Préface

Bertrand Mbatchi

Aucune vision ne peut être conçue en vue de prendre en main sa destinée et de s’affirmer sans pour autant jeter un regard lucide sur son passé et sur son présent, qui, du reste, se trouve en perpétuel devenir, même si cela peut échapper à notre conscience individuelle.

Cinquante ans à l’échelle humaine restent insignifiants par rapport à la vie de l’humanité. Mais dans la vie d’une institution interafricaine comme le CAMES, cet âge, qui renvoie pratiquement aux indépendances des pays africains francophones, revêt une signification indéniable. C’est pourquoi le livre du Dr Cissé Chikouna sur l’histoire de notre institution vient à point nommé. Avec talent, ce jeune chercheur de l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody-Abidjan fait revivre aux lecteurs et lectrices les grandes étapes de l’histoire du CAMES, depuis sa mise sur les fonds baptismaux à Niamey en 1968 par les Chefs d’État de l’OCAM à nos jours.

Ainsi, au-delà du simple devoir de mémoire que remplit cet ouvrage vis-à-vis des générations futures, il permet aussi de mettre en relief les stratégies mises en place par les différents Secrétaires généraux qui se sont succédé à la tête de l’institution en tant que premières chevilles ouvrières du Conseil des ministres du CAMES, aux fins d’assurer les missions institutionnelles dont ils avaient temporairement la lourde charge, souvent face à l’adversité et dans un contexte universitaire et politique parfois difficile.

Dans cet exercice et pour diverses raisons laissées à l’appréciation des lecteurs et lectrices, l’examen particulier de la vision portée par le Plan stratégique de développement du CAMES (PSDC) (2015-2019), adopté en 2013 à Cotonou au Bénin par la 30e session de son Conseil des ministres, ainsi que le premier bilan rapide de son état d’exécution pratiquement à un an de son achèvement, peuvent servir de support, dans la posture d’une montée en puissance de l’institution, pour aider à imaginer et penser avec réalisme le CAMES de demain, du futur, et pour faire en sorte qu’il soit encore plus au service de l’émergence socioéconomique durable de nos pays.

L’émergence socioéconomique des pays membres apparaît effectivement comme une finalité incontournable pour donner du sens au CAMES du 21e siècle, dans un environnement de mondialisation, d’un cyber monde tourné vers la réalisation des 17 objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), pour l’Afrique que nous voulons. L’avènement de cette Afrique passe par la réalisation de l’ODD-4, avec le caractère transversal qu’on lui reconnaît quant à la promotion des 16 autres objectifs. Pour y parvenir, l’UA propose une stratégie continentale pour l’éducation en Afrique (CESA 2016-2025), dont la vision cadre bien avec celle du PSDC.

En définitive, le PSDC, grâce à sa vision d’anticipation, peut à juste titre être considéré comme un aiguillon, une boussole dans la posture de préparation du CAMES de demain, du CAMES du futur.

Le PSDC a permis à l’institution de passer, dans la gestion des programmes, et plus particulièrement de ceux des Comités consultatifs interafricains (CCI) et des Concours d’agrégation, de la logique artisanale à celle de la numérisation et de la technologie. À partir de cette feuille de route, c’est la modernisation de l’ensemble des procédures de fonctionnement du CAMES qui a été mise en œuvre pour améliorer plus particulièrement son efficacité, sa pertinence, sa compétitivité, son attractivité et sa visibilité au plan régional et à l’international, ainsi que pour affirmer son leadership dans le domaine de la coopération en matière d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation.

Dans le cadre de ce PSDC, on peut retenir plus particulièrement les actions suivantes :

  • la création de cinq nouveaux programmes du CAMES;
  • le code d’éthique et de déontologie dont la Commission d’éthique devrait, pour sa pérennisation et sa fonctionnalité, être exécutée comme un programme;
  • le programme Silhouette;
  • le programme assurance qualité;
  • les programmes thématiques de recherche intégrant désormais la pharmacopée et la médecine traditionnelles;
  • les olympiades universitaires du CAMES;
  • la modernisation de la gouvernance financière et comptable du CAMES, notamment son informatisation et le passage au système SYSCOHA-OHADA avec son cortège d’exigences;
  • la modernisation de l’organigramme du CAMES et la prise en compte de la dimension sociale du personnel, jusqu’ici peu abordée voire éludée (plan de carrière, mécanisme de gestion du personnel, revalorisation de la grille salariale).

Cette nouvelle vision a permis aussi la création de nouveaux réseaux de partage et de progrès (RPTF, RIDEPES, RIRI), la signature de nouveaux accords de partenariat (UEMOA, AUF, DAAD, CEEAC, UNESCO, OAPI, ANAFE, etc.) et le renforcement du rayonnement, ainsi que de la visibilité institutionnelle, avec la création de réseaux de communicants (RIRI, RAMCES) et de nouveaux outils de communication (revue numérique, réseaux sociaux, amélioration du site web).

Cinquante ans après sa création, le CAMES intéresse. Le futur qu’on peut projeter pour le CAMES passe au préalable par une appropriation, par les institutions d’enseignement supérieur et de recherche des États membres, de son capital d’expérience en termes de méthodologies, de stratégies et de bonnes pratiques, tel que mis en œuvre par les Secrétaires généraux successifs. Cette dynamique de potentialisation transformera indéniablement ces institutions de manière positive et leur fera mieux jouer le rôle de moteur du développement qui leur est assigné, tout en les amenant à poursuivre la politique d’harmonisation souhaitée dans l’espace CAMES.

Le CAMES de demain a un avenir si, et seulement si, il sait approfondir et renforcer les chantiers qui ont été lancés. Je pense particulièrement au renforcement de la confiance, de la responsabilité et de la transparence, au rôle que devra jouer désormais la Commission d’éthique et de déontologie, accompagnée par les facilités inhérentes à l’utilisation intelligente du numérique, pour être le rempart de l’institution. Le numérique, par sa forte capacité de mémorisation, renforce notamment la traçabilité et aide à assurer l’objectivité des décisions prises dans les procédures d’évaluation, notamment au niveau des CCI et des concours d’agrégation.

À cet égard, la Commission d’éthique et de déontologie devra jouer son rôle pour garantir le droit au recours et donner la possibilité de procéder à des ajustements pour réparer des pratiques dont le manque d’orthodoxie a été au préalable soigneusement et rigoureusement constaté en regard des normes édictées par le Code d’éthique et de déontologie du CAMES. Car la considération et la respectabilité de la marque CAMES, dans un contexte de compétitivité tributaire en grande partie de la globalisation du monde, en dépendent.

 

Par ailleurs, de manière générale, aucun développement ne peut s’envisager sans une recherche de qualité si bien que, de manière singulière, un enseignement supérieur pertinent et à valeur ajoutée ne peut s’accommoder d’un manque de recherche. Les États membres doivent trouver le moyen d’impulser véritablement, et non de manière édulcorée, la recherche. C’est pourquoi le CAMES, à travers ses programmes thématiques de recherche (PTR), a créé un espace fonctionnel prêt à répondre aux défis liés à ce paradigme de façon multilatérale. Cette tribune se présente finalement, au stade actuel de notre histoire, comme une réponse appropriée à l’opérationnalisation du Conseil africain pour la recherche et l’innovation, adopté par le Conseil des ministres de l’Union africaine en 2016 et qui a fait l’objet en novembre 2017 de l’appel d’Abidjan, en marge du sommet des Chefs d’État UE/UA.

Enfin le CAMES n’a un avenir que si, et seulement si, il fait l’effort de sortir des sentiers battus, en innovant et en s’attaquant au confort des habitudes actuelles qui se sont installées dans le temps dans un contexte donné, qui n’est plus celui d’aujourd’hui et encore moins celui de demain.

Dans cette démarche, le rôle du Secrétariat général doit revêtir un double caractère de veille et de prospective, sans état d’âme, mais avec la ferme volonté de maintenir l’institution dans le peloton de tête des structures à vocation similaire et d’en faire, davantage aujourd’hui qu’hier, un leader du développement des États membres par l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation.

Toute cette programmation ne pourra se concrétiser qu’avec les appuis de l’instance politique qu’est le Conseil des ministres, mais aussi des institutions d’enseignement supérieur et de recherche, des différents promus du CAMES appelés à se structurer comme alumni et ambassadeurs de bonne volonté, ainsi que des partenaires à qui le CAMES rend un hommage mérité pour le rôle qu’ils ont joué tout au long de son histoire.

Ce que nous apprend ce beau livre, c’est que notre institution n’est pas le mouton noir de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le CAMES d’aujourd’hui intéresse, le CAMES de ce siècle séduit, le CAMES se trouve de plus en plus courtisé et reconnu pour la qualité de ses actions et de ses programmes.

Mais cela sous-entend et suggère également qu’il faut plus que jamais garder la tête froide, rester concentrés et lucides pour la suite.

C’est le lieu et le moment pour moi de remercier très chaleureusement tous les Chefs d’État des pays membres du CAMES, les différents Présidents actuels et passés et surtout les pères fondateurs du CAMES pour leur vision et soutien apportés à l’émergence du CAMES et à son affirmation progressive dans le monde d’aujourd’hui.

À ce titre, permettez-moi pour terminer, de témoigner une gratitude toute particulière à son Excellence Ali Bongo Ondimba, le Président de la République gabonaise, qui, à côté de ses pairs, m’a significativement accompagné de manière multiforme dans la mise en œuvre de ma mission depuis la soumission de ma candidature en 2010 jusqu’à mon élection en 2011 et tout au long de mes deux mandats.

 

Professeur Bertrand Mbatchi, Secrétaire général du CAMES

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