22 Elizabeth Tamajong Vukeh, chercheuse et femme politique (1958–)

Victorine Ghislaine Nzino Munongo, Marienne Makoudem Tene et Marie Désirée Nogo

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Elizabeth Tamajong Vukeh, photo personnelle donnée aux autrices.

Elizabeth Vukeh Tamajong est une femme qui a toujours su mettre en valeur ses différents atouts au profit de la société. Elle occupe plusieurs postes de responsabilité au sein de l’Administration, d’associations et dans son parti politique. Elle est chef du Centre National d’Éducation au ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, directrice de recherche et secrétaire générale des femmes de l’Académie des Sciences pour l’Afrique (Accra, Ghana).

Enfance et famille

Elizabeth Tamajong Vukeh est née le 12 mars 1958 à Bamenda, dans la région du nord-ouest du Cameroun. La mort soudaine et tragique de son père, ainsi que les conditions de vie devenues difficiles, obligèrent sa mère, désormais seul soutien financier de la famille, à s’adonner aux travaux champêtres, à la vente de produits agricoles et de beignets.

Malgré une enfance marquée par ces notes tristes, elle ne s’enferma pas dans la dépression ou le découragement. Elle y trouva une source de force et d’inspiration. Devant chaque épreuve, elle avait au fond de son cœur et de ses pensées l’image d’un père qui, de son vivant, était fier de ses filles qui excellaient dans leurs études académiques.

Lorsque le découragement survenait, il émergeait en elle une énergie salvatrice dont les origines pouvaient être attribuées à la détermination de sa mère, femme généreuse et résolue à élever les 14 enfants laissés à sa charge par son défunt époux.

« Ma mère est si généreuse, même dans des conditions modestes. Cela m’a donné une grande leçon de vie. »

Malgré cette grande charge familiale, le mot d’ordre de sa mère était « l’éducation ». Elizabeth se fit inscrire dans une école pour adulte et encourageait tout son entourage à faire de même.

Ainsi, elle se répétait sans cesse les mots suivants : « Je ne peux échouer! ».

Élève douée, à la suite de l’obtention de son General Certificate Education A Level, elle fut admise avec bourse à l’université d’État Morgan située à Baltimore dans le Maryland, aux États-Unis. Parallèlement à ses études, elle devait travailler et développer des aptitudes de bonne gestionnaire pour alléger les charges financières et familiales qui pesaient sur sa mère.

Après l’obtention d’un doctorat en administration de l’éducation de l’Université du Minnesota, aux États-Unis, plusieurs personnes de son entourage la voyaient davantage comme une femme publique qu’une femme au foyer. Malgré ces préjugés et stéréotypes, elle rencontra, par ce qu’elle qualifie « d’arrangement divin », l’homme qui devint son conjoint.

Ingénieur de formation, son époux se montra très compréhensif et d’un soutien significatif dans les travaux ménagers et les responsabilités professionnelles.

Afin de pouvoir trouver un équilibre entre la vie professionnelle et familiale, le couple a établi des principes et fait des compromis. Ainsi, une gestion rigoureuse du temps fut de mise, une communication continue et dénuée de secrets, le tout agrémenté par des sorties et des petits gestes romantiques. Ceci leur permit de s’épanouir tant sur le plan professionnel que sur le plan familial, et d’offrir un cadre propice à l’éducation de leurs trois enfants.

« La planification est la clé pour réussir en toute chose. »

Passion scientifique

Grâce à sa détermination, Elizabeth Tamajong Vukeh décida d’entreprendre de longues études. Ainsi, elle travailla fort et obtint plusieurs bourses d’études qui lui ont permis de financer ses études supérieures aux États-Unis. En 1981, elle obtint une licence en histoire à l’Université d’État Morgan dans le Maryland. Ayant gardé en mémoire la passion de sa mère pour l’éducation, elle fit également un certificat d’enseignante. En 1982, elle compléta une maîtrise en administration de l’éducation à l’Université du Minnesota et, trois ans plus tard, obtint un Ph.D. en administration de l’éducation au sein de la même université. En 1993, elle fit un postdoctorat en leadership éducationnel à l’Université du Minnesota.

À son retour au Cameroun à la fin de ses études, elle s’engagea comme enseignante à temps partiel à la faculté des lettres et des sciences humaines à l’Université de Yaoundé I, ainsi qu’à l’École normale supérieure de Yaoundé. D’ailleurs, elle y dispense des cours encore aujourd’hui. Elle fut membre d’une quinzaine de jurys de maîtrise et de doctorat à l’Université de Yaoundé I et à l’Université de Buéa. Par ailleurs, elle bénéficie du statut d’enseignante invitée dans certaines universités nigérianes.

Sa spécialisation dans le domaine de l’éducation lui permit de se faire recruter comme chercheuse camerounaise au Centre National d’Éducation, un centre de recherche public en sciences sociales et humaines placé sous la tutelle du ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Depuis 1985, elle compte à son actif 28 productions scientifiques comprenant livres, articles, rapports scientifiques et actes de conférences. Ces productions scientifiques sont le fruit d’un travail tant individuel que collectif, de par sa disposition à travailler avec ses collègues et ses étudiants et étudiantes. Ses productions scientifiques touchent aux différentes causes relevant de sa spécialité. Il s’agit de la promotion de l’éducation, la promotion de la femme, ainsi que les questions politiques et les droits de la personne humaine. Elle a aussi participé à plus de 20 animations scientifiques à l’échelle nationale et internationale (conférences, séminaires et ateliers). En 2011, elle devint directrice de recherche et elle est aujourd’hui la seule femme au Cameroun à porter ce titre.

Grâce à son profil de formation, elle fut par ailleurs nommée chef du Centre National d’Éducation en 2004. Cette position lui a permis de coordonner 15 projets de recherche axés sur le développement sociétal et social.

Vision politique américaine confrontée aux réalités camerounaises

La détermination, la rigueur et l’intégrité définissent Elizabeth Tamajong Vukeh dans son combat politique au sein du Social Democratic Front (SDF) du Cameroun. Après ses études universitaires aux États-Unis, cette ressortissante du Cameroun revint avec une vision inspirée du système américain, qu’elle souhaitait mettre en place dans son pays, mais elle se heurta aux réalités camerounaises. Déçue de la non mise en œuvre du programme politique du Président de la République en place contenu dans son ouvrage intitulé Pour le libéralisme communautaire, ses premiers pas dans le SDF sont marqués par son arrestation au poste de police de Yaoundé le 3 novembre 1993 alors qu’elle est enceinte de trois mois. Libérée à la suite de la pression de la communauté internationale, elle s’engagea à fond dans une lutte acharnée. Les actions menées vont dans le sens de « la participation des femmes en politique, la promotion des investissements économiques […], l’égalité de chances, la fraternité et la liberté de choix ». Elle décida de s’inspirer de grandes figures féminines à l’instar de Margaret Thatcher, Géraldine Ferraro, Indira Gandhi.

À l’image de son parcours professionnel, sa carrière politique est une courbe ascendante. Très vite en 1995, elle occupa le poste de conseillère à la circonscription du SDF de Yaoundé III, puis celui de trésorière à la grande section du centre. Grâce à ses actions remarquées, elle entre dans le Comité exécutif national (NEC). En 1999, elle est élue secrétaire adjointe du parti, puis secrétaire générale par intérim en 2005 et y est confirmée après plusieurs mois d’exercice.

En tant que femme, son parcours au sein de ce parti sera entremêlé de situations de joie et de difficultés. La difficulté la plus marquante est le refus de respecter ses instructions. Elle affirme à cet effet que « les gens n’acceptent pas le commandement des femmes. Celles du parti sont manipulées pour me mettre en difficulté [….]. Mes instructions ne sont pas toujours respectées ». Fidèle à sa philosophie selon laquelle les femmes ont les capacités de diriger et de prendre des décisions adéquates de manière autonome, elle décida démissionna comme secrétaire générale de son parti en février 2015 après 19 ans d’exercice. Elle reste néanmoins une membre visible du SDF.

Dotée d’un esprit de créativité et partisane de la paix, elle remonte la pente dans le respect scrupuleux du statut du parti. Son dynamisme et son courage ouvrent la voie aux autres femmes qui, malgré leur volonté à se lancer en politique, demeuraient dans l’ombre. Grâce à sa présence au sein du parti, la participation des femmes se fait ressentir. Une association des femmes et jeunes socialistes du SDF a été créée.

« Il s’agit [….] d’encourager la gent féminine à s’impliquer davantage dans la politique et prendre son destin en main».

Aujourd’hui, Elizabeth Tamajong Vukeh est un modèle à suivre non seulement pour la jeunesse, mais pour toutes les femmes, d’où la parution de sa biographie dans le catalogue intitulé « Les grandes figures féminines du Cameroun », supervisé par le Dr Madeleine Tchuinté en février 2014. Rassembleuse et mère de famille, elle met tous ses atouts au profit de la société, ce qui lui vaut une grande considération sur la scène camerounaise et au-delà. L’histoire politique camerounaise s’écrit ainsi avec elle.

Vie associative

Elizabeth Tamajong Vukeh a une vie associative très riche. En plus des associations à caractère social dans lesquelles elle milite, elle est aussi membre de 11 associations professionnelles nationales et internationales :

  • Observatory of change and innovation in the societies of Cameroon (OCISCA), Cameroun.
  • National Association for Secondary School Principals (NASSP), U.S.A.
  • Cameroon National Association for Family Welfare (CAMNAFAW), Cameroun; Membre du Bureau exécutif national.
  • Development Research Association and Consultants (DRAG), Cameroun.
  • Cameroon Educational Consultants in Educational and Social Science Research (C.E.D.U.C), Cameroun.
  • The AFGRAD ATLAS ALUMNI Association, Cameroun.
  • Africa Women Forum: Africa Leadership Forum, Nigeria.
  • Community Health Care and Poverty Alleviation Association (CHEPAL), Cameroun.
  • Nsimeyong Anglophone Women’s Group (NSAWOG), Cameroun.
  • Réseau Ouest et Centre Africain de Recherche en Éducation (ROCARE); co-membre du Conseil d’administration du ROCARE avec siège à Bamako, au Mali ; Coordination nationale, Cameroun.
  • Académie des Sciences du Cameroun : Secrétaire générale de l’Association des Femmes de l’Académie des Sciences pour l’Afrique depuis septembre 2013.

Prix et distinctions

Son dynamisme sur le plan scientifique lui a permis d’obtenir quelques prix et distinctions.

  • 1979–1981 : Benjamin Quarles High Ability Award in History, Morgan State University Baltimore, Maryland, États-Unis d’Amérique.
  • 19801981 : Bourse Alpha Kappa Mau Honour, Morgan State University Baltimore, Maryland, États-Unis.
  • 1981 : Bourse « Summa Cum Laude », State University Baltimore, Maryland, États-Unis.
  • 2000 : Prix du « Distinguished International Alumni », College of Education and Human Development, University of Minnesota, Minneapolis, États-Unis.
  • 2011 : Prix du meilleur chercheur senior des Journées d’Excellence de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Cameroun.
  • Who’s who among Students in American University and Colleges. Randall Publishing Company, Tuscaloosa, Alabama, États-Unis.

Références

Elizabeth Tamajong Vukeh. 2016. « La Recherche-développement au féminin : Cas du Cameroun ». Entrevue par Munongo Nzino, GhislaineVictorine, Makoudem Tene Marienne et Nogo Marie Désiré, 15 mars [prise de notes personnelles].

Tchuinte, Madeleine (dir.). 2014. « Grandes figures féminines du Cameroun ». Press-book Communications, 70-71.

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Femmes savantes, femmes de science de Victorine Ghislaine Nzino Munongo, Marienne Makoudem Tene et Marie Désirée Nogo est sous une licence License Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.

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