Introduction

Olivier Leclerc

La participation des non-spécialistes à l’activité de création

Des pratiques

Ce livre porte sur un phénomène, certain dans son existence empirique mais difficile à désigner par une formule unique, celui de la participation des non-spécialistes à l’activité de création. Les créations que l’on vise ici sont celles qui associent des non-spécialistes et des professionnels, et non celles que les non-spécialistes réalisent seuls, par exemple dans le théâtre amateur ou dans une formation de musiciens amateurs. En outre, dans cet ouvrage, l’attention est portée aussi bien sur la création artistique que sur la production des connaissances scientifiques. On envisagera ici tant la participation de non-spécialistes à l’élaboration et à la réalisation de projets artistiques, dans les domaines de la danse, du théâtre, de la musique, etc., que la participation de non-spécialistes à la réalisation de projets de recherche en ornithologie, botanique, entomologie (« recherche participative »); quand ils ne contribuent pas à la conception même de projets de recherche (« recherche coopérative »).

Ainsi délimité, l’objet de ce livre désigne un ensemble de pratiques qu’il s’agit de décrire et d’analyser. Ces dernières ont connu, au cours des dernières années, un essor tellement remarquable que l’on n’hésite plus à parler du « sacre de l’amateur » (Flichy, 2010) ou du « temps de l’amatorat » (Stiegler, 2011). Dans cet ouvrage, Philippe Dujardin emploie une formule heureuse pour affirmer que « nous entrons dans un temps neuf, celui de l’amateurat ».

Ce diagnostic fait fond sur des pratiques diversifiées. Ces dernières sont l’objet de littératures particulières, parfois très foisonnantes, mais qui sont rarement mises en dialogue. Schématiquement, trois ensembles de travaux peuvent être distingués, qui renvoient à des objets, des traditions de recherche, des enjeux politiques distincts.

Un premier ensemble de travaux est consacré aux pratiques artistiques des amateurs et des amatrices. Des investigations particulières leur ont été consacrées dans le domaine de la musique (Hennion, Maisonneuve, Gomart, 2000; Hennion, 2009), du théâtre (Bordeaux, Caune, Mervant-Roux, 2011), du cinéma (Odin, 1999), des pratiques numériques (Allard, Creton, Odin, 2014), etc. Ces travaux insistent sur la vitalité des pratiques d’amateurs et s’efforcent d’en situer les caractères par rapport aux créations des professionnels, quitte à souligner parfois les proximités qui existent entre elles.

Un deuxième ensemble, désigné le plus souvent par la formule de « sciences citoyennes » (de l’anglais citizen science [Irwin, 1995]), décrit les formes diverses d’implication des « publics actifs engagés » dans les activités de production de connaissances (Bonneuil, Joly, 2013, p. 94; Storup, 2012). Sont ici visées aussi bien la collecte de données naturalistes (Charvolin, Micoud, Nyhart, 2010; Bonney et al., 2016) que les dispositifs d’expertise citoyenne (Epstein, 1995; Barbot, 1998; Rabeharisoa et Callon, 2002) ou encore des pratiques scientifiques underground comme le hacking (Coleman, 2016), la « biologie de garage » (Meyer, 2012). Ces travaux soulignent les continuités entre les figures des « amateurs » et des « professionnels », montrant que ces pratiques favorisent le développement de compétences intermédiaires, parfois désignées par la formule « pro-am » (Leadbeater et Miller, 2004) – contraction du professionnel et de l’amateur. La formule « d’expertise d’interaction » est aussi employée pour signaler la capacité acquise par certains amateurs et certaines amatrices d’interagir avec les professionnels en maîtrisant leur langage spécialisé sans être pour autant en mesure de produire le même type de savoirs (Collins et Evans, 2007). Les « sciences citoyennes » sont aujourd’hui l’objet d’attentions de la part du ministère de l’enseignement supérieur et des organismes publics de recherche français (Boeuf, Allain et Bouvier, 2012; Lipinski, 2013; COMETS, 2015; Houllier, 2016). La volonté affichée d’encourager ces pratiques se double d’un appel à la prudence et à une réflexion sur les limites de ces démarches.

Un troisième ensemble de travaux porte la critique contre une représentation descendante des savoirs selon laquelle les amateurs et les amatrices reçoivent passivement les enseignements des professionnels. C’est, à l’inverse, une conception plus ascendante des rapports entre amateurs et professionnels qui est mise en avant (Rancière, 1987; Irwin et Wynne, 1996; Derycke et Peroni, 2010), en lien avec une dimension politique plus assumée et dans une proximité revendiquée avec les mouvements d’éducation populaire (la question des rapports entre amateurs et professionnels traverse, par exemple, les témoignages des acteurs de l’éducation populaire réunis dans Cassandre/Horschamp, 2016). Donner leur place aux amateurs et aux amatrices, c’est mettre les citoyens et les citoyennes en mesure de comprendre, d’agir, de décider (la formule anglais d’empowerment porte cette idée d’en-capacitation). In fine, la politique des connaissances ainsi dessinée est aussi une géopolitique, puisque l’attention prêtée aux savoirs ordinaires s’accompagne d’une analyse en termes de domination économique et culturelle : la distribution des savoirs reflète la réalité des rapports de force économiques entre le Nord et le Sud et est marquée par l’héritage des politiques coloniales. La notion d’injustice épistémique (Fricker, 2009, 2013; Medina, 2013), comme les analyses consacrées à une « pensée globale », relayent fortement l’idée que la pensée des rapports entre « amateurs » et « professionnels » dans la production des savoirs ne peut faire l’impasse sur la capacité des pays du Nord à instituer des positions légitimes, à imposer des cadres de pensée et une épistémologie, et sur l’extrême déséquilibre des capacités financières disponibles (Chakrabarty, 1992; Santos, 2006, 2008, 2011; Bhargava, 2013).

Les contributions réunies dans ce volume se rattachent, de manière plus ou moins accentuée, à ces trois lignes de pensée. Les lectrices et lecteurs pourront y déceler une proximité intellectuelle particulière avec telle ou telle de ces orientations. Nous espérons que le rapprochement de ces domaines de recherche se révélera fructueux.

Des acteurs et des actrices

Nommer les acteurs et actrices dont il est question dans cet ouvrage n’est pas chose aisée. Les dénominations, en effet, foisonnent. On a jusqu’à présent employé le terme de « non-spécialiste », mais ce dernier n’est guère usité pour désigner les pratiques sociales qui forment la matière de cet ouvrage. Il voisine avec les mots « amateurs », « citoyens », « profanes », « non-professionnels », « usagers », « public », « participants », « population ». La liste n’est pas exhaustive.

Cet ouvrage n’entend pas entreprendre une (vaine) police sémantique. Du reste, les auteurs et auteures appelés à s’exprimer ici n’emploient pas eux-mêmes un vocabulaire unifié. Il est clair que chacune de ces dénominations s’inscrit dans le cadre d’analyses particulières et charrie des connotations qui lui sont propres. Ainsi, parler des « citoyens » place d’emblée la discussion dans le cadre d’une réflexion sur l’espace public, la participation à la décision, les politiques publiques, les droits de la personne. Envisager la place qu’occupent les citoyens et les citoyennes dans la création des savoirs pointe alors vers le rôle de ces savoirs dans la construction de la citoyenneté. Le mot « profane » renvoie quant à lui à la maîtrise des connaissances, le profane étant celui qui ne possède pas des connaissances établies et, sans que cela soit toujours explicite, n’est pas doté des titres et des signes institutionnels qui feraient de lui un détenteur légitime des savoirs. Est-il utile de rappeler que le « profane » s’oppose au « sacré » ? Les termes marquent ainsi les limites qu’il convient de ne pas franchir si l’on ne dispose des attributs propres aux initiés. Le mot « amateur » est couramment employé pour désigner des pratiques artistiques (musicien amateur, théâtre amateur…) ou scientifiques (botaniste amateur, ornithologue amateur…), qui s’opposent à celles du professionnel[1]. La césure emporte avec elle de nombreux aspects : un jugement d’évaluation (la création des amateurs est de qualité moindre que celle des professionnels), des considérations économiques (le professionnel vit de son art, l’amateur s’y livre pour son plaisir)[2], une reconnaissance officielle (le professionnel est reconnu et sollicité, l’amateur ne l’est pas).

Ces lignes de fracture sont intéressantes en ce qu’elles permettent de signaler la variété des dimensions qu’il convient de prendre en compte lorsqu’on entreprend de distinguer les deux pôles que sont la professionnalité et l’amateurat. Ces dimensions sont elles-mêmes dépendantes des contextes dans lesquels les pratiques des « non-professionnels » sont analysées. Car ces dénominations ont évidemment une histoire. Le mot « amateur » ne peut être envisagé sans considérer l’histoire des pratiques culturelles et des sociabilités auxquelles elles donnent lieu. On se gardera ainsi d’oublier que les sciences modernes se sont largement érigées par une mise à distance de l’amateur. Alors que l’amateur a occupé jusqu’au XVIIIe siècle une place centrale dans l’activité savante, et en particulier dans les sciences expérimentales (Alder, 1999; Shank, 2015), la figure du scientifique s’est constituée par la maîtrise de techniques, de savoir-faire, de manières d’être, dont ne dispose pas l’amateur. Françoise Waquet décrit ainsi, à propos des scientifiques, la manière dont a été défini « un métier avec ses outils et le différenciant des pratiques d’amateurs » (2015, p. 86). De même, des disciplines nouvelles dans la France du premier tiers du XIXe siècle, comme l’archéologie ou l’histoire de l’art, n’ont pu s’institutionnaliser dans l’espace universitaire qu’en marquant « une double différence, par rapport à l’esthétique et une formation du goût, par rapport à des pratiques d’amateurs » (Waquet, 2015, p. 132-133). Ce jeu de mise à distance de la figure de l’amateur pèse de tout son poids pour expliquer les difficultés particulières qu’éprouve l’université à donner une place aux savoirs élaborés par les amateurs et amatrices[3].

Dans un tout autre registre, la notion de « public » doit être replacée dans l’histoire des politiques culturelles, des politiques urbaines et de l’organisation administrative des territoires. Le public est aussi bien une manière de parler des destinataires des politiques culturelles qu’une façon de viser des publics particuliers pris en compte dans un espace de gouvernement singulier ou cibles d’une action culturelle donnée. De manière symptomatique, les auteurs et auteures du présent ouvrage impliqués dans la direction ou dans l’animation d’institutions culturelles destinées au public doivent positionner leurs actions aussi bien à l’égard « du public », « des publics », que des « amateurs »[4]. Mais la notion de public joue aussi un rôle important dans les sciences (Whitley, 1985; Schaffer, 2014, p. 115; Thébaud-Sorger, 2015). Au XVIIe siècle, la science expérimentale rompt avec les pratiques du secret de l’alchimie et des arts mécaniques (Long, 2001) pour organiser, sous la forme de « l’expérience », une exposition publique des phénomènes naturels. Cette mise en public importe pour établir des « faits de la nature », d’où une attention particulière portée à ses qualités d’attestation comme témoin des phénomènes observés (Shapin, 1994) et aux formes littéraires utilisées pour relater les expériences (Shapin et Schaffer, 1985).

Les catégories employées pour désigner les personnes dont on va parler dans cet ouvrage – les amateurs et amatrices, le public, les professionnels, les scientifiques, les artistes, etc. – ne doivent donc pas être essentialisées. Bien au contraire, on s’est efforcé autant que possible de situer ces dénominations en contexte et de retracer leur émergence, leurs usages et les pratiques qu’elles rendent possibles. S’accommoder d’une diversité de dénomination permet d’être attentif à ce qui peut être commun à la relation particulière des professionnels et des amateurs et amatrices engagés ensemble dans la création artistique ou dans la production de connaissances scientifiques.

Arts et sciences

Le rapprochement du domaine des arts et du domaine des sciences peut étonner. Surtout si l’on se souvient de cette affirmation canonique de Charles Snow selon laquelle les sociétés occidentales sont de plus en plus éclatées entre deux pôles opposés, celui des arts et celui de la science : « entre les deux, un abîme d’incompréhension mutuelle » (1959, p. 4). Cette position est aussi celle défendue par Thomas Kuhn qui, tout en soulignant l’existence d’importants parallèles entre les activités scientifique et artistique, soutient que « la science et l’art sont des entreprises très différentes ou, du moins, le sont-elles devenues au cours du dernier siècle et demi » ([1969] 1977, p. 341).

Pour autant, les liaisons entre arts et science ne manquent pas aujourd’hui, non sans susciter les critiques de ceux qui raillent une « réunification œcuménique » (Lévy-Leblond, 2010). Dans les travaux récents qui soulignent les proximités et les points de jonction qui s’observent entre sciences et arts plusieurs angles d’analyse sont retenus. Certains portent sur le recours aux images en science et dans l’art, et sur les dimensions esthétiques qui leur sont associées (Latour et Weibel, 2002). D’autres analyses rapprochent les usages des objets dans les deux domaines et les défis techniques auxquels l’un et l’autre sont confrontés (Hennion et Latour, 1993). Parfois, l’attention porte sur un ensemble de dispositifs institutionnels qui réunissent, font coopérer et interagir des artistes et des scientifiques (Bordeaux, 2012a, 2012b; Rossigneux, 2015) ou mettent en scène les sciences et les arts (Shein, Li, Huang, 2015; Aït-Touati, 2016). Enfin, certains rapprochent la créativité inhérente aux sciences (mathématiques) et aux pratiques artistiques (composition musicale) pour montrer la présence de styles et d’orientations esthétiques dans ces deux domaines (Beffa et Villani, 2015).

La diversité de ces travaux – attentifs à ce qui rapproche les sciences et les arts ou, au contraire, sensibles aux différences qui les rendent irréductibles les unes aux autres – constitue, pour cet ouvrage, une ressource plutôt qu’une contrainte. Elle signale une pluralité de niveaux d’analyse pertinents. L’étude peut porter sur des pratiques, des activités, des normes de comportement. Elle peut aussi s’attacher aux rapports que ces activités entretiennent avec des publics (le public des musées, les pairs dans une communauté scientifique), avec des institutions (administrations, collectivités territoriales, galeries d’art, musées, organismes de recherche, laboratoires, organismes de financement de la recherche, etc.). Elle peut également s’attacher à des résultats, des productions, des œuvres. Selon le niveau où l’on se place, les rapprochements entre arts et sciences ne s’opèrent pas à l’identique.

Les contributions réunies ici s’attachent pour l’essentiel aux pratiques engagées dans la création artistique et dans l’élaboration des connaissances; elles n’entendent pas, le plus souvent, révéler ce qui ferait l’essence de ces entreprises, ni même fixer les buts qu’elles se donnent ou qu’elles permettent d’atteindre. Sous cet angle, la participation des amateurs et amatrices à la création révèle un ensemble de pratiques, de conditions institutionnelles, de dispositions cognitives dont il est frappant de constater à quel point elles sont proches d’un domaine à l’autre. Dès lors, la pluralité des situations et des exemples considérés par les contributeurs et contributrices à ce volume, ainsi que le traitement pluridisciplinaire que cette diversité implique, alimente une image plurielle, riche, et on l’espère féconde, de la place des non-spécialistes dans la création.

Présentation de l’ouvrage

Cet ouvrage est le fruit d’un colloque tenu au Château de Goutelas, dans le département de la Loire (France), les 2 et 3 octobre 2015. Cette manifestation a été organisée conjointement par le Centre culturel de Goutelas et par le Centre de Recherches Critiques sur le Droit[5]. Les travaux de ce colloque étaient répartis au cours de deux journées. La première a été consacrée à la présentation des contributions d’universitaires appartenant à des disciplines variées. Un premier groupe de contributions a porté sur « La participation des amateurs à la création artistique ». Ce premier temps du colloque était placé sous la présidence de Michel Miaille, dont on lira ici les propos introductifs. Un second groupe de contributions a été consacré à « La participation des amateurs à la création scientifique », sous la présidence d’André Micoud (sociologue, directeur de recherche honoraire au CNRS). La plupart de ces contributions, et d’autres sollicitées ultérieurement, ont donné lieu à la rédaction d’un texte, qui figure dans les pages qui suivent[6]. La deuxième journée était consacrée à une table-ronde réunissant des personnes d’horizons très différents, qui ont en commun de participer à des créations partagées dans les domaines des arts et des sciences. Les propos échangés à l’occasion de cette table-ronde n’ont pas été retranscrits directement ici. Ils ont servi de point de départ pour des entretiens individuels réalisés avec les participants et participantes à la table-ronde. Ce sont ces entretiens qui figurent dans cet ouvrage. Ils sont répartis dans le volume de manière à venir éclairer les articles tirés de la première journée du colloque ou à faire ressortir des proximités avec d’autres entretiens.

Plusieurs manifestations artistiques sont venues enrichir le colloque. Chacune d’entre elles se rapportait aux thèmes traités par le colloque. La première journée a été ouverte par la projection d’un court-métrage réalisé par Le Dernier Week-end d’Août. Ce film retrace la création d’une œuvre collective, associant des artistes professionnels et des habitants du Pays d’Astrée, dans le cadre de l’opération Les Chemins en Scène et en Musique du Pays d’Astrée. La publication de cet ouvrage sur un support numérique permet de présenter ce film en ouverture du volume. En soirée, les participants au colloque ont assisté à une représentation de la pièce Le Gros Caillou (texte de Jean-Yves Picq), interprétée par un collectif éphémère de comédiens de Théâtre en Forez. La pièce interroge la création artistique et la manière dont elle fait irruption dans la vie des habitants d’un lieu laissé indéterminé. Enfin, le colloque a pris place dans le cadre de la Fête de la science. Des ateliers intitulés « Tous chercheurs ! », animés par l’association EbulliScience, ont permis à chacun et chacune de se confronter aux pratiques de sciences.

Ainsi replacées dans le contexte de leur production, les contributions réunies dans cet ouvrage sont réparties en trois parties.

Une première partie apporte un éclairage sur la manière de caractériser le temps présent, qui serait « le temps des amateurs et amatrices ». L’affirmation n’est pas nouvelle (Flichy, 2010; Stiegler, 2011), mais il convient d’en circonscrire la signification. Michel Miaille montre que la formule « la participation des amateurs à la création artistique » pose d’abord question par l’emploi du mot « participation ». Le terme, en effet, abrite une pluralité de significations. La prise en considération de ces divers registres est une condition sine que non de notre capacité à prendre la mesure des phénomènes de participation des non-professionnels à la création artistique et scientifique. Philippe Dujardin explore quant à lui la notion d’« amateurat ». Prenant appui sur l’expérience du défilé de la Biennale de la danse à Lyon, il montre que la place acquise par les amateurs et amatrices dans la création est la marque d’une recomposition de l’espace public et de la citoyenneté. L’expérience de la Biennale de la danse a connu un prolongement dans l’expérience de l’Art sur la place, puis dans la plateforme Veduta de la Biennale d’art contemporain de Lyon. Un entretien avec Mélanie Fagard éclaire la manière dont les amateurs et amatrices sont associés à la Biennale d’art contemporain de Lyon, en lien avec les politiques de la ville et de la culture menées par la métropole lyonnaise. La contribution de Marie-Christine Bordeaux, consacrée au théâtre amateur, souligne la spécificité des pratiques d’amateurs dans ce domaine, par comparaison avec celles associées à la musique ou à la danse. L’expression « théâtre amateur » charrie avec elle la conception d’un théâtre « intrinsèquement différent du « vrai » théâtre, pratiqué par des artistes reconnus par les institutions culturelles ». Le « temps des amateurs et amatrices » se trouve ainsi non seulement armé par des politiques publiques mais aussi institué par un discours qui légitime et délégitime certaines pratiques.

La deuxième partie de l’ouvrage est intitulée « Donner leur place aux amateurs et amatrices ». Elle décrit la manière dont des communautés d’amateurs et amatrices se sont constituées et ont acquis une reconnaissance en tant que telles. Rogin Odin explore les formes de créativité qui se sont développées dans les associations de cinéastes amateurs. Cette créativité est étroitement liée à des ingéniosités techniques. Elle fait naître également un « style amateur » qui se forge dans l’imitation, rarement réussie, du cinéma professionnel. Sophie Maisonneuve analyse le rôle qu’ont joué les gramophiles des années 1920 et 1930 dans l’invention d’une culture auditive et musicale nouvelle, en lien avec l’invention du gramophone et avec le développement de ses usages pour l’exécution de performances musicales. Dans le domaine des sciences, la question de la reconnaissance des pratiques d’amateurs n’est pas moins vive. Morgan Meyer et Rebecca Wilbanks étudient les pratiques de « bricolage » réalisées sur du matériel biologique par des groupes d’amateurs se réclamant de la biology do-it-yourself (formule que l’on peut tenter de traduire par « biologie faite-maison »). Les auteurs montrent que ces pratiques peuvent se voir attribuer une valeur (ce qu’ils désignent par le terme de « valuation », en prenant appui sur le travail de Michel Callon) selon différents registres, qui ne sont pas seulement marchands mais aussi non-marchands. Tirant les enseignements d’un travail ethnographique consacré à l’attribution scientifique, David Pontille examine la manière dont les revues scientifiques rendent compte de la contribution que des amateurs ont apportée à la collecte de données scientifiques, voire à la conception de protocoles de recherche. Est ici en jeu la reconnaissance publique de la contribution apportée par les non-professionnels – reconnaissance au reste très variable et qui pose la question de savoir dans quelle mesure un amateur ou une amatrice contribuant à une recherche ou à une création en est l’auteur, l’auteure, le co-auteur ou la co-auteure. Cette même question est abordée sous l’angle du droit de la propriété intellectuelle par Michel Vivant. Son analyse montre que les catégories actuelles du droit d’auteur français n’ont pas été conçues pour accueillir les contributions apportées à des œuvres par des amateurs et amatrices et que ces derniers ne se voient le plus souvent reconnaître aucun droit d’auteur sur les œuvres auxquelles ils ont contribué. Leur reconnaître pleinement la qualité d’auteurs supposerait un aménagement du droit positif.

La troisième partie de l’ouvrage, intitulée « Les amateurs et amatrices dans la création : pratiques, actions, institutions », s’attache aux aspects institutionnels et matériels qui conditionnent la participation des amateurs et amatrices à la création. Ces activités supposent un cadre d’action dont les dimensions sont multiples et doivent être attentivement réfléchies. Les aspects économiques et financiers ne sont pas les moindres. Mais ces pratiques supposent aussi la mise en place de partenariats suivis, de calendriers adaptés, des moyens d’échange et de communication, d’une organisation juridique appropriée. En dépit de leurs objets très différents, les expériences relatées dans cette partie de l’ouvrage font ressortir des points communs. Paul Fournier décrit la mise en place des Futurs de l’écrit, une manifestation qui associe chaque année à l’Abbaye de Noirlac des artistes professionnels et des non-professionnels à des activités de création. Claude et Françoise Ferrand rendent compte des dispositifs de croisements des savoirs et des pratiques initiés par ATD Quart Monde pour faire dialoguer des savoirs universitaires, des savoirs issus de la pratique et les savoirs d’expérience des personnes vivant la grande pauvreté. La création d’une boutique des sciences – qui met en contact des acteurs de la société civile avec des spécialistes susceptibles d’apporter des réponses à certaines de leurs questions – soulève des interrogations très similaires. Le projet de création d’une boutique des sciences au Bénin, présenté par Pierre-Chanel Hounwanou et Djossè Roméo Tessy, met en lumière l’attention qu’il convient de porter à la construction d’un édifice institutionnel adapté. La comparaison avec la boutique des sciences créée à l’initiative de Florence Piron au sein de l’université Laval, au Québec, dans un tout autre contexte, rend sensible les dimensions politiques attachées à l’élaboration et à la diffusion des savoirs. La collecte des données naturalistes par des amateurs et amatrices a acquis une importance considérable pour la connaissance de l’état de la biodiversité. Romain Julliard estime ainsi que « les deux tiers des études sur l’impact du réchauffement climatique sur la biodiversité s’appuient sur les données de sciences participatives ». D’où l’importance du recueil de ces données. Romain Julliard décrit ici les opérations de sciences citoyennes mises en place au sein du Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Dans une perspective proche, Florian Charvolin analyse les ressources mobilisées au sein des associations d’ornithologues et d’entomologistes pour mettre en place, sur la durée, un recueil de données qui soit à la fois exploitable pour la recherche et suffisamment valorisant pour celles et ceux qui y contribuent. Un entretien avec Marc Lipinski met en lumière les enjeux liés à la création, dans la Région Île-de-France, des Partenariats institutions-citoyens pour la recherche et l’innovation (Picri) qui permettent d’accorder un financement public à des projets de recherche portés en commun par des chercheurs et des partenaires associatifs.

Remerciements

Le colloque Savants, artistes, citoyens : tous créateurs ? est lui-même le fruit d’un travail de réflexion et de conception qui associe des bénévoles du Centre culturel de Goutelas et des chercheurs du Centre de Recherches Critiques sur le Droit. Réfléchir sur l’amateurat dans un tel cadre a été une chance. Je souhaite ici remercier les personnes engagées dans la préparation de ce colloque, et tout particulièrement Marie et Pierre Bernard, Valérie et Jean-Charles Bertier, Dominique et Robert Fouquet, Irène Guillot, Antoine Jeammaud, Michaël Lathière, Reine-Marie et Jacques Leduc, Marie-Claude Mioche, Sarah Wasserstrom.

Pour leurs conseils avisés et l’attention qu’ils ont portée à la conception de ce colloque, je remercie également les membres du Conseil scientifique et artistique du Centre culturel de rencontre Château de Goutelas, en particulier Marie-Christine Bordeaux, Béatrice Dubell, Philippe Dujardin, Michel Miaille, Michel Rautenberg.

Mes remerciements vont aussi aux partenaires qui ont apporté leur soutien financier à ce colloque et ont ainsi permis son bon déroulement : la Région Rhône-Alpes, le Département de la Loire, la Communauté de communes du Pays d’Astrée, l’Université Jean Monnet, le Centre de Recherches Critiques sur le Droit (CERCRID, UMR 5137), l’Institut Adamas, l’Ordre des avocats du Barreau de Lyon.

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  1. Voir le dossier « Amateurs ? » publié par la revue Alliage (n° 69) en 2011.
  2. La loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, énonce ainsi qu’« est artiste amateur dans le domaine de la création artistique toute personne qui pratique seule ou en groupe une activité artistique à titre non professionnel et qui n’en tire aucune rémunération » (art. 32).
  3. Voir dans ce volume, les contributions de Claude et Françoise Ferrand, Pierre-Chanel Hounwanou et Djossé Roméo Tessy, Florence Piron.
  4. Voir dans cet ouvrage, les contributions de Paul Fournier, Mélanie Fagard, Philippe Dujardin.
  5. Le Centre de Recherches Critiques sur le Droit (CERCRID) est une unité mixte de recherche (UMR CNRS 5137) associant le CNRS, l’université Jean Monnet (Saint-Etienne) et l’université Lumière Lyon 2.
  6. En plus des contributions réunies dans le présent volume, les auditeurs présents au colloque ont pu entendre les réflexions d’Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à l’Université Caen-Basse Normandie. Sa communication était intitulée « Le cerveau mélomane : de l’amateur au virtuose ».

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