’appellerais une entité-satellite. Un observateur averti notera encore que ces dernières — les entités satellites — peuvent encore se regrouper par affinités… Notons qu’au Cameroun, l’anglais local utilise le terme compound pour désigner la même réalité et que saré, l’équivalent en langue peule (une des lingua franca majoritaires dans le Grand-Nord du pays), fait partie du vocabulaire courant du français de cet espace géographique.

Esani

« Comme nous l’avons appris de nos pères, les personnes qui peuvent bénéficier du rite de l’esani sont : les héros du rite So (rite d’initiation chez les garçons) ; tout adulte (homme comme femme) ayant réalisé de bonnes œuvres de son vivant sur la terre, les personnes âgées et sages, les prêtres… Les personnes n’ayant pas droit à l’esani sont : les sorciers, les meurtriers, les suicidés, les bandits de grand chemin ». Abbé Serge Xinga Ze, prêtre.

Foto

Le groupement foto, membre du grand peuple bamiléké, est un ensemble de cinquante et un villages et quartiers regroupés sous l’autorité d’un chef supérieur, le roi du peuple foto. Chacune de ces entités a à sa tête un chef de village ou de quartier. La ville de Dschang est à cheval entre deux groupements, Foto et Foréké-Dschang.

Fulfulde (souvent francisé en foulfouldé)

Langue parlée par les Peuls dans le Grand-Nord du Cameroun et dans une vingtaine de pays d’Afrique. Au Cameroun, cette langue est aussi parlée à titre véhiculaire par les non-Peuls, c’est-à-dire qu’elle permet l’intercompréhension entre des locuteurs et locutrices de langues différentes. Autres appellations : peul, pular, mais aussi fula et fulani (dans le monde anglophone). Cette langue se caractérise par son exceptionnelle extension géographique – Mali, Sénégal, Gambie, Guinée, Niger, Nigéria, Tchad, République centrafricaine, et la variété des parlers en usage. Signalons quelques erreurs fréquentes dans notre contexte : il s’agit d’un nom de langue et non d’un nom de peuple, à ne pas confondre avec le haoussa !

Funérailles

En français standard, le mot « funérailles » (féminin pluriel même si, localement, un usage oral non-standard a tendance à en faire un masculin singulier…) désigne les cérémonies solennelles qui accompagnent l’inhumation d’une personnalité. Il est dans ce cas un équivalent du mot « obsèques ». Mais dans le contexte culturel particulier de l’Ouest-Cameroun, il désigne les cérémonies commémoratives et festives organisées par une famille en l’honneur d’un de ses membres, généralement plusieurs années après ses obsèques. Pour des raisons évidentes de praticité, dans la région de l’Ouest, c’est pendant la saison sèche, de la mi-novembre à la mi-mars, que l’on planifie généralement cet événement important. Les funérailles se célèbrent également dans certaines autres ethnies du pays, notamment dans le Grand-Nord camerounais.

Groupement (de villages)

Ensemble de villages et de quartiers placés sous l’autorité d’un chef supérieur. Le groupement foto, par exemple, compte cinquante et un villages et quartiers; Nzong, où tu es né, est l’un d’eux. J’ai noté, dans les documents que j’ai consultés, un flottement quant au statut — quartier ou village — de certaines de ces entités territoriales. En tout état de cause, chaque village ou quartier du groupement comporte à son tour plusieurs concessions, en somme, plusieurs familles.

Kaba

Notre bon vieux kaba, à l’origine vêtement féminin ample, longtemps sans prétention (porté pour les travaux ménagers ou champêtres), est aujourd’hui revisité par des femmes créatives et des stylistes inspiré.e.s : tu serais surpris de constater que même si le tissu pagne demeure la matière de base, il existe des kabas dans les étoffes les plus variées – guipure, faille, soie, organza. On en trouve désormais des versions magnifiques pour le soir comme celui arboré par mon amie Elvire au mariage de Muriel et d’Ulrich. Ne pas confondre « kaba » avec son homonyme « cabas » (masculin également), peu usité par les francophones africains et qui désigne un grand sac à provisions originairement en paille.

Magni

Titre honorifique attribué dans l’aire culturelle bamiléké à une femme ayant mis au monde des jumeaux ou plus d’un enfant en une naissance. En fait, les parturitions délicates (enfant qui se présente par le siège ou avec la circulaire c’est-à-dire avec le cordon ombilical enroulé autour du cou) justifient également l’attribution de ce titre. Le terme admet plusieurs variantes dialectales.

Mayo (du fulfulde maayo « cours d’eau »).

Dans la région, les cours d’eau sont saisonniers la plupart du temps. On peut alors, en saison sèche, traverser leur lit à pied sec.

Mouskouari  (orthographe francisée de muskuwaari)

Mil repiqué de saison sèche. Plante céréalière de base dans tout le nord du Cameroun, le muskuwaari se développe sur des terrains argileux à grande capacité de rétention d’eau en début de saison sèche. Sa place particulière dans l’espace géographique aussi bien que dans le calendrier cultural permet de dégager des surplus importants, et contribua ainsi fortement à l’établissement des cités peules de Garoua et de Maroua. Cultivée essentiellement pour la subsistance, le mil – tous genres confondus (pluvial et de contre saison)  – couvre les besoins alimentaires d’une tranche importante de la population. Il n’est pas indifférent, au demeurant, que parmi la soixantaine de blasons recueillis par le Père Dominique Noye, deux soient consacrés à cette plante. L’on note cependant un changement socioculturel important par rapport aux habitudes alimentaires de la région : la consommation des sorghos recule au profit de produits céréaliers d’implantation récente comme le riz… et le pain. Sera-t-il bientôt révolu le temps où un blason pourra exalter « la graine menue » ?

Tagni

Simplement le masculin de magni.

Yémba

Nom scientifique regroupant de manière générique les différentes variantes dialectales de la langue parlée dans le département de la Menoua. Nous devons un grand nombre de recherches sur cette aire linguistique aux initiatives de certaines personnalités marquantes. Citons les pionniers aujourd’hui disparus : monsieur Grégoire Momo et le professeur Maurice Tadadjeu.

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